Matthieu 25 : aucun raccourci pour devenir fidèle

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Introduction

Il y a quelques mois, dans le métro parisien, Joël Warzecha tombe sur une campagne de publicité d'un site de rencontres extraconjugales qui vante les mérites de l'infidélité, affichée « à la vue de tous, des familles, des enfants ». Ce choc devient le point de départ de ce message prêché lors d'une soirée des JAP, les Jeunes Adultes à Paris de l'Église Paris Métropole.

Le pasteur y voit le symptôme d'une société d'individus qui passent vite d'un projet à un autre, d'un travail à un autre, d'une église à une autre. « La fidélité, c'est un mot qu'on ne connaît plus, que notre génération ne connaît plus. »

À partir de la parabole des talents, qu'il aime appeler « la parabole de la fidélité », il pose deux affirmations : Dieu cherche des serviteurs fidèles, et il n'existe aucun raccourci pour entrer dans l'appel de Dieu. Il les illustre par son propre témoignage, avant de rappeler que la fidélité est d'abord un fruit de l'Esprit.

Plan du message

1. Une génération qui a fait de la fidélité une faiblesse

  • Le prédicateur cite plusieurs chiffres : en France, c'est entre la troisième et la cinquième année de mariage que les couples divorcent le plus, pas après quinze ou vingt ans.
  • Selon le Bureau of Labor Statistics américain, les jeunes actifs restent en moyenne moins de trois ans dans un même poste, contre près de dix ans pour la génération de leurs parents au même âge. Une autre étude indique qu'un jeune actif sur trois de la génération Z prévoit déjà de quitter son poste actuel.
  • Même en amitié, la part des personnes sans aucun ami proche a été multipliée par quatre en trente ans. « Ce monde a fait de la fidélité une faiblesse » : pourquoi rester, quand il y a sûrement mieux ailleurs ?
  • L'Église est touchée. En Île-de-France, où les églises sont nombreuses, on passe d'une église à une autre, d'un service à un autre. On sort d'un week-end enflammé, puis quelques mois après on n'est plus là, ou on reste jusqu'à ce que le pasteur dise un mot de travers.
  • Le pasteur nuance : il y a de vrais abus d'autorité dans l'Église, et il y a des moments où il faut partir. Mais il parle de contextes sains, où l'on s'engage à moitié pour garder « une sortie de secours ».

2. La fidélité, d'abord un attribut de Dieu

  • Le dictionnaire définit la fidélité comme la qualité d'une personne constante, loyale et attachée à ses engagements, à ses affections ou à la vérité.
  • Dans l'Ancien Testament, le mot central est emouna, de la racine qui signifie être ferme, stable, digne de confiance. C'est la même racine que le mot « amen ». La fidélité n'est pas d'abord un sentiment, mais une constance sur laquelle on peut s'appuyer, comme un mur porteur ou un pilier.
  • Elle est associée au mot hesed, souvent traduit par bonté ou amour indéfectible : la loyauté de Dieu envers son alliance, un attachement qui ne dépend pas du mérite de l'autre. « Les bontés de l'Éternel ne sont pas épuisées, ses compassions ne sont pas à leur terme ; elles se renouvellent chaque matin. Oh ! que ta fidélité est grande ! » (Lamentations 3:22-23)
  • Dieu reste fidèle à l'alliance même quand son peuple ne l'est pas. Le « spoil » de l'Ancien Testament, dit le pasteur, c'est l'histoire d'un peuple aimé, choisi et libéré, mais qui ne réussit pas à être fidèle : l'homme en est incapable par ses propres forces.
  • Dans le Nouveau Testament, le mot pistis recouvre à la fois la foi et la fidélité, comme deux faces d'une même pièce. « On pourrait dire que la fidélité, c'est la foi vécue dans la durée. »

3. La parabole de la fidélité : Dieu cherche des serviteurs fidèles

  • Dans Matthieu 25, à partir du verset 14, un maître confie ses biens à trois serviteurs : cinq talents à l'un, deux à l'autre, un au dernier. Le maître, c'est Jésus ; les talents représentent ce que Dieu t'a confié de manière personnelle : chanter, organiser, communiquer.
  • Le pasteur distingue cette parabole de celle de Luc 19, où dix serviteurs reçoivent chacun une même somme : là, il s'agit plutôt du « tronc commun », ce que tous ont reçu à part égale, comme les vingt-quatre heures d'une journée ou la Parole de Dieu.
  • Quand le maître revient, il ne dit pas au serviteur qui a doublé ses cinq talents : « Donne-moi la clé de ton investissement. » Il ne loue ni la performance, ni l'intelligence, ni la qualité des dons. Il dit : « C'est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose » (Matthieu 25:21).
  • D'où la conclusion du pasteur : « La multiplication est égale à la fidélité. » La croissance dans le royaume de Dieu n'est pas liée aux opportunités que tu saisis, en passant de projet en projet ou d'église en église.
  • Nous sommes une génération trop impressionnée par les dons et par ce qui frappe l'œil : la voix d'un conducteur de louange, la prédication de quelqu'un, les vidéos de miracles. Le pasteur croit en un Dieu qui guérit et délivre, mais « ce sont des choses qui n'impressionnent pas Dieu ».
  • Quand les disciples reviennent tout joyeux parce que les démons leur sont soumis, Jésus leur dit de se réjouir plutôt de ce que leurs noms sont écrits dans les cieux (Luc 10:17-20). Ce qui t'impressionne est normal pour Dieu ; ce qui l'intéresse, c'est l'invisible.
  • « Dieu n'est pas impressionné par tes dons. » Pourquoi ? Parce que c'est lui qui te les a donnés. Paul le dit : qu'as-tu que tu n'aies reçu (1 Corinthiens 4:7) ? Dieu cherche des hommes et des femmes fidèles.

4. Il n'existe aucun raccourci

  • Le maître ajoute : « je te confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. » Dieu désire te confier beaucoup : des projets, des œuvres, des âmes, ton appel.
  • « Nous sommes une génération qui désire que Dieu lui confie beaucoup sans passer par la case être fidèle en peu de choses. » Il n'y a pas de chemin annexe, plus court : sois fidèle dans ce que Dieu te demande aujourd'hui, dans le service qu'il t'a confié.
  • Concrètement : si tu t'es engagé, tiens tes engagements. Si tu as dit que tu serais à l'heure, sois à l'heure. Si tu as dit que tu serais présent, sois là.
  • Les réseaux sociaux rendent le raccourci tentant : une bonne caméra, des punchlines, un algorithme favorable, et des milliers de personnes t'applaudissent. Ton pasteur ne te laisse pas prêcher, ton responsable ne te laisse pas conduire la louange ? Tu publies. Le pasteur précise qu'il n'a rien contre les réseaux sociaux, qu'il juge excellents pour prêcher l'Évangile, mais il parle du cœur.
  • « Dieu permet que ton responsable soit un peu relou. Dieu permet que ton responsable te dise non. » Parce qu'il cherche ta fidélité et qu'il veut que tu sois attaché à lui.
  • Tu as un appel ? Paul aussi. Entre sa rencontre sur le chemin de Damas et l'accomplissement de son appel, il s'écoule environ quatorze ans, vécus dans la discrétion : l'Arabie, Damas, Tarse, puis Barnabas qui va le chercher pour l'amener à Antioche, où l'Esprit et l'Église le mettent à part pour la mission (Galates 1 et 2, Actes 13:1-3).
  • Jésus aussi avait un appel, venu pour sauver l'humanité. Pourtant, après l'épisode du temple à douze ans, Luc referme environ dix-huit ans en un seul passage : il descendit à Nazareth, il était soumis à ses parents, et il croissait en sagesse, en stature et en grâce (Luc 2:49-52). Charpentier, très sûrement fidèle à la synagogue, Jésus attendait le temps de Dieu, alors que les besoins autour de lui étaient immenses.
  • « Dieu avant te fera passer forcément par la fidélité. C'est du 100 %. » Ne te laisse pas impressionner par le bruit autour de toi ni par la comparaison sur les réseaux : « Bon et fidèle serviteur, c'est ça qu'il veut de toi. »

5. Être un lampadaire plutôt qu'un feu d'artifice

  • « Beaucoup de gens proclament leur bonté ; mais un homme fidèle, qui le trouvera ? » (Proverbes 20:6). Quelqu'un de fidèle, c'est rare.
  • Le pasteur reprend l'image d'un autre prédicateur : arrête d'être un feu d'artifice. C'est beau et ça brille, mais ça ne sert à rien. Sois un lampadaire : ça ne fait pas rêver, c'est fixe, mais ça sauve des vies. Sur l'autoroute, tu es content qu'il y ait des lampadaires.
  • Tous les responsables le diront : mieux vaut une personne présente, stable, qui tient ses engagements, qu'une personne extrêmement talentueuse mais instable. Être fidèle, ce n'est pas être là quand ça va, c'est être là même quand c'est difficile.
  • Servir Dieu est une joie, et le pasteur encourage les jeunes adultes à servir. Mais il annonce ce qui arrivera : à partir du moment où tu commences à servir, tu vas avoir envie de partir, de jeter l'éponge, de dire « c'est trop pour moi, je ne suis pas à ma place ». « Bienvenue au club », c'est pour chacun.

6. « Il est temps que tu deviennes fidèle »

  • Joël Warzecha avoue qu'il aurait pu prêcher sur l'impatience. Il se lasse très vite : il y a trois ans, sa passion était la NBA, il y a deux ans la cuisine, aujourd'hui il ne sait plus. Il a du mal avec la patience et la constance, il aime quand ça bouge.
  • Dans sa vie chrétienne, il a alterné missions à travers l'Europe et retours dans l'Église locale. Sur le papier, il servait Dieu ; dans son cœur, il y avait « un choix de la facilité » : quand quelque chose ne lui allait plus, il repartait.
  • Alors qu'il aide un pasteur à implanter une église dans le sud de l'Italie, il doit prêcher chaque semaine et s'occuper de groupes. Il se rend compte qu'il est limité et qu'il ne peut pas donner ce qu'il n'a pas. Dieu le conduit à l'Église Paris Métropole pour se former.
  • Très vite, rien ne se passe comme il l'imaginait : « J'ai fait tout ça pour me retrouver ici, assis sur une chaise, sans qu'on me donne la place que je mérite. » Autour d'un café, il annonce au pasteur Sami qu'il va partir. Une autre opportunité est déjà prête.
  • Un ami missionnaire italien de longue date l'arrête alors : « Joël, il est temps que tu deviennes mature, il est temps que tu deviennes fidèle. Arrête de vagabonder, arrête de partir. » La parole fait mal, mais il y reconnaît la voix de Dieu.
  • Il remercie les pasteurs de son Église qui ont eu du discernement, l'ont accompagné de manière saine et ont su lui dire non. Il comprend qu'il doit devenir la personne qu'il aurait aimé avoir à ses côtés, et Dieu lui parle clairement à ce sujet. Quand on sert, on rêve d'avoir près de soi quelqu'un qui a les pieds plantés et qui dit : « Je suis là, peu importe. »
  • Il a dit à Dieu : « C'est OK, on y va, ça me coûte, je n'ai pas envie, mais on y va. » Et aujourd'hui : « Quelle joie d'être dans la volonté de Dieu ! Je ne voudrais rien d'autre. »

7. Prendre racine, et laisser l'Esprit produire la fidélité

  • Un arbre sans cesse déraciné puis replanté vit « une mort programmée » : ses plus petites racines, celles qui absorbent l'eau et les nutriments, sont détruites à chaque déplacement. Il épuise ses réserves à se réenraciner au détriment de sa croissance, et ne développe jamais l'ancrage pour tenir debout.
  • Pour grandir, un arbre doit rester au même endroit. Ses racines mettent des mois, parfois des années, à s'étendre. Un baobab devient en des années une référence là où il est. C'est un peu monotone pour lui, mais c'est la seule manière de grandir.
  • « Il est temps de prendre racine là où Dieu t'a placé », même si ce n'est pas l'endroit le plus confortable ni celui dont tu rêvais. Établis-toi dans la maison de Dieu, sers avec fidélité, et Dieu fera de toi un arbre solide, sous lequel on trouve de l'ombre. Fidélité égale croissance.
  • Mais il est impossible à l'homme d'être fidèle par ses propres forces : l'histoire d'Israël le montre. Il a fallu que l'Esprit de Dieu vienne transformer le cœur. La fidélité est un fruit de l'Esprit (Galates 5:22).
  • Toi qui as envie de lâcher ton mariage, un travail décourageant, ton Église locale ou ton service : ne lâche pas. Fais comme Moïse, fatigué de conduire un peuple infidèle, qui s'agenouillait et disait : « Seigneur, aide-moi. » Arrête de partir et commence à crier à Dieu : « Saint-Esprit, fais de moi un serviteur fidèle. »

Points à retenir

  • La fidélité est d'abord un attribut de Dieu, qui reste fidèle à son alliance même quand son peuple ne l'est pas.
  • Dans la parabole des talents, le maître ne loue ni la performance ni les dons, mais la fidélité. Multiplication égale fidélité.
  • Il n'existe aucun raccourci vers l'appel de Dieu : Paul et Jésus eux-mêmes sont passés par des années de fidélité discrète.
  • Mieux vaut être un lampadaire, stable et présent, qu'un feu d'artifice brillant mais instable.
  • Personne ne devient fidèle par ses propres forces : la fidélité est un fruit de l'Esprit, qu'il faut demander à Dieu.

Application personnelle

  1. Dans quel domaine gardes-tu une « sortie de secours » qui t'empêche de t'engager totalement : ton Église, ton service, ton travail, une relation ?
  2. Qu'est-ce qui t'impressionne le plus chez les autres : leurs dons visibles ou leur fidélité dans la durée ?
  3. Quel engagement simple peux-tu tenir cette semaine : être à l'heure, être présent là où tu as dit que tu serais ?
  4. Cherches-tu un raccourci vers ce que tu crois être ton appel, plutôt que d'être fidèle dans le peu de choses que Dieu t'a confié aujourd'hui ?
  5. Où Dieu te demande-t-il de prendre racine, même si ce n'est pas l'endroit dont tu rêvais ?

Versets cités

Questions fréquentes

Pourquoi appeler la parabole des talents « la parabole de la fidélité » ?

Dans Matthieu 25, le maître ne félicite pas le serviteur pour sa performance, son intelligence ou la qualité de ses dons. Il lui dit : « C'est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose. » Pour Joël Warzecha, la parabole montre que la multiplication est égale à la fidélité.

Existe-t-il un raccourci pour entrer dans l'appel de Dieu ?

Non. Le maître promet de confier beaucoup à celui qui a été fidèle en peu de choses. Paul a attendu environ quatorze ans entre son appel et l'accomplissement de son appel, et Jésus a vécu caché à Nazareth jusqu'à ses trente ans. Dieu fait passer chacun par la fidélité dans les petites choses.

Comment devenir fidèle quand on a envie de tout lâcher ?

Le prédicateur rappelle qu'il est impossible à l'homme d'être fidèle par ses propres forces : le peuple d'Israël n'y est pas arrivé. La fidélité est un fruit de l'Esprit. Comme Moïse, fatigué de conduire un peuple infidèle, il invite à crier à Dieu : « Saint-Esprit, fais de moi un serviteur fidèle. »

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