Introduction
Il y a mille façons de parler de la croix de Jésus. Aujourd'hui, tu vas la regarder à travers les yeux de ceux qui étaient là. Luc 23 met en scène des gens très différents devant le même événement : deux juges, un passant obligé de porter le bois, des femmes en larmes, deux brigands, la foule, les chefs religieux, les soldats, le centurion, Joseph d'Arimathée. Chacun réagit à sa manière. La question que ce chapitre te pose est simple : et toi, quand tu lèves les yeux vers la croix, à qui ressembles-tu ? Et surtout, que faire pour te tenir devant Jésus comme il aimerait que tu le fasses ?
Plan du message
1. Deux juges qui ratent l'occasion (Luc 23.1-25)
- Pilate est le préfet romain de Judée. Les chefs religieux lui amènent Jésus en foule, sans doute une bonne partie du Sanhédrin, jusqu'à trois cents personnes. Ils accusent Jésus de trois choses (v. 2) : égarer le peuple, interdire de payer l'impôt à César, se proclamer roi. Au moins le deuxième point est un pur mensonge : Jésus avait dit « rendez à César ce qui est à César » (Luc 20.25). Leur vrai moteur, c'est la jalousie et la protection de leur position ; ils mentent sans rougir.
- Pilate interroge Jésus, ne trouve rien de politiquement dangereux, et déclare : « Je ne trouve rien de coupable en cet homme » (v. 4). Il l'envoie à Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, qui se trouve à Jérusalem pour la fête.
- Hérode se réjouit de voir Jésus. Pas parce qu'il veut la vérité : il veut du spectacle, un miracle, un divertissement. Jésus se tait. Jésus ne parle qu'à ceux qui ont des oreilles pour entendre. Quand notre motivation, en ouvrant la Bible ou en venant à l'église, c'est de vivre quelque chose d'excitant plutôt que de rencontrer le Seigneur, il se tait aussi. Hérode se moque, revêt Jésus d'un habit éclatant et le renvoie à Pilate. Ce jour-là, Hérode et Pilate deviennent amis (v. 12), la mauvaise sorte d'amitié, une complicité dans l'injustice.
- Pilate à nouveau. Trois fois il propose de relâcher Jésus (v. 16, 20, 22). Trois fois la foule crie « crucifie-le ». Il sait Jésus innocent, mais il a peur d'une émeute qui abîmerait sa position. Il cède. Un juge qui plie sous la pression du groupe, c'est un juge qui a renoncé à la justice. La pression sociale te ferait-elle taire ce que tu sais être juste devant Dieu ?
- Deux modèles à éviter. Hérode : ne viens pas chercher Jésus pour l'excitation. Pilate : ne laisse pas le regard des autres décider de ton obéissance. La vraie question est celle-ci : quel est mon vrai motif quand j'approche la croix ?
2. Simon de Cyrène : forcé, puis rejoint (Luc 23.26)
- Simon vient d'Afrique du Nord (la région de la Libye actuelle). Il monte simplement à Jérusalem pour la fête. Les soldats romains l'attrapent et lui font porter la croix derrière Jésus.
- Marc 15.21 précise qu'il est « père d'Alexandre et de Rufus ». Ce Rufus est probablement salué par Paul dans Romains 16.13. Il est très probable que Simon ait rencontré Jésus ce jour-là, que sa famille soit devenue chrétienne, et qu'elle ait fini par se retrouver dans l'Église de Rome.
- Souviens-toi que Jésus avait dit : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se charge chaque jour de sa croix et me suive » (Luc 9.23). Simon fait littéralement cela sans l'avoir choisi. Dieu peut se servir même des circonstances imposées pour t'amener à Jésus. Ce n'est pas une invitation à forcer les autres à venir à l'Église : c'est une consolation quand tu regardes ton propre chemin. Dieu fait concourir toutes choses au bien de ceux qui l'aiment (Romains 8.28).
3. Les femmes de Jérusalem : émues, mais sans repentance (Luc 23.27-31)
- Une foule et des femmes qui se lamentent suivent Jésus. Elles ne sont probablement pas ses disciples : Jésus ne les console pas, il les avertit. « Ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants » (v. 28).
- Il annonce le jugement à venir sur Jérusalem (accompli en l'an 70). Si l'on traite ainsi le bois vert (le juste), que sera-t-il du bois sec (celui qui a rejeté Dieu) ?
- Émotion ne veut pas dire repentance. Tu peux être bouleversé devant la souffrance de Jésus et ne rien changer. La croix est faite pour te conduire jusqu'à : « Seigneur, pardonne-moi, je me tourne vers toi ». S'arrêter avant, c'est passer à côté.
4. Les deux brigands : deux réactions opposées (Luc 23.32-43)
- Deux malfaiteurs sont crucifiés avec Jésus, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche. Jésus prie : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font » (v. 34). Cette prière ne vise pas seulement les soldats qui se partagent ses vêtements : elle porte sur tous ceux qui sont là, hier et aujourd'hui. Devant la croix, ton attitude peut être hostile, indifférente, ou confiante, dans tous les cas, Jésus est prêt à pardonner à qui vient à lui.
- Matthieu 27.44 précise que les deux brigands, au départ, insultaient Jésus. Puis quelque chose bascule.
- Le premier continue de blasphémer : « Si tu es le Christ, sauve-toi toi-même et nous aussi » (v. 39).
- Le second reprend son compagnon : « Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même condamnation ? Pour nous, c'est justice… Mais celui-ci n'a rien fait de mal » (v. 40-41). Puis il ajoute : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton règne » (v. 42). Il reconnaît son péché, la royauté de Jésus, il demande grâce. C'est de la foi pure, sans œuvre.
- Jésus répond : « Aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis » (v. 43). Romains 4.5 le confirme : « À celui qui ne fait pas d'œuvres, mais qui croit en celui qui justifie l'impie, sa foi lui est comptée comme justice. » Voilà pourquoi ce brigand est la preuve la plus claire du salut par la foi. Il ne peut rien faire d'autre, et il est sauvé.
- Ne prends pas cette grâce comme une raison de vivre au minimum. Le temps qui te reste sur terre est un cadeau pour connaître davantage l'amour de Jésus et lui répondre.
5. La foule, les chefs, les soldats : moquerie et indifférence (Luc 23.35-38)
- Le peuple regarde. Les chefs se moquent : « Il a sauvé les autres ; qu'il se sauve lui-même, s'il est le Christ, l'élu de Dieu » (v. 35). Les soldats se moquent aussi, lui présentent du vinaigre : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même » (v. 37). Une pancarte est fixée au-dessus : « Celui-ci est le roi des Juifs ».
- Le peuple, lui, ne fait rien. Tiède. Il criait « crucifie-le » quelques heures plus tôt et maintenant il regarde sans mot dire. Ni chaud, ni froid, juste anesthésié.
- Et Jésus prie pour eux tous. Voilà le cœur de l'Évangile : Jésus est mort en priant le Père de pardonner à ceux qui étaient en train de le tuer. Sa disposition envers toi est la même aujourd'hui.
6. Les ténèbres et le voile déchiré (Luc 23.44-45)
- De midi à trois heures, l'obscurité couvre le pays. Ce n'est pas une éclipse : la Pâque est célébrée à la pleine lune, donc physiquement une éclipse solaire est impossible. Cet obscurcissement est surnaturel.
- Dans l'Ancien Testament, les ténèbres accompagnent la colère de Dieu : la neuvième plaie d'Égypte (Exode 10.21-23), le jour de l'Éternel dans Joël 2.10. Ici, la colère due à ton péché tombe sur Jésus. Le Père détourne sa face du Fils parce que le Fils porte le péché à notre place (2 Corinthiens 5.21). Il est délaissé pour que nous ne le soyons jamais.
- Le voile du temple se déchire du haut en bas (v. 45). Ce voile séparait le lieu saint et le lieu très saint, où seul le grand prêtre entrait une fois l'an. Le déchirement vient d'en haut : c'est Dieu qui l'ouvre. Par le sacrifice de Jésus, tu peux t'approcher du trône de la grâce avec assurance (Hébreux 10.19-22).
7. « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Luc 23.46)
- Un peu plus tôt, en citant le Psaume 22, Jésus a crié : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? ». Ici, il ne dit plus « mon Dieu », il dit « Père » (citation du Psaume 31.6). Le sacrifice est accompli, la relation Père-Fils est pleinement restaurée. Il rend l'esprit dans la paix, non dans le désespoir.
- Ce que Jésus a vécu (l'abandon, puis la restauration), te promet ceci : parce qu'il a été délaissé, tu ne le seras jamais.
8. Le centurion, la foule, les proches, Joseph d'Arimathée (Luc 23.47-56)
- Le centurion loue Dieu : « Certainement, cet homme était juste » (v. 47). Son regard se tourne vers Dieu. On ne sait pas la suite, mais l'orientation est bonne.
- La foule rentre chez elle en se frappant la poitrine (v. 48). Elle est triste, peut-être hantée. Mais elle ne va pas jusqu'à la repentance qui reçoit le pardon. Émotion sans changement de vie, c'est le pire des états : reconnaître sa faute sans recevoir la grâce. Si tu te reconnais là, demande au Saint-Esprit de te faire faire ce pas de plus.
- Les proches et les femmes de Galilée se tiennent à distance (v. 49). Ils ont peur. Il faudra la Pentecôte et la venue du Saint-Esprit pour que cette peur cède la place à l'audace (Actes 1.8). Si la peur t'empêche de faire ton prochain pas, demande l'Esprit.
- Joseph d'Arimathée est membre du Sanhédrin, mais n'a pas approuvé la décision (v. 50-51). Selon Matthieu 27.57 et Jean 19.38, il est disciple de Jésus, mais en secret. Ce jour-là, il sort du placard : il demande le corps de Jésus, l'enveloppe d'un linceul et le dépose dans un tombeau neuf, taillé dans le roc. Il risque sa place et sa réputation. La croix a fait de son secret une confession publique. Y a-t-il une chose que le Saint-Esprit te presse de faire ouvertement pour Christ ?
Points à retenir
- Devant la croix, il y a beaucoup de manières d'être « présent » et de rater pourtant Jésus : chercher du spectacle, ménager sa réputation, pleurer sans se repentir, se moquer, rester tiède, ou garder sa foi cachée.
- La croix vise ta repentance et ta foi, pas ton émotion. La bonne trajectoire va toujours de « je reconnais mon péché » à « je reçois le pardon » à « je réponds par une vie donnée ».
- Le brigand sauvé prouve que la foi seule suffit. Aucune œuvre à ajouter. Aucune œuvre à refuser non plus quand tu as encore du temps devant toi.
- Les ténèbres à midi et le voile déchiré disent la même chose : la colère due à ton péché a été portée par Jésus, et l'accès à Dieu t'est désormais ouvert.
- Si la peur ou la tiédeur te bloque, demande le Saint-Esprit. C'est lui qui change les cœurs et donne le courage de faire un pas de plus.
- Sur cette terre, il te reste du temps. Sers-t-en pour goûter davantage l'amour du Père et lui répondre, plutôt que d'être « à peine sauvé » et de passer à côté du reste.
Application personnelle
- Quand tu ouvres la Bible, tu viens au culte, tu pries : quel est ton vrai motif ? Ressembles-tu à Hérode qui cherche l'expérience forte, ou viens-tu écouter le Seigneur, même quand il te reprend ?
- Y a-t-il une pression de ton entourage (famille, travail, école, réseaux), qui te fait taire ce que tu sais être juste devant Dieu ? Où le regard des autres a-t-il pris la place de la voix de Dieu ?
- Devant la croix, ta réaction ressemble-t-elle davantage aux femmes qui pleurent puis rentrent chez elles, ou au brigand qui dit : « Souviens-toi de moi » ? Quelle est la prochaine phrase que tu dois adresser à Jésus, aujourd'hui ?
- Si tu te reconnais dans la foule qui rentre en se frappant la poitrine (tu sais que tu as péché, mais tu ne reçois pas le pardon), que t'empêche de dire simplement à Dieu : « Pardonne-moi, je m'appuie sur la mort de Jésus » ?
- Comme Joseph d'Arimathée, y a-t-il une confession publique que tu retardes par peur : baptême, prise de parole, engagement d'église, réconciliation, changement de vie professionnel ? Demande le Saint-Esprit pour ce pas précis.
Versets cités
- Luc 23 · texte principal du sermon
- Luc 22.66 · Le Sanhédrin réuni
- Luc 20.25 · Rendez à César ce qui est à César
- Luc 9.23 · Charge-toi chaque jour de ta croix
- Marc 15.21 · Simon, père d'Alexandre et de Rufus
- Romains 16.13 · Saluez Rufus, l'élu du Seigneur
- Romains 8.28 · Toutes choses concourent au bien
- Ésaïe 53 · Le Serviteur souffrant
- Matthieu 27.44 · Les deux brigands l'insultaient d'abord
- Romains 4.5 · La foi comptée comme justice
- Exode 10.21-23 · Neuvième plaie, les ténèbres
- Joël 2.10 · Le soleil et la lune s'obscurcissent
- 2 Corinthiens 5.21 · Fait péché pour nous
- Psaume 22 · Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné
- Psaume 31.6 · Entre tes mains je remets mon esprit
- Hébreux 10.19-22 · Libre accès au sanctuaire
- Actes 1.8 · Vous recevrez une puissance
- Matthieu 27.57 · Joseph d'Arimathée disciple de Jésus
- Jean 19.38 · Joseph, disciple en secret
FAQ
Que veut dire « regarder la croix chaque jour » ?
Ce n'est pas une émotion à entretenir. C'est se souvenir concrètement que ton péché a été porté par Jésus, l'accueillir, te repentir de ce qui doit l'être aujourd'hui, et laisser cette grâce nourrir ton obéissance dans la journée qui vient.
Le brigand sur la croix a-t-il vraiment été sauvé sans rien faire ?
Il a été sauvé par la foi seule (Romains 4.5). Il n'avait plus rien d'autre à faire. Mais sa parole prouve une vraie foi : il reconnaît qu'il est justement condamné, il confesse l'innocence de Jésus, il croit à sa royauté et il demande grâce. Jésus lui répond : « Aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis ».
Comment savoir si je ressemble au centurion ou à la foule ?
La foule est émue, se frappe la poitrine, puis rentre chez elle sans que rien change. Le centurion loue Dieu et se met en marche vers lui. Le fruit se lit dans la vie qui suit : y a-t-il repentance, obéissance nouvelle, appui sur le Saint-Esprit ? Si tu ne vois pas ce fruit, demande à l'Esprit de toucher ton cœur et de te conduire au pardon reçu.
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