Introduction
« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent. » Stephen Foster, pasteur de St Aldates à Oxford, poursuit la série de l'Église sur l'enseignement de Jésus dans l'Évangile de Luc avec ce passage, l'un des plus célèbres et l'un des plus contestés de tout ce que Jésus a dit.
Son sujet : comment gérer tes ennemis. Tôt ou tard, chacun croise des personnes qui ne l'aiment pas, le comprennent mal, s'opposent à lui ou lui rendent la vie difficile. Un collègue, un ancien ami, un ex. Peut-être des gens qui te critiquent ou parlent de toi dans ton dos. Comme il le dit, tes ennemis ont tendance à chuchoter tes réussites et à crier tes échecs.
Dans une époque polarisée, où l'on est soit ami soit ennemi, aimé ou détesté, la manière dont les chrétiens traitent leurs ennemis va de plus en plus les distinguer. Le pasteur tire du texte trois mouvements : s'attendre à avoir des ennemis, leur faire face, puis les aimer avec la force que donne le Père.
Plan du message
1. Jésus est du côté des opprimés, et il dit : aimez vos ennemis
- Le contexte est la clé. Juste avant, dans les Béatitudes, Jésus montre qu'il se tient du côté des opprimés. Il se soucie profondément de la justice et de ceux qui ont souffert de l'injustice. Il parle à des gens qui vivent sous l'occupation ennemie.
- « Jésus console toujours ceux qui sont troublés et trouble ceux qui sont tranquilles. » Il soutient les faibles et inquiète les puissants. Dans ce renversement des hiérarchies, il ajoute : « Mais je vous dis : aimez vos ennemis. »
- Stephen Foster a passé toute sa vingtaine comme avocat pénaliste, avocat de la défense, par passion pour la justice. Il a grandi dans un milieu où des gens subissaient une injustice systémique transmise de génération en génération.
- Ce qu'il a constaté dans le système judiciaire : il est très facile que ta passion pour la justice et ta colère contre l'injustice consument ton amour. « Si ta colère contre l'injustice consume ton amour, il ne te reste plus que la haine. Et cela n'aidera en rien. »
2. Attends-toi à avoir des ennemis
- Jésus ne dit pas « si tu as des ennemis ». Il dit : aimez vos ennemis. La Bible demande d'être en paix avec tous les hommes, autant que cela dépend de toi (Romains 12:18). Mais Jésus dit aussi : « Malheur, lorsque tous les hommes diront du bien de vous. »
- Ne cherche pas d'ennemis et ne prends pas plaisir à t'en faire. Mais il semble y avoir pire que d'avoir beaucoup d'ennemis : n'en avoir aucun.
- Le pasteur distingue deux camps. Ceux qui cherchent à plaire détestent le conflit : un message qui se termine par un point les inquiète, ils se réveillent la nuit parce qu'ils ont coupé la parole à quelqu'un en réunion. Les provocateurs, eux, aiment le débat et ne savent pas s'ils aiment vraiment quelqu'un avant de s'être disputés avec lui.
- Dans les deux cas, ne crée pas d'inimitiés sans raison. Il cite Tony Blair, ancien Premier ministre : « Ne te fais jamais un ennemi exprès, parce que tu t'en feras beaucoup par accident. »
- Jésus était bon, compatissant, doux, aimant et sage, et il avait beaucoup d'ennemis. Aucun n'était le fruit d'un péché de sa part. « S'il avait seulement cherché à plaire, il n'aurait jamais été crucifié. » La vie est trop courte pour se faire des ennemis pour des choses sans importance, mais trop importante pour vivre dans la peur de s'en faire un.
- Un vendredi soir, dans un pub, un ami non chrétien l'interroge sur la foi pendant une heure et demie, puis lui dit : « Tu m'as convaincu. Je veux devenir chrétien. » Ils prient dans la rue, devant le pub. Deux semaines plus tard, l'ami lui annonce qu'il a rompu avec sa petite amie, qui ne s'intéressait pas à la foi, en lui répétant tout ce que « Steve » avait dit. Elle l'a plutôt bien pris, mais elle est très en colère contre le pasteur.
- Il aurait aimé que la conversation se passe autrement, mais il ne regrette pas d'avoir parlé de sa foi. Parfois, des ennemis apparaissent non parce que tu fais quelque chose de mal, mais parce que tu fais quelque chose de juste. Des proches deviennent froids ou critiques, des collègues n'aiment pas que ton mode de vie change.
- Il y a là un encouragement : Dieu dresse une table devant toi « en face de tes adversaires » (Psaume 23:5). Jésus a connu la polarisation politique, les conflits religieux, les insultes, les accusations et la trahison d'un de ses plus proches amis.
3. Fais face à tes ennemis : ce que « l'autre joue » ne veut pas dire
- « Si quelqu'un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l'autre » est probablement l'un des versets les plus mal compris de la Bible. Ces paroles ont servi à justifier des choses terribles.
- Jésus ne dit en aucun cas de rester dans une relation abusive. Il ne dit pas non plus qu'il n'existe jamais de légitime défense. La raison est simple : il dit d'aimer ses ennemis, et il n'est pas aimant de laisser quelqu'un continuer à te maltraiter.
- Une bagarre commence rarement par une gifle sur la joue. Un dimanche, après le culte, un homme très grand et très en colère s'approche du pasteur, de plus en plus près, au point qu'il croit recevoir un coup. Par réflexe, il recule un pied, puis se dit : « Je suis pasteur. Je ne peux pas me battre après le culte du dimanche. » Il baisse les mains. L'homme finit par vider sa colère et sort.
- Un ami de passage, habitué aux combats, a tout vu. Il lui reproche de ne pas l'avoir mis à terre : un seul coup à la mâchoire aurait suffi. En un sens, il avait raison : c'est ainsi qu'on gagne une bagarre. Mais ce n'est pas du tout ce dont Jésus parle.
- Dans une culture de l'honneur, la gifle sur la joue n'est pas faite pour blesser, c'est une insulte. Au Moyen-Orient, on tend la joue pour recevoir un baiser. Gifler la joue revient à dire : « Je ne veux pas de relation avec toi. Tu n'es pas mon égal. »
4. Trois réponses qui nourrissent la haine
- L'escalade : on te gifle, tu frappes. Tu montres que personne ne se moque de toi. Si quelqu'un répand des rumeurs sur toi, tu détruis sa réputation devant tout le monde. Des cycles de violence, de vendettas et de vengeance montent ainsi dans bien des endroits du monde.
- Les représailles : une réponse proportionnée, « œil pour œil, dent pour dent ». À l'époque, beaucoup de responsables religieux y voyaient la manière sainte de répondre.
- Le retrait : « Tu m'as insulté, tu ne veux pas de relation avec moi, je m'en vais. » C'est la rupture de contact, très courante aujourd'hui dans les amitiés et les familles. Parfois par un message du genre « Tu es mort pour moi », parfois en se fermant subtilement : tu prives la relation d'oxygène et tu la laisses mourir lentement. Ton cœur se refroidit.
- Toutes ces réponses risquent d'augmenter ta haine. Les chercheurs parlent d'asymétrie dans l'attribution des motivations : on attribue son propre comportement à l'amour et à la compassion, et celui de son ennemi à la haine, aux préjugés et à la cruauté. La spirale s'accélère alors des deux côtés.
5. Le chemin de Jésus : un reproche et une offre de réconciliation
- En un seul geste, tendre l'autre joue dit : ce que tu viens de me faire n'est pas juste. Je t'ai tendu la joue pour un baiser, tu m'as humilié. C'est une exigence d'être traité comme un égal. Cela garde la position morale et freine le mauvais comportement.
- « C'est à la fois un reproche et une offre de restaurer la relation », en se tenant face à son ennemi. Tu affirmes : je ne laisserai pas ton insulte dicter mon comportement. À l'autre de choisir : va-t-il frapper encore, ou prendre un autre chemin ? Cela déconcerte l'ennemi, mais ouvre la possibilité de reconstruire.
- Jésus lui-même a été giflé (Jean 18:22-23). Il s'est tourné vers l'officier : « Si j'ai mal parlé, fais voir ce que j'ai dit de mal ; et si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » Un reproche, et aussi une question.
- « En tant que votre pasteur, je veux vous dire : si vous ne trouvez pas ce défi difficile, vous n'en avez peut-être pas saisi la portée. » Cette difficulté l'encourage : si Jésus proposait une norme facile, il pourrait penser à une religion inventée par des hommes. Un appel aussi exigeant, qui unit le reproche du mal et l'offre d'une relation restaurée, lui fait dire : c'est peut-être Dieu.
- Concrètement : quand quelqu'un dit du mal de toi, réponds-tu de la même manière, ou fais-tu en sorte qu'on t'entende dire du bien de lui ? Quand quelqu'un est grossier, le traites-tu avec respect ? Quand un ennemi souffre, t'en réjouis-tu, ou choisis-tu d'être bon envers lui ?
- Le pasteur a connu une personne qui s'opposait à lui sans qu'il comprenne pourquoi : impolie, l'excluant sans cesse, au point d'atteindre sa confiance en lui. Une personne bien plus âgée et plus sage lui conseille : « Pourquoi ne pries-tu pas pour lui ? » Il trouve l'idée terrible : « Je ne veux pas prier pour lui. Je veux prier contre lui. »
- La nuit, incapable de dormir, il finit par prier : « Dieu, je te demande de le bénir. Je ne sais pas pourquoi il ne m'aime pas, je ne le saurai peut-être jamais. Peux-tu me montrer pourquoi tu l'aimes, et pourquoi Jésus est mort pour lui ? » Puis il s'endort profondément.
- Le comportement de cette personne n'a pas changé pendant les deux années suivantes. Mais lui a changé : parce qu'il avait remis la situation à Dieu, sa dureté ne l'atteignait plus. Au lieu d'être blessé, il éprouvait de la compassion pour lui, confiant que Dieu lui rendrait justice.
6. Aimer comme le Père est miséricordieux
- Qu'est-ce qui donne la force de bénir ceux qui maudissent et de faire le bien sans rien attendre ? Jésus répond : « Votre récompense sera grande, et vous serez fils du Très-Haut, car il est bon pour les ingrats et pour les méchants. Soyez donc miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux. »
- Certains s'en prendront à ta réputation, ta carrière, tes ambitions, tes relations, ou à un projet auquel tu participes. Consciemment ou non, ils peuvent se mettre en travers des projets de Dieu pour toi. Mais si tu es assuré d'être un enfant profondément aimé de Dieu, leurs attaques n'auront plus le même effet, et tu pourras leur montrer de la miséricorde. C'est cela, porter l'image de ton Père céleste.
- Jésus ne l'a pas seulement dit, il l'a vécu. Frappé au visage pendant son procès, il ne s'est pas vengé. Il a guéri l'oreille de Malchus, venu l'arrêter. Il a prié pour ceux qui le crucifiaient et demandé à son Père de leur pardonner.
- Le pasteur avoue se raconter parfois que son salut était facile, qu'il ne coûtait pas grand-chose, comme s'il rendait service à Dieu en le suivant. Mais la seule chose qui te sépare du juste châtiment d'un Dieu juste et aimant, c'est la croix, où la justice et l'amour se rejoignent. Le salut n'a pas été bon marché.
- Quand tu mesures le miracle du pardon de tes péchés, et que Jésus a porté la justice de Dieu à ta place, tu ne gardes plus facilement rancune et tu n'es plus aussi vite blessé par les offenses.
7. Laisse Dieu prendre ta défense
- On craint parfois, si l'on ne se venge pas, de rater des occasions et d'être dépassé par les autres. « Tout avantage que tu gagnerais par la vengeance n'est rien comparé à la récompense qui t'attend de la part de ton Père céleste. »
- « Dieu aime prendre ta défense, et il aime le faire de la manière la plus complète. Il n'a pas besoin de ton aide pour te défendre. »
- Il peut prendre tout le mal que tes ennemis ont voulu te faire et le changer en bien, pour sauver la vie de beaucoup (Genèse 50:20). Il peut changer leur haine en aide, leur malédiction en bénédiction, leur persécution en louange.
- Imagine la différence dans nos lieux de travail, nos quartiers, nos écoles, nos universités et nos familles si nous disions : « Vous pouvez m'attaquer, mais je vous bénirai. Je prierai pour vous. Et je vous aimerai, parce que j'ai une grande confiance en Jésus, qui est mort pour moi. »
- Le message se termine par la prière avant la sainte cène : nous pouvons nous approcher de la table du Seigneur comme amis de Dieu, grâce à Jésus qui a uni la justice et l'amour.
Points à retenir
- Jésus se tient du côté des opprimés, et c'est précisément là qu'il dit : aimez vos ennemis. La passion pour la justice ne doit pas consumer l'amour.
- Ne cherche pas d'ennemis, mais ne vis pas dans la peur d'en avoir. Certains apparaissent parce que tu fais ce qui est juste.
- Tendre l'autre joue, ce n'est pas subir des abus : c'est refuser l'escalade, les représailles et le retrait, pour dire à la fois « ce n'est pas juste » et « la relation peut être restaurée ».
- Prier pour celui qui te fait du mal ne change pas forcément son comportement, mais cela peut te changer, toi.
- Assuré d'être un enfant aimé du Père, et conscient du prix de la croix, tu peux laisser Dieu prendre ta défense.
Application personnelle
- Quelle personne te vient à l'esprit quand tu lis « aimez vos ennemis » ?
- Es-tu plutôt de ceux qui cherchent à plaire ou de ceux qui aiment la confrontation ? Comment cela influence-t-il ta manière de gérer les conflits ?
- Face à une offense, vers quelle réponse penches-tu : l'escalade, les représailles ou le retrait ?
- Peux-tu, cette semaine, prier pour cette personne et demander à Dieu de la bénir et de te montrer pourquoi il l'aime ?
- Dans quelle situation as-tu besoin de cesser de te défendre toi-même pour laisser Dieu prendre ta défense ?
Versets cités
- Luc 6:26-36
- Luc 6:20-23
- Romains 12:18
- Psaume 23:5
- Exode 21:24
- Jean 18:22-23
- Jean 18:10
- Luc 22:50-51
- Luc 23:34
- Genèse 50:20
Questions fréquentes
Que veut dire Jésus par « tends-lui aussi l'autre joue » ?
Pour Stephen Foster, il ne s'agit ni de rester dans une relation abusive ni de renoncer à toute défense : il ne serait pas aimant de laisser quelqu'un continuer à te maltraiter. Dans une culture de l'honneur, la gifle sur la joue est une insulte. Tendre l'autre joue revient à dire : ce que tu viens de faire n'est pas juste, et en même temps je t'offre de rétablir la relation.
Est-il normal pour un chrétien d'avoir des ennemis ?
Jésus dit : « Malheur, lorsque tous les hommes diront du bien de vous. » Il ne faut pas chercher à se faire des ennemis, mais il est presque impossible d'y échapper. Jésus en avait beaucoup, sans qu'aucun ne soit le fruit d'un péché de sa part. Certains ennemis apparaissent justement quand tu commences à suivre les projets de Dieu pour ta vie.
Comment trouver la force d'aimer ses ennemis ?
Jésus rappelle que tu es enfant du Très-Haut, qui est bon pour les ingrats et pour les méchants. Si tu es assuré d'être un enfant aimé de Dieu et si tu mesures le prix de la croix, les attaques n'ont plus le même pouvoir sur toi. Tu peux faire confiance à Dieu pour prendre ta défense, et prier pour ceux qui te font du mal.