Introduction
La veille de ce culte, le 10 octobre, c'était la Journée mondiale de la santé mentale. Le pasteur de la Primera Iglesia Evangélica Bautista de Madrid part d'un chiffre : une personne sur sept dans le monde souffre de problèmes de santé mentale. Une sur sept aussi parmi les chrétiens. « Nous sommes 300 ici », dit-il à son assemblée : il y a donc forcément, dans la salle, des personnes qui traversent ce combat.
Pour lui, c'est « un champ de mission énorme » auquel les Églises n'ont souvent pas prêté attention. Elles doivent apprendre à accompagner ceux qui souffrent, et à se laisser accompagner quand ce sont elles qui souffrent.
La Bible ne parle pas de santé mentale au sens moderne du terme : le concept date à peu près du XIXe siècle. Mais elle raconte des histoires qui aident à réfléchir. Le pasteur s'arrête sur l'une d'elles, la guérison d'un garçon après la transfiguration (Marc 9:14-29), et en tire cinq idées pour l'Église.
Plan du message
1. Un miracle en Marc 9, et un diagnostic incertain
- En descendant de la montagne de la transfiguration, Jésus trouve ses disciples entourés d'une foule, en pleine discussion avec des scribes. Un père a amené son fils, possédé d'un esprit muet, et les disciples n'ont pas pu le chasser.
- Les personnages sont posés : un père désespéré, comme Jaïrus, dont il parlait deux semaines plus tôt ; un garçon malade ou possédé ; des disciples dépassés ; une foule qui discute ; et surtout un Jésus qui s'intéresse à ce cas.
- Matthieu, Marc et Luc racontent tous les trois ce miracle après la transfiguration, mais ils ne s'accordent pas sur ce qu'a le garçon. Marc parle d'un esprit muet et sourd, Luc d'un esprit impur, et Matthieu d'un garçon « lunatique ».
- Dans l'Antiquité, on attribuait l'épilepsie à Séléné, la déesse Lune : d'où le mot « lunatique ». On l'appelait aussi le « mal sacré ». Un mal causé par une divinité ne pouvait être guéri que par quelqu'un de divin. Les Juifs, eux, attribuaient toute maladie à l'influence du démon.
- Le pasteur se souvient de son groupe de jeunes, où trois filles étaient épileptiques : une sortie s'était terminée à l'hôpital en pleine crise. Une crise peut être spectaculaire et faire peur.
- Il le précise : l'épilepsie n'est pas une maladie mentale, et ce garçon n'avait pas une maladie mentale au sens moderne. Mais la manière dont nous nous approchons de cette histoire peut aider l'Église à s'approcher de la maladie mentale.
2. La santé mentale est importante
- On entend souvent dire que celui qui veut se suicider ne prévient personne, et que celui qui en parle cherche seulement à attirer l'attention. Les spécialistes avertissent au contraire qu'il faut être attentif aux signaux : ce ne sont pas des appels à l'attention, ce sont des appels au secours.
- Le premier geste de Jésus est de s'intéresser : « Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive ? » Le père répond : « Depuis son enfance. » Marc est le seul à rapporter cette conversation.
- Derrière chaque diagnostic, il y a une histoire de souffrance, de peur, d'angoisse et d'incompréhension. Nous comprenons vite qu'une personne en fauteuil roulant a besoin d'aide. C'est plus difficile quand la maladie est dans le cœur ou dans la tête et ne se voit pas.
- Le pasteur raconte qu'un de ses amis pensait que tout cela était des « bêtises », jusqu'au jour où il est tombé lui-même en dépression.
- Il dénonce les phrases qui minimisent : « Ce n'est pas si grave », « Pense aux enfants d'Afrique qui meurent de faim », « C'est une question d'attitude », « Il est un peu fragile ». Celui qui se casse une jambe n'est pas jugé moins que les autres. Celui qui souffre dans sa santé mentale ne l'est pas non plus.
3. La santé mentale est complexe
- Le pasteur évoque le principe KISS (« keep it simple, stupid ») : la plupart des systèmes fonctionnent mieux quand ils restent simples, comme les applications du téléphone que même les plus âgés utilisent sans difficulté. Mais certains domaines de la vie restent complexes, et la santé mentale en fait partie.
- « Si c'était si simple, le traitement serait évident », et le malade chercherait de l'aide dès le premier jour. Il cite des études : en 2013, en Espagne, il fallait en moyenne dix semaines pour diagnostiquer une dépression majeure ; en 2024, une étude menée dans plusieurs pays parlait de neuf semaines en moyenne sans traitement avant de poser le diagnostic et de trouver le traitement adapté à un premier épisode psychotique. Pour un trouble bipolaire, il faut souvent beaucoup de temps avant de comprendre ce qui se passe.
- Les évangélistes s'accordent quand quelqu'un est aveugle ou lépreux. Ici, chacun donne un nom différent au mal du garçon : la complexité se voit jusque dans le récit, et dans le désarroi des disciples à la fin de l'histoire.
- Quand un frère ou une sœur de l'Église te dit qu'il traverse une dépression, ne le règle pas avec une phrase simple, « la phrase des funérariums » : « C'est la vie, on passe tous par là. »
- « Parfois il faut laisser des espaces vides dans la vie », dit le pasteur. Ce dont la personne a besoin, c'est que tu sois à côté d'elle, d'une présence qui accompagne, comme celle de Jésus.
4. La santé mentale a besoin d'aide
- Les trois Évangiles rapportent que le père avait d'abord demandé de l'aide aux disciples, et qu'ils n'avaient rien pu faire. Comme Jaïrus, comme la femme qui touche le vêtement de Jésus, ce père cherche de l'aide quand il n'y a plus rien à faire.
- Le pasteur raconte la conversion de ses grands-parents. Sa grand-mère a été malade toute sa vie, depuis la naissance de ses enfants. Après avoir cherché du côté des médecins, des pseudo-médecins et des guérisseurs, ils ont trouvé une Église et ils ont trouvé Jésus. « Ma grand-mère n'a pas été guérie, mais leurs vies ont été transformées. »
- Aujourd'hui, les spécialistes manquent et les rendez-vous chez le psychiatre ou le psychologue tardent. Alors fleurissent les « guérisseurs au rabais » et les pseudo-thérapeutes, qui font perdre l'argent, le temps et l'espérance.
- Il dit parfois à quelqu'un dans son bureau : « Tu as besoin de parler de questions pastorales, mais tu as besoin aussi d'aller voir le psychiatre ou le psychologue. » Si quelqu'un faisait un infarctus pendant le culte, l'Église prierait, et elle appellerait aussi les secours en courant.
- Quand un os se casse, on va tout de suite chez le médecin. « Quand c'est l'âme ou la tête qui se casse, cela nous coûte beaucoup plus. » Dans beaucoup d'Églises, la maladie mentale reste un tabou : on la cache, et elle s'aggrave.
- Faire confiance à la main puissante de Jésus n'empêche pas de faire confiance aux bons professionnels. La santé mentale ne se résout pas « avec quatre prières bien intentionnées », même si elles sont nécessaires.
5. La santé mentale ne définit pas la personne
- Le diagnostic est important pour savoir ce qui se passe. Mais quand il devient une étiquette, il fait du mal. Dire « cette personne souffre de schizophrénie » n'est pas dire « c'est un schizophrène ». Dire « elle traverse une dépression » n'est pas dire « c'est une dépressive ».
- Personne ne dit « voilà l'hypertendu » ou « voilà le diabétique ». Nous tombons tous malades, et nos corps s'abîment avec le temps. Mais pour la maladie mentale, les étiquettes tombent parfois comme des dalles de pierre sur ceux qui souffrent.
- « Le diagnostic décrit une partie de la réalité d'une personne, mais il n'épuise pas la réalité de cette personne. » Le pasteur cite le film Un homme d'exception, avec Russell Crowe, sur un mathématicien brillant qui souffrait de schizophrénie.
- La Bible elle-même, fille de son temps, parle de « l'aveugle », « le lépreux », « le démoniaque », sans donner de nom. Mais les Évangiles montrent que Jésus tendait toujours la main, réintégrait ceux qui souffraient et aidait à démonter les stigmates.
- Le pasteur prend des médicaments contre l'hypertension, sa famille est hypertendue, et cela l'accompagnera sans doute toute sa vie. Pourtant personne ne passe ses journées à le rappeler. « Les gens sont beaucoup plus qu'un diagnostic. »
6. Distinguer santé mentale et santé spirituelle
- Au temps de Jésus, on liait toute maladie au péché et aux démons. Les disciples demandent devant l'aveugle-né : qui a péché, lui ou ses parents ? Jésus répond que c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui (Jean 9:1-3).
- Le pasteur ne dit pas qu'il n'y a pas de démons. Certains dans l'assemblée viennent de pays où ils ont vu la puissance des ténèbres dans la sorcellerie ou la santería. Peut-être ce garçon était-il possédé ; il ne le sait pas.
- Mais il existe des Églises, « pas ici, grâce à Dieu », où l'on fait croire à une personne déprimée qu'elle est possédée. Elle se sent mal à cause de sa dépression, et en plus on essaie de lui chasser un démon.
- On pense aussi qu'une mauvaise santé mentale révèle une mauvaise santé spirituelle : « Si tu es croyant, tu ne devrais jamais faire de dépression. » Nous ne disons pourtant jamais cela d'un bras cassé.
- Le père de l'histoire reconnaît sa limite : « Je crois, je veux croire, mais aide-moi là où mes forces ne vont pas. » La foi aide à supporter les moments difficiles. Le prophète Ésaïe le dit : si tu marches dans le feu, tu ne te brûleras pas, et si tu traverses les eaux, tu ne seras pas submergé (Ésaïe 43:2).
- Mais parfois, ce n'est pas seulement une question de foi. Avoir un problème de santé mentale ne veut pas dire que ta foi est plus petite. Le pasteur rappelle le passage en Espagne de Nick Vujicic, l'évangéliste australien né sans bras ni jambes, qui confiait avoir lutté, dix-huit mois plus tôt, contre une profonde dépression. Son témoignage a pourtant inspiré beaucoup de monde.
7. Jésus tend la main
- Spectateur dans cette foule, tu aurais vu un père désespéré, une longue histoire de recherche de solutions, des disciples qui ne savent pas comment aider, et surtout un Jésus qui tend la main.
- Jésus regarde le problème en face, il lui donne un nom, il écoute l'histoire du père, il s'intéresse et pose des questions. Puis il prend le garçon par la main, le relève et le réintègre pour qu'il redevienne « un de plus » parmi les autres.
- L'Évangile invite l'Église à faire de même : écouter, aider, réintégrer celui qui souffre, au lieu de se laisser conduire par les croyances erronées, les stigmates et les préjugés.
- Une personne sur sept parmi nous, dans le quartier, dans les familles : l'Église serait une bénédiction si elle devenait un peu plus sensible pour comprendre et accompagner.
- Et si tu es l'une de ces personnes : « Tu es dans le cœur du Seigneur Jésus. » Ta santé mentale lui importe, il ne te met pas d'étiquette, il t'aime comme tu es et il veut t'aider dans ce combat.
Points à retenir
- La santé mentale est importante : les appels à l'attention sont en réalité des appels au secours, et Jésus commence par s'intéresser à l'histoire de celui qui souffre.
- Elle est complexe : ne la règle pas avec une phrase toute faite, ta présence vaut mieux que tes réponses.
- Elle a besoin d'aide : prier et consulter un professionnel ne s'opposent pas.
- Un diagnostic décrit une partie de la réalité d'une personne, il ne la définit pas.
- Une mauvaise santé mentale ne fait pas de toi un moins bon croyant.
Application personnelle
- Quelle phrase toute faite as-tu déjà dite à quelqu'un qui traversait une dépression, et que pourrais-tu faire à la place ?
- Y a-t-il autour de toi une personne dont les « appels à l'attention » pourraient être des appels au secours ?
- Si tu souffres en ce moment, qu'est-ce qui t'empêche de demander l'aide d'un professionnel ?
- Quelles étiquettes poses-tu sur certaines personnes, et comment pourrais-tu les regarder comme Jésus les regarde ?
- As-tu déjà pensé, pour toi ou pour un autre, que la souffrance psychique était un manque de foi ?
Versets cités
Questions fréquentes
Le garçon de Marc 9 souffrait-il d'une maladie mentale ?
Le pasteur précise que non. Matthieu parle d'un garçon « lunatique », un mot que l'Antiquité associait à l'épilepsie, et l'épilepsie n'est pas une maladie mentale. Mais la manière dont Jésus s'approche de ce garçon et de son père éclaire la façon dont l'Église peut s'approcher de ceux qui souffrent dans leur santé mentale.
Une dépression est-elle le signe d'un manque de foi ?
Non. Pour le prédicateur, avoir un problème de santé mentale ne veut pas dire que ta foi est plus petite ni qu'un peu plus de foi suffirait à le résoudre. La foi aide à traverser les moments difficiles, mais tu traverses une maladie, comme chacun en traverse au cours de sa vie. Un croyant peut se casser un bras ; il peut aussi traverser une dépression.
Faut-il prier ou consulter un professionnel de santé mentale ?
Les deux. Face à un infarctus pendant le culte, l'Église prierait et appellerait aussitôt les secours. Le pasteur invite à faire de même pour la santé mentale : confier sa vie à Jésus et, en même temps, aller voir un psychiatre ou un psychologue. La santé mentale ne se règle pas avec quatre prières bien intentionnées, même si elles sont nécessaires.