Introduction
« La réaction britannique classique, c'est de se sentir un peu mal à l'aise : oh non, on va parler d'argent. » Darren Wolf, pasteur principal de Christ Church Spitalfields, à Londres, prend le sujet de face. Ce que Jésus veut, dit-il, c'est que tu connaisses la liberté avec ton argent, tes richesses et tes biens, et qu'il brise les relations dysfonctionnelles que nous entretenons avec nos affaires.
Le texte du jour est Matthieu 6:1-4 : « Quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite, afin que ton aumône se fasse en secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » Pourtant, le pasteur ne commence pas par notre argent. Il commence par Dieu : « Nous adorons un Dieu généreux, et c'est par là que nous commençons. »
Le message suit un chemin simple : la générosité de Dieu, la manière dont Jésus parle du don, trois habitudes pratiques, puis ce qui freine notre générosité : nous oublions la récompense.
Plan du message
1. Nous adorons un Dieu généreux
- Tout dans l'univers vient de Dieu et tout est mis à notre disposition. Dieu a créé un monde « entièrement approvisionné », pas « à moitié vide comme mon frigo ».
- Ce monde contient tout ce qu'il faut pour que l'être humain s'épanouisse : nourriture, eau, matériaux de construction, pierres précieuses, or, de quoi cultiver la terre, créer, commercer. Pas seulement le strict nécessaire : plus que ce dont nous avons besoin.
- Cette générosité est pour tout le monde. Jésus le dit dans le Sermon sur la montagne : le Père « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes » (Matthieu 5:45).
- Quand nous nous étions séparés de lui, Dieu est revenu vers nous plus généreux encore : il a envoyé son Fils.
- Jésus est généreux comme son Père. Ses disciples voulaient renvoyer la foule, mais il nourrit cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, jusqu'à ce que tous soient rassasiés, et il reste douze paniers. « Ça, c'est généreux. »
- « L'amour est sa nature et la générosité est son caractère, et Dieu continuera de donner, quoi qu'il lui en coûte. »
2. Une générosité qui a coûté au Père
- Paul écrit aux Corinthiens : « Vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s'est fait pauvre, de riche qu'il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis » (2 Corinthiens 8:9).
- Jésus est venu du ciel sur la terre et il est mort sur une croix romaine pour que tu sois ramené dans la famille de Dieu. « C'est la générosité au maximum. »
- Si tu veux suivre Dieu, tu es l'un de ses enfants. Et les enfants ressemblent à leur Père : ils reflètent son caractère et deviennent généreux sans faire de distinction.
- Nous savons déjà un peu ce qu'est la générosité. Jésus le dit : « Si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent » (Matthieu 7:11).
- La question devient : comment passer d'un peu de générosité à toute une vie généreuse ? On l'apprend de celui qui l'a vécue parfaitement. C'est tout le sens d'être apprenti de Jésus : s'asseoir aux pieds du maître.
3. « Quand tu donnes » : Jésus suppose une Église qui donne
- Dans le Sermon sur la montagne, Jésus parle de notre rapport à l'argent non pas une ou deux fois, mais six fois.
- Il dit « quand tu donnes », pas « si tu donnes ». « Il n'existe aucune version de l'Église que Jésus nous présente où donner n'est pas la chose normale. » Un disciple qui ne donne pas, ce n'est pas une catégorie que Jésus envisage.
- Le mot employé pour le don vient du mot grec qui signifie la miséricorde. C'est un don de compassion, comme celui du Père et du Fils, et non une démarche où l'on chercherait soi-même des gens qu'on juge dans le besoin.
- Ce don était communautaire : la collecte hebdomadaire à la synagogue ou au temple, et la distribution quotidienne de nourriture à ceux qui manquaient. « Ce n'est pas de la charité privée en indépendant. C'est l'économie de la maison de Dieu, et c'est une économie de générosité. »
4. La veuve et ses deux petites pièces
- Marc 12 : Jésus, assis vis-à-vis du tronc, regarde les gens donner. Beaucoup de riches mettent beaucoup. Une pauvre veuve met deux petites pièces. Jésus dit qu'elle a donné plus que tous les autres, car « elle a mis de son nécessaire, tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre ».
- « Tu es peut-être ici et tu es peut-être riche. Tu es peut-être ici et tu te sens pauvre. » Le texte parle aux deux.
- À qui donne-t-elle ? Au temple, que Jésus juge corrompu ; il a une très mauvaise opinion de ses responsables. Pourtant, il ne dit pas qu'elle aurait dû garder son argent ou le donner ailleurs. Il dit qu'elle a bien fait.
- « Ton don n'est pas une note de satisfaction attribuée à une Église plus ou moins bonne. Ton don est d'abord un acte d'adoration envers Dieu. »
- Cette veuve fait partie de la maison de Dieu qui donne : elle sait sans doute qu'il y aura une distribution de nourriture le lendemain. Dans l'Église aussi, il s'agit de donner, d'aider et d'être aidé. Le pasteur invite ceux qui ont besoin d'un coup de main pour leurs finances à en parler à lui, à leur responsable de groupe ou à un responsable de l'Église.
5. Trois habitudes : une priorité, un pourcentage, un plan
- Une priorité. Les Macédoniens « se sont d'abord donnés eux-mêmes au Seigneur, puis à nous, par la volonté de Dieu » (2 Corinthiens 8:5). Le don est d'abord une offrande de soi. Darren Wolf donne en début de mois par virement permanent : sinon, il y aurait toujours quelque chose à acheter d'abord. « N'achète pas d'abord pour donner ensuite avec ce qui reste. Donne d'abord. »
- Un pourcentage. La bonne volonté « est agréable en raison de ce qu'elle peut avoir à sa disposition, et non de ce qu'elle n'a pas » (2 Corinthiens 8:12), et dans l'Église primitive, chacun donnait selon ses moyens (Actes 11:29). Le chiffre compte moins que le cœur, qui se verra dans les chiffres. Dans la maison de Dieu, on ne demande pas « quel est le minimum ? », mais « jusqu'où puis-je être généreux ? ».
- 10 % est un bon repère, mentionné dans toute la Bible et approuvé par Jésus. Si c'est trop pour toi, commence par beaucoup moins, par exemple 10 livres par mois, « je ne sais pas si ça fait encore deux cafés ». Quand il a commencé à suivre Jésus, le pasteur donnait 3 % de ses revenus. Aujourd'hui, il donne plus de 10 %, non pour être félicité, mais pour dire : « Je suis à l'intérieur de cette maison de générosité, pas à l'extérieur. »
- Un plan. « Que chacun de vous, le premier jour de la semaine, mette à part » (1 Corinthiens 16:2). Le don est régulier, décidé à l'avance, lié au dimanche et au culte.
- « Que chacun donne comme il l'a résolu en son cœur, sans tristesse ni contrainte ; car Dieu aime celui qui donne avec joie » (2 Corinthiens 9:7). Don planifié et don joyeux sont alliés : tu décides calmement à l'avance, pour donner ensuite librement et avec joie.
6. Ce qui freine la générosité : oublier la récompense
- Le pasteur se pose la question à lui-même : « Pourquoi ne suis-je pas plus généreux ? » Sa réponse : il perd de vue la récompense, dont Jésus parle sans relâche dans le Sermon sur la montagne.
- « Ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra » (Matthieu 6:4). Si nous saisissions l'ampleur de cette récompense, nous nous considérerions riches et nous résisterions moins à la générosité.
- Est-ce intéressé ? Donner 100 livres à Dieu pour en recevoir 200 ? « Non, absolument pas. » C.S. Lewis l'explique : on dit qu'un homme est intéressé s'il épouse une femme pour son argent, mais le mariage est la récompense normale d'un vrai amoureux, et il n'est pas intéressé de le désirer.
- « La récompense n'est pas un bonus ajouté, c'est la chose elle-même. » La récompense, c'est Dieu tout entier : la présence intime du Père, Jésus qui se donne à toi et pour toi, le Saint-Esprit répandu sur toi, le « c'est bien » de Dieu, la joie d'être vu et connu de lui.
7. Pour qui donnes-tu ?
- « Chaque don a un public. » Jésus en distingue trois : les autres, toi-même ou ton Père.
- Les hypocrites ont fait du don un spectacle. Ce n'est pas seulement une mauvaise image, c'est une adoration mal dirigée : ils adorent l'opinion des autres.
- « Que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite » : attention à ne pas te féliciter toi-même de ton don.
- Retour à la veuve : qui la voit ? Jésus. Il la montre à ses disciples et célèbre ce qu'elle a fait. Elle est sans doute rentrée chez elle sans savoir que quelqu'un l'avait remarquée, et aujourd'hui son geste est célébré dans le monde entier.
- Il en va de même pour toi : la plupart du temps, tu ne verras pas ce que produit ton don. Mais ton Père voit, et il transforme ce don caché en renouveau de l'est de Londres pour l'Évangile : des invités au parcours Alpha, des jeunes familles qui repartent avec une Bible.
- « L'Église n'est pas une association religieuse que tu soutiens pour qu'elle fasse de bonnes choses. Tu fais partie d'une maison de frères et sœurs généreux, et nous donnons parce que nous avons un Père généreux. »
Points à retenir
- Avant de parler de ton argent, regarde Dieu : il a tout donné, jusqu'à son Fils, et ses enfants lui ressemblent.
- Jésus dit « quand tu donnes » : une vie de disciple sans don n'est pas une option qu'il envisage.
- Ton don est d'abord un acte d'adoration envers Dieu, pas une note attribuée à une Église.
- Donne en priorité, selon un pourcentage, avec un plan décidé à l'avance, pour donner librement et avec joie.
- La récompense du Père, c'est Dieu lui-même. Il voit dans le secret ce que personne d'autre ne remarque.
Application personnelle
- Quel rapport entretiens-tu avec ton argent et tes biens : liberté, inquiétude, gêne, attachement ?
- Dans ton budget, le don vient-il en premier ou avec ce qui reste en fin de mois ?
- Te demandes-tu « quel est le minimum ? » ou « jusqu'où puis-je être généreux ? ». Quel montant ou quel pourcentage Dieu met-il sur ton cœur ?
- Pour qui donnes-tu vraiment : pour le regard des autres, pour te sentir bien, ou pour ton Père qui voit dans le secret ?
- Si tu ne donnes pas encore, quel premier pas, même modeste, peux-tu faire cette semaine ?
Versets cités
- Matthieu 6:1-4
- Matthieu 5:45
- Matthieu 14:13-21
- 2 Corinthiens 8:9
- Matthieu 7:11
- Marc 12:41-44
- 2 Corinthiens 8:5
- 2 Corinthiens 8:12
- Actes 11:29
- 1 Corinthiens 16:2
- 2 Corinthiens 9:7
Questions fréquentes
Que veut dire Jésus par « que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite » ?
Pour Darren Wolf, Jésus met en garde contre deux mauvais publics pour notre don. Le premier, ce sont les autres : les hypocrites font de leur don un spectacle et adorent l'opinion des gens. Le second, c'est soi-même : se féliciter de sa propre générosité. Le seul vrai public du don, c'est le Père qui voit dans le secret.
Donner pour être récompensé par Dieu, est-ce intéressé ?
Non. Darren Wolf écarte l'idée qu'on donnerait 100 livres à Dieu pour en recevoir 200. Avec C.S. Lewis, il explique que le mariage est la récompense normale d'un vrai amoureux, sans que celui-ci soit intéressé. La récompense du Père n'est pas un bonus ajouté : c'est Dieu lui-même, sa présence, son Esprit, son « c'est bien ».
Comment développer l'habitude de donner selon Darren Wolf ?
Il propose trois repères tirés des lettres de Paul : faire du don une priorité (donner d'abord, avant de dépenser), un pourcentage (selon ce qu'on a, 10 % étant un bon repère) et un don planifié (décidé à l'avance, régulier, pour donner ensuite librement et avec joie).