Introduction
À Holy Trinity Clapham, à Londres, l'Église sort d'un long chantier de travaux. Au fil de la série « When God Builds Community », l'équipe a montré des photos du bâtiment avant et après. Ce qui a frappé Andy Monks, qui prêche ce dimanche soir, ce n'est pas seulement ce qui a été construit, mais tout ce qu'il a fallu enlever. La semaine précédente, les derniers bungalows de chantier ont enfin quitté le terrain.
C'est l'image qu'il retient pour Matthieu 18 : quand Dieu bâtit une communauté, certaines choses doivent être retirées. Il y a en chacun de nous des attitudes, des fardeaux, des habitudes que Jésus veut enlever.
Le chapitre rassemble, selon lui, cinq courts enseignements de Jésus adressés à son Église. Chacun aide à comprendre ce qu'il faut pour bâtir une communauté, mais chacun invite aussi à regarder en soi : qu'est-ce que Dieu veut enlever de ma vie ce soir ?
Plan du message
1. Entrer avec humilité : en finir avec la comparaison
- Le chapitre s'ouvre sur une question des disciples : « Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? » (Matthieu 18:1). Andy Monks y voit une querelle : les disciples se comparent et cherchent à savoir lequel d'entre eux est le meilleur.
- Cette course à la grandeur, omniprésente dans notre culture, s'infiltre jusque dans le cercle des disciples.
- La première parole de Jésus est très directe : « Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux » (Matthieu 18:3). Autrement dit : il faut changer.
- Au verset 4, celui qui se rend humble comme ce petit enfant est le plus grand. Au lieu de penser « plus haut », il faut penser « plus bas » : comment prendre la dernière place, comment servir depuis le bas ?
- Pour le prédicateur, tout le reste du chapitre en dépend. Il n'est pas possible de bâtir la communauté de Dieu sans commencer par cette position humble.
- Le défi est personnel : me suis-je surpris dans un état d'esprit de comparaison ? Suis-je meilleur que lui, plus mûr qu'elle, plus doué que les autres ? Si c'est le cas, il faut entendre à nouveau la parole de Jésus, changer, et entrer de nouveau dans le royaume avec humilité.
2. Prendre le péché au sérieux : regarder ses pouces plutôt que pointer du doigt
- Les prédications précédentes de la série avaient déjà parlé des pierres d'achoppement en Matthieu 16 et 17. Ce qui est propre à Matthieu 18:6-9, souligne Andy Monks, c'est que Jésus ne parle pas de causes extérieures : il s'adresse à nous, là où nous faisons tomber les autres ou nous-mêmes.
- Jésus veut aller à la racine de ce qui entraîne les autres, ou nous-mêmes, dans le péché. Le ton est grave : la meule de moulin, la main, le pied, l'œil. Il y a un vrai prix à payer.
- Couper, jeter, arracher : c'est l'image d'une séparation. Notre péché nous sépare de Dieu, et Jésus est mort sur la croix pour ôter cette séparation. Ici, par son Esprit, il nous appelle à identifier ce qui nous fait tomber et à nous séparer de ce qui nous sépare de lui.
- Le prédicateur propose une image : une Église qui n'utilise pas ses index mais ses pouces. Quand des personnes se blessent, ce qui arrive toujours en communauté, la question n'est pas d'abord « qui est en faute ? », mais « qu'y a-t-il en moi qui fait trébucher les autres ? »
3. Aller chercher celui qui s'éloigne
- Les versets 10 à 14 racontent la parabole bien connue des cent brebis. Dans l'Évangile de Luc, ce récit est souvent intitulé « la brebis perdue ». Dans la Bible que lit Andy Monks, le passage de Matthieu porte un autre titre : la brebis qui s'égare.
- La nuance compte. Une brebis perdue fait penser à quelqu'un qui n'a jamais connu Jésus. Une brebis égarée, c'est quelqu'un qui faisait partie de la communauté, qui suivait Jésus avec les autres, puis qui s'est éloigné pour faire sa propre vie.
- Beaucoup s'y reconnaissent : grandir à l'Église, puis s'éloigner un temps, à l'adolescence ou à l'université. « Si tu es de retour dans la communauté, Dieu soit loué. »
- Le mot « un » revient plusieurs fois : Dieu a un cœur pour chaque personne. Le verset 14 le dit : « De même, ce n'est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu'il se perde un seul de ces petits. »
- Andy Monks confesse qu'il a souvent remarqué l'absence de quelqu'un, à l'Église ou dans un parcours Alpha, en se demandant ce que devenait cette personne, sans jamais prendre son téléphone pour lui écrire ou l'appeler.
- Le défi : avoir le cœur de Dieu pour ceux qui s'éloignent, y compris dans nos groupes de maison, et passer à l'action. Et prier pour que ceux qui errent reviennent dans la communion de ceux qui suivent Jésus.
4. Gérer les drames : le privé avant le public
- Le quatrième point fait sourire l'assemblée : comment gérer les drames dans la communauté de Dieu ? Certains, avoue le prédicateur, aiment un peu le drame.
- À partir du verset 15, Jésus donne un modèle pour les moments où le péché surgit, où quelqu'un nous blesse, où un drame menace : « Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. » Puis, s'il n'écoute pas, prendre une ou deux autres personnes avec soi, puis le dire à l'Église.
- Jésus pense « privé avant public ». Notre culture pense l'inverse : on en parle à beaucoup de monde, on fait du bruit, on implique toujours plus de gens, et ce n'est qu'à la fin que quelqu'un suggère : « Et si tu lui parlais directement ? »
- Même la dernière étape surprend : celui qui refuse d'écouter l'Église doit être pour nous « comme un païen et un publicain » (verset 17). Or Matthieu, qui a écrit cet Évangile, était lui-même collecteur d'impôts. Les publicains étaient alors considérés comme les pires des pires, ceux qui volaient et maltraitaient les gens. Et la vie de Matthieu a été transformée par la manière dont Jésus l'a traité.
- Pour Andy Monks, cela signifie que même si rien ne se règle, nous devons offrir à l'autre autant de grâce que possible : la même grâce que Jésus a montrée à Matthieu, et à nous-mêmes.
5. Un témoignage : là où deux ou trois sont assemblés
- Le prédicateur raconte une histoire personnelle. Il y a des années, il vivait une relation à distance, sur deux continents. La relation était bonne, mais il a senti de la part du Seigneur que ce n'était pas ce que Dieu voulait pour l'un ni pour l'autre, et il y a mis fin au téléphone.
- Peu après, il apprend que la jeune femme se marie. Des années plus tard, de retour dans ce pays, il la croise dès le premier jour et réalise qu'une part de lui reste froissée qu'elle ait tourné la page si vite. Un ami commun lui transmet alors une proposition : se retrouver tous les trois.
- Elle n'est pas allée en parler à d'autres et n'a pas créé de drame : elle a gardé la chose dans le cadre privé décrit par Jésus. La conversation est honnête. Elle partage la douleur ressentie lors de la rupture. Tous deux se demandent pardon et s'honorent comme frère et sœur en Christ.
- Avant de se quitter, elle confie que son mari et elle attendent depuis longtemps un enfant qui ne vient pas, et lui demande de prier pour eux. Quelques semaines plus tard, l'ami présent à la rencontre l'appelle : le couple attend un enfant, conçu la semaine même de cette prière. Pour le prédicateur, c'est l'un des plus grands miracles qu'il ait vus.
- Il relit alors Matthieu 18:20 : « Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux. » Le verset vaut pour tout rassemblement de croyants, mais son contexte est précis : Jésus promet d'être présent quand deux ou trois se réunissent pour traiter un péché, une blessure, un drame.
- L'encouragement : entrer dans ces conversations difficiles, parce que Jésus promet d'y être, et que des miracles peuvent en sortir.
6. Toujours pardonner
- La série suit l'apôtre Pierre. Jusque-là, dans ce chapitre, il écoutait. À la fin, il intervient et demande combien de fois il doit pardonner à un frère ou une sœur qui pèche contre lui : jusqu'à sept fois ? Jésus répond qu'il faut aller bien au-delà (versets 21 et 22).
- Andy Monks note que les traductions rendent ce chiffre de manières différentes, mais l'image est la même : un pardon multiplié. Le pardon n'est pas toujours un événement unique. Il faut parfois pardonner encore et encore aux mêmes personnes, pour la même douleur, pour le même péché.
- La parabole du serviteur impitoyable (versets 23 à 35) montre le cœur de Jésus pour le pardon. Le royaume des cieux est semblable à un roi qui veut faire rendre compte à ses serviteurs : pour le prédicateur, ce désir de régler les comptes, c'est le cœur de Dieu. Notre péché est comme une dette envers lui, et Dieu veut que toutes nos dettes soient réglées.
- Le premier serviteur supplie, et son maître, ému de compassion, lui remet sa dette. Mais ce même serviteur refuse de remettre la petite dette de son compagnon. Le roi lui demande alors s'il ne devait pas avoir pitié de son compagnon, comme lui-même avait eu pitié de lui.
- Ce que Jésus veut pour sa communauté : que chacun reçoive son pardon, puis offre aux autres ce qu'il a reçu. Quand d'autres nous blessent, aller leur pardonner et leur montrer la même grâce que celle qu'il nous a montrée.
7. Une communauté qui attire, et un temps pour se repentir
- Tout cela paraît très difficile. Pourtant, Matthieu 19:1-2 montre que Jésus, après avoir fini cet enseignement, quitte la Galilée pour la Judée, et qu'une grande foule le suit. Pour Andy Monks, une communauté qui vit ces choses devient attirante pour un monde qui a besoin d'espérance et de communauté. Des foules peuvent vouloir suivre Jésus, et l'Église continuer d'être bâtie.
- Mais le défi reste celui du début : quand on bâtit, certaines choses doivent être enlevées, qu'il s'agisse d'un péché qui se répète ou d'un esprit de comparaison.
- Le message se termine par un temps de silence et de repentance avant la sainte cène : que le Saint-Esprit montre ce qui doit être enlevé et donne le courage de s'en repentir.
Points à retenir
- Quand Dieu bâtit une communauté, il enlève aussi : des attitudes, des habitudes, des péchés qui empêchent la construction.
- Tout commence par l'humilité : quitter la course à la grandeur et à la comparaison pour prendre la dernière place.
- Prendre le péché au sérieux, c'est regarder d'abord en soi, avec ses pouces plutôt qu'avec un index pointé vers les autres.
- Dieu a un cœur pour celui qui s'éloigne de la communauté, et il nous appelle à aller vers lui, concrètement.
- Dans un conflit, le privé passe avant le public, la grâce reste offerte jusqu'au bout, et Jésus promet d'être présent.
- Le pardon se répète : celui qui a été pardonné offre aux autres ce qu'il a reçu.
Application personnelle
- Dans quel domaine de ta vie d'Église te compares-tu aux autres ? Que signifierait pour toi prendre la position humble d'un enfant ?
- Y a-t-il en toi une racine qui fait trébucher les autres ou toi-même ? De quoi as-tu besoin de te séparer avec l'aide de l'Esprit ?
- À qui penses-tu en lisant la parabole de la brebis égarée ? Pourrais-tu lui envoyer un message ou l'appeler cette semaine ?
- Face à une tension, en as-tu parlé à d'autres avant d'en parler à la personne concernée ? Quelle conversation privée pourrais-tu oser ?
- Qui as-tu besoin de pardonner, peut-être une fois de plus, pour la même blessure ?
Versets cités
- Matthieu 18
- Matthieu 18:1-4
- Matthieu 18:6-9
- Matthieu 18:10-14
- Matthieu 18:15-20
- Matthieu 18:21-35
- Matthieu 19:1-2
- Luc 15:3-7
- Matthieu 9:9
Questions fréquentes
Pourquoi parler de brebis égarée plutôt que de brebis perdue dans Matthieu 18 ?
Pour Andy Monks, la brebis de Matthieu 18:10-14 n'est pas d'abord quelqu'un qui n'a jamais connu Jésus, mais quelqu'un qui faisait partie de la communauté et qui s'en est éloigné. Le Père ne veut pas qu'un seul de ces petits se perde : l'Église est appelée à avoir le même cœur et à reprendre contact avec ceux qui s'éloignent.
Que veut dire « là où deux ou trois sont assemblés en mon nom » dans Matthieu 18:20 ?
Le verset vaut pour tout rassemblement de croyants, mais Andy Monks souligne son contexte : il suit l'enseignement sur la manière de régler une faute entre frères et sœurs. Jésus promet d'être présent quand deux ou trois se réunissent pour traiter un péché, une blessure ou un conflit.
Comment régler un conflit dans l'Église selon Matthieu 18 ?
Jésus place le privé avant le public : aller d'abord voir la personne seul à seul, puis avec une ou deux autres personnes, puis en parler à l'Église. Même si rien ne se règle, Andy Monks rappelle que le païen et le publicain restent des personnes à qui l'on doit la grâce, comme Jésus l'a montrée à Matthieu.