Philémon : une foi concrète qui dépasse nos droits

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Introduction

« Comment remarque-t-on que Jésus est au centre de notre quotidien ? » Patrice Berger ouvre ainsi son message à l'Église Évangélique AB Renens - Lausanne. Pas seulement le dimanche matin, quand on se rassemble, mais dans la vie de tous les jours.

Pour répondre, il prend un livre entier de la Bible : l'épître à Philémon. Quelques versets seulement, sans chapitres, qu'il lit en s'arrêtant au fil du texte. C'est l'histoire d'un esclave en fuite, d'un maître chrétien et d'un apôtre en prison qui sert de médiateur entre les deux.

Derrière cette lettre très personnelle, le prédicateur pose une question qui touche chacun de nous : sommes-nous connus pour une foi qui revendique ses droits, ou pour une foi qui agit d'une manière si concrète qu'elle interpelle ceux qui nous entourent ?

Plan du message

1. Un esclave en fuite et une lettre pour un ami

  • Le prédicateur part du film Gladiator 2, diffusé la semaine précédente à la télévision : derrière le spectacle, le scénario évoque une réalité de l'époque. Les esclaves occupaient une place considérable dans l'Empire romain, alors que les citoyens romains ne représentaient qu'environ 10 % de la population.
  • Certains esclaves faisaient des travaux manuels, d'autres administraient des biens. Mais un esclave n'avait aucun droit. S'il s'enfuyait et qu'on le retrouvait, il était sévèrement puni : il pouvait être marqué au front, voire crucifié. Des chasseurs d'esclaves professionnels traquaient les fugitifs, car un esclave était un investissement pour son maître.
  • Philémon est un croyant aisé de Colosses, ami de l'apôtre Paul. L'Église se réunit dans sa maison : au premier siècle, il n'y avait pas de bâtiments d'Église, on se rassemblait chez ceux qui avaient le plus de place.
  • Son esclave Onésime s'enfuit. Providentiellement, pendant sa fuite, il est confronté à l'Évangile et accepte Jésus comme Seigneur et Sauveur. Sa vie est transformée, et il se retrouve auprès de Paul, à qui il devient très utile.
  • Paul ne veut pas abuser de sa présence. Il écrit à Philémon pour accompagner le retour d'Onésime. C'est Tychique, un membre de l'équipe de l'apôtre, qui porte cette lettre ainsi que la lettre aux Colossiens.

2. Une lettre ouverte qui commence par la gratitude (versets 1 à 7)

  • Paul écrit en tant que « prisonnier de Jésus-Christ », avec Timothée. La lettre est adressée à Philémon, mais aussi à Apphia, que l'on pense être sa femme, à Archippe, qui pourrait être leur fils, et à l'Église qui se réunit dans leur maison. C'est une lettre ouverte, lue devant toute l'Église.
  • Paul rend grâce pour la foi de Philémon dans le Seigneur Jésus et pour son amour envers tous les saints : grâce à lui, le cœur des saints a été tranquillisé.
  • « Quel début de lettre extraordinaire ! » Le prédicateur s'est posé la question : s'il avait vécu à cette époque, l'apôtre Paul aurait-il pu écrire la même chose à son sujet ? Et toi, si l'apôtre t'envoyait une lettre, pourrait-il écrire cela ?

3. Demander au nom de l'amour plutôt qu'imposer (versets 8 et 9)

  • Paul a toute liberté en Christ pour prescrire à Philémon ce qui convient. Pourtant, c'est « au nom de l'amour » qu'il préfère adresser une demande.
  • Il se présente comme « un vieillard ». Le terme désigne un âge de 49 à 56 ans, ce qui fait sourire aujourd'hui. Mais Paul était usé par ses voyages et ses épreuves : il avait été lapidé et avait traversé beaucoup de difficultés, énumérées en 2 Corinthiens 11.
  • Le prédicateur oppose cette attitude à une technique redoutable du monde du travail : pour pousser un collaborateur à la dépression ou à la démission sans avoir à le licencier, on l'attaque à tort sur son point fort, on dénigre ce en quoi il est bon.
  • Paul fait l'inverse. Il sait que l'amour des autres est le point fort de Philémon. Il s'appuie sur ce don reçu de Jésus pour lui demander quelque chose, au lieu de l'imposer, et l'inviter à faire un pas de plus dans son attitude de foi.

4. D'inutile à utile : la puissance du salut (versets 10 à 16)

  • Paul intercède pour « son enfant », devenu son fils en prison. Il y a ici un jeu de mots perdu en français : Onésime signifie « utile », « profitable ». « Autrefois il t'a été inutile, mais maintenant il est utile, et à toi et à moi. »
  • Paul aurait été un ami étrange s'il avait continué à profiter des services d'Onésime en sachant qu'il appartenait à Philémon. Il préfère que la bonté de Philémon soit volontaire et non forcée.
  • Un esclave en fuite est devenu un frère en Christ. « Ce n'est pas vraiment une révolution, mais c'est la puissance du salut en Jésus qui accomplit cette libération. » Comme l'écrit Paul aux Colossiens, Dieu nous a délivrés de la puissance des ténèbres et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour.
  • Paul n'a pas fait campagne pour l'abolition de l'esclavage à l'échelle du monde. Il a accompagné concrètement son frère et son prochain, et il s'est occupé de ce cas-là.
  • Dans sa providence, Dieu a retourné la situation : là où le péché avait abondé, par la fuite et le vol d'Onésime, la grâce a surabondé par le salut en Jésus. L'esclave fugitif ne revient pas pour être puni. Il revient comme un frère avec qui il faut vivre le pardon, qui chantera des cantiques à côté de Philémon, de sa femme, de son fils et du reste de l'Église.

5. « Mets-le sur mon compte » (versets 17 à 21)

  • « Si donc tu me tiens pour ton ami, reçois-le comme moi-même. Et s'il t'a fait quelque tort, ou s'il te doit quelque chose, mets-le sur mon compte. »
  • Paul avait de sérieux problèmes de vue, et des membres de son équipe écrivaient les lettres qu'il envoyait. On pense pourtant qu'il a écrit lui-même les versets 18 et 19, en grandes lettres. Imagine Philémon découvrant, au milieu de la lettre, cette reconnaissance de dette écrite de la main de l'apôtre. Cela a dû être bouleversant.
  • Onésime n'était sans doute pas parti les mains vides, et son absence avait causé un préjudice. Paul propose de rembourser.
  • Paul souligne une deuxième fois qu'il aurait pu imposer. Mais il compte sur l'obéissance de Philémon : « Je ne peux pas être avec Jésus et rester insensible, comme s'il y avait la théorie et pas la pratique. »
  • Paul rappelle aussi à Philémon qu'il lui doit sa propre personne. Par le ministère de l'apôtre, Philémon a découvert qu'une grande dette avait été effacée par Jésus. Il n'a plus maintenant qu'une petite dette à régler.

6. Marc, le collaborateur réintégré (versets 22 à 25)

  • « Prépare-moi un logement » : on voit l'amitié qui unit Paul et Philémon. Que fera Philémon ? Les plus optimistes pensent qu'il a affranchi Onésime, d'autres qu'il l'a renvoyé auprès de Paul pour l'aider dans sa captivité. On ne le sait pas vraiment.
  • Les salutations finales nous laissent souvent froids. Pourtant on y reconnaît des noms : Épaphras, Marc, Aristarque, Démas, Luc.
  • Ce qui a frappé le prédicateur, c'est Marc. Il avait quitté la première équipe missionnaire de Paul et Barnabas (Actes 13). Plus tard, quand Barnabas a proposé de le reprendre, Paul a refusé, et la discussion fut si vive qu'ils formèrent deux équipes différentes.
  • Pourtant, Marc se retrouve à nouveau aux côtés de Paul, en Colossiens 4, en 2 Timothée 4 et ici dans Philémon. Celui qui avait abandonné l'équipe a été réintégré. Paul demande à Philémon le même chemin de foi concrète qu'il a lui-même vécu. Il ne dit pas « tu devrais faire ceci » en restant lui-même imperméable.

7. Une foi qui va au-delà de nos droits

  • « Nous sommes des sportifs de très haut niveau en matière d'individualisme. » Nous savons très bien, en Suisse en particulier, ce qui est juste, ce qui est ta part et ce qui est la mienne.
  • Imagine que Paul nous écrive une telle lettre : transparente, sur un sujet privé, qui parle d'aller au-delà de nos droits, avec un aspect financier, et lue devant toute l'Église. Le réflexe serait : « Occupe-toi de tes affaires. » Le prédicateur a trouvé beaucoup d'expressions dans ce sens, et aucune dans l'autre, en dehors des versets bibliques.
  • « Ma vie en Jésus ne devrait pas être un levier pour soutenir mes droits. » Elle est là pour être démontrée, même si cela coûte parfois de l'argent, même si cela va au-delà de ce que la loi exige.
  • L'Empire romain a été bouleversé parce que les croyants faisaient des choses qui allaient au-delà de ce qui était juste et dû. Cela a tellement marqué l'Empire que, trois siècles plus tard, un empereur a dû en tenir compte. « Sommes-nous connus pour être des gens déconcertants dans nos actions, ou pour être les commères du quartier ? »
  • Si cette lettre nous est parvenue, c'est sans doute que l'issue a été très favorable ; sinon, elle aurait été cachée ou détruite. Paul ne semblait d'ailleurs pas inquiet : il savait que Philémon ferait même plus que ce qu'il demandait.
  • Paul n'a pas déclenché une révolution sociale. Il a agi en croyant dans la situation qu'il vivait. Aimer son prochain comme soi-même, c'est répondre à la situation qui se présente à toi. C'est parce que tous ces croyants ont simplement vécu leur foi avec leur prochain que l'Empire a été bouleversé.
  • Le prédicateur rappelle aussi des fruits de la foi dans l'histoire : la Bible comme l'une des sources d'inspiration de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, des hospices et des hôpitaux tenus pendant des siècles par des croyants, l'abolition de l'esclavage portée en grande partie par des protestants aux XVIIIe et XIXe siècles. John Newton, l'auteur du cantique Amazing Grace, était un ancien négrier qui a ensuite œuvré contre la traite des esclaves.
  • Nous ne sommes pas forcément appelés à conduire de grands mouvements. Mais à notre niveau, nous sommes appelés à exprimer notre foi. Ce n'est rien d'extraordinaire : c'est la conséquence de ce que Christ a fait en nous, lui qui nous a remis une dette que nous ne pouvions pas payer.

Points à retenir

  • Dans sa providence, Dieu a transformé la fuite d'un esclave en rencontre avec Jésus : là où le péché a abondé, la grâce a surabondé.
  • Paul demande au nom de l'amour au lieu d'imposer. Il s'appuie sur le point fort de Philémon pour l'encourager à faire un pas de plus.
  • « Mets-le sur mon compte » : celui à qui une grande dette a été remise par Jésus peut accueillir, pardonner et renoncer à ce qui lui est dû.
  • Paul demande à Philémon ce qu'il a lui-même vécu avec Marc, le collaborateur qu'il avait écarté puis réintégré.
  • La foi en Jésus ne sert pas à défendre nos droits. Vécue concrètement avec notre prochain, elle interpelle et montre Jésus.

Application personnelle

  1. Si l'apôtre Paul t'écrivait une lettre aujourd'hui, que pourrait-il dire de ta foi et de ton amour pour les autres ?
  2. Y a-t-il une personne que tu dois accueillir à nouveau, comme Philémon avec Onésime ou Paul avec Marc ?
  3. Dans quelle situation es-tu en train de revendiquer ton dû, alors que Jésus t'invite à aller au-delà ?
  4. Quand tu demandes quelque chose à quelqu'un, t'appuies-tu sur ses points forts ou sur ses faiblesses ?
  5. Qu'est-ce qui, dans ta manière d'agir cette semaine, pourrait amener quelqu'un à se demander pourquoi tu agis ainsi ?

Versets cités

Questions fréquentes

De quoi parle l'épître à Philémon ?

Philémon, un croyant aisé de Colosses chez qui l'Église se réunit, avait un esclave, Onésime, qui s'est enfui. En fuite, Onésime a rencontré l'Évangile et s'est retrouvé auprès de l'apôtre Paul. Paul le renvoie à son maître avec cette lettre et demande à Philémon de l'accueillir non plus comme un esclave, mais comme un frère bien-aimé.

Pourquoi Paul demande-t-il au lieu d'ordonner ?

Paul avait toute liberté en Christ pour prescrire à Philémon ce qui convenait, mais il préfère demander au nom de l'amour. Patrice Berger y voit le tact de l'apôtre : au lieu d'attaquer Philémon sur son point fort, il s'appuie sur l'amour de Philémon pour les saints et l'invite à faire un pas de plus dans sa foi.

Que nous dit l'épître à Philémon aujourd'hui ?

Pour Patrice Berger, nous sommes très entraînés à revendiquer nos droits. La lettre à Philémon nous invite à une foi concrète, qui accepte parfois de coûter de l'argent et d'aller au-delà de ce qui nous est dû, afin que les gens autour de nous se demandent pourquoi nous agissons ainsi et voient Jésus.

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