Introduction
Trois articles lus le même jour, citant trois experts différents, qui n'excluent pas que l'intelligence artificielle fasse disparaître l'espèce humaine d'ici dix ans. Le lendemain, des résultats alarmants aux évaluations scolaires internationales. Le jour suivant, des blocages annoncés partout en France sur fond de prix du carburant qui explosent. Puis le président de la République qui convoque les chefs de tous les partis pour leur exposer la gravité de la situation internationale. « Anxiogène, vous avez dit ? » Le prédicateur de l'Église Évangélique Baptiste de Paris-Centre [À COMPLÉTER : nom du prédicateur] pose la question que beaucoup se posent peut-être en ce moment : avons-nous encore le droit d'espérer dans un monde dans cet état ?
Ce dimanche matin, la série sur 2 Corinthiens fait une pause, à cause d'un baptême le soir même. Après plusieurs psaumes lus en août, l'Église ouvre le Psaume 110. Un texte ancien, au langage un peu rude et culturellement éloigné de nous, et pourtant, parmi les 150, l'un des psaumes les plus cités du Nouveau Testament : huit fois directement, sans compter les allusions. Pourquoi un tel intérêt pour ce court texte ? En quoi parle-t-il d'espérance pour l'humanité ? Et qu'a-t-il à voir avec nous qui le lisons aujourd'hui ?
Le message suit trois idées fortes : la promesse d'un roi, la promesse d'un prêtre, et Jésus, notre roi-prêtre.
Plan du message
1. Ne saute pas la première ligne du psaume
- Beaucoup de psaumes commencent par une petite note qui donne des indications de contexte : la suscription. Ici, au début du verset 1 : « Psaume de David. »
- À la faculté de théologie, le prédicateur a appris qu'il fallait lire cette suscription, contrairement à ce qui se pratique souvent. Il se souvient d'un professeur qui avait repris un étudiant ayant sauté cette ligne : « Pourquoi n'avez-vous pas lu le verset 1 ? » Cette note fait partie du texte biblique, elle n'a pas été ajoutée par les éditeurs de nos Bibles modernes.
- S'il y a un psaume où cette note est d'une importance capitale, c'est bien celui-ci.
2. La promesse d'un roi
- « Parole de l'Éternel à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied » (Psaume 110:1). À première vue, on pourrait imaginer quelqu'un de la cour du roi d'Israël qui chante que Dieu donnera la victoire au roi. « Viens régner à mes côtés » : le langage est fort, mais il pourrait convenir à un roi d'Israël appelé à régner sur le peuple de Dieu, au nom de Dieu et sous son autorité.
- Le problème de cette lecture, c'est la suscription. C'est David qui parle, le grand roi d'Israël. Et David parle de son Seigneur. Il n'y avait aucun être humain au-dessus de lui. À qui peut-il faire référence ?
- Versets 2 et 3 : Dieu étendra depuis Sion, c'est-à-dire Jérusalem, le pouvoir royal de ce roi, et il aura à son service un peuple nombreux et plein d'élan. Le verset 3 est notoirement difficile à traduire, mais son idée essentielle ressort clairement.
- Il y a aussi une question d'échelle. Le royaume de David avait à peu près la taille de la Belgique. « Malgré toute mon affection pour nos amis belges, la Belgique n'est pas très grande. Très belle, mais pas très grande. » Difficile de décrire le roi d'un territoire de 30 000 km² comme régnant sur le monde entier.
- Or, aux versets 5 et 6, le Seigneur « brise des rois au jour de sa colère », « exerce la justice parmi les nations » et « brise des têtes sur toute la terre ». Cela ne colle pas avec le règne de David, même à son apogée : il contrôlait à peine son propre pays, non sans difficulté, avec des rébellions et bien des rebondissements.
- Le Psaume 2 parle du même roi mystérieux : « Demande-moi et je te donnerai les nations pour héritage, les extrémités de la terre pour possession » (Psaume 2:8). Et il ajoute : « Heureux tous ceux qui se confient en lui » (Psaume 2:12). Si ce Messie doit vaincre ses ennemis, c'est pour abaisser les pouvoirs humains et rétablir l'autorité de Dieu, une autorité bonne et juste où l'être humain peut trouver refuge.
3. Parenthèse : ce que nous reprochons à l'autorité
- Nous n'aimons pas beaucoup parler d'autorité, peut-être particulièrement dans la culture française. Pourtant, presque tout le monde aime l'autorité quand il sent qu'elle sert une cause juste. Pense aux causes qui te tiennent le plus à cœur : si une autorité intervient, même de façon contraignante, pour faire respecter ce qui te semble important, tu y verras quelque chose de bon.
- « La solution, ce n'est pas l'absence d'autorité. Ce dont nous avons besoin, c'est d'une autorité juste. » Et c'est ce qui nous manque cruellement. L'humanité ressemble à un chaudron bouillonnant d'autorités rivales et inadéquates. Même les moins mauvaises n'arrivent pas à établir en profondeur et durablement le droit, la justice et la paix ; au mieux, elles limitent les effets du mal.
- Nous avons été créés pour vivre sous une autorité juste et bonne, celle de notre Créateur. C'est vrai au niveau individuel : même les plus mûrs et les plus sages d'entre nous (« je ne citerai pas de noms ») ont besoin d'une autorité juste sur leur vie. C'est vrai aussi à l'échelle collective : le monde a besoin de l'autorité de Dieu.
- Ésaïe 9:5-6, que nous lisons souvent à Noël, exprime la même espérance : un enfant nous est né, Conseiller admirable, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix, qui étendra sa souveraineté et établira une paix sans fin sur le trône de David. Un roi divin, presque interchangeable avec Dieu dans le texte, qui exerce l'autorité de Dieu sur le monde entier et établit ainsi la vraie paix.
4. La promesse d'un prêtre
- Pour connaître cette paix, il faut une relation restaurée avec Dieu. Mais comment est-ce possible si l'humanité est en révolte contre Dieu ? C'est le verdict biblique : les êtres humains se sont détournés de Dieu et s'exposent à son jugement. Cercle vicieux : nous avons besoin de l'autorité de Dieu et nous ne cessons de la rejeter. « La situation n'a pas changé en 2026. On le saurait. »
- Nos relations, globalement, sont meurtries et abîmées, même avec nos plus proches. Comment des hommes et des femmes pécheurs, qui n'arrivent déjà pas à s'entendre entre eux, pourraient-ils vivre en relation avec le Dieu vivant ? C'est là que le verset 4 est décisif : « L'Éternel l'a juré, et il ne s'en repentira point : Tu es sacrificateur pour toujours, à la manière de Melchisédek. »
- « Melchi-quoi ? » Melchisédek n'apparaît qu'une seule fois avant ce psaume, en Genèse 14, du temps d'Abraham. Abraham vient de remporter une victoire militaire et de délivrer son neveu Lot. Alors Melchisédek, roi de Salem et prêtre du Dieu Très-Haut, apporte du pain et du vin et bénit Abraham (Genèse 14:18-20).
- Ce Salem n'est pas la capitale de l'Oregon, ni la ville du Massachusetts et ses histoires de sorcières : c'est la ville ancêtre de Jérusalem. Et Melchisédek signifie « roi de justice ».
- Qu'est-ce qu'un prêtre dans la Bible ? Au cœur de son rôle, il y a la médiation. Il représente les hommes devant Dieu et Dieu devant les hommes. Il apporte les offrandes et les sacrifices au nom du peuple, pour adorer Dieu et demander le pardon, et il communique au peuple le pardon et la bénédiction de Dieu. C'est ce que fait Melchisédek quand il bénit Abraham de la part de Dieu.
- Melchisédek est unique dans l'Ancien Testament : il est à la fois roi et prêtre. Selon la loi de Moïse, qui viendra plus tard, on ne pouvait pas cumuler les deux fonctions. Si David, des siècles après, se réfère à lui, c'est que le roi universel qu'il annonce sera roi et aussi prêtre, à la manière de Melchisédek.
- Nous avons identifié un double problème pour l'humanité : un problème d'autorité et un problème de relation. Il nous manque une autorité qui nous rassemble et nous mette d'accord, et il nous manque des relations apaisées, libérées de la culpabilité, de l'amertume et du désir de revanche. Le Sauveur annoncé sera investi de l'autorité de Dieu et, comme prêtre, il sera médiateur entre Dieu et nous, « chargé de réconciliation ». « Ce serait un beau titre, ça, un bon intitulé de poste : chargé de réconciliation. » Il viendra vaincre les ennemis de Dieu, mais il viendra aussi restaurer les cœurs.
5. Jésus, notre roi
- Crise géopolitique, climatique, économique, identitaire, technologique, idéologique : il est difficile de trouver un domaine où il n'y a pas de crise en ce moment. Est-il encore possible d'espérer ? La Bible dit oui, fermement, mais pas comme nous avons tendance à le faire.
- Face aux crises, nous pensons d'abord en termes de volonté collective. C'est louable, mais nous avons déjà du mal à nous mettre d'accord en tout petit cercle : en famille, au travail, dans nos petites communautés, même dans nos Églises. Alors à l'échelle mondiale ? John Lennon a chanté tous les hommes vivant en paix, mais ce n'est pas pour rien que sa chanson s'appelle Imagine : cela reste dans l'imagination.
- La Bible propose une solution d'en haut, à l'opposé, à première vue, de nos réflexes démocratiques. Mais cette solution d'en haut ne passe pas par la violence ou la contrainte : elle passe par la délivrance et l'amour, elle nous révèle un Sauveur. Un roi dont l'autorité est au service des besoins les plus profonds de l'humanité. Ce roi, c'est Jésus-Christ.
- Après sa résurrection, Jésus déclare : « Tout pouvoir m'a été donné dans le ciel et sur la terre. Allez, faites de toutes les nations des disciples » (Matthieu 28:18-20). Jésus rassemble un peuple nouveau et le ramène sous l'autorité de Dieu. « Ce matin, nous formons un petit échantillon local de ce peuple nouveau. »
- Paul reprend le langage du Psaume 110 pour parler de l'autorité du Christ : Dieu l'a ressuscité et fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes, au-dessus de toute domination, de toute autorité et de tout nom, et il a tout mis sous ses pieds (Éphésiens 1:20-22). Ce qui ressemblait à un poème guerrier du Xe siècle avant Jésus-Christ prend une dimension nouvelle lu à la lumière du Christ : « C'est un peu comme mettre des lunettes 3D, et tout d'un coup tout apparaît avec une nouvelle profondeur. »
- Les ennemis que Jésus vient vaincre ne sont pas des guerriers du Proche-Orient ancien, mais des ennemis bien plus fondamentaux : les puissances spirituelles qui nous tiennent loin de Dieu, l'emprise du mal, de la mort et de la futilité sur notre condition humaine. Paul le dit : Christ doit régner jusqu'à ce que Dieu ait mis tous ses ennemis sous ses pieds, et « le dernier ennemi qui sera détruit, c'est la mort » (1 Corinthiens 15:24-26).
- « Jésus n'est pas venu combattre nos ennemis du jour, il est venu combattre nos ennemis de toujours. » Cela ne contredit pas les belles causes que nous pouvons soutenir ici-bas. Mais toute espérance authentique pour l'avenir passe par un retour à Dieu, le maître de l'histoire. Si nous voulons être « du bon côté de l'histoire », comme on dit parfois, c'est de son côté qu'il faut être. Jésus a remporté la victoire dont nous avions besoin par-dessus tout : « Vous avez tout pleinement en lui, qui est le chef de toute domination et de toute autorité » (Colossiens 2:10). Il est le chef dont nous avons vraiment besoin. Tout ce qui nous engage ici-bas aura infiniment plus de sens une fois retrouvée notre vraie identité humaine en Dieu.
6. Jésus, notre prêtre
- L'épître aux Hébreux, largement consacrée à cette question, commente le Psaume 110 au chapitre 7 : un autre prêtre s'est levé, à la ressemblance de Melchisédek, non selon une règle de descendance naturelle, mais « selon la puissance d'une vie impérissable » (Hébreux 7:15-17).
- Jésus est le souverain sacrificateur dont nous avions besoin : saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, élevé plus haut que les cieux. Les autres grands prêtres devaient offrir des sacrifices chaque jour, d'abord pour leurs propres péchés, puis pour ceux du peuple. Lui n'en a pas besoin, « car ceci, il l'a fait une fois pour toutes en s'offrant lui-même » (Hébreux 7:26-27).
- Dans l'Ancien Testament, les sacrifices d'animaux montraient de façon poignante qu'une mort expiatoire était nécessaire : la culpabilité devait retomber sur quelqu'un, le mal devait être puni tout en épargnant le coupable. « Personnellement, je suis content de ne pas avoir à venir au culte avec un bélier ou un agneau à sacrifier. » Pourquoi ces sacrifices ne sont-ils plus d'actualité ? Parce que Jésus, comme prêtre, a apporté le sacrifice ultime, parfait et définitif, qui rend tous les autres obsolètes.
- « Les prêtres venaient apporter un sacrifice. Jésus est venu s'apporter lui-même. » Il a offert sa vie sur la croix pour prendre sur lui, à notre place, la condamnation de tout notre péché, et il a restauré la relation que nous avions brisée avec Dieu.
- En restaurant notre relation avec Dieu, il nous offre la paix les uns avec les autres. Plus nous nous savons en sécurité avec Dieu, pardonnés et réconciliés, moins nous avons de raisons de nous en prendre les uns aux autres. « Quand la relation verticale avec Dieu est restaurée, les relations horizontales peuvent être guéries. » Et si nous avons du mal avec l'horizontal, interrogeons-nous sur le vertical.
- Un jour, cette paix sera pleinement établie dans un monde transformé. Mais dès aujourd'hui, nous sommes appelés à y goûter et à la mettre en pratique entre frères et sœurs en Christ.
7. Conclusion : nos deux plus grands besoins
- Pour ceux qui ont déjà confié leur vie à Jésus, le Psaume 110 lu avec « les lunettes 3D du Nouveau Testament » rappelle nos deux plus grands besoins : nous placer continuellement sous l'autorité de Dieu, et vivre une relation réparée avec lui. Dans les moments de découragement, de distance ou de doute, nous savons vers qui nous tourner.
- Si tu n'as pas encore vécu cette rencontre décisive avec le Christ, ne tarde plus. Tout t'est offert en lui. Son appel résonne encore aujourd'hui, et il invite chacun à venir à lui par la foi.
- « Jésus est venu rétablir la justice. Jésus est venu réparer les cœurs. » Il t'offre la restauration et la réconciliation dont tu as besoin, dont nous avons tous si désespérément besoin.
Points à retenir
- La suscription « Psaume de David » fait partie du texte : si c'est David qui parle de « mon Seigneur », le roi annoncé est plus grand que lui.
- Le psaume annonce un roi dont l'autorité s'étendra sur toute la terre. Ce dont le monde manque, ce n'est pas l'absence d'autorité, mais une autorité juste : celle du Créateur.
- Ce roi sera aussi prêtre, à la manière de Melchisédek : un médiateur chargé de réconciliation entre Dieu et nous.
- Jésus accomplit les deux promesses : il règne à la droite de Dieu jusqu'à ce que la mort soit détruite, et il s'est offert lui-même, une fois pour toutes, comme sacrifice parfait.
- Quand la relation verticale avec Dieu est restaurée, les relations horizontales peuvent être guéries.
Application personnelle
- Face aux crises de notre monde, où places-tu ton espérance : dans la volonté collective de l'humanité, ou dans le roi que Dieu a établi ?
- Dans quel domaine de ta vie refuses-tu encore l'autorité de Dieu, alors que tu reconnais qu'elle est juste et bonne ?
- Si tu as du mal avec l'horizontal (une relation tendue avec un proche), que révèle cette difficulté sur ta relation verticale avec Dieu ?
- Dans les moments de découragement, de distance ou de doute, vers qui te tournes-tu en premier ?
- Si tu n'as pas encore confié ta vie à Jésus, qu'est-ce qui te retient de répondre à son appel aujourd'hui ?
Versets cités
- Psaume 110
- Psaume 2:8-12
- Ésaïe 9:5-6
- Genèse 14:18-20
- Matthieu 28:18-20
- Éphésiens 1:20-22
- 1 Corinthiens 15:24-26
- Colossiens 2:10
- Hébreux 7:15-17
- Hébreux 7:26-27
Questions fréquentes
Pourquoi le Psaume 110 est-il si souvent cité dans le Nouveau Testament ?
Parmi les 150 psaumes, c'est l'un de ceux que le Nouveau Testament cite le plus souvent : huit fois directement, plus de nombreuses allusions. Il annonce un roi dont l'autorité s'étendra sur toute la terre et un prêtre pour toujours. Les apôtres y ont reconnu Jésus, assis à la droite de Dieu, qui règne jusqu'à ce que tous ses ennemis soient sous ses pieds.
Qui est Melchisédek dans le Psaume 110 ?
Melchisédek apparaît une seule fois avant ce psaume, en Genèse 14, à l'époque d'Abraham. Il est roi de Salem, la ville ancêtre de Jérusalem, et prêtre du Dieu Très-Haut. Il est unique dans l'Ancien Testament parce qu'il cumule les deux fonctions de roi et de prêtre, ce que la loi de Moïse interdira plus tard. Le roi annoncé par David sera, comme lui, roi et prêtre à la fois.
En quoi Jésus est-il à la fois roi et prêtre ?
Comme roi, Jésus a reçu toute autorité dans le ciel et sur la terre et il règne jusqu'à ce que le dernier ennemi, la mort, soit détruit. Comme prêtre, il est le médiateur entre Dieu et nous : il a offert une fois pour toutes le sacrifice parfait, lui-même, pour restaurer la relation que nous avions brisée avec Dieu. Il répond ainsi à nos deux plus grands besoins : une autorité juste et une relation réparée.
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