Introduction
Fin 1938, un jeune agent de change londonien s'apprête à partir au ski lorsqu'un ami le presse de venir voir de ses propres yeux ce qui se passe à Prague. Il annule tout. Sur place, il découvre des milliers de familles qui fuient l'avancée des nazis et, parmi elles, une foule d'enfants dont personne ne sait quoi faire. Cet homme s'appelle Nicholas Winton. De retour à Londres, le soir après son travail, il organise l'impossible : trouver pour chaque enfant une famille d'accueil, réunir une garantie de 50 livres. Du printemps à l'été 1939, train après train, 669 enfants, pour la plupart juifs, rejoignent la Grande-Bretagne.
Puis la guerre éclate et un dernier groupe ne pourra pas partir. Winton range ses dossiers et se tait. Il n'en parlera à personne, pas même à sa femme. À ses yeux, il avait simplement fait ce qu'il fallait faire.
C'est avec cette histoire que s'ouvre ce message de l'Église du Tabernacle, dans la série « À l'école du roi » consacrée au sermon sur la montagne. Après les béatitudes, le prédicateur s'arrête sur Matthieu 5:13-16, qu'il lit dans la version du Semeur. Son plan tient en trois temps : ce que signifie être le sel de la terre, ce que signifie être la lumière du monde, et l'appel à briller pour la gloire du Père.
Plan du message
1. Une identité déjà donnée
- Dans son commentaire du sermon sur la montagne, John Stott remarque que les deux images utilisées par Jésus sont bâties sur le même modèle : d'abord une affirmation, « vous êtes », puis une condition dont elle dépend.
- Jésus ne dit pas « devenez du sel », ni « faites des efforts pour être un jour du sel ». Il dit : « Vous êtes le sel de la terre. » C'est déjà vrai.
- « Ce n'est pas une récompense à mériter. C'est un don qu'il pose sur nous. » En même temps, il nous reste à le rester chaque jour et à ne pas laisser cette saveur s'en aller.
- C'est une responsabilité qui nous est confiée, et nous ne pouvons pas la fuir.
2. Le sel qui préserve
- Aujourd'hui, le sel ne coûte presque rien. Mais avant la réfrigération, il était le principal moyen de conserver les aliments, d'empêcher la viande ou le poisson de pourrir. Un produit banal pour nous, très précieux à l'époque.
- Nicholas Winton a agi comme le sel : il n'est pas resté passif, il ne s'est pas caché, il a réagi sans attendre pour préserver des vies menacées par la guerre.
- Nous sommes appelés à être une présence qui préserve face à une menace plus profonde encore, le péché. Le monde n'est pas seulement un peu fade : « livré à lui-même, il ne stagne pas, il se décompose ». C'est le constat de Paul en Romains 1.
- Le monde ne trouve pas en lui-même le remède à son mal. Dieu établit ses enfants au cœur de la société pour freiner la décomposition et y répandre la saveur de Jésus.
- Londres, 1813 : Elizabeth Fry, une jeune femme chrétienne, entre dans la prison de Newgate. Elle y trouve près de 300 femmes entassées, des enfants nés là, la saleté, la faim, la violence. On lui disait « N'entre pas, ces femmes sont dangereuses ». Elle revient, ouvre une école pour les enfants, donne du travail aux détenues, lit la Bible avec elles. Son action finira par transformer les prisons de tout un pays.
- Le sel ne fait pas disparaître la corruption en un claquement de doigts. Il empêche la pourriture de progresser là où il est déposé.
- Concrètement : quand ton entreprise te demande de surévaluer tes compétences pour soutirer plus d'argent au client, quand tes amis ou tes collègues se moquent de quelqu'un à cause de sa différence, quand on te propose un petit arrangement malhonnête « que tout le monde fait », agis-tu comme le sel ?
- Être le sel, c'est aussi une affaire de parole. Le sel donne du goût, mais il peut aussi piquer un peu. « Un sel qui ne dérange jamais a-t-il encore du goût ? » Là où tout le monde se tait devant l'injustice, ose dire avec respect, mais avec clarté, que ce n'est pas juste.
3. Garder sa saveur
- Le sel pur est plutôt stable : en théorie, il ne perd pas sa saveur. Mais au temps de Jésus, il était mêlé à d'autres composants. Le chlorure de sodium, la partie vraiment salée, était le plus soluble à l'humidité. Il disparaissait le premier et ne laissait qu'une poudre qui ressemblait encore à du sel, sans en avoir le goût ni les propriétés.
- De la même manière, alors que nous sommes appelés à influencer le monde, il arrive que ce soit lui qui nous influence. Au début, on ne s'en rend pas compte. Peu à peu, nous nous fondons dans la masse et notre goût se dilue.
- Comment donner de la saveur quand nous n'en avons plus à offrir ? Cette saveur n'est pas la nôtre : elle vient de Jésus, et nous ne la gardons qu'en restant attachés à lui.
- « Demeurez en moi, et je demeurerai en vous [...] car sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15:4-5). « Voilà tout le secret. Restez accrochés à la source. »
4. Une lumière qu'on ne cache pas
- Le disciple ne fait pas que préserver ce qui pourrit : il est aussi appelé à éclairer ce qui est dans l'ombre. Être la lumière du monde fait partie de l'identité reçue en Jésus. Nous le sommes déjà, encore faut-il ne pas cacher cette lumière.
- Être lumière, c'est laisser transparaître de bonnes œuvres, la manifestation visible de notre foi : tout ce qu'un chrétien fait et dit parce qu'il croit, pour le bien des autres et avant tout pour la gloire de Dieu.
- Des exemples simples : aller voir un ami qui traverse un temps difficile et lui dire que tu pries pour lui ; répondre honnêtement, quand on te demande ce qui te fait tenir, que c'est ta foi en Jésus ; prendre des nouvelles d'un collègue isolé ; offrir ton temps à quelqu'un qui n'a rien à te rendre ; assumer ton identité de chrétien sans prendre les autres de haut, sans agressivité, pour que ceux qui te côtoient sachent à qui tu appartiens.
- La « mesure à grain » était le récipient qui servait à mesurer le blé. On n'allume pas une lampe pour l'étouffer sous un pot. « Nous ne sommes pas placés quelque part pour nous y cacher. »
- Et pourtant nous nous cachons souvent : peur de l'isolement, peur de ne pas être compris, honte. « Une lumière qui reste cachée alors qu'elle est censée éclairer a-t-elle encore un sens ? »
- Le prédicateur cite le pasteur et théologien allemand Dietrich Bonhoeffer : « S'enfuir dans l'invisibilité, c'est renier l'appel reçu. Une communauté de Jésus qui se veut invisible ne le suit plus. »
- Le but n'est pas de culpabiliser, mais de mesurer l'enjeu. Deux attitudes s'offrent à nous : rester passifs, ou prendre au sérieux l'urgence de notre mission, comme Nicholas Winton ou Elizabeth Fry, en demandant à Dieu de faire tomber les murs, visibles ou invisibles, qui nous maintiennent cachés.
5. Le miroir ou la montagne
- En Norvège, la petite ville de Rjukan est enfermée au fond d'une vallée entre de très hautes montagnes. Six mois par an, le soleil n'y descend jamais : il brille sur les sommets pendant que les habitants vivent dans l'ombre. Pendant cent ans, ils ont rêvé d'une solution.
- En 2013, on installe en haut de la montagne d'immenses miroirs qui suivent le soleil et renvoient ses rayons sur la place. Un cercle de lumière se forme, et les gens viennent s'y asseoir en plein hiver, le visage tourné vers la clarté.
- Le miroir est incapable de produire de la lumière. Il reflète une lumière venue d'ailleurs. Tourné vers le soleil, il éclaire toute une ville ; détourné de la source, il redevient une plaque froide et sombre.
- Il y a un second acteur dans cette histoire : la montagne. Si Rjukan restait dans l'ombre, ce n'était pas faute de soleil. C'était cette masse dressée en travers qui bloquait la lumière.
- « Devant un cœur dans l'ombre, nous ne sommes jamais neutres. » Soit nous sommes le miroir tourné vers Jésus, soit la montagne, par notre silence, nos compromis, notre paresse, nos mauvais comportements. Et la montagne n'a rien décidé : on peut faire obstacle à la lumière sans le vouloir.
- Notre lumière est une lumière reflétée. Dieu aurait pu se passer de nous, et pourtant le Dieu parfait a choisi de nous utiliser malgré nos doutes, nos peurs et nos péchés.
- Cela nous libère de la pression de la réussite. Nous n'avons pas une obligation de résultat, comme s'il nous revenait de convertir le monde par nos seules forces. Cela ne nous dispense pas d'agir, mais nous libère de la peur d'échouer : « Personne ne peut venir à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire » (Jean 6:44).
6. Briller pour la gloire du Père
- Verset 16 : la lumière doit briller pour que les hommes voient le bien que nous faisons et qu'ils en rendent gloire au Père céleste. La finalité n'est pas que les gens nous admirent ou cherchent à nous ressembler, mais qu'ils se tournent vers la source, Jésus.
- D'où l'importance d'évaluer régulièrement nos motivations. « La frontière est mince, souvent plus mince qu'on le croit, entre faire une bonne chose pour la gloire de Dieu et la faire pour un peu de la nôtre. » Jésus le dira quelques versets plus loin : « Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour en être vus » (Matthieu 6:1).
- La question à se poser sans cesse : « Quand on me voit, est-ce qu'on m'admire moi, ou est-ce que Dieu est glorifié au travers de ma vie ? »
- Cela passe par l'annonce de l'Évangile tel que nous l'avons reçu : le Père nous a aimés malgré notre condition de pécheurs, il a envoyé son Fils jusqu'à la croix pour le pardon de nos péchés.
- Le prédicateur ajoute un mot sur un sujet lié : il arrive qu'un chrétien dépende davantage d'un frère, d'une sœur, d'un responsable ou d'un pasteur que de Jésus lui-même. La communauté est voulue par Dieu, et s'isoler dans l'épreuve n'est jamais la solution, car « un chrétien seul devient une proie plus facile ». Mais rien ne doit prendre la place de Jésus.
- « Je ne parle pas d'une église imparfaite. Elles le sont toutes. La nôtre comme les autres. » Il parle d'un lieu où un homme prend dans le cœur des gens la place qui revient à Jésus : « Une église qui ne renvoie pas ses membres vers Jésus, mais les attache à un homme, est une église qu'il faut fuir. »
- Cela vaut pour chacun : notre manière d'approcher les autres en dit souvent plus long que nos paroles. Si nous parlons de haut, avec un air de supériorité, ce n'est plus Jésus que nous mettons en avant, c'est nous-mêmes.
- Au 19e siècle, Hudson Taylor part comme missionnaire en Chine. La plupart des missionnaires occidentaux vivent alors sur la côte, dans un certain confort, avec leurs vêtements et leurs églises à l'européenne, et cet air de supériorité dresse un mur. Taylor s'enfonce dans l'intérieur du pays, s'habille et mange comme les Chinois, se rase le crâne et porte la natte. Ses compatriotes se moquent de lui, mais il a compris que ce n'était pas lui qu'il fallait montrer, mais Jésus. La mission qu'il a fondée est devenue l'une des plus grandes de l'histoire.
- C'est l'attitude de Paul, venu à Corinthe sans discours impressionnants, résolu à ne rien savoir d'autre que Jésus-Christ crucifié, afin que la foi repose sur la puissance de Dieu (1 Corinthiens 2:1-5). « Se faire petit pour que Jésus soit grand. Voilà le cœur du verset 16. »
7. Persévérer, même sans voir le fruit
- La fin de l'histoire de Nicholas Winton : en 1988, sa femme, en rangeant le grenier, tombe sur un vieil album rempli de listes de noms, de photos d'enfants et de lettres. Elle découvre ce que son mari avait fait cinquante ans plus tôt.
- Winton est invité sur le plateau d'une émission de la BBC. La présentatrice demande au public : « Y a-t-il ici quelqu'un qui doit la vie à cet homme ? Qu'il se lève. » Un à un, puis tous ensemble, presque toute la salle se lève : des enfants devenus adultes, avec à leur tour des enfants et des petits-enfants.
- Winton a eu le privilège de voir le fruit de son action. Nous, nous ne le voyons pas toujours. On passe du temps avec quelqu'un, on prie, on se rend disponible, et l'on a l'impression que rien ne se passe.
- Cette œuvre n'est pas la nôtre et la gloire ne doit pas nous revenir. Les fruits visibles mettent parfois du temps, et certains ne se verront peut-être jamais de notre vivant. « Et pourtant rien n'est perdu, car ce n'est pas nous qui transformons les cœurs, c'est Jésus qui les transforme par son Esprit. »
- Nous pouvons demander à Dieu d'agir en nous par son Esprit et méditer sa Parole pour agir fidèlement. Et la mission est commune : nous formons ensemble le corps de Christ, entourés de frères et sœurs avec qui partager, demander conseil et prier.
- Un jour, nous connaîtrons « notre émission de 1988 », en bien plus beau. Ce ne sera pas une salle de télévision qui se lèvera, mais auprès de Jésus une foule de visages, des vies touchées par un geste, une parole ou une prière que nous aurons oubliés. Nous nous lèverons avec eux, non pour être applaudis, mais pour rendre gloire à celui qui seul fait croître ce que nous ne faisons que semer.
Points à retenir
- Être le sel de la terre et la lumière du monde n'est pas un objectif à atteindre : c'est une identité reçue en Jésus, à vivre chaque jour.
- Le sel préserve : là où Dieu te place, ta présence, tes choix et tes paroles freinent la décomposition causée par le péché.
- Ta saveur ne vient pas de toi. Tu ne la gardes qu'en demeurant attaché à Jésus, la source.
- Devant un cœur dans l'ombre, tu n'es jamais neutre : tu es le miroir qui reflète la lumière de Jésus, ou la montagne qui la bloque.
- Le but est que Dieu soit glorifié, pas toi. Et même sans voir de fruit, rien n'est perdu, car c'est Jésus qui transforme les cœurs.
Application personnelle
- Dans quelle situation concrète de ton travail ou de ton groupe d'amis es-tu appelé à agir comme le sel cette semaine, quitte à « piquer un peu » ?
- Dans quels domaines t'es-tu peu à peu fondu dans la masse ? Qu'est-ce qui t'aiderait à rester accroché à la source ?
- Quelle peur te pousse le plus souvent à cacher ta lumière : l'isolement, l'incompréhension, la honte ?
- Quand on te voit agir, est-ce toi qu'on admire ou Dieu qui est glorifié ? Que révèlent tes motivations ?
- Pour qui pries-tu sans voir de fruit ? Comment continuer à semer sans te décourager ?
Versets cités
- Matthieu 5:13-16
- Romains 1:18-32
- Jean 15:4-5
- Jean 6:44
- Matthieu 6:1
- 1 Corinthiens 2:1-5
- 1 Corinthiens 3:6-7
Questions fréquentes
Que veut dire Jésus par « vous êtes le sel de la terre » ?
Jésus ne dit pas « devenez du sel » : il affirme une identité déjà donnée. À l'époque, le sel servait surtout à conserver les aliments. Le disciple est appelé à être une présence qui freine la décomposition du monde causée par le péché, par ses actes et par ses paroles, là où Dieu l'a placé.
Comment le sel peut-il perdre sa saveur ?
Au temps de Jésus, le sel était mêlé à d'autres composants. La partie vraiment salée se dissolvait la première avec l'humidité, et il ne restait qu'une poudre qui ressemblait à du sel. De même, le chrétien peut se laisser influencer par le monde et se fondre dans la masse. Il ne garde sa saveur qu'en demeurant attaché à Jésus.
Pourquoi faut-il briller pour la gloire du Père et non pour la nôtre ?
Notre lumière est une lumière reflétée : elle vient de Jésus. Le but n'est pas que les gens nous admirent, mais qu'ils se tournent vers lui. La frontière est mince entre faire le bien pour la gloire de Dieu et le faire pour un peu de la nôtre, d'où la question à se poser : quand on me voit, est-ce moi qu'on admire ou Dieu qui est glorifié ?
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