Introduction
Début septembre, tout semble repartir de zéro : l'école reprend, les vacances se terminent, la vie retrouve son rythme. Comme en janvier, on se pose des questions. Quelle priorité changer ? Que faire différemment cette année ? Et l'Église se pose les mêmes questions : qu'est-ce qui fonctionne, qu'est-ce qui doit changer, qu'est-ce qui arrive et à quoi faut-il se préparer ?
Jason Procopio, pasteur de l'Église Connexion à Paris, reconnaît que ce sont de bonnes questions. Mais ce ne sont pas les plus importantes. La question la plus importante est très simple : que fait Jésus ? C'est exactement par là que commence le livre des Actes, et c'est le point de départ d'une mini-série de cinq semaines sur les chapitres 1 et 2.
Le livre des Actes a été écrit par Luc, médecin et collaborateur de l'apôtre Paul, qui a rassemblé le plus de témoignages oculaires possible sur ce que Jésus a fait. C'est en quelque sorte l'Évangile de Luc, deuxième partie. Mais il ne raconte pas ce qui s'est passé après que Jésus a fini son œuvre : il raconte comment Jésus continue son œuvre depuis le ciel, par le Saint-Esprit. Quand nous implantons une Église, quand nous vivons l'Église ensemble, nous ne créons rien pour Jésus. Nous sommes intégrés à quelque chose que Jésus fait déjà. Des onze premiers versets, le pasteur dégage quatre vérités sur l'Église.
Plan du message
1. Nous avons un Seigneur vivant à proclamer
- Au verset 1, Luc parle de « tout ce que Jésus a commencé de faire et d'enseigner ». Ce mot « commencé » est très important. Les Évangiles racontent ce que Jésus a commencé à faire ; le livre des Actes raconte ce qu'il continue de faire et d'enseigner.
- On pourrait avoir l'impression qu'à l'ascension, Jésus passe le relais et laisse la responsabilité de son ministère aux apôtres. Ce n'est pas ce qui se passe. Jésus est monté au ciel, mais il n'est pas « assis sur une plage sous un parasol à faire des mots croisés ». Il n'est pas à la retraite. Il continue ce qu'il faisait depuis le début, simplement d'une autre manière.
- Comment ? D'abord par le témoignage des apôtres. Ces hommes n'apportent pas une philosophie, un programme moral, encore moins une vision politique, ni de belles histoires touchantes sur Jésus. Ils apportent leur propre témoignage oculaire sur un Seigneur crucifié et ressuscité.
- Verset 3 : après avoir souffert, Jésus s'est présenté vivant à ses disciples et leur a donné plusieurs preuves pendant quarante jours, en parlant des choses qui concernent le royaume de Dieu. La mission de l'Église repose sur un événement objectif, pas sur une idée ou une idéologie. Christ a vécu la vie sans péché que nous aurions dû vivre, il est mort pour les péchés de son peuple à notre place, il est physiquement ressuscité. Jésus est vivant aujourd'hui.
- Le pasteur confie qu'il est très conscient de ses limites : « Je ne suis pas particulièrement innovant. » Mais il n'a pas besoin d'être parfait. L'Église n'a pas besoin d'inventer un message accrocheur ni de faire semblant que tout va bien. Elle a quelque chose d'infiniment meilleur : une histoire vraie à raconter sur un Christ vivant. La question n'est jamais « comment donner envie aux gens de venir à l'église ? » mais toujours « comment proclamer fidèlement cette réalité ? »
2. Nous avons une puissance que nous ne pouvons pas produire
- Versets 4 et 5 : Jésus ordonne aux apôtres de ne pas s'éloigner de Jérusalem, mais d'attendre ce que le Père a promis, car « dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit ».
- Les apôtres venaient de passer trois ans avec Jésus, jour et nuit. Même dans une famille, on ne passe pas autant de temps avec quelqu'un. Ils ont entendu son enseignement, vu ses miracles, vu sa résurrection, reçu leur ordre de mission. On pourrait penser qu'ils sont prêts. Jésus leur dit : pas encore. Pourquoi ? Parce que connaître Christ ne suffit pas.
- La mission de l'Église, être des disciples qui vivent fidèlement pour Christ et qui enseignent d'autres disciples à faire de même, est humainement impossible. Nous pouvons organiser, planifier, prêcher, inviter, animer des études bibliques, améliorer nos structures. Mais nous ne pouvons pas rendre la vue aux aveugles spirituels, ramener à la vie ceux qui sont spirituellement morts, conduire quelqu'un à la repentance, donner la foi, ni changer un cœur de pierre en cœur de chair. Seul Dieu le peut.
- Si tu es chrétien, tu le sais déjà, parce qu'un jour c'est ce qui t'est arrivé : tes yeux ont été ouverts, ton cœur a changé, et tu sais très bien que ce n'est ni toi ni quelqu'un d'autre qui l'as fait. C'est Dieu qui sauve, par l'Évangile proclamé dans la puissance de son Esprit.
- Certains chrétiens parlent du Saint-Esprit comme de « cet oncle bizarre qui vient aux repas de famille et fait des tours de magie qui ratent parfois ». Nous n'hésitons jamais à parler de Jésus ; nous ne devrions pas hésiter à parler de la même façon du Saint-Esprit, car il est l'Esprit de Christ. Sans l'Esprit, pas d'Église, pas de salut, pas de puissance dans l'Évangile. La Parole et l'Esprit vont ensemble : les apôtres proclament Christ, et l'Esprit ouvre les cœurs.
- Le pasteur se souvient de sa toute première prédication, il y a environ dix-huit ans, dans une petite Église de Normandie. En réécoutant l'enregistrement quelques jours plus tard, il a eu honte : « c'était vraiment affreux ». Pourtant, des gens sont venus lui dire que ce message les avait aidés. Ce n'était clairement pas grâce à lui. L'Esprit fait son œuvre à travers la proclamation fidèle de la Parole, malgré toutes nos insuffisances d'orateurs.
3. Nous avons une mission qui nous dépasse
- Verset 6 : les apôtres demandent « Seigneur, est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d'Israël ? » C'est ce que les Juifs attendaient depuis des siècles. Sous l'occupation romaine, presque tout le monde interprétait les prophéties sur le Messie de façon politique : il chasserait l'occupant et rendrait le royaume à Israël.
- Jésus veut élargir leur vision, les faire voir beaucoup plus grand. Verset 8 : « Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. » Ce verset est la table des matières du livre des Actes : l'Esprit au chapitre 2, Jérusalem aux chapitres 2 à 7, la Judée et la Samarie aux chapitres 8 à 12, les extrémités de la terre aux chapitres 13 à 28.
- Jésus choisit bien ses mots. Il ne dit pas « vous serez mon service marketing, mon équipe commerciale ». Il dit « vous serez mes témoins ». Un témoin raconte ce qu'il sait être vrai. Les apôtres ont un rôle unique de témoins oculaires de la résurrection ; nous n'avons pas leur fonction apostolique, mais leur témoignage est conservé dans les Écritures, et toute l'Église rend témoignage au Christ qu'ils ont proclamé.
- La mission de l'Église implique donc de parler. L'idée qu'on pourrait simplement montrer Christ par sa vie est « absurde ». Le témoignage chrétien est bien plus que des mots, mais jamais moins que des mots. Notre vie et notre sainteté doivent rendre l'Évangile crédible, mais à un moment, il faut dire qui est Jésus et ce qu'il a fait. Et pour cela, il faut sortir.
- La tendance naturelle de toute Église est de se replier sur elle-même : ses membres, ses difficultés, ses réunions, ses besoins. Ce n'est pas mal, mais c'est incomplet. Jésus pousse constamment son Église vers l'extérieur.
- Une des formes de ce mouvement est la multiplication d'Églises. Ce dimanche est le culte d'envoi de l'Église Oberkampf, implantée à partir de Connexion : un groupe de membres quitte l'Église pour en commencer une nouvelle dans le 11e arrondissement. « C'est triste », reconnaît le pasteur. Mais la manière la plus efficace d'atteindre différents quartiers avec l'Évangile, c'est d'y implanter des Églises. Des gens passent déjà devant la vitrine et s'arrêtent. Les voyages au Togo et l'envoi de missionnaires relèvent du même mouvement.
- L'autre forme passe par chaque personne de l'Église. On a tendance à regarder autour de soi et à se demander « qui vient vers nous ? » C'est une bonne question, mais ce n'est pas la première. La première : « à qui Dieu nous a-t-il envoyés ? » Qui Dieu a-t-il placé autour de moi ? Voisins, collègues, camarades de classe, parents d'élèves, personnes croisées au café ou dans le bus. La mission de l'Église commence toujours tout près de chez soi. Le pasteur avoue être « très mauvais dans ce domaine » : il est myope et les inconnus lui font peur.
- « Vous serez mes témoins » n'est pas un ordre, c'est une promesse. Jésus ne dit pas « vous serez bien reçus ». Les apôtres seront persécutés, emprisonnés, beaucoup seront martyrs. Pourtant, jusqu'à la fin du livre, « la parole continuait de se répandre ». Cela devrait nous donner une immense confiance, si nous sommes motivés par le royaume de Dieu et non par notre confort. L'avenir de l'Évangile ne dépend d'aucune Église en particulier, grande ou minuscule. Il dépend de Christ.
4. Nous avons un Roi qui règne et qui reviendra
- Verset 9 : Jésus est élevé sous leurs yeux et une nuée le dérobe à leurs regards. Ce n'est ni une métaphore ni un symbole : Jésus est réellement monté au ciel. Où est-il physiquement, dans son corps ? « Je n'en ai aucune idée. J'ai tellement hâte de le découvrir. »
- Dans la Bible, Dieu agit à travers des événements réels d'une manière qui leur donne un sens qui les dépasse. Quand Jésus disparaît dans la nuée, ce n'est pas seulement son départ, c'est son intronisation. Dans les Écritures, la nuée est l'image de la présence et de la gloire de Dieu. C'est comme si Dieu disait : « Ce que j'ai promis au sujet du Messie vient de s'accomplir. »
- Jésus, le Fils de Dieu, est désormais assis à la droite de Dieu, où il a reçu la domination et un royaume. Daniel 7 et le Psaume 110 sont accomplis. L'ascension signifie que Jésus-Christ règne sur ce monde, depuis son ascension et encore aujourd'hui.
- Le livre des Actes n'est pas l'histoire d'une Église vulnérable qui essaie de garder vivante la mémoire de Jésus. C'est l'histoire de Christ qui règne et qui fait avancer son Évangile par son Esprit. Nous n'entrons donc pas dans un quartier, un immeuble, une entreprise en nous demandant si Jésus a autorité là. Chaque rue appartient à Christ. Chaque nation appartient à Christ. Chaque personne finira par fléchir le genou devant Christ. Nous pouvons le proclamer sans honte, sans complexe, sans peur.
- Versets 10 et 11 : deux hommes en vêtements blancs, des anges, demandent : « Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? » Question un peu « bête » en apparence : qui n'aurait pas continué à regarder après avoir vu quelqu'un s'élever dans les airs ? Mais les anges ne posent pas la question parce qu'ils ignorent la réponse. Ils la posent pour pousser les apôtres à l'action.
- Jésus revient, et entre son ascension et son retour, il y a du travail à faire. Le réflexe du chrétien n'est pas de chercher à fuir ce monde en gardant les yeux fixés au ciel, mais de témoigner fidèlement de l'Évangile précisément parce que notre Roi revient. La mission de l'Église a une date d'expiration. Un jour, tous les chrétiens auront été rassemblés, tous les ennemis vaincus, et le royaume viendra dans toute sa plénitude. Jusque-là, nous avons du travail.
5. Deux questions pour commencer l'année
- Actes 1 donne quatre convictions. Un Seigneur vivant à proclamer : nous devons parler de Jésus. Une puissance que nous ne pouvons pas produire : nous devons prier pour que le Saint-Esprit agisse. Une mission qui nous dépasse : nous devons regarder vers l'extérieur. Un Roi qui règne et qui revient : nous devons avancer avec courage et une certaine urgence.
- Ces quatre convictions ne sont pas centrées sur nous, mais sur Christ. La mission ne commence pas par « quelle chose extraordinaire cette Église peut-elle accomplir cette année ? » Elle commence par : Jésus-Christ est vivant, Jésus-Christ règne, Jésus-Christ bâtit son Église, et il a choisi d'utiliser des chrétiens ordinaires comme nous.
- Chaque chrétien peut donc se poser deux questions très simples. Première : qui Dieu a-t-il placé dans ma vie qui ne connaît pas Christ ? Deuxième : à quoi ressemblerait, pour moi, le fait de témoigner de Jésus devant cette personne ?
- Pas besoin d'une grande stratégie. Beaucoup attendent une formation ou le sentiment d'avoir atteint un niveau suffisant de connaissance et de maturité pour parler de Jésus. Nous n'en avons pas besoin. Nous avons besoin d'un nom, d'une relation, de prière, d'hospitalité, d'une conversation, d'une invitation, et du courage de simplement parler de Christ.
- L'Église du livre des Actes n'a pas changé le monde grâce à une technique extraordinaire pour attirer les gens. Le Christ ressuscité a répandu son Esprit sur des croyants ordinaires, et ces croyants sont devenus des témoins. C'est très simple, et c'est ainsi qu'il agit encore aujourd'hui. Alors, que fait Jésus aujourd'hui parmi nous, et que fera-t-il avec nous ?
Points à retenir
- Les Évangiles racontent ce que Jésus a commencé à faire ; les Actes racontent ce qu'il continue de faire depuis le ciel, par son Esprit. L'Église est intégrée à ce que Jésus fait déjà.
- Connaître Christ ne suffit pas pour accomplir sa mission : elle est humainement impossible. La Parole et l'Esprit vont ensemble, et c'est l'Esprit qui ouvre les cœurs.
- Être témoin, c'est dire ce que l'on sait être vrai. Le témoignage chrétien est plus que des mots, mais jamais moins que des mots.
- L'ascension est l'intronisation de Jésus : chaque rue, chaque nation, chaque personne lui appartient. On peut le proclamer sans honte ni peur.
- Entre l'ascension et le retour de Christ, il y a du travail à faire, et il commence tout près de chez toi.
Application personnelle
- Au début de cette année, quelles questions te poses-tu sur ton Église ou ta vie ? As-tu commencé par « que fait Jésus ? »
- Qui Dieu a-t-il placé dans ta vie qui ne connaît pas Christ : un voisin, un collègue, un parent d'élève, un ami de la famille ?
- À quoi ressemblerait, concrètement, le fait de témoigner de Jésus devant cette personne cette semaine : une invitation, un repas, une conversation ?
- Pries-tu pour que le Saint-Esprit agisse, ou comptes-tu sur ton organisation et tes capacités ?
- Dans quel lieu de ta vie entres-tu encore en te demandant si Jésus y a vraiment autorité ?
Versets cités
Questions fréquentes
Que signifie « Jésus commença à faire et à enseigner » dans Actes 1.1 ?
Pour Jason Procopio, le mot « commença » est décisif. Les Évangiles racontent ce que Jésus a commencé à faire et à enseigner. Le livre des Actes raconte ce qu'il continue de faire et d'enseigner depuis le ciel, par le Saint-Esprit. L'ascension n'est pas un passage de relais aux apôtres : Jésus poursuit son œuvre, simplement d'une autre manière.
Pourquoi Jésus demande-t-il aux apôtres d'attendre à Jérusalem ?
Les apôtres ont passé trois ans avec Jésus, ils ont entendu son enseignement et l'ont vu ressuscité. Pourtant Jésus leur dit d'attendre, parce que connaître Christ ne suffit pas pour accomplir sa mission. Cette mission est humainement impossible : seul Dieu ouvre les yeux des aveugles spirituels et change un cœur de pierre en cœur de chair. Il fallait le baptême du Saint-Esprit.
Que veut dire être témoin de Jésus selon Actes 1.8 ?
Jésus ne dit pas « vous serez mon service marketing » mais « vous serez mes témoins ». Un témoin raconte ce qu'il sait être vrai. Les apôtres étaient témoins oculaires de la résurrection ; leur témoignage, inspiré par l'Esprit, est conservé dans les Écritures, et toute l'Église rend aujourd'hui témoignage au Christ qu'ils ont annoncé. Ce témoignage est plus que des mots, mais jamais moins que des mots.
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