Introduction
Une maison de retraite, un jardin d'enfants, une école, une université, un hôpital. Qu'ont en commun ces cinq choses ? Elles sont indispensables à la vie de la société. Mais Bert Görzen, pasteur de la FeG Mainz (Freie evangelische Gemeinde de Mayence), relève un autre point commun : « Elles ont toutes à voir avec le christianisme. »
C'est un fait largement oublié, rappelle-t-il : une grande partie du fondement social de nos sociétés repose sur l'engagement des chrétiens d'autrefois. Être chrétien ne signifie donc pas se retirer dans un monde parallèle et laisser la vie publique aux autres. Être chrétien, c'est vivre au milieu de la société en ayant à cœur le bien de tous.
Ce message s'inscrit dans une série sur la première épître de Pierre, qui pose une question : comment vivre en chrétien dans une société que les sociologues appellent « post-chrétienne » ? Le thème du jour : vivre selon le Christ au cœur de la société. Pierre donne des repères pour quatre piliers de la vie commune : le vivre-ensemble, l'État, le travail et le mariage.
Plan du message
1. Ce que la société doit aux chrétiens
- Les hôpitaux et les établissements de soins remontent aux ordres chrétiens du Moyen Âge, comme les Hospitaliers de Saint-Jean et les Franciscains. Leur motivation : l'amour du prochain envers les malades et les personnes dépendantes.
- L'école et l'université européennes sont presque entièrement sorties des écoles monastiques et cathédrales. Des ordres comme les Jésuites ont marqué l'enseignement supérieur pendant des siècles.
- Au XIXe siècle, les jardins d'enfants se sont développés grâce aux congrégations féminines et aux diaconesses.
- Pour le pasteur, c'est encore notre mission aujourd'hui, et peut-être plus que jamais : la société perd les bonnes valeurs de la foi chrétienne à mesure qu'elle se détache de ses racines. Nous voulons la façonner et y contribuer de manière constructive, avec des valeurs que Jésus a vécues et qu'il nous a confiées.
2. Étrangers dans le monde, pour le bien du monde
- Pierre écrit : « Bien-aimés, je vous exhorte, comme étrangers et voyageurs sur la terre, à vous abstenir des convoitises charnelles qui font la guerre à l'âme » (1 Pierre 2:11). Il appelle à une bonne conduite au milieu de ceux qui ne connaissent pas Dieu, afin qu'en voyant le bien accompli, ils glorifient Dieu (verset 12).
- Être « étranger au monde » a souvent un sens négatif : être coupé de la réalité. Pierre ne le dit pas ainsi. Nous appartenons à ce monde, mais nous ne laissons pas ses valeurs nous déterminer. Nous sommes citoyens du ciel, du royaume de Dieu, avec d'autres lois et d'autres critères, et cela pour le bien de ce monde. Jésus l'a dit dans l'Évangile de Jean : nous ne sommes pas du monde, mais nous sommes dans le monde.
- Comment vivre de façon exemplaire ? Il faut que, dans un combat acharné, le bon l'emporte. En nous se livre un combat entre notre « moi » et Jésus. Si le moi gagne, c'est l'« ego-trip ». Si Jésus gagne, nous ne vivons plus seulement pour nous-mêmes, nous avons en vue le bien des autres.
- L'issue de ce combat compte aussi pour la société, déjà marquée par l'individualisation. Le pasteur cite la politologue Heike Leitschuh, dans son livre Ich zuerst! Eine Gesellschaft auf dem Ego-Trip (« Moi d'abord ! Une société en plein ego-trip ») : la grossièreté est devenue normale en public et gagne la vie privée ; l'empathie et la solidarité, deux piliers d'une société humaine, s'érodent de plus en plus.
- Ce combat paraît parfois perdu d'avance, mais nous ne le menons pas seuls. Jésus ne se contente pas de nous donner des valeurs : il vit en nous et nous aide à les vivre. « Combattons avec Jésus » et faisons du bien à la société en ne tournant pas seulement autour de nous-mêmes, mais en ayant l'autre en vue : cela s'appelle l'amour du prochain.
3. Respecter l'État sans lui donner la première place
- Pierre demande aux chrétiens d'Asie Mineure de se soumettre, « à cause du Seigneur », à toute autorité établie, à l'empereur comme aux gouverneurs (1 Pierre 2:13-17). Étonnant : l'empereur s'appelait alors Néron, connu pour avoir lancé une dure persécution des chrétiens. Selon la tradition, Pierre lui-même a été exécuté sous son règne.
- Pourquoi aucun appel à la révolte, au mépris ou à la vengeance ? Parce que l'ordre de l'État est en principe voulu par Dieu, qui lui a donné le pouvoir d'organiser la vie civile. Toute forme d'État vaut mieux que l'anarchie.
- Cela ne veut pas dire suivre les autorités en tout. Notre autorité suprême n'est ni un État ni un responsable politique : c'est Jésus. Les premiers chrétiens respectaient le pouvoir, mais ils ont refusé le culte de l'empereur et des dieux romains, même quand la loi l'imposait. « Nous respectons Jésus encore davantage. »
- Concrètement, les chrétiens sont des amis de l'État et de sa constitution. Le pasteur invite à la reconnaissance : vivre en démocratie, avec tant de libertés et l'égalité de tous devant la loi, est une bénédiction. « Nous râlons sûrement beaucoup, mais nous devrions encore plus remercier. »
- Et quand nous critiquons, comment le faisons-nous ? Pierre parle de respect : « Honorez tout le monde ; aimez les frères ; craignez Dieu ; honorez le roi » (verset 17). On peut nommer ce qui ne va pas et voter pour orienter le pays, mais sans mépris, sans haine, sans moquerie, comme on le voit tant sur les réseaux sociaux. Les responsables politiques, y compris ceux avec qui nous ne sommes pas d'accord, sont des créatures de Dieu, faites à son image.
4. Prier en priorité pour ceux qui gouvernent
- Paul exhorte avant toutes choses à faire des prières, des supplications et des actions de grâces pour tous les hommes, « pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité », afin de mener une vie paisible (1 Timothée 2:1-2).
- Prier pour les gouvernants ne nous est sans doute pas étranger. Ce qui l'est peut-être davantage, c'est le « en particulier » du texte : en faire une priorité.
- « Et si, comme citoyens chrétiens, nous râlions un peu moins et priions un peu plus ? » Prier pour un gouvernement fondé sur des valeurs, pour que les bonnes personnes soient élues, pour que la société reste unie, pour la sagesse face aux crises et aux guerres du monde.
5. Au travail : le respect et la capacité d'endurer
- Pierre s'adresse aux esclaves : se soumettre à leurs maîtres, aux bons comme aux méchants, et supporter avec patience une souffrance injuste par fidélité à Dieu (1 Pierre 2:18-20).
- Deux objections viennent naturellement. D'abord, Pierre ne dit pas que l'esclavage est bon : il le suppose comme cadre de son argument. La valeur chrétienne est la liberté, et elle s'est imposée dans l'histoire. William Wilberforce, homme politique anglais, a combattu la traite par conviction chrétienne et obtenu en 1807 une loi du Parlement britannique contre le commerce des esclaves. « Dieu n'est pas pour l'esclavage. Il est pour l'égalité, la justice et la liberté. »
- Ensuite, le travail d'aujourd'hui est très différent. Le texte ne se transpose qu'avec prudence et de façon générale, mais deux valeurs restent : le respect et la disposition à souffrir. Le pasteur souligne au passage que celui qui s'occupe des enfants rend un service immense à la société de demain, même sans emploi rémunéré.
- Restons-nous respectueux envers un supérieur qui nous traite mal ou injustement ? Avons-nous le courage de ne pas participer aux conversations où l'on dénigre le chef ?
- Il ne s'agit pas de tout supporter : nous avons le droit de démissionner, et c'est parfois juste. Mais avant de le faire, on peut se demander : « Dieu veut-il peut-être encore se servir de moi ici ? » Ces principes peuvent changer l'atmosphère au travail et rendre les collègues curieux de la source de nos valeurs : Jésus.
6. Dans le couple : un amour qui sait se mettre en retrait
- La Loi fondamentale allemande place le mariage et la famille sous la protection particulière de l'État (article 6, alinéa 1) : le mariage y est vu comme la cellule de base de la société. Des mariages stables font du bien aux époux et à toute la société.
- Pierre parle aux femmes de soumission, d'une beauté intérieure plutôt que de coiffures et de bijoux, puis aux maris de vivre avec compréhension et respect envers leur femme, cohéritière de la grâce de la vie (1 Pierre 3:1-7). Le pasteur reconnaît un texte délicat, avec un « bon potentiel de malentendus ».
- Le plus grand malentendu serait de le lire comme un texte hostile aux femmes. Ce que la soumission recouvre exactement varie selon les cultures, et chaque couple doit le discerner. Mais elle ne signifie pas que la femme passe après l'homme : selon le récit de la création, l'homme et la femme sont tous deux créés à l'image de Dieu (Genèse 1:27). Dans l'Orient ancien, seuls les rois étaient appelés images de Dieu ; la Bible fait éclater cette préférence.
- Les maris sont aussi engagés : être prévenants et compréhensifs (verset 7), et aimer leur femme « comme Christ a aimé l'Église, et s'est livré lui-même pour elle » (Éphésiens 5:25).
- Pierre n'interdit pas de se faire belle : il dit que le caractère compte plus que l'apparence, ce qui vaut aussi pour les hommes. Et le « sexe plus faible » (verset 7) ne parle pas d'une faiblesse morale ou intellectuelle, idée courante dans l'Antiquité mais pas chrétienne. Pierre veut dire que les hommes ne doivent pas utiliser leur supériorité physique contre leur femme : la violence conjugale doit rester un tabou.
- Au fond, le texte parle d'égards, de respect, de compréhension et de bienveillance. L'individualisation pousse aussi dans le couple à penser : « Il s'agit de moi, de mes besoins. » Le pasteur cite une spécialiste du couple : la fragilité croissante du mariage tient aux attentes énormes qu'on lui impose, compenser les manques affectifs, apporter l'épanouissement sexuel, offrir une grande intimité et permettre en même temps de réaliser ses propres projets. Si le mariage n'existe que pour moi, il ne peut pas tenir dans la durée.
- Jésus nous a montré que des relations épanouissantes sont possibles quand on ne pense pas seulement à soi. « L'amour, c'est avant tout avoir l'autre en vue. »
7. Ne pas laisser sa foi au vestiaire
- Le pasteur résume : combattre notre égoïsme et laisser gagner l'amour du prochain ; parler avec respect des gouvernants, voter et prier pour eux ; traiter collègues et supérieurs avec respect et, si nécessaire, endurer, sauf si une limite est franchie ; vivre dans le mariage un amour selon le Christ, qui sait se mettre en retrait pour l'autre.
- Il conclut avec une citation du président fédéral allemand Frank-Walter Steinmeier : « Je suis chrétien, je suis engagé dans l'Église protestante. Bien sûr, ma foi a à voir avec mon action dans la société. Je ne laisse pas ma religion au vestiaire quand je vais au bureau le matin. »
- Dans sa prière finale, il rappelle que Jésus nous a placés dans cette société avec une mission : être sel et lumière (Matthieu 5:13-14), ne pas rester entre nous, et rencontrer les gens de telle sorte qu'ils soient fascinés par Jésus et par ses valeurs.
Points à retenir
- Les chrétiens ont bâti une grande part du socle social de nos pays ; vivre sa foi, ce n'est pas se retirer dans un monde parallèle.
- Nous sommes dans le monde sans être du monde : le combat entre notre « moi » et Jésus se mène avec lui, pour le bien des autres.
- Nous respectons l'État et prions en priorité pour ceux qui gouvernent, mais notre autorité suprême reste Jésus.
- Au travail comme dans le couple, le respect et l'amour qui se met en retrait reflètent le Christ et rendent les autres curieux de la source de nos valeurs.
Application personnelle
- Dans quel domaine de ta vie ton « moi » gagne-t-il en ce moment le combat contre Jésus ?
- Comment parles-tu des responsables politiques, en famille ou sur les réseaux sociaux ? Pries-tu pour eux autant que tu les critiques ?
- Y a-t-il une conversation au travail dont tu devrais te retirer, ou une situation où Dieu veut peut-être encore se servir de toi ?
- Si tu es marié, qu'attends-tu de ton couple pour toi-même, et en quoi pourrais-tu te mettre en retrait pour l'autre cette semaine ?
Versets cités
- 1 Pierre 2:11-12
- 1 Pierre 2:13-17
- 1 Pierre 2:18-20
- 1 Pierre 3:1-7
- Jean 17:14-16
- 1 Timothée 2:1-2
- Genèse 1:27
- Éphésiens 5:25
- Matthieu 5:13-14
Questions fréquentes
Que veut dire être « étrangers » dans le monde selon 1 Pierre 2 ?
Pour Bert Görzen, Pierre ne parle pas de chrétiens coupés de la réalité. Nous appartenons à ce monde, mais nous ne laissons pas ses valeurs nous gouverner. Citoyens du royaume de Dieu, nous vivons selon ses critères, pour le bien du monde : dans le monde, sans être du monde.
Pourquoi Pierre demande-t-il de se soumettre à l'empereur, alors que c'était Néron ?
Parce que l'ordre de l'État est voulu par Dieu pour régler la vie commune. Mais Pierre précise qu'on se soumet « à cause du Seigneur » : notre autorité suprême est Jésus. Les premiers chrétiens respectaient l'État tout en refusant le culte de l'empereur.
1 Pierre 3 rabaisse-t-il la femme dans le mariage ?
Non, selon le prédicateur. L'homme et la femme sont tous deux créés à l'image de Dieu, et le texte engage aussi les maris à la compréhension et au respect. Le cœur du passage est un amour attentif, qui sait se mettre en retrait pour l'autre.