Introduction
Un lecteur d'aujourd'hui qui tomberait par hasard sur le livre d'Ézéchiel « serait excusé de conclure que cet homme était complètement fou ». Rob Taylor, prédicateur à la South West Baptist Church, en Australie, commence par ce sourire pour présenter un prophète fascinant, dont le nom signifie « Dieu fortifie ».
Ézéchiel a souvent transmis ses messages par des gestes. Ce soir-là, Rob Taylor s'arrête sur l'un des moins spectaculaires : deux morceaux de bois joints dans la main du prophète (Ézéchiel 37:15-28). Un geste simple, mais une prophétie qu'il juge aussi actuelle pour nous, au XXIe siècle, que toutes les autres.
Le message suit le texte : une seule nation, un seul roi, une seule alliance. Il se termine par une question personnelle : quelle valeur Jésus-Christ a-t-il dans ta vie ?
Plan du message
1. Ézéchiel, le prophète des leçons de choses
- Ézéchiel est un contemporain plus jeune de Jérémie. Il est sacrificateur, fils de Buzi (Ézéchiel 1:3). « On ne sait pas qui était Buzi », note le prédicateur.
- En 597 avant Jésus-Christ, Nebucadnetsar, roi de Babylone, déporte le roi Jojakin avec environ 10 000 captifs : la famille royale, la noblesse, les chefs de l'armée. Ézéchiel est parmi eux. Selon Flavius Josèphe, il est alors un jeune homme. Il passera le reste de sa vie en Babylonie.
- Dieu lui demande d'illustrer ses messages par des actes étonnants : rester couché sur le côté gauche pendant 390 jours en ne mangeant qu'un repas par jour cuit sur du fumier (Ézéchiel 4), se raser la tête et la barbe (Ézéchiel 5), ne pas mener le deuil à la mort de sa femme (Ézéchiel 24:15-27).
- Chacun de ces gestes, fait par obéissance, devait ouvrir une vérité spirituelle importante.
2. Deux bois dans la main du prophète
- Dieu dit à Ézéchiel de prendre un bois et d'écrire dessus « Pour Juda et pour les enfants d'Israël qui lui sont associés », puis un autre avec « Pour Joseph, bois d'Éphraïm et de toute la maison d'Israël qui lui est associée », et de les joindre pour qu'ils soient un dans sa main (versets 15-17).
- Le premier bois représente le royaume du sud, Juda et Benjamin. Le second, le royaume du nord et ses dix tribus. Joseph est le père d'Éphraïm et de Manassé, et Éphraïm, le plus jeune, domine la politique du nord dès le départ.
- À l'époque d'Ézéchiel, le royaume du nord a disparu depuis environ 150 ans. Dieu considère pourtant toujours ces tribus dispersées parmi les nations comme son peuple.
- Rob Taylor en tire une mise en garde. Selon lui, ces versets contredisent l'idée de « dix tribus perdues » qui se seraient retrouvées en Grande-Bretagne : les prophètes savaient que les tribus du nord existaient toujours. Ils ne justifient pas non plus la lecture des Saints des derniers jours, qui voit dans les deux bois la Bible et le Livre de Mormon.
- « Il faut toujours regarder le contexte avant de sauter aux conclusions. » Le texte lui-même dit ce que représentent les deux bois : les deux maisons, Israël et Juda.
3. Une seule nation
- Quand les exilés demandent ce que signifie ce geste, Dieu répond : « Je prendrai les enfants d'Israël du milieu des nations où ils sont allés, je les rassemblerai de toutes parts, et je les ramènerai dans leur pays. Je ferai d'eux une seule nation dans le pays » (versets 21-22).
- Ce que la division avait séparé depuis l'époque de Roboam (1 Rois 12 à 14), malgré des siècles d'histoire et de préjugés, Dieu le réunira par grâce : Juda, mais aussi Joseph et ses alliés.
- Le retour après les 70 ans d'exil, au temps d'Esdras, de Zorobabel et de Néhémie, n'en est qu'une ombre. La promesse vise un rassemblement depuis toutes les nations, pas seulement depuis Babylone.
- Le prédicateur souligne les mots « je prendrai », « je rassemblerai » : c'est la promesse souveraine de Dieu. « Ce qu'il promet est comme déjà fait. »
- Il voit un aperçu de cette souveraineté au XXe siècle, en particulier depuis mai 1948 : les nations prennent leurs décisions, mais Dieu agit à travers elles. Le rassemblement final aura lieu à la fin de cet âge, quand le Libérateur viendra ôter les péchés d'Israël (Romains 11:27).
- Ce n'est pas parce qu'Israël le mérite, ni parce que les Juifs seraient supérieurs aux autres peuples. « Nous sommes tous des pécheurs sauvés par la grâce de Dieu. » C'est la promesse inconditionnelle faite à Abraham : « Lève les yeux, et, du lieu où tu es, regarde vers le septentrion et le midi, vers l'orient et l'occident ; car tout le pays que tu vois, je le donnerai à toi et à ta postérité pour toujours » (Genèse 13:14-17).
- Une image : en août 2018, la BBC racontait les retrouvailles de familles de Corée du Nord et du Sud, séparées depuis au moins 65 ans par la guerre de 1950-1953. Le plus âgé avait 101 ans. Ces retrouvailles temporaires « pâliront » à côté de la réunion permanente des tribus du nord et du sud que Dieu accomplira.
- Le verset 22 précise : une seule nation « dans le pays ». Pour Rob Taylor, il s'agit d'une terre réelle. Et Dieu changera les cœurs : ce peuple, aujourd'hui en grande partie dans l'incrédulité, ne se souillera plus par ses idoles et servira l'Éternel avec joie.
4. Un seul roi
- « Mon serviteur David sera leur roi, et ils auront tous un seul pasteur » (verset 24). Le prédicateur relève la difficulté : comment concilier ce verset avec le règne de Christ sur la terre ?
- Première solution : David serait une autre façon de désigner Christ. Rob Taylor ne la retient pas, car Jésus est souvent appelé « fils de David » ou « postérité de David », mais jamais « David » dans la Bible.
- Seconde solution, qu'il juge plus conforme aux Écritures : il s'agit de David ressuscité, qui partagera comme prince certaines responsabilités de gouvernement. Le règne de Christ est partagé : « tu as fait d'eux un royaume et des sacrificateurs pour notre Dieu, et ils régneront sur la terre » (Apocalypse 5:9-10).
- Il cite le commentateur William Newell : « David n'est pas le fils de David. Christ, comme fils de David, sera roi. Et David, son père selon la chair, sera prince. » Christ est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs (Apocalypse 19:16), ce qui suppose d'autres rois sous son autorité.
- D'autres textes vont dans ce sens : « J'établirai sur elles un seul pasteur, qui les fera paître, mon serviteur David » (Ézéchiel 34:23-24), « ils serviront l'Éternel, leur Dieu, et David, leur roi, que je leur susciterai » (Jérémie 30:9), et le prince qui s'assied à la porte orientale pour manger devant l'Éternel (Ézéchiel 44:1-3). « Il y a deux personnes ici : le prince, et le Seigneur. »
- Une conséquence pour toi : si tu es croyant, tu régneras avec Christ. « Chacun de nous qui est croyant aura quelque chose à faire dans le royaume de Christ. »
5. Une seule alliance
- « Je traiterai avec eux une alliance de paix, et il y aura une alliance éternelle avec eux » (verset 26). Pour le prédicateur, c'est un autre nom de la nouvelle alliance, la seule qui apporte la paix entre Dieu et l'homme pécheur.
- Il lit le commentaire de John Walvoord : annoncée en Jérémie 31:31-34, cette alliance remplace l'alliance mosaïque. Par la mort de Christ sur la croix, Dieu a rendu possible l'alliance de grâce pour ceux qui se confient dans le Seigneur, base du salut de chaque personne sauvée, d'Adam jusqu'au dernier.
- Dieu promet aussi son sanctuaire au milieu de son peuple (versets 26-28). Le prédicateur y voit le temple décrit en Ézéchiel 40 à 48.
- Pourquoi des sacrifices si Christ est mort une fois pour toutes ? Pour lui, ils ne diminuent en rien l'œuvre achevée de Christ. Ils seront un rappel, « comme pour la sainte cène aujourd'hui : nous avons le jus de raisin, nous avons le pain ».
- Il explique pourquoi ce rappel sera nécessaire : des croyants qui auront traversé les sept années de tribulation entreront dans le royaume avec un corps mortel et auront des enfants. « Tous les enfants ne viennent pas à la foi », même si on le souhaite et qu'on prie pour cela. Ces enfants auront besoin de connaître l'Agneau de Dieu qui a versé son sang.
6. Le Roi qui apporte la paix
- Ésaïe 2:2-4 décrit ce règne : toutes les nations afflueront vers la montagne de l'Éternel. « De leurs glaives ils forgeront des hoyaux, et de leurs lances des serpes : une nation ne tirera plus l'épée contre une autre, et l'on n'apprendra plus la guerre. »
- Le prédicateur pense que ce verset figure au siège des Nations unies. Mais, remarque Rob Taylor, l'ONU « ne fait probablement pas un excellent travail » pour instaurer la paix mondiale. Un seul en est capable : Jésus-Christ. Il apportera la vraie justice et jugera entre les nations.
- À ceux qui pensent que l'Église a remplacé Israël, il lit Jérémie 31:35-37 : si les lois du soleil, de la lune et des étoiles venaient à cesser, alors la race d'Israël cesserait d'être une nation. « Je ne pense pas que nous allons être capables de faire ça. »
- Israël n'est pas une nation parfaite. Ce sont des pécheurs comme chacun de nous, qui ont besoin d'un Sauveur. Le prédicateur invite à prier pour que les Juifs connaissent le Messie, venu il y a 2 000 ans, et rappelle que des organisations s'y consacrent.
- Il ne connaît pas encore Jérusalem, mais il se réjouit : un jour, nous y adorerons le Roi des rois. « Rien n'échappe à sa juridiction. Personne ne lui est égal. Aucun roi n'est au-dessus de lui. »
7. Te préparer dès maintenant à servir le Roi
- Ce Roi des rois s'est donné sur la croix il y a 2 000 ans et il est mort à notre place.
- Rob Taylor cite Augustin : « Christ n'est pas estimé du tout tant qu'il n'est pas estimé au-dessus de tout. »
- D'où ses questions : quelle valeur a Jésus-Christ dans ta vie ? Plies-tu le genou devant lui ? Lui abandonnes-tu ta vie ? Le sers-tu de ton mieux avec les capacités qu'il t'a données ?
- Chacun recevra une tâche adaptée aux dons que Dieu lui a confiés. La meilleure préparation au service dans son royaume, c'est de le servir dès maintenant, par sa grâce et sa force.
- Sa prière finale résume l'espérance du message : rien n'est hors de contrôle dans ce monde, tout est sous la main souveraine de Dieu, et son plan ne peut pas être contrarié.
Points à retenir
- Les deux bois d'Ézéchiel représentent Juda et Israël. Le contexte du passage en donne lui-même le sens : on lit toujours un texte dans son contexte.
- Dieu a promis de faire de son peuple divisé une seule nation. Ce qu'il promet est comme déjà fait, parce que sa promesse à Abraham est inconditionnelle.
- Christ régnera comme Roi des rois, et les croyants régneront avec lui. Chacun aura une place à tenir dans son royaume.
- L'alliance de paix repose tout entière sur le sang de Christ, versé une fois pour toutes.
- La seule paix durable viendra du règne de Jésus. En attendant, tu te prépares en le servant aujourd'hui.
Application personnelle
- Quand tu lis un passage difficile de la Bible, prends-tu le temps de regarder son contexte avant d'en tirer une conclusion ?
- Qu'est-ce qui, dans ta situation actuelle, te fait douter que Dieu tienne ses promesses ? Que t'apprend sa fidélité envers Abraham ?
- Selon la phrase d'Augustin, Jésus est-il estimé « au-dessus de tout » dans ta vie, ou seulement à côté d'autres priorités ?
- Quels dons Dieu t'a-t-il confiés, et comment peux-tu les mettre à son service dès cette semaine ?
- Pries-tu pour que le peuple juif connaisse son Messie ?
Versets cités
- Ézéchiel 37:15-28
- Ézéchiel 1:3
- Ézéchiel 4
- Ézéchiel 5
- Ézéchiel 24:15-27
- 1 Rois 12 à 14
- Romains 11:27
- Genèse 13:14-17
- Apocalypse 5:9-10
- Apocalypse 19:16
- Ézéchiel 34:23-24
- Jérémie 30:9
- Ézéchiel 44:1-3
- Jérémie 31:31-34
- Ézéchiel 40 à 48
- Ésaïe 2:2-4
- Jérémie 31:35-37
Questions fréquentes
Que représentent les deux bois d'Ézéchiel 37 ?
Le premier bois porte l'inscription « Pour Juda », le second « Pour Joseph, bois d'Éphraïm ». Ils représentent le royaume du sud et le royaume du nord, divisés depuis des siècles. En les joignant dans sa main, Ézéchiel annonce que Dieu fera d'eux une seule nation. Pour Rob Taylor, le contexte des versets 15 à 23 exclut toute autre lecture, comme celle qui y voit deux livres.
Qui est « mon serviteur David » en Ézéchiel 37:24 ?
Certains commentateurs y voient Christ lui-même. Rob Taylor écarte cette lecture, car Jésus est appelé « fils de David » mais jamais « David » dans la Bible. Il y voit David ressuscité, prince sur Israël sous l'autorité de Christ, le Roi des rois, en s'appuyant sur Ézéchiel 34:23-24, Jérémie 30:9 et Ézéchiel 44:1-3.
Pourquoi un temple et des sacrifices dans le royaume à venir si Christ est mort une fois pour toutes ?
Pour Rob Taylor, ces sacrifices n'ajoutent rien à l'œuvre de Christ. Ils serviront de rappel, comme le pain et le jus de raisin de la sainte cène aujourd'hui. Des enfants naîtront pendant ce règne avec une nature pécheresse et auront besoin de comprendre le prix payé à la croix par l'Agneau de Dieu.