Introduction
« Un prophète réticent et un Dieu plein de grâce. » C'est en ces mots que le prédicateur de l'Église évangélique libre de Heidenoldendorf (Freikirche HD) résume le livre de Jonas. Après avoir terminé l'épître de Jude dans l'étude biblique suivie de l'Église, il ouvre un nouveau livre, celui du prophète Jonas.
Il commence par une question à l'assemblée : qu'est-ce qui te vient à l'esprit quand tu penses à Jonas ? Les réponses fusent : le ventre du poisson, Ninive qui se repent. Il ajoute la fuite du prophète, la seconde chance que Dieu lui donne, et le ricin qui lui donnait de l'ombre avant de sécher.
Ce soir-là, il ne commente pas encore verset par verset. Il lit tout le livre d'un seul trait, montre que Dieu tient les fils de toute l'histoire, replace Jonas dans le grand récit de la Bible et dans son époque, puis s'arrête sur les trois premiers versets.
Plan du message
1. Lire tout le livre d'un seul trait
- Le livre de Jonas compte quatre chapitres. Lu d'une traite, il prend « huit à dix minutes ». Le prédicateur le lit donc en entier avec l'assemblée avant d'entrer dans le détail : c'est une manière simple d'avoir toute l'histoire sous les yeux.
- Quand on a lu un livre « de très nombreuses fois », on a parfois besoin d'un regard neuf sur ce qu'on connaît déjà. Il espère que cette lecture commune y contribue.
- Il montre une gravure du XVe ou du XVIe siècle où un artiste a imaginé Jonas sortant de la gueule du poisson. D'un côté, un prophète réticent ; de l'autre, un Dieu qui a pitié de la grande ville de Ninive.
- Chaque chapitre apporte un retournement : l'appel et la fuite (chapitre 1), la prière et la repentance de Jonas dans le ventre du poisson (chapitre 2), la repentance de Ninive et la grâce de Dieu (chapitre 3), puis la colère de Jonas et la leçon que Dieu lui donne (chapitre 4).
- « Le livre aurait pu s'arrêter là », dit-il après le chapitre 3. Mais le chapitre 4 montre encore le cœur de Jonas, en colère parce que Dieu fait grâce aux Ninivites.
2. Une fin ouverte et une seconde chance
- Le livre se termine sur une question de Dieu, sans dire comment Jonas a répondu. Pour le prédicateur, c'est voulu : la question reste ouverte pour le lecteur. « Comment réagissons-nous quand nous voyons un Dieu juste et si plein de grâce ? »
- Jonas 1:1 et Jonas 3:1 donnent presque mot pour mot le même ordre. Jonas reçoit une seconde chance : après sa fuite, Dieu le reprend, l'envoie de nouveau, et cette fois il obéit.
- Le livre nous apprend que Dieu donne une seconde chance à ses prophètes, à ses serviteurs, et à nous aussi dans notre vie.
3. Jonas et les deux fils perdus
- L'histoire de Jonas a beaucoup de points communs avec la parabole de Luc 15. Le prédicateur parle volontairement des « deux fils perdus ».
- Le plus jeune réclame sa part d'héritage, s'en va, dilapide tout et se retrouve avec les porcs. Là, il revient à lui, rentre chez son père et trouve un père plein de grâce. C'est la première moitié du livre de Jonas : il s'enfuit, et Dieu le relève au point le plus bas de sa vie, au fond de la mer, là où les algues entourent sa tête.
- Le fils aîné, lui, se fâche de l'accueil réservé à son frère : « Je suis resté tout ce temps à la maison et l'on ne m'a pas tué de veau. » C'est la seconde moitié du livre : Jonas se met en colère parce que Dieu fait grâce aux Ninivites.
4. Dieu tient les fils de l'histoire
- Le livre parle beaucoup du prophète et de ce qui l'habite. Mais ce n'est pas seulement l'histoire de Jonas : « les fils qui sont tirés dans ce livre, c'est Dieu lui-même qui les tire ».
- Le prédicateur parcourt les versets : l'Éternel lance un vent impétueux sur la mer (1:4), le sort tombe sur Jonas (1:7), la mer se calme dès qu'il y est jeté (1:15), l'Éternel fait venir un grand poisson (2:1) puis lui ordonne de rejeter Jonas sur la terre (2:11).
- Il poursuit : Dieu voit que Ninive revient de sa mauvaise voie et renonce au mal annoncé (3:10), il fait croître un ricin (4:6), envoie un ver (4:7), puis un vent chaud d'orient (4:8), et il parle à Jonas (4:9).
- « Dieu agit, Dieu parle, Dieu intervient dans l'histoire. » Jonas n'est donc pas forcément le personnage principal : il est un instrument par lequel la bonté et la grâce de Dieu doivent se refléter.
- L'histoire de Jonas projette son ombre jusqu'à Jésus-Christ. En Matthieu 12:40, Jésus applique le signe de Jonas à sa mort, à sa mise au tombeau et à sa résurrection : comme Jonas trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson.
5. « Et » : Jonas dans la grande histoire de la Bible
- Le prédicateur s'arrête sur le premier mot du texte qu'il lit (traduction allemande Schlachter) : « Et la parole de l'Éternel fut adressée à Jonas. » Combien de livres commencent par « et » ? C'est plutôt inhabituel.
- Ce petit mot de liaison rattache Jonas à l'ensemble des Écritures. D'autres livres commencent ainsi dans ce texte : Exode, Lévitique, Nombres, Josué, Juges, Ruth, 1 et 2 Samuel, 2 Chroniques, Esdras, Esther, Ézéchiel et Jonas.
- La Bible est une œuvre cohérente, inspirée par le Saint-Esprit, écrite par plus de quarante auteurs. Elle raconte une seule histoire : celle du règne de Dieu, de la création à la chute, puis de la rédemption qui culmine en Jésus-Christ, se poursuit dans le temps de l'Église et s'achève avec son retour, le règne de mille ans et l'éternité dans la nouvelle Jérusalem.
- Ce plan de salut remonte à l'alliance avec Abram, en Genèse 12:2-3 : « Toutes les familles de la terre seront bénies en toi. » Le prédicateur y voit trois bénédictions : pour Abraham, pour Israël et pour les nations.
- Jonas, envoyé vers Ninive, montre déjà dans l'Ancien Testament que la bénédiction promise à Abraham concerne aussi les nations. Il rappelle aussi le verset que l'Église lit chaque semaine au mur, Ésaïe 45:22 : « Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvés, vous tous qui êtes aux extrémités de la terre ! » « C'était l'intention de Dieu dès le commencement. »
6. Le contexte : un royaume du Nord loin de Dieu
- Jonas réapparaît en 2 Rois 14:23-27. Il y est appelé « son serviteur Jonas, le prophète, fils d'Amitthaï, de Gath-Hépher ». Il prophétise sous Jéroboam II, fils de Joas, roi d'Israël à Samarie pendant quarante et un ans, vers 782 à 753 avant Jésus-Christ.
- Jéroboam II fait ce qui est mal aux yeux de l'Éternel, comme Jéroboam, fils de Nebath, le premier roi du Nord après la division du royaume. Le prédicateur rappelle qu'aucun roi du Nord ne fut fidèle à Dieu.
- Pourtant, selon la parole de Jonas, Dieu rend à Israël son territoire. Ce n'est pas à cause de la piété du roi, mais parce que l'Éternel voit l'affliction d'Israël, et qu'il n'y a « ni esclave ni homme libre » pour le secourir (la traduction lue par le prédicateur parle de « majeurs et mineurs »). Le prédicateur relève un parallèle entre ces mineurs et les 120 000 habitants de Ninive « qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche » : plusieurs commentateurs y voient de petits enfants sans défense.
- Amos, contemporain de Jonas, et Osée, un peu plus tard, décrivent l'état du peuple. En Amos 2:6-8, Israël vend le juste pour de l'argent et le pauvre pour une paire de souliers. Voir aussi Amos 5:4 et suivants et Osée 4:1-3.
- Le prédicateur décrit un peuple imbu de sa propre justice, divisé de bien des manières, à la religion faussée : deux lieux de culte idolâtres avaient été dressés dans le Nord pour que personne ne monte adorer à Jérusalem.
- Environ cinquante ans plus tard, vers 722 avant Jésus-Christ, Dieu se sert de l'Assyrie, dont Ninive était la capitale, pour juger le royaume du Nord sous le roi Osée. Le prédicateur pense que le livre s'adressait d'abord à ce peuple, pour le secouer : Dieu fait grâce aux pécheurs qui se repentent, même à cet ennemi cruel.
7. La fuite vers Tarsis : des portes ouvertes loin de Dieu
- « Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie contre elle ! car sa méchanceté est montée jusqu'à moi » (Jonas 1:2). C'est un message de jugement. Au chapitre 3, Jonas ne dira que cinq mots en hébreu : « Encore quarante jours, et Ninive est détruite ! »
- Israël avait reçu bien plus de messages par ses prophètes. Les Ninivites, eux, n'en ont reçu qu'un, et il les a conduits à la repentance.
- Jonas se lève pour fuir à Tarsis, loin de la face de l'Éternel. Il descend à Japho, trouve un navire, paie le prix du passage et monte à bord. Tarsis se trouvait probablement dans le sud de l'Espagne : la direction opposée.
- Tout semble lui réussir. « Il a tant de portes ouvertes. Personne ne l'arrête. » Il peut même dormir au fond du navire pendant la tempête. Mais tant de portes ouvertes ne voulaient pas dire qu'il était dans la volonté de Dieu. Dieu intervient et envoie la tempête pour le ramener.
- Le texte insiste sur la descente : Jonas descend à Japho, descend dans le navire, et ainsi de suite. C'est seulement au point le plus bas, une fois relevé par Dieu, qu'il obéit à sa parole.
Points à retenir
- Le livre de Jonas se résume ainsi : un prophète réticent et un Dieu plein de grâce, qui pardonne volontiers et accueille un cœur repentant.
- Dieu est l'acteur principal du récit. Jonas est un instrument par lequel sa bonté doit se refléter.
- Dieu donne une seconde chance : le même ordre revient en Jonas 1:1 et en Jonas 3:1, et la seconde fois Jonas obéit.
- Des portes ouvertes ne prouvent pas que l'on marche dans la volonté de Dieu.
- La bénédiction promise à Abraham pour toutes les familles de la terre atteint déjà Ninive, et elle pointe vers Jésus, le signe de Jonas.
Application personnelle
- Sais-tu clairement ce que Dieu te demande en ce moment, et as-tu, comme Jonas, besoin d'un second élan pour obéir ?
- Te fies-tu à des « portes ouvertes » pour justifier un chemin qui t'éloigne de la face de Dieu ?
- Te reconnais-tu davantage dans le fils qui s'en va ou dans le fils aîné qui se fâche de la grâce faite aux autres ?
- Comment réagis-tu quand Dieu fait grâce à quelqu'un que tu jugeais indigne de sa bonté ?
- Quand Dieu te convainc d'un péché, prends-tu le temps de t'humilier devant lui et de lui demander pardon, au lieu de rester rebelle ?
Versets cités
- Jonas 1-4
- Jonas 1:1-3
- Jonas 3:1-4
- Jonas 4:6-11
- Luc 15:11-32
- Matthieu 12:40
- Genèse 12:2-3
- Ésaïe 45:22
- 2 Rois 14:23-27
- Amos 2:6-8
- Amos 5:4-15
- Osée 4:1-3
Questions fréquentes
Pourquoi le livre de Jonas se termine-t-il sur une question ?
Le livre s'arrête sur la question de Dieu à Jonas au sujet du ricin et de Ninive, sans dire comment le prophète a réagi. Pour le prédicateur, cette fin ouverte est voulue : elle pose la question au lecteur. Comment réagis-tu devant un Dieu à la fois juste et si plein de grâce ?
Qui est le personnage principal du livre de Jonas ?
Le prédicateur relève que c'est Dieu qui agit d'un bout à l'autre : il lance le vent sur la mer, fait venir le poisson, lui ordonne de rejeter Jonas, renonce au mal annoncé contre Ninive, puis envoie le ricin, le ver et le vent d'orient. Jonas est un instrument par lequel Dieu montre sa bonté et sa grâce.
À quelle époque Jonas a-t-il exercé son ministère ?
D'après 2 Rois 14:23-25, Jonas, fils d'Amitthaï, de Gath-Hépher, a prophétisé sous Jéroboam II, roi d'Israël, vers 782 à 753 avant Jésus-Christ. Environ cinquante ans plus tard, vers 722, l'Assyrie, dont Ninive était la grande ville, emmena le royaume du Nord en captivité.