Introduction
« C'est un privilège d'être ici, parce que c'est un privilège de séjourner dans la maison du Seigneur. » Samuel Velinga ouvre ainsi son message, lors d'un culte de sainte cène à l'Evangelische Gemeente Hoogvliet, aux Pays-Bas. Il ajoute aussitôt : si l'on regarde les choses humainement, nous ne devrions pas être là. Ce n'est pas notre mérite.
Pour parler de ce que signifie être une communauté, il part d'un film d'animation, Encanto, et de la famille Madrigal. Une famille magnifique, une maison magnifique, une vie magnifique. Mais derrière les portes, tout est différent.
Puis il ouvre la première épître de Jean, chapitres 3 et 4, avec une question qui traverse tout le message : peut-on vraiment aimer quelqu'un quand on garde de lui une image fausse, et quand le mensonge continue de régner dans la famille ou dans la communauté ?
Plan du message
1. Encanto : une belle façade, des fissures dans la maison
- Dans le film, les Madrigal vivent tous ensemble dans une maison un peu magique. Chacun a un don particulier, sauf Mirabel. Vue de l'extérieur, la famille semble parfaite.
- Mais à l'intérieur, on trouve de la douleur et du chagrin non traités, des attentes très élevées, la peur de ne pas être à la hauteur, des reproches, des secrets et des silences.
- Chacun vit à partir de son propre récit. Bruno est vu comme celui qui porte malheur et s'est retiré. Luisa doit être la plus forte et tout encaisser. Isabela est la fille parfaite qui ne peut pas faire d'erreur. Mirabel, sans don, semble valoir moins.
- Les suppositions sont répétées jusqu'à passer pour la vérité. « Les gens ne sont plus vus tels qu'ils sont réellement, mais tels que nous nous imaginons qu'ils sont. »
- Les sujets difficiles ne sont jamais abordés. Quand le nom de Bruno tombe, on chante : « We don't talk about Bruno ». La maison finit littéralement par se fissurer.
- Samuel Velinga s'arrête sur l'expression « couvrir du manteau de l'amour ». On veut être patient, faire grâce. Mais c'est parfois une manière de ne pas regarder en face ce qui frotte. « L'apparence de la paix n'est pas la même chose que la vraie paix. »
2. Jean va droit au cœur : lumière, amour et vie
- Le prédicateur lit deux longs passages : 1 Jean 3:11-19, puis 1 Jean 4:7 à 5:12. Il conseille de lire toute la lettre d'une traite à la maison. Il raconte avoir été saisi par ce texte en écoutant la Bible en livre audio un soir : « C'est un message pour notre communauté. »
- Dès le premier chapitre, Jean ne tourne pas autour du pot : « ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de vie » (1 Jean 1:1). Cette Parole, c'est Christ, celui qui est allé à la croix pour nous.
- Puis : « Dieu est lumière, et il n'y a point en lui de ténèbres » (1 Jean 1:5). Si nous marchons dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus nous purifie de tout péché (1 Jean 1:7).
- Trois vérités forment le noyau : Dieu est lumière, Dieu est amour, et la vie se trouve en Jésus. « Si nous disons être une communauté qui suit Jésus, nous devons toujours commencer par ce cœur-là. »
- On cite volontiers Jean 3:16. Mais chez Dieu, il n'y a aucune contradiction entre ce qu'il dit et ce qu'il fait. Son amour n'est pas sans engagement : le Dieu du ciel et de la terre est devenu homme pour porter nos péchés. Il ne nous donne pas seulement quelque chose de bon, il nous donne une nouvelle existence, une nouvelle communauté, une nouvelle manière de vivre.
3. Un amour qui se voit dans les actes
- « Petits enfants, n'aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions et avec vérité » (1 Jean 3:18). Chez nous, la parole et les actes ne se rejoignent pas toujours. Dieu, lui, est sincère, et il nous demande de l'être aussi.
- L'amour dont parle Jean n'est pas quelque chose de vague, un sentiment passager. C'est une réalité concrète : notre attitude, nos actions, la manière dont nous nous tenons les uns face aux autres. Il traverse le temps, parce qu'il vient de Christ.
- Jean relie ce que nous confessons et ce que nous faisons. On ne peut pas agir comme si c'était possible sans Jésus : on reste toujours en deçà. Mais on ne peut pas non plus vivre avec Jésus sans aimer sincèrement l'autre. Non pour gagner son salut, mais parce que l'amour vient de lui.
- « Si quelqu'un dit : J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur » (1 Jean 4:20). Combien de fois cette contradiction existe-t-elle ? On dit vouloir reconnaître l'autre, mais derrière la porte, quand on entend comment on parle les uns des autres, on peut se demander si on lui souhaite vraiment la vie.
- Interrogé sur le cœur de la loi, Jésus laisse son interlocuteur répondre : aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même (Luc 10:25-28 ; voir aussi Matthieu 22:37-39). Aimer Dieu s'étend toujours vers les gens autour de toi.
- Le Dieu invisible, on ne peut pas le saisir. « Alors comment ne pas aimer ce frère ou cette sœur assis à côté de toi, sur qui tu peux poser ton bras quand il traverse un moment difficile ? »
4. Couvrir n'est pas pardonner, la gentillesse n'est pas l'amour
- Quand on laisse vivre l'apparence, on couvre vite ce qui se passe. On dit : « Il faut pardonner, il n'y peut rien, pardonne simplement. » Mais ce qu'on appelle pardon n'est souvent qu'une façon de tout recouvrir pour éviter les tensions.
- Couvrir peut signifier nier la réalité, refuser de la voir. « Garder la paix n'est pas la même chose que la réconciliation. » Se réconcilier, c'est justement partager ensemble les côtés difficiles de la vie.
- Samuel Velinga cite Dallas Willard : l'amour sincère n'est pas d'abord tourné vers mon propre besoin d'approbation ou d'harmonie. Il place le bien de l'autre au-dessus de son propre confort.
- C'est ce que Jésus a fait : à la croix, il a porté l'inconfort sous sa forme la plus grande. Nous aussi, nous devons parfois accepter notre inconfort pour servir sincèrement l'autre.
- Dans une communauté faite de gens si différents, ça frotte parfois. Dieu a créé chacun avec sa personnalité unique, et c'est normal. Le problème commence quand on refuse de le reconnaître et qu'on tourne autour.
- « Il faut faire la différence entre la gentillesse et l'amour. » La gentillesse veut simplement que tout le monde se sente bien.
- Le chirurgien qui doit ouvrir une infection n'est pas sympathique sur le moment. Mais il te sauve de la septicémie. Dieu est ainsi avec nous : il nous aime tant qu'il ne laisse pas ce qui pourrit en nous. Nous pouvons être cela les uns pour les autres, courageux pour couper là où c'est nécessaire, pour guérir.
- Exemple : un membre de ta famille sombre dans une addiction. La gentillesse, c'est lui donner l'argent pour sa prochaine dose. Pas de dispute, l'harmonie est sauve. L'amour véritable, c'est celui qui le prend par le bras et le pousse à entrer dans la clinique de désintoxication, même en se faisant insulter sur le moment.
- « L'amour va au-delà de la gentillesse. Il va vers la sincérité, jusqu'au plus profond de ce que tu es. »
5. Une famille qu'on ne choisit pas
- « Voyez quel amour le Père nous a témoigné, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu ! Et nous le sommes » (1 Jean 3:1). Le prédicateur répète : si tu as reçu Jésus-Christ, tu es enfant de Dieu.
- Nous avons été forgés en une famille. Comme dans une famille on ne se choisit pas, on se reçoit, nous avons été donnés les uns aux autres. On ne devient pas enfant de Dieu à force de travail : c'est l'œuvre de Christ.
- « Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres » (1 Jean 4:11). L'amour de Dieu vient en premier, et il appelle la réciprocité. Pas une circulation à sens unique : les deux doivent être sincères. Alors on peut se regarder dans les yeux et dire : « Je t'aime sincèrement, et quoi qu'il arrive, je traverserai le feu avec toi. »
- Paul dit que nous sommes le corps de Christ, fait de nombreux membres (1 Corinthiens 12). Nous avons besoin les uns des autres. Actes 2 et 4 décrivent une communauté qui partage tout. Romains 12 et 13 détaillent l'appel adressé à une communauté. « Sommes-nous une communauté qui veut tout partager ? »
- L'amour touche notre temps, notre attention, nos biens, notre disponibilité, notre façon d'être ensemble. Il n'est pas un idéal abstrait, mais une réalité vécue, qui porte l'autre quand c'est difficile.
- Marcher dans la vérité, concrètement : ne pas entretenir d'apparence, ne pas faire comme si tout allait bien, se prendre au sérieux, laisser de la place à l'honnêteté et à la vulnérabilité, ne pas fuir les conversations difficiles, reconnaître les conflits et les fautes, chercher le pardon les uns auprès des autres. « Nous ne sommes qu'un groupe de gens brisés. »
6. Amour humain, amour spirituel, et Christ au centre
- Le prédicateur s'appuie sur la distinction de Dietrich Bonhoeffer entre amour humain et amour spirituel. L'amour humain naît de nos désirs, de nos attentes et de nos besoins. L'autre doit correspondre à notre image, comme dans la famille Madrigal. Il y a là de la dépendance et un peu de contrôle : nous voulons garder les rênes.
- L'amour spirituel sait qu'il peut être déçu quand ses attentes ne sont pas comblées. Il reconnaît vraiment l'autre, place Jésus au milieu et lui demande d'être le médiateur. Il cherche le bien de l'autre sans vouloir le posséder ni décider à sa place de ce que doit être sa vie.
- « Qui est celui qui a triomphé du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? » (1 Jean 5:5). Jean revient sans cesse à ce cœur. Une communauté d'amour vit en sachant que le roi Jésus est son rabbi : celui qui la précède, la conduit et la forme.
- « Tu peux chercher où tu veux », en Orient, dans les religions, dans les philosophies, la vraie vie ne se trouve qu'en Jésus. « Celui qui a le Fils a la vie » (1 Jean 5:12). Si c'est vrai, il prend la place centrale aussi dans nos relations, nos difficultés et nos combats.
- Dans le film, la famille qui croit mener une vie magnifique ne la trouve vraiment que lorsque tout est mis sur la table, quand on découvre la vraie histoire de Bruno et qu'on se regarde à nouveau en face.
7. Le pas à faire aujourd'hui
- « Ma mission pour vous aujourd'hui est très simple. » Premier pas : reconnaître Jésus comme Seigneur et Maître. Vivre dans la lumière, en sachant qu'il nous a réellement montré cet amour. Chercher le bien de l'autre et vivre comme une communauté d'amour.
- Le prédicateur ne prétend pas que c'est facile. Mais cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas essayer : être honnête les uns envers les autres, rappeler l'autre à l'ordre, oser dire : « Tu prends la mauvaise direction, parce que ton âme me tient à cœur. »
- « Même si la conversation est difficile, même si j'en perds le sommeil, je le fais quand même », parce que le Seigneur que je suis a tout vaincu et veut ôter chaque obstacle de ton chemin.
- Tu n'as pas à le faire seul. Nous sommes une communauté sous le roi Jésus, aimés par le Père, recevant la vie dans le Fils et apprenant par l'Esprit à aimer réellement. Le message débouche sur la sainte cène, pour se souvenir de ce que Jésus a fait pour nous.
Points à retenir
- L'apparence de la paix n'est pas la vraie paix : couvrir ce qui fait mal n'est ni pardonner ni se réconcilier.
- Dieu est lumière et amour, et chez lui la parole et les actes ne font qu'un. Il nous appelle à aimer « en actions et avec vérité ».
- La gentillesse cherche que tout le monde se sente bien. L'amour cherche le bien de l'autre, même au prix de notre inconfort.
- Enfants de Dieu par l'œuvre de Christ, nous sommes une famille donnée, qui a besoin de chacun de ses membres.
- Christ au centre de nos relations transforme un amour possessif en un amour qui reconnaît l'autre tel qu'il est.
Application personnelle
- Quel sujet, dans ta famille ou ton Église, est devenu un « on ne parle pas de Bruno » ?
- As-tu de quelqu'un une image figée qui t'empêche de le voir tel qu'il est réellement ?
- Dans une relation difficile, cherches-tu d'abord ta tranquillité ou le bien de l'autre ?
- Y a-t-il une conversation que tu évites depuis longtemps et que l'amour te demande d'avoir ?
- Comment peux-tu, cette semaine, aimer un frère ou une sœur par un acte concret plutôt qu'en paroles ?
Versets cités
- 1 Jean 3:11-19
- 1 Jean 4:7 à 5:12
- 1 Jean 1:1-7
- 1 Jean 3:1-2
- Jean 3:16
- Luc 10:25-28
- Matthieu 22:37-39
- 1 Corinthiens 12
- Actes 2:42-47
- Actes 4:32-35
- Romains 12 et 13
Questions fréquentes
Pourquoi Samuel Velinga parle-t-il du film Encanto ?
La famille Madrigal vit dans une maison magnifique, mais derrière la façade il y a des blessures non traitées, des attentes trop lourdes et des secrets. On ne parle pas de Bruno. Le prédicateur s'en sert pour poser une question : peut-on vraiment aimer quelqu'un quand on s'accroche à une image fausse de lui et qu'on couvre ce qui fait mal pour garder la paix ?
Couvrir les problèmes, est-ce une manière d'aimer ?
Non, répond Samuel Velinga. Couvrir peut vouloir dire nier la réalité. Garder la paix n'est pas la même chose que se réconcilier. L'amour véritable met le bien de l'autre au-dessus de son propre confort, comme un chirurgien qui ouvre une infection : ce n'est pas agréable, mais il te sauve de la septicémie.
Quelle différence entre gentillesse et amour selon ce message ?
La gentillesse veut que tout le monde se sente bien. L'amour va plus loin. Face à un proche qui sombre dans une addiction, la gentillesse lui donne l'argent pour éviter la dispute. L'amour le prend par le bras et le conduit à la clinique, même s'il t'insulte sur le moment, parce qu'il se soucie de son bien malgré l'inconfort.