Luc 11 : prier avec une audace qui ne lâche pas

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Introduction

KXC, l'Église de King's Cross à Londres, consacre trois semaines au Notre Père dans une série intitulée « Teach Us to Pray » (Enseigne-nous à prier). L'Église se prépare à un temps de vision, avec une semaine de prière et de jeûne, « pas une obligation, juste une invitation ». Après la prière qui demeure dans l'amour du Père, Ruth May aborde la prière qui demande.

Elle commence par poser un cadre : « C'est une zone sans jugement. » Elle a connu des saisons de longues heures d'intercession, et d'autres où, même en travaillant comme « chrétienne professionnelle », la prière était devenue une pensée de dernière minute, avant une réunion difficile ou en pleine crise. Elle invite chacun à mettre de côté la culpabilité, le cynisme ou l'ennui, et à demander humblement : « Dieu, qu'est-ce que tu veux me dire ? »

« Nous avons prié pour le réveil et nous en avons vu des aperçus. Nous avons prié pour la guérison et nous avons vu des moments où le miraculeux a fait irruption. […] Mais il y a plus. » Elle précise qu'elle prêche pour elle-même autant que pour l'assemblée.

Plan du message

1. « Seigneur, enseigne-nous à prier »

  • Dans Matthieu 6, au milieu du sermon sur la montagne, Jésus dit : « Voici donc comment vous devez prier. » Ruth May répartit le Notre Père en trois mouvements : demeurer (« Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié »), demander (« que ton règne vienne, que ta volonté soit faite, donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien ») et avancer (le pardon et la délivrance du malin, thème de la semaine suivante).
  • Chez Luc, le Notre Père répond à une demande : « Jésus priait un jour en un certain lieu. Lorsqu'il eut achevé, un de ses disciples lui dit : Seigneur, enseigne-nous à prier, comme Jean l'a enseigné à ses disciples » (Luc 11:1).
  • Qu'avaient-ils vu dans la prière de Jésus pour poser cette question ? Ruth May évoque ces moments où tu te demandes si tu as le temps de filer chercher un café avant la fin du chant, pendant que la personne de l'autre côté de l'allée est saisie d'amour et d'émerveillement. Ou bien tu es venu recevoir la prière, et quelqu'un à tes pieds pleure à chaudes larmes alors que toi, tu n'es pas sûr de ressentir quoi que ce soit.
  • « Ce n'est pas une question de jugement ni de condamnation. » Elle avoue avoir parfois été jalouse de ceux qui rencontraient Dieu, parfois les avoir jugés trop démonstratifs, parfois avoir désiré leur liberté : « Je veux ce qu'ils ont. »
  • Elle imagine les disciples semblables à nous, regardant Jésus prier avec curiosité, jalousie, jugement, ou avec un désir désespéré. Et Jésus, dans sa grâce, leur répond par une invitation dans la même intimité. Tout commence par « Père ».
  • La semaine précédente, Cath avait proposé de commencer chaque journée par une prière simple : « Père, je t'appartiens. Que veux-tu me dire aujourd'hui ? » Ruth May l'a pratiquée toute la semaine : des paroles de défi certains jours, d'encouragement, de réconfort ou de direction d'autres jours.

2. La prière change réellement les choses

  • Deux choses ont sans doute frappé les disciples dans la vie de prière de Jésus : l'intimité de sa relation avec le Père, et le fait que « cela semblait marcher ». Il avait une foi et une puissance qu'ils n'avaient jamais vues.
  • Blaise Pascal a écrit que Dieu a établi la prière « pour communiquer à ses créatures la dignité de la causalité ». Être en relation avec notre Créateur, c'est recevoir cette dignité : nos prières changent vraiment les choses.
  • Ruth May reconnaît ne pas savoir comment cela fonctionne, ni pourquoi, parfois, cela ne semble pas fonctionner. Ce message ne porte pas sur la douleur des prières non exaucées. Elle renvoie aux messages déjà donnés sur ce sujet à KXC, ou à une conversation avec l'équipe pour ceux qui en souffrent.
  • Un ami, en stage d'aumônerie dans un service d'enfants atteints de cancers incurables, parlait avec un petit garçon de sept ou huit ans atteint de leucémie. L'enfant lui a dit : « Quand j'arriverai au ciel, je demanderai à Dieu pourquoi j'ai eu un cancer. Et il a intérêt à avoir une bonne réponse. Je vais lui mettre un coup de poing sur le nez. » Pour Ruth May, il y a quelque chose de délicieusement pur dans cette réponse : elle dit que quelque chose ne va pas dans la façon dont les choses sont.
  • Le fait même que Jésus nous demande de prier « que ton règne vienne » et de continuer à le prier dit une chose importante : le monde, aujourd'hui, n'est pas tel que Dieu le veut. Un jour, « il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur » (Apocalypse 21:4). « Mais pour l'instant, nous prions. Nous nous tenons à la brèche. »

3. Des bougies et des prières : l'exemple de Leipzig

  • Ruth May revient sur une histoire qu'elle avait déjà racontée. Dans l'Allemagne de l'Est communiste, être chrétien pouvait mener en prison. Un pasteur de Leipzig s'est dit : « Ce n'est pas ainsi que cela devrait être », et il a commencé à prier.
  • La réunion de prière, d'abord une poignée de personnes, a vite rassemblé des milliers de gens. Selon le récit de la prédicatrice, un rassemblement de prière pour la paix a atteint 120 000 personnes en une semaine. Quelques jours plus tard, le dirigeant est-allemand devait démissionner, en quinze jours le mouvement réunissait 300 000 manifestants, et en un mois le mur de Berlin tombait.
  • Journalistes et historiens voient souvent dans ce rassemblement le point de bascule de la chute du communisme est-allemand. Un responsable communiste de l'époque a confié à un journaliste : « Nous étions préparés à toutes les éventualités, mais pas aux bougies et aux prières. »
  • « Si même les responsables communistes faisaient le lien entre la chute du mur de Berlin et la puissance de la prière, peut-être devrions-nous le faire aussi. »

4. Anne : la prière du désespoir

  • Cette semaine-là, l'application de prière Lectio 365 méditait sur Anne, cette femme pieuse qui ne pouvait pas avoir d'enfant. Lors du pèlerinage annuel à Silo, « l'amertume dans l'âme, elle pria l'Éternel et versa des pleurs » (1 Samuel 1:10). Elle priait avec tant d'intensité que le sacrificateur Éli l'a crue ivre.
  • Une fois qu'il a compris, Éli l'a bénie : « Va en paix, et que le Dieu d'Israël exauce la prière que tu lui as adressée ! » (1 Samuel 1:17). Elle a ensuite donné naissance à Samuel, prophète et conducteur d'Israël, qui oindra un jour David comme roi.
  • L'auteure de la méditation écrivait : « Pleurer est une manière biblique de prier. » Les Psaumes, Jérémie et les Lamentations mêlent larmes et prières. Le Dieu qui voit les larmes des opprimés, qui recueille nos larmes dans son outre (Psaume 56:9) et qui promet d'essuyer toute larme, voit les larmes d'Anne et répond à sa prière.
  • Ruth May oppose les prières de désespoir aux prières de confort. Chez des croyants qui vivent dans une grande pauvreté, « merci pour ce nouveau jour » est une prière chargée de sens, et « donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien » devient un cri quand on ne sait pas d'où viendra le prochain repas.
  • Il y aura des moments, sinon aujourd'hui, un jour, où ces prières seront les seules qui nous resteront : la perte d'un emploi avant l'échéance du loyer, une alerte de santé, le diagnostic d'un proche, l'anxiété qui vole la joie chaque jour, le deuil qui engourdit comme une couverture, le désir de sortir d'une addiction, la peur de l'avenir.

5. La prière nous change aussi

  • La prière n'est pas « s'inquiéter en direction de Dieu ». Elle est intimité et relation, et en priant, nous apercevons le cœur de Dieu.
  • Julienne de Norwich, mystique du XIVe siècle, écrivait : « La prière unit l'âme à Dieu. […] Elle est le témoin que l'âme veut ce que Dieu veut. […] Il nous regarde avec amour et veut faire de nous ses associés dans sa bonne volonté et son œuvre. Ainsi, il nous pousse à prier pour ce qu'il lui plaît de faire. » La prière nous tisse dans l'œuvre que Dieu accomplit déjà dans le monde.
  • Au début de la vingtaine, dans son premier poste en Église, Ruth May devait conduire les prières du dimanche de l'Église persécutée. Elle s'est documentée, a lu des témoignages, a jeûné et prié. Une question l'a saisie : et si ces chrétiens persécutés étaient mon vrai frère ou ma vraie sœur ? Comment prierais-je ? Que pourrais-je leur dire au ciel ?
  • Elle pensait aussi au dernier couplet du chant « Beautiful » de Phil Wickham, où l'Épouse, rassemblée sur le rivage de l'éternité, chante d'une seule voix. Le dimanche venu, deux lignes à peine après le début, elle s'est mise à sangloter, sans pouvoir prononcer ses phrases soigneusement préparées. Elle s'est même trompée dans le Notre Père.
  • Elle est descendue de l'estrade gênée, mais « quelque chose s'était connecté en moi » : sa première expérience de la réalité émotionnelle de la compassion, la première fois que ses prières rejoignaient son cœur. « Suivre Jésus, ce n'est pas une religion intellectuelle fondée sur l'autodiscipline, la connaissance des Écritures et la détermination d'être quelqu'un de bien. C'est une relation. »
  • Quand nous prions, nous ne sommes pas en terrain neutre, mais sur un champ de bataille. Beaucoup de choses se disputent notre cœur : nous-mêmes, notre confort, la réussite. La prière recentre le regard sur Dieu, jusqu'à ce que celui que nous prions devienne plus grand que le désordre et le bruit du monde. « Ce n'était pas vraiment à propos de mes prières. C'était à propos de moi, de Dieu qui changeait mon cœur. »
  • Cette prière exige de s'abandonner : « Que ta volonté soit faite, pas la mienne, pas mon programme, mais le tien, Seigneur » (voir Luc 22:42). Elle nous rappelle que nous ne sommes pas aux commandes.

6. Intime, engagée de tout l'être, persévérante

  • Intime. Tout découle de l'intimité avec le Père et de la connaissance de son caractère.
  • Émotionnelle. Ruth May a hésité sur ce mot et l'a choisi parce qu'il dérange. Elle ne parle pas forcément de larmes ou de sentiments, mais d'un engagement de tout l'être : cœur, pensée, corps, âme, esprit et force. Elle avait pensé au mot « proche » : il faut être près d'une chose pour y être relié. Quand Pete Hughes intercède, il tape des pieds, frappe dans ses mains, tape sur le mur. Et prier avec quelqu'un de désespéré est souvent désordonné : des larmes, des mots qui n'ont pas de sens, une révolte contre l'injustice.
  • Persévérante. Chez Luc, le Notre Père est immédiatement suivi de la parabole de l'ami qui frappe à minuit pour emprunter du pain. Le voisin finit par se lever à cause de son « importunité » (Luc 11:8), que la version anglaise lue par Ruth May rend par « audace sans honte ». « J'aime cette idée d'une vie de prière remplie d'audace sans honte. »
  • Quelques chapitres plus loin, la veuve persévérante obtient justice d'un juge qui ne craint pas Dieu, parce qu'elle ne cesse de revenir (Luc 18:1-8). Connaissant intimement Dieu, nous pouvons être audacieusement persévérants et lui dire : « Dieu, ce n'est pas juste. Fais quelque chose. »
  • Luc conclut : « Demandez, et l'on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe » (Luc 11:9-10). « Je ne vais pas m'arrêter. Je sais que ton cœur est dans cette affaire, Dieu. »

7. Se tenir à la brèche

  • Ruth May conclut avec Frank Lake, psychologue clinicien, pionnier de la relation d'aide pastorale chrétienne : « Chaque fois qu'un homme apporte toutes ses réactions à la vie telle qu'il l'a vécue devant Dieu tel qu'il est révélé en Christ, exigeant que le mal de la situation soit réconcilié avec sa bonté, il a commencé à prier. […] La prière en ce sens n'est pas réciter des prières de façon formelle. C'est entrer dans un dialogue énergique avec Dieu sur la totalité de l'expérience humaine, sans oublier ni la misère de nos propres situations, ni la misère rédemptrice de la croix de Christ. »
  • Intercéder, c'est se tenir à la brèche : d'un côté, la réalité de la situation (« ce n'est pas normal, ce n'est pas comme cela devrait être ») ; de l'autre, la réalité de la croix, la puissance de Christ crucifié et ressuscité. Et relier les deux dans la prière.
  • Au moment de répondre, elle a invité deux groupes à s'avancer : ceux qui portent un désespoir qu'ils n'ont jamais apporté à Dieu, ou qu'ils lui apportent pour la centième fois, entourés d'une communauté qui dit : « Je vais te soutenir les bras quand tu seras fatigué, je te donnerai de la foi quand la tienne sera vide » ; et ceux que Dieu appelle à devenir des intercesseurs, qui disent : « Dieu, je ne m'arrêterai pas tant que tu ne l'auras pas fait. »

Points à retenir

  • La prière qui demande naît de l'intimité avec le Père : « Père, je t'appartiens. Que veux-tu me dire aujourd'hui ? »
  • La prière change réellement les choses : Dieu donne à ses créatures « la dignité de la causalité ».
  • Prier « que ton règne vienne », c'est reconnaître que le monde n'est pas tel que Dieu le veut et se tenir à la brèche.
  • La prière nous change aussi : elle nous unit à Dieu, nous fait partager sa compassion et nous conduit à l'abandon de notre volonté.
  • Jésus nous invite à une persévérance audacieuse, comme l'ami qui frappe à minuit et la veuve qui revient devant le juge.

Application personnelle

  1. Dans quelle saison de prière te trouves-tu en ce moment : de longues heures d'intercession, ou une prière de dernière minute avant une réunion difficile ?
  2. Y a-t-il une situation qui te désespère et que tu n'as jamais vraiment apportée à Dieu, ou que tu as cessé de lui apporter ?
  3. Peux-tu commencer chaque journée de la semaine par cette prière simple : « Père, je t'appartiens. Que veux-tu me dire aujourd'hui ? »
  4. Qu'est-ce qui se dispute ton cœur au point de passer avant Jésus : ton confort, tes besoins, ta réussite ?
  5. Pour qui, ou pour quoi, Dieu t'appelle-t-il à te tenir à la brèche avec une audace qui ne lâche pas ?

Versets cités

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la « prière qui demande » dans le Notre Père ?

Pour Ruth May, c'est la partie du Notre Père où l'on demande à Dieu d'agir avec puissance : « que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel, donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien ». Elle part de l'intimité avec le Père et elle s'appuie sur une conviction : la prière change réellement les choses, et elle nous change aussi.

Pourquoi Jésus raconte-t-il la parabole de l'ami qui frappe à minuit ?

Dans Luc 11, cette parabole suit immédiatement le Notre Père. Le voisin finit par se lever à cause de l'insistance de son ami, que la Segond appelle son « importunité » et que la version anglaise lue par Ruth May rend par « audace sans honte ». Elle y voit une invitation à prier avec une persévérance audacieuse, fondée sur la connaissance du caractère de Dieu.

Est-ce normal de pleurer quand on prie ?

Ruth May cite une méditation selon laquelle pleurer est une manière biblique de prier : Anne, dans 1 Samuel 1, répand son âme devant l'Éternel en versant des pleurs. Elle ne fait pas des larmes une obligation, mais elle invite à une prière qui engage tout l'être, cœur, corps et esprit, et qui peut être désordonnée.

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