Luc 18 : comment être justifié devant Dieu ?

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Introduction

« Qu'est-ce que tu penses de toi ? » C'est par cette question que Yves ouvre son message à l'Église Saint-Lazare, le dimanche du changement d'heure. Selon notre éducation, notre personnalité et notre histoire, la réponse varie beaucoup : certains cherchent à tout prix à être acceptés, d'autres ont une mauvaise image d'eux-mêmes, d'autres encore sont plutôt sûrs d'eux et se disent qu'ils ne sont « pas si mal ».

Dans la vie de tous les jours, on entend souvent : « Je suis quelqu'un de bien, je suis juste, je fais ce qui est bien. » Et on aligne ses bonnes actions, ses bonnes habitudes, sa bonne éducation. Ce ne sont pas de mauvaises choses en soi. Mais Luc 18.9-30 pose une autre question : qui est juste ? Qui est acceptable devant Dieu ?

Dans cette série sur l'Évangile de Luc, Jésus est en route vers Jérusalem et, peu après, il annoncera de nouveau à ses disciples qu'il doit être livré, mourir et ressusciter. Le texte présente plusieurs personnages et trois attitudes : l'humilité du publicain, la simplicité des petits enfants et l'impossibilité pour l'homme de répondre aux exigences de Dieu.

Plan du message

1. Qu'est-ce que tu penses de toi ?

  • La question de départ est simple : quelle opinion as-tu de toi-même ? Certains mettent beaucoup d'énergie à être bien vus, d'autres se rabaissent, d'autres ont confiance en eux.
  • On entend souvent : « Je suis quelqu'un de bien. » On justifie cette affirmation par toute une liste de bonnes actions, d'habitudes et d'une bonne éducation.
  • Le texte du jour parle de justice, d'attitude et d'apparences, souvent trompeuses. À travers les paroles de Jésus, on voit ce qu'est le royaume de Dieu, à quoi ressemblent ceux qui y entrent et ceux qui n'y entrent pas.

2. L'humilité : le pharisien et le publicain (Luc 18.9-14)

  • Jésus raconte cette parabole pour « certaines personnes se persuadant qu'elles étaient justes, et ne faisant aucun cas des autres » (Luc 18.9). Deux hommes montent au temple pour prier.
  • D'un côté, le pharisien : un homme très religieux, attaché aux lois et aux traditions juives, le « super chrétien » de l'époque. Jésus a souvent dénoncé l'hypocrisie de ce groupe. De l'autre, le publicain : un collecteur d'impôts méprisé, considéré par les Juifs comme un traître, un collaborateur à la solde des Romains. L'un vient de la haute société, l'autre est rejeté par elle.
  • Le pharisien remercie Dieu pour ce qu'il n'est pas. Il présente un CV impeccable : « Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus » (Luc 18.12). Il en fait même plus que la loi, qui ne prescrivait le jeûne qu'une fois par an. « Deux fois par semaine. Il est fort. »
  • Le publicain n'ose pas lever les yeux au ciel, se frappe la poitrine et prononce une seule phrase : « Ô Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur » (Luc 18.13). Son seul espoir est que Dieu lui fasse grâce.
  • L'un parle beaucoup, « moi, moi, moi », se compare aux autres et les méprise. L'autre parle peu, regarde sa propre condition et demande la faveur de Dieu. L'un se suffit à lui-même, l'autre est dépendant. C'est précisément cette prétention d'être juste que Jésus juge : l'indépendance de l'homme vis-à-vis de Dieu. « C'est ça, le problème de l'humanité. »
  • Il est facile, en bons chrétiens, de juger le pharisien. Mais n'y a-t-il pas un peu de lui en nous ? « J'ai suivi mon plan de lecture biblique cette semaine, pas une seule journée de retard. » « Ce dimanche, je suis de service. » « Quand je regarde les infos, je me dis que je ne suis pas si mal moralement. » On ne le formule pas ainsi, on est plus subtils, mais on a tendance à se justifier avec un bon CV.
  • Lire sa Bible, prier, faire le bien autour de soi plaît à Dieu. Mais croire que cela contribue au salut est une erreur : les bonnes choses que nous faisons sont la conséquence du salut, pas sa cause. Yves paraphrase une citation qu'il attribue à Jonathan Edwards et qu'il aime beaucoup : « Tu ne contribues en rien à ton salut, si ce n'est par le péché qui l'a rendu nécessaire. »
  • Le publicain n'a rien à offrir, sinon une repentance sincère. Si nous sommes convaincus d'être justes par nous-mêmes, nous disons à Dieu : « Merci, mais non merci. »
  • Une intelligence artificielle a tendance à être complaisante, à aller dans notre sens et à nous dire ce que nous voulons entendre. « Si tu veux quelque chose qui fait la même chose, je te déconseille fortement l'Évangile. » S'humilier et reconnaître ses torts coûte, mais c'est l'attitude que Dieu honore : « Quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé » (Luc 18.14).
  • Heureusement, la vie chrétienne ne se limite pas à constater son péché et à se morfondre.

3. La simplicité : laissez venir à moi les petits enfants (Luc 18.15-17)

  • Dans les Évangiles, des personnes espèrent toucher le vêtement de Jésus pour être guéries. Ici, on lui amène des nouveau-nés pour qu'il les touche, mais les disciples les en empêchent.
  • À l'époque de Jésus, les enfants n'étaient pas considérés comme aujourd'hui : ils n'avaient pas de valeur, pas de droits, ils étaient en bas de l'échelle. Les disciples font le tri entre ceux qui peuvent passer et ceux qui ne peuvent pas, à la place de Jésus.
  • Cela peut résonner dans nos vies : on se dit qu'on n'est pas assez ceci ou trop cela pour s'approcher de Dieu. Ou on le dit des autres : certains seraient bien trop mauvais pour que Dieu s'intéresse à eux.
  • Jésus reprend ses disciples : « Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas ; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. Je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n'y entrera point » (Luc 18.16-17). Il renverse la perspective de son époque.
  • À quoi ressemble un petit enfant ? À la naissance de son fils, Yves a vu de ses yeux combien un bébé est totalement dépendant. Il ne sait ni manger, ni boire, ni se protéger, ni rester au chaud, ni être propre. « On était loin des bébés des pubs qui font du roller et des saltos. » Moins d'une ou deux heures après la naissance, il a fallu lui donner un biberon. « Si on pose le bébé et qu'on s'en va, il meurt. La dépendance est vitale. »
  • Un enfant est précieux, fragile, vulnérable. Il ne remet pas en question les bonnes choses qu'on lui donne. Il fait entièrement confiance à ses parents, s'abandonne et reçoit avec joie. Il arrive sans rien, « même pas une couche », et n'a rien à offrir en retour, sinon peut-être sa reconnaissance et son amour.
  • Dans sa simplicité et sa fragilité, le petit enfant ressemble au publicain. Nous, nous avons tendance à compliquer les choses : « Je ne suis pas assez bien, je dois d'abord régler certains problèmes pour être présentable. » Ou : « Je ne peux pas arriver les mains vides. » Ecclésiaste 7.29 le dit : « Dieu a fait les hommes droits ; mais ils ont cherché beaucoup de détours. »
  • Comme le dirait une grande chaîne de restauration rapide américaine : « Venez comme vous êtes. » Par Jésus, Dieu se rend accessible et accueille celui qui vient à lui comme un petit enfant, avec l'amour, la tendresse et la sécurité dont il a besoin.

4. L'impossibilité : le jeune homme riche (Luc 18.18-27)

  • Ce chef n'a ni l'arrogance ni le mépris du pharisien. Il vient à Jésus avec une attitude sincère et respectueuse : « Bon maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? »
  • Jésus répond : « Personne n'est bon, si ce n'est Dieu seul » (Luc 18.19). C'est bref, mais la question d'être juste devant Dieu a déjà sa réponse. « Point. »
  • Jésus cite ensuite les commandements qui concernent les relations humaines : ne pas commettre d'adultère, ne pas tuer, ne pas voler, ne pas dire de faux témoignage, honorer son père et sa mère. Il ne cite pas les premiers, qui touchent la relation directe avec Dieu (Exode 20.3-11), et auxquels ni le jeune homme ni nous ne serions capables de satisfaire.
  • Le jeune homme répond qu'il a observé tout cela depuis sa jeunesse. Jésus ne cite pas non plus le dernier commandement : « Tu ne convoiteras point » (Exode 20.17). C'est justement là qu'il manque quelque chose. « Vends tout ce que tu as, distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. »
  • Jésus touche le domaine de sa vie où Dieu n'est pas la priorité. Il ne lui donne pas une réponse magique ni une dernière chose à faire pour être sauvé : il le confronte à son incapacité à obéir à Dieu pleinement et parfaitement.
  • Le jeune homme devient tout triste, car il est très riche. Jésus ajoute : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu » (Luc 18.25).
  • En France, l'argent est toujours un sujet compliqué et on regarde la richesse plutôt de travers. Yves rappelle qu'on est toujours le pauvre ou le riche de quelqu'un. Pour les Juifs de l'époque, au contraire, un notable fortuné était considéré comme béni de Dieu. D'où la question des disciples : « Qui peut donc être sauvé ? »
  • « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu » (Luc 18.27). On ne peut se sauver soi-même ni en gardant la loi, ni avec tout l'or du monde, ni en vendant tout son or. L'homme a besoin d'une aide extérieure à lui-même : il a besoin de Dieu.

5. Renoncer pour suivre Jésus (Luc 18.28-30)

  • Pierre dit : « Voici, nous avons tout quitté, et nous t'avons suivi. » Il n'a pas « les chevilles qui enflent » : c'est un constat, les disciples ont réellement tout laissé.
  • Jésus le confirme et rassure ses disciples : personne n'aura quitté maison, femme, frères, parents ou enfants à cause du royaume de Dieu sans recevoir beaucoup plus dans ce siècle-ci et, dans le siècle à venir, la vie éternelle (Luc 18.29-30). Ce qu'il donne est meilleur.
  • On peut se dire : « Je ne roule pas sur l'or, je travaille dur, je mérite mon salaire, je donne à l'Église et à des associations. » Attention : ce texte n'est pas une prescription sur la manière de gérer son argent. L'argent n'est pas mauvais en soi. Il ne s'agit pas de faire vœu de pauvreté, de vider ses comptes, de couper les liens avec sa famille et ses amis ou d'abandonner sa maison.
  • Mais si l'on décide de suivre Jésus, cela doit se voir. Obéir à Jésus, c'est renoncer à certaines choses, matérielles ou non : une habitude, une relation, un confort contraire à la volonté de Dieu. La richesse peut aveugler et prendre la place de Dieu, comme une foule d'autres choses.
  • Le jeune homme riche ressemble un peu au pharisien. Il n'est pas méprisant, mais pour lui aussi tout est question de choses à accomplir et de cases à cocher. Dieu appelle à une fidélité absolue et demande que le suivre passe avant tout autre engagement et tout autre amour.
  • « C'est dur. Je pense qu'il faut l'admettre, moi le premier : on échoue tous les jours à vivre à la hauteur de cette exigence. » Il est humainement impossible de se sauver soi-même. Mais ce qui est impossible à l'homme est possible à Dieu.

6. Les apparences sont trompeuses

  • Le texte oppose des personnages que tout sépare. Jésus renverse ce qui était communément admis à son époque, et c'est encore le cas aujourd'hui. Il met en avant l'humilité du publicain et la simplicité des enfants, pourtant méprisés et sans valeur aux yeux des hommes.
  • À l'inverse, avec le pharisien et le jeune homme riche, il avertit : ceux qui paraissent irréprochables ne sont pas forcément ceux qui entrent dans le royaume. Il ne s'agit pas de politique ni de classe sociale, mais des conditions pour venir à Dieu, à l'opposé de ce que le monde considère.
  • La société dit que réussir, c'est avoir de l'argent, être célèbre sur les réseaux sociaux, croire en soi, devenir « la meilleure version de soi-même ». Jésus contredit tout cela. Le bon CV, la liste des bonnes actions, les biens, le statut social : rien de tout cela ne nous rend acceptables aux yeux de Dieu. « Nous sommes tous dans le même bateau. »
  • Peut-être es-tu chrétien et as-tu encore le réflexe de penser que tu es accepté par Dieu parce que tu fais ceci ou cela. Peut-être ne te définis-tu pas comme chrétien et suis-tu ton propre code moral. Ou peut-être te demandes-tu comment un Dieu si parfait pourrait vouloir de quelqu'un comme toi. Pour chacun, c'est une invitation à venir à lui simplement.
  • Le royaume de Dieu est pour ceux qui reconnaissent leurs péchés devant lui, qui n'ont rien à offrir et qui reçoivent la grâce comme de petits enfants. Dieu ne nous sauve pas en vertu de ce que nous faisons, mais par pure grâce, parce qu'il nous aime et que nous avons du prix à ses yeux.
  • Jésus a vécu la vie parfaite que nous sommes incapables de vivre. Il est mort sur la croix, payant le prix de nos vies pour nous offrir gratuitement le pardon, et il est ressuscité. Grâce à son œuvre, nous pouvons aujourd'hui être réconciliés avec Dieu et justifiés devant lui.

Points à retenir

  • Dieu ne nous justifie pas parce que nous accomplissons de belles choses. Il ne regarde pas les apparences, il juge le cœur.
  • Les bonnes œuvres sont la conséquence du salut, pas sa cause. Tu ne contribues à ton salut que par le péché qui l'a rendu nécessaire.
  • Le royaume de Dieu se reçoit comme un petit enfant : avec simplicité, confiance et dépendance, sans rien avoir à offrir.
  • Personne ne peut se sauver lui-même, ni par la loi ni par l'argent. Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu.
  • Suivre Jésus doit se voir : cela implique de renoncer à ce qui prend la place de Dieu dans ta vie.

Application personnelle

  1. Qu'est-ce que tu penses de toi devant Dieu ? Sur quoi t'appuies-tu pour te sentir acceptable à ses yeux ?
  2. Quelle part du pharisien reconnais-tu en toi : ton plan de lecture, ton service, ta comparaison avec les autres ?
  3. Y a-t-il des personnes que tu juges « trop loin » de Dieu, ou te dis-tu toi-même que tu dois d'abord être présentable pour venir à lui ?
  4. Quel domaine de ta vie, matériel ou non, passe aujourd'hui avant Dieu ? À quoi Jésus t'invite-t-il à renoncer pour le suivre ?
  5. As-tu reçu le pardon offert par Jésus comme un cadeau, ou essaies-tu encore de le mériter ?

Versets cités

Questions fréquentes

Pourquoi le publicain est-il justifié et pas le pharisien ?

Le pharisien se présente devant Dieu avec son CV : il jeûne deux fois par semaine, il donne la dîme et se compare aux autres. Le publicain n'a rien à offrir et dit seulement : « Ô Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. » Jésus juge la prétention d'être juste par soi-même, cette indépendance de l'homme vis-à-vis de Dieu. L'humilité de celui qui reconnaît son péché et s'en remet à la miséricorde de Dieu est l'attitude que Dieu honore.

Que veut dire recevoir le royaume de Dieu comme un petit enfant ?

Un nouveau-né dépend totalement de ses parents : il ne sait ni manger, ni se protéger, ni se tenir au chaud. Il n'a rien à offrir en retour, il fait confiance et reçoit avec joie. Jésus invite à venir à lui avec la même simplicité, la même confiance et la même dépendance, sans attendre d'être présentable ni d'avoir quelque chose à apporter.

Faut-il tout vendre pour être sauvé, comme le jeune homme riche ?

Non. Le texte n'est pas une prescription sur la manière de gérer son argent, et l'argent n'est pas mauvais en soi. Jésus touche chez ce jeune homme le domaine où Dieu n'est pas la priorité. Suivre Jésus implique de renoncer à ce qui prend la place de Dieu. Personne ne peut se sauver lui-même, mais ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu.

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