Introduction
En coréen, on reproche à quelqu'un de dire ou de faire un « ttungttanji », une chose qui ne colle ni à la situation ni à sa façon habituelle d'agir. Le pasteur Moon Bong-joo avoue qu'il ne connaissait pas l'origine du mot avant de préparer ce message. Il désigne le topinambour, le « kikuimo » en japonais : une fleur aussi belle qu'un chrysanthème ou un tournesol, accrochée à une racine très laide. Selon lui, le mot vient d'un vase de nuit qu'on gardait autrefois dans la chambre, quand les toilettes étaient dehors, dans le froid et le noir.
Dans Genèse 16, Abraham pose un acte de ce genre, tout à fait contraire à ce qu'on connaît de lui. D'où le titre du message prêché à l'Église Onnuri d'Osaka : le déraillement d'Abraham. Le verset appris par cœur ce jour-là par l'assemblée, verset de l'année de l'Église, donne la clé : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive » (Matthieu 16.24).
Entre la promesse du chapitre 15 et celle du chapitre 17, Abraham dévie. Le pasteur en tire trois leçons : ne condamne pas celui qui tombe, prends le chemin étroit, et sache que Dieu répare ceux qui ont chuté pour s'en servir à nouveau.
Plan du message
1. Quand Dieu pousse la foi au-delà de ses limites
- Abraham est entré en Canaan par obéissance. Dix ans plus tard, à 85 ans, il n'a toujours pas d'enfant. Pour le pasteur, c'est un entraînement de vingt-cinq ans : Dieu forme Abraham jusqu'à la foi capable d'offrir Isaac, né quand son père avait cent ans.
- Dieu les a menés au-delà des limites de leur foi. « Au-delà de cette limite, personne ne tient. » La confiance dans la promesse, ferme au début, se met à vaciller.
- Le prédicateur cite Matthieu 7.7, que son professeur d'anglais lui avait fait apprendre au collège, dans une école chrétienne : demandez, cherchez, frappez. Il a prié pour que la porte de sa vie s'ouvre, et elle ne s'est pas ouverte. « Ça peut arriver à tout le monde, même à Abraham, le père de la foi. »
- Au chapitre 15, Dieu fait alliance avec Abraham. Au chapitre 17, il promet Isaac. Entre les deux, Genèse 16 raconte la sortie de route. Quand on lâche la promesse pour régler le problème par une méthode du monde, on paie un prix très élevé, et inattendu.
2. Saraï : le raccourci humain
- Le texte insiste : Saraï est la femme d'Abraham, mais une femme stérile. La généalogie de Térach le disait déjà : « Saraï était stérile : elle n'avait point d'enfants » (Genèse 11.30).
- Agar porte deux titres : servante et Égyptienne. Pour le pasteur, elle faisait sans doute partie des esclaves reçus du pharaon lorsque Abraham, fuyant la famine, était descendu en Égypte (Genèse 12). Une femme jeune et belle.
- Il y a la promesse, des descendants comme les étoiles du ciel, et il y a la réalité : pas un seul enfant. « La foi, c'est combler ce fossé entre la promesse et la réalité. » En un mot, la foi, c'est attendre. Beaucoup n'y arrivent pas.
- Saraï s'impatiente plus encore que son mari. Elle veut agir avant que les forces d'Abraham ne déclinent. D'après le droit de l'époque, l'enfant donné au mari par une servante devenait légalement le fils de la maîtresse.
- Sa phrase, « l'Éternel m'a rendue stérile », trahit un cœur vexé contre Dieu : tu as promis, pourquoi ne donnes-tu rien ? Elle sert aussi à justifier son plan : il n'y a pas d'autre solution.
- Pourquoi Dieu a-t-il laissé cette douleur ? Pour montrer qu'il est le Créateur, pour qui rien n'est impossible, en donnant un enfant à cent ans. « La main de l'Éternel n'est pas trop courte pour sauver, ni son oreille trop dure pour entendre » (Ésaïe 59.1). Le pasteur, qui porte lui-même un appareil auditif, le souligne : Dieu, lui, n'est pas dur d'oreille.
- « Quand tu frappes et que rien ne s'ouvre, ne te décourage pas. Dieu te fait attendre pour faire de toi un grand vase, comme Abraham. »
3. Abraham écouta la voix de Saraï
- « Abram écouta la voix de Saraï » (Genèse 16.2). Le prédicateur relève qu'on retrouve le même mot hébreu quand Adam écoute la voix de sa femme en Éden (Genèse 3.17).
- Le bon sens aurait voulu qu'il réponde : « Non, pas encore. Ce n'est pas la méthode de Dieu. Attendons encore un peu. » Il est entré sans hésiter.
- Quel contraste avec le chapitre 14, où Abraham risquait sa vie pour délivrer Lot ! Dix ans plus tôt, en Égypte, il avait menti en faisant passer sa femme pour sa sœur, et Dieu était intervenu par grâce : au lieu de mourir, il était reparti avec des richesses.
- Cette grâce ne dure pas toute une vie. « Même rempli du Saint-Esprit, même après un réveil, cela ne tient pas dix ans. Regarde au bout d'un an. »
- Reprenant Actes 1.8, prêché récemment par un pasteur invité, il rappelle que pour aller jusqu'aux extrémités de la terre, il faut traverser la Samarie. Il y a en chacun une Samarie, le vieil homme, ce « moi » avec ses idées et ses plans. Abraham s'y est heurté : « Il me faut un enfant, et vite. »
- Première leçon : avant de demander comment un tel homme peut être le père de la foi, mets-toi à sa place. N'importe qui tombe quand il est poussé au-delà de ses limites. « Ne dis jamais que tu ne pardonneras pas. C'est pour cela que Dieu nous dit de nous pardonner les uns aux autres. »
4. Méprisée par sa servante : l'école du renoncement
- Saraï avait attendu dix ans. Agar, elle, devient enceinte aussitôt. « Si tu étais Saraï, que dirais-tu ? Que c'est injuste. » Et dès qu'Agar se sait enceinte, elle oublie sa condition et méprise sa maîtresse.
- Le pasteur cite Proverbes 30.23 : parmi les choses que la terre ne peut supporter, il y a la servante qui hérite de sa maîtresse, qui prend sa place.
- Pourquoi cela arrive-t-il ? Parce que Saraï n'a pas renoncé à elle-même. Renoncer à soi, c'est faire descendre ses pensées et ses plans, obéir à la Parole et laisser Jésus être le maître. Saraï s'est conduite en maîtresse de sa propre vie. Alors Dieu s'est servi d'Agar pour la briser.
- À New York, après une série d'enseignements bibliques, des anciens l'ont invité dans un restaurant très chic. C'était dimanche, il y avait foule, et la salle réservée n'était pas prête. L'ancien qui avait réservé, un homme très riche et très connu, s'est emporté devant le patron : « Qui a fait ça ? Tu sais qui je suis ? Tu sais qui je suis à New York ? » Le pasteur lui a dit : « Ancien, vous ne pouvez pas faire ça. Je vous ai enseigné à renoncer à vous-même. » C'était exactement les mots de Saraï.
- Si Saraï avait été mûre dans la foi, elle aurait dit à Agar : « J'ai mis la Parole de côté pour suivre mon plan. Je n'arrivais pas à renoncer à moi-même, et toi, tu m'y obliges. Merci. »
- « Quand tu es ignoré ou insulté quelque part, ne te mets pas en colère. C'est Dieu qui agit. Ce qui t'arrive n'est pas un hasard, si tu as confessé qu'il est ton maître. » Reçois-le avec humilité : c'est ainsi qu'on devient une personne de foi.
5. Rejeter la faute : la souffrance retombe sur l'innocent
- « L'outrage qui m'est fait retombe sur toi. Que l'Éternel soit juge entre moi et toi ! » (Genèse 16.5). Qui avait conçu ce plan ? Saraï elle-même. Elle rejette pourtant toute la responsabilité sur son mari, comme Adam et Ève en Éden.
- Pour le pasteur, c'est « le visage du pécheur, qui ne change pas ». Ne fais donc pas d'Abraham et de Sara des êtres à part. Au chapitre 17, Dieu changera le nom de Saraï en Sara : elle deviendra la mère des nations. Être méprisée par sa servante faisait partie de cet entraînement au renoncement.
- Selon le droit de l'époque, Abraham ne pouvait pas chasser une servante qui lui avait donné un enfant. Mais il se retire : « Ta servante est en ton pouvoir, agis à son égard comme tu le trouveras bon » (Genèse 16.6). Saraï la maltraite, et Agar, enceinte, s'enfuit au désert.
- Quand le premier bouton est mal mis, tout le reste se dérègle. Les fautifs, c'était le couple. Celle qui souffre, c'est la servante, qui n'avait fait qu'obéir.
- Le pasteur y voit une image de l'actualité : une guerre impliquant l'Iran, déclenchée par d'autres, dont les conséquences retombent sur la Corée, le Japon et les pays d'Europe à cause du pétrole.
- Il voit aussi dans Ismaël l'ancêtre des peuples arabes, et dans le conflit entre Arabes et Israël, une douleur qui dure depuis quatre mille ans et ne finira qu'au retour de Jésus. « Mieux valait pour Abraham continuer de porter la douleur de ne pas avoir d'enfant. »
- Jésus, après quarante jours de jeûne, a repoussé par la Parole la tentation de changer les pierres en pain (Matthieu 4.3-4). Le pasteur raconte avoir jeûné trois jours dans une maison de prière : il espérait entendre la voix de Dieu et ne voyait que la marchande de galettes de haricots mungo installée à l'entrée.
- Deuxième leçon, la plus importante du jour : « Entrez par la porte étroite » (Matthieu 7.13-14). Nous n'avons pas d'autre chemin.
6. Dieu répare et se sert encore de ceux qui tombent
- Au chapitre 15, Dieu promet la terre et une descendance. Au chapitre 16, Abraham rompt. Au chapitre 17, Dieu promet de nouveau Isaac : seul l'enfant né de toi et de Sara sera ton héritier. Abraham, lui, voulait faire d'Ismaël son héritier, devant Dieu.
- Si l'initiative de la foi nous appartenait, nous aurions tous péri sous la colère de Dieu. « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis » (Jean 15.16). Sans le Saint-Esprit, personne ne peut croire, et il invite à en rendre grâce.
- « La foi n'a pas de raccourci. » Elle passe toujours par l'attente. Si tu ne te tiens pas sur le rocher de la foi, l'attente devient étouffante, et tu finis par commettre ce genre d'acte absurde.
- Dernière leçon : l'homme chute, mais Dieu le répare et s'en sert de nouveau. Il a fait d'Abraham un instrument du salut de l'humanité.
- Toi aussi, chrétien, tu peux échouer gravement, être découragé, atteint d'un cancer en phase terminale, voir ta famille souffrir à cause de toi. « Ne désespère jamais. Dieu sait que nous sommes des êtres qui chutent. »
- Le pasteur témoigne que Dieu l'a réparé plusieurs fois au cours de sa vie : quand il prie, la reconnaissance pour cette grâce lui fait monter les larmes.
Points à retenir
- La foi consiste à combler, par l'attente, le fossé entre la promesse de Dieu et la réalité. Elle n'a pas de raccourci.
- Quand Dieu pousse ta foi au-delà de ses limites, n'importe qui peut vaciller. Ne condamne pas celui qui tombe, pardonne.
- Renoncer à soi, c'est faire descendre ses pensées et ses plans pour laisser Jésus être le maître. Les humiliations peuvent servir à cette école.
- Une méthode humaine fait souffrir des innocents et peut avoir des conséquences très longues : choisis la porte étroite.
- Dieu répare ceux qui ont chuté et s'en sert de nouveau, comme il l'a fait pour Abraham.
Application personnelle
- Quelle promesse de Dieu attends-tu depuis longtemps, et où es-tu tenté de prendre un raccourci humain ?
- Y a-t-il quelqu'un que tu juges ou refuses de pardonner, alors qu'à sa place tu aurais peut-être fait la même chose ?
- Comment réagis-tu quand tu es ignoré ou méprisé : par la colère, ou en y voyant une occasion de renoncer à toi-même ?
- Qui pourrait souffrir, autour de toi, des décisions que tu prends sans attendre Dieu ?
- Après un échec, crois-tu que Dieu peut te réparer et se servir encore de toi ?
Versets cités
- Genèse 16.1-6
- Matthieu 16.24
- Matthieu 7.7
- Genèse 11.30
- Genèse 12.10-20
- Ésaïe 59.1
- Genèse 3.17
- Genèse 14.14-16
- Actes 1.8
- Proverbes 30.21-23
- Genèse 17.15-21
- Matthieu 4.1-4
- Matthieu 7.13-14
- Jean 15.16
Questions fréquentes
Pourquoi Saraï a-t-elle donné Agar à Abraham ?
Après dix ans en Canaan, Abraham avait 85 ans et le couple n'avait toujours pas d'enfant. D'après le droit de l'époque, l'enfant né de la servante devenait légalement celui de sa maîtresse. Pour Moon Bong-joo, l'écart entre la promesse et la réalité était devenu trop grand : Saraï n'a pas su attendre et a choisi sa méthode, son plan, plutôt que la promesse de Dieu.
Quelle a été la faute d'Abraham dans Genèse 16 ?
Abraham écouta la voix de Saraï, la même expression que pour Adam en Éden. Le prédicateur souligne qu'il aurait dû répondre : « Non, pas encore, ce n'est pas la méthode de Dieu, attendons. » Puis, quand le conflit a éclaté, il s'est retiré en laissant Agar entre les mains de Saraï, et c'est la servante, innocente, qui a souffert.
Que faire quand Dieu tarde à répondre à la prière ?
Moon Bong-joo rappelle que la main de l'Éternel n'est pas trop courte (Ésaïe 59.1). Si Dieu fait attendre, c'est pour montrer qu'il est le Créateur pour qui rien n'est impossible et pour faire de toi un grand vase, comme Abraham. La foi n'a pas de raccourci : elle passe par l'attente, debout sur le rocher de la foi.
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