Introduction
Hannah Miller est l'une des deux responsables laïques (church wardens) de Gas Street Church, à Birmingham. Avec son mari, elle fait partie de l'Église depuis ses débuts. Ce message ouvre une série de deux semaines que l'Église consacre, deux fois par an, à la générosité et à la vision. Elle y parle d'argent, et elle le reconnaît d'emblée : la conversation est inconfortable.
Son point de départ est un petit mot que chacun connaît : « à moi ». Mon temps, mes projets, ma maison, mon avenir, mes enfants, ma vie. Face à ce réflexe, elle ouvre Marc 14 et l'histoire d'une femme qui brise un vase d'albâtre sur la tête de Jésus.
Son message tient en une phrase : l'adoration est « tout ou rien ». Non pas parce que Dieu réclame chaque centime, mais parce qu'aucune partie de ta vie ne devrait échapper à sa seigneurie. En chemin, elle nomme trois obstacles à une vie pleinement abandonnée : la peur, le contrôle et le confort.
Plan du message
1. « À moi, à moi, à moi »
- Hannah Miller part d'une scène célèbre de la série britannique Gavin and Stacey : une famille commande à emporter et propose de tout mettre au milieu de la table pour partager. Le personnage de Smithy est horrifié : il a choisi son plat, il veut manger son plat.
- Elle avoue avoir beaucoup de sympathie pour lui. D'autres dans sa famille, « bien plus matures » qu'elle, acceptent de partager. Elle, non. Et cela se retourne souvent contre elle : quelqu'un a commandé mieux, mais puisqu'elle refuse de partager, elle ne peut pas goûter au plat des autres.
- Elle se compare aux mouettes du Monde de Nemo qui répètent : « À moi, à moi, à moi ! » C'est, dit-elle, sa position naturelle face à ce qu'elle possède.
- « C'est drôle quand on parle de curry », mais cette attitude n'est peut-être pas si différente de celle que beaucoup, elle comprise, ont envers le reste de leur vie.
2. Une vie tissée dans l'adoration
- Aux débuts de l'Église, Ken Costa a prononcé une parole sur cette communauté : elle serait « tissée dans l'adoration ». Si l'Église l'est, cela veut dire que ceux qui la composent le sont aussi.
- Ce qui est tissé dans un tissu en fait partie. Ce n'est pas une poche ni un bouton ajouté par-dessus, c'est présent dans chaque fil. L'adoration n'est pas un supplément.
- Romains 12:1 le dit : offrir ton corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, c'est ton culte. Ta vie entière est un acte d'adoration : ton temps, tes dons, tes relations, ton influence et, « assez inconfortablement », tes finances. Si l'adoration traverse tout, elle finit par atteindre ton compte en banque.
- « L'adoration dit "à toi" là où, instinctivement, je veux dire "à moi". » Jésus n'a jamais cessé d'être sur le trône, mais quand j'adore, c'est moi que je fais descendre du trône.
- « L'argent n'est jamais seulement de l'argent. » Il est lié à notre sécurité, notre liberté, notre statut, l'image que nous avons de nous-mêmes, notre confort, ce que nous voulons assurer à nos enfants, et à l'idée que tout ira bien. C'est souvent là qu'on découvre à quel point on a du mal à dire « à toi ».
3. Le vase d'albâtre brisé
- L'histoire est racontée dans les quatre Évangiles, juste avant la mort de Jésus. À Béthanie, chez Simon le lépreux, une femme entre avec un vase d'albâtre rempli d'un parfum de nard pur de grand prix, le brise et répand le parfum sur la tête de Jésus (Marc 14:3-6).
- Ce n'était pas un parfum ordinaire, « ni une imitation, ni même un très bon flacon ». Il valait plus d'une année de salaire, soit aujourd'hui, au salaire minimum vital britannique, entre 26 000 et 30 000 livres. Rien n'indique qu'elle le donnait de son superflu : c'était peut-être tout ce qu'elle avait.
- Elle brise le vase. Elle n'ôte pas le bouchon pour en verser « 2 % » avant de le refermer. Il n'y a pas de retour en arrière, pas de flacon de réserve.
- Pendant ce temps, tout le monde autour fait des calculs. « J'aurais sans doute fait pareil », confie Hannah Miller. Ils appellent cela un gaspillage. Jésus dit que c'est beau.
- Elle ne demande pas quel est le minimum acceptable, ni combien elle peut donner le moins possible pour que cela compte quand même. « Elle est entièrement tout ou rien. »
- Le but n'est pas de rentrer chez soi et de vider chaque compte. C'est le principe : dire « tu es le Seigneur de ma vie », c'est ne rien retenir. « Ce n'est pas : tu peux avoir mon dimanche, mais pas mon lundi. Tu peux avoir mes relations, mais pas mes ambitions. Tu peux avoir mon adoration, mais pas mon argent. »
- Pas de petites pièces fermées à clé dans ta vie, ni de vases d'albâtre sur l'étagère marqués « à moi ». Tout est abandonné, tout est à lui.
4. Premier obstacle : la peur
- La peur qu'il n'y en ait pas assez. « Et si je donne, et qu'ensuite je n'ai pas ce dont j'ai besoin ? » Les nouvelles et les podcasts ne donnent guère d'espoir, et tout autour répète : fais attention, protège-toi.
- Il y a peu, Hannah Miller et son mari ont senti que Dieu leur demandait de donner une somme en plus de leurs dons réguliers, une somme qu'elle ne pensait pas avoir de côté. Elle aurait aimé la garder. « Je ne vous le dis pas pour être héroïque, je vous le dis pour être honnête. » Elle avait peur, elle ne voulait pas briser son vase d'albâtre de peur qu'il n'y en ait pas d'autre.
- Les psychologues parlent de « mentalité de pénurie » : elle n'a rien à voir avec ce que tu possèdes, que tu sois millionnaire ou non. C'est la conviction qu'il n'y en aura pas assez pour toi, et qu'il faut donc tout serrer.
- Être généreux ne veut pas dire être irresponsable. Il faut payer ses factures, se débarrasser de ses dettes, penser à l'avenir. La Bible est pleine de sagesse sur l'argent. Mais « la sagesse et la peur ne sont pas la même chose », et une décision sage et une décision dictée par la peur peuvent se ressembler de l'extérieur.
- Parfois, après avoir donné, sa famille a connu une provision extraordinaire, inattendue, que personne n'aurait pu orchestrer sans l'intervention de Dieu. D'autres fois, elle a traversé davantage de difficultés financières. La générosité n'est pas une machine à sous : « si je donne 10 livres, il m'en rendra 100 », ce n'est pas ce qui se passe.
- Donner, c'est dire : « Je n'ai pas besoin de m'y accrocher, parce que Dieu me tient. » C'est « un petit acte de résistance », un acte de foi, même quand les émotions doivent encore suivre.
- « La crainte n'est pas dans l'amour, mais l'amour parfait bannit la crainte » (1 Jean 4:18). Plus tu es convaincu de l'amour de Dieu, plus la peur perd son emprise. Ta sécurité n'est plus dans ce que tu retiens, mais dans celui qui te retient.
5. Deuxième obstacle : le contrôle
- « C'est à moi. » Mon salaire, ma maison, mes économies, mes affaires. Retour au curry.
- Or « à l'Éternel la terre et ce qu'elle renferme » (Psaume 24:1). En préparant ce message, Hannah Miller s'est demandé : « Est-ce que je le crois vraiment ? Est-ce que je vis comme si tout ce que j'ai lui appartenait ? »
- Elle prend un exemple : si elle confie 20 livres à l'une des animatrices du culte en lui demandant d'en donner 5 à quelqu'un et 5 à un autre, celle-ci ne s'en offusquera pas. C'était l'argent de Hannah, confié pour être partagé. C'est ainsi que Dieu nous confie nos ressources.
- La question change alors : non plus « combien dois-je donner à Dieu ? », mais « Dieu, que veux-tu que je fasse de ce qui est déjà à toi ? » Une vie tissée dans l'adoration ne dit pas « ce pourcentage appartient à Dieu », car 100 % lui appartient.
- Quand tu brises le vase, tu détrônes ton besoin de contrôle.
6. Troisième obstacle : le confort
- « Je le mérite. Est-ce que je ne l'ai pas gagné ? » Hannah Miller s'adresse en particulier aux plus jeunes : ce que l'on juge suffisant a une capacité extraordinaire à se déplacer avec l'âge.
- On est parfaitement heureux avec des haricots sur du pain grillé, puis les haricots passent sur un pain au levain de boulangerie à la mode, puis chaque sortie devient un brunch. Personne ne se lève un matin en se disant que son train de vie a glissé. On glisse, c'est tout. Ce qui était un luxe devient la norme, et quand on gagne plus, le mode de vie monte d'un cran.
- Elle vit dans sa maison depuis environ quatorze ans. Ces dernières années, ses deux voisins ont fait construire une extension. Sa maison n'a pas changé, mais elle s'est mise à penser qu'un agrandissement serait bien. « Ma maison est merveilleuse », mais la comparaison a déplacé ce qu'elle jugeait suffisant.
- Quand Pierre interroge Jésus sur la vie d'un autre disciple, Jésus répond : « Que t'importe ? Toi, suis-moi » (Jean 21:22). Ce verset, Dieu le lui a souvent rappelé : « Mais eux ont ceci, eux ont pu partir en vacances là... Que t'importe, Hannah ? Toi, suis-moi. »
- Elle raconte l'histoire de Rick Warren, pasteur américain depuis environ vingt-cinq ans, devenu riche grâce aux droits d'auteur de son livre Une vie motivée par l'essentiel. Avec sa femme Kay, il a décidé de ne pas changer de maison ni de voiture, de ne plus toucher de salaire de son Église, de lui rembourser tout ce qu'elle lui avait versé en vingt-cinq ans, puis de créer une fondation. Leur pourcentage de dons a augmenté jusqu'à donner 90 % et garder 10 %.
- La plupart d'entre nous ne seront jamais dans cette situation. Mais leur question reste la nôtre : « Seigneur, que nous demandes-tu de faire de ce que tu nous as confié ? » Remarquant le silence dans la salle, elle ajoute : « Oui, je sais. Ce n'est pas facile. »
7. Ce que vaut Jésus pour toi, et une vie aux mains ouvertes
- Hannah Miller revient au plat à emporter : elle partage presque toujours avec ses fils. Quand l'un d'eux demande à « goûter un peu » un plat qu'il connaît déjà, elle lève les yeux au ciel, mais elle donne. « Ce n'est pas seulement la question, c'est celui qui la pose. »
- Quand on parle d'argent à l'église, on croit que c'est l'Église qui demande. En réalité, c'est une conversation avec le Seigneur. Si la femme de Marc 14 a pu agir ainsi, c'est à cause de celui qu'elle adorait. « La question n'est pas : que vaut ce parfum ? C'est : que vaut-il, lui ? »
- Une femme de l'Église témoigne en vidéo. Enfant, elle attendait avec impatience le moment où elle pourrait apporter, comme tous, son enveloppe d'offrande. À dix ans, avec son premier argent de poche puis son premier petit travail, elle a mis en place un système de poches pour mettre de côté la dîme avant toute dépense : donner les prémices, pas ce qui reste. Plus de vingt ans après, elle voit Dieu lui rappeler : « Je suis ton Père, je prends soin de toi. » Porter seul la responsabilité de son avenir est écrasant, et Dieu nous en décharge.
- Premier principe : décider de donner, à l'avance, plutôt que de voir ce qui reste, car il ne reste souvent rien. La dîme, 10 %, est un garde-fou biblique pour nous aider à bien décider. Ce n'est « ni une loi, ni un plancher, ni un plafond ». Si tu n'as jamais donné, commence peut-être par 1 ou 2 %. Si tu donnes déjà 10 %, Dieu t'invite peut-être à passer à 11 %.
- « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Matthieu 6:21). On pense que l'argent suit le cœur ; Jésus dit que le cœur suit le trésor. Tu n'as pas besoin d'en avoir envie : l'acte de donner forme en toi un adorateur.
- Deuxième principe : faire régulièrement le point. Mariée depuis vingt-sept ans, Hannah Miller s'assoit chaque année avec son mari pour fixer un objectif de dons et voir ce qui pourrait être un « défi stimulant ». Elle reconnaît la crise du coût de la vie et invite ceux qui sont accablés par les dettes à se faire aider : l'Église travaille avec l'association Christians Against Poverty.
- Troisième principe : garder de la place pour la générosité spontanée, par exemple une cagnotte mise de côté pour pouvoir donner sans calculer.
- Dans le récit de Jean, « la maison fut remplie de l'odeur du parfum » (Jean 12:3). Hannah Miller rêve d'une Église dont la générosité aurait ce parfum dans la ville : nourrir des familles, financer des missionnaires, payer une facture d'électricité, au point qu'on dise à Birmingham : « Il faut voir ce qui se passe autour de cette Église. »
- Elle conclut : suivre Jésus ne commence pas par ce que nous faisons pour lui. « Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique » (Jean 3:16). Il ne s'agit pas de prouver notre générosité : nous répandons parce qu'il a d'abord tout répandu pour nous.
Points à retenir
- L'adoration n'est pas un supplément : elle est tissée dans toute la vie, jusqu'à ton compte en banque.
- « Tout ou rien » ne veut pas dire tout donner, mais ne rien laisser en dehors de la seigneurie de Jésus.
- Briser le vase d'albâtre, c'est détrôner la peur, le contrôle et le confort, et descendre soi-même du trône.
- La générosité n'est pas une transaction : c'est un acte de foi en celui qui te tient, pas en ce que tu retiens.
- La vraie question n'est pas « combien dois-je donner ? », mais « que vaut Jésus pour moi ? ».
Application personnelle
- Quel est le vase d'albâtre que tu gardes sur l'étagère parce qu'il te paraît trop précieux ?
- Lequel des trois obstacles te freine le plus aujourd'hui : la peur, le contrôle ou le confort ?
- Tes décisions financières viennent-elles de la sagesse ou de la peur, même quand elles paraissent raisonnables ?
- À qui te compares-tu en ce moment, et qu'est-ce que Jésus te répondrait : « Que t'importe ? Toi, suis-moi » ?
- Quelle première étape concrète peux-tu prendre cette semaine : décider d'un pourcentage, faire le point sur tes finances, ou prévoir une réserve pour donner spontanément ?
Versets cités
Questions fréquentes
Que représente le vase d'albâtre brisé dans Marc 14 ?
Pour Hannah Miller, c'est une image de l'adoration. Le parfum valait environ une année de salaire, et la femme ne se contente pas d'ôter le bouchon : elle brise le vase, sans retour possible. Elle ne cherche pas le minimum acceptable, elle est « tout ou rien ». Les autres parlent de gaspillage, Jésus dit que c'est beau.
Faut-il tout donner pour adorer Dieu ?
Non. Hannah Miller précise que le but n'est pas de vider ses comptes en rentrant chez soi. « Tout ou rien » ne veut pas dire tout donner, mais tout remettre à Dieu : aucune pièce de la vie ne doit rester en dehors de sa seigneurie. Elle rappelle aussi qu'il faut payer ses factures, sortir de ses dettes et penser à l'avenir avec sagesse.
Qu'est-ce que la mentalité de pénurie ?
C'est une notion de psychologie reprise par la prédicatrice. Elle n'a rien à voir avec ce que l'on possède réellement : c'est la conviction profonde qu'il n'y en aura pas assez pour soi, et qu'il faut donc tout serrer contre soi. Hannah Miller y oppose 1 Jean 4:18 : l'amour parfait bannit la crainte. Plus on est convaincu de l'amour de Dieu, plus la peur perd son emprise.