Introduction
« Avez-vous compris toutes ces choses ? » Avec cette question de Jésus, Ben Bostina arrive à la fin de Matthieu 13, dans une série de plusieurs semaines sur les paraboles de ce chapitre, étudiées verset après verset lors du culte d'enseignement de Kensington Temple, à Londres. Après le grain de sénevé, le levain, le trésor caché, la perle de grand prix et le filet, il s'arrête sur un seul verset, Matthieu 13:52, que certains commentaires sautent presque.
Jusque-là, Jésus montrait à quoi ressemble le royaume de Dieu. Ici, il change de regard : il ne décrit plus le royaume, il décrit le rôle du disciple. « C'est pourquoi, tout scribe instruit de ce qui regarde le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes. »
Ben Bostina en tire quatre idées : le royaume doit être compris et pas seulement entendu, il réclame un nouveau genre de scribe, il réunit des trésors neufs et anciens, et ces trésors sont donnés pour être partagés, pas pour être rangés.
Plan du message
1. Le royaume doit être compris, pas seulement entendu
- La question « Avez-vous compris toutes ces choses ? » paraît superficielle. Mais quand on lit le chapitre d'un seul tenant, on voit que le thème de la compréhension le traverse de bout en bout.
- Au verset 13, Jésus dit qu'en entendant, ils n'entendent pas et ne comprennent pas. Aux versets 14 et 15, la prophétie d'Ésaïe décrit une écoute sans compréhension, et montre que comprendre avec le cœur conduit à se convertir, puis à être guéri.
- Dans la parabole du semeur, la semence tombée le long du chemin représente celui qui entend la parole du royaume sans la comprendre (verset 19). La bonne terre, c'est celui qui entend la parole et la comprend : il porte du fruit, cent, soixante ou trente pour un (verset 23). Tout le chapitre suit ces deux pistes.
- Le problème décrit par Ésaïe 6:9-10 n'est pas un manque d'intelligence, d'instruction ou d'information : c'est un problème de cœur. La compréhension biblique va plus loin que l'acquisition de connaissances : elle inclut le fait de reconnaître la vérité, de la recevoir et de répondre à Dieu.
- Cela ne diminue pas l'importance de l'intelligence. Mais quelqu'un pourrait expliquer la parabole du semeur d'un point de vue agricole, ou parler longuement du symbolisme du blé, sans que la leçon ait atteint son cœur. « Sans reconnaître le droit de Dieu à nous juger tous, nous avons manqué l'essentiel. »
- Le royaume est un don : il a été donné aux disciples de connaître les mystères du royaume (verset 11). Mais nous sommes responsables de notre réponse. Les disciples suivent Jésus, l'interrogent, le prennent à part pour demander l'explication de la parabole de l'ivraie (verset 36). La compréhension grandit dans la relation avec lui.
- « On donnera à celui qui a » (verset 12) peut sembler injuste. Dieu regarde ce que nous avons fait de ce qu'il nous a déjà confié. La compréhension spirituelle n'est pas une conquête humaine, ni une excuse pour la passivité : nous dépendons de la révélation de Dieu, et nous avons la responsabilité d'étudier avec soin, de demander, d'écouter et d'obéir.
- Matthieu relie la compréhension au fruit. La progression est claire : comprendre, porter du fruit, puis enseigner les autres et faire des disciples.
2. Une réponse un peu trop rapide
- Les disciples répondent : « Oui. » Ben Bostina avoue que cela le fait sourire. Dans la suite de l'Évangile, ils montrent souvent qu'ils n'ont pas compris : Jésus leur demande « Vous aussi, êtes-vous encore sans intelligence ? » (Matthieu 15:16), ils se méprennent sur son avertissement au sujet du levain des pharisiens avant de saisir enfin (Matthieu 16:9-12), et il en va de même en Matthieu 17:13.
- « As-tu des souvenirs qui te gênent encore aujourd'hui ? Ou c'est juste moi ? » Le prédicateur imagine les disciples relisant ces récits et grimaçant un peu. « Oui, Jésus, on a tout compris. » C'est de l'assurance à l'état pur.
- La question nous est posée aujourd'hui. Après six ou sept semaines sur ces paraboles, avons-nous compris ? Et plus encore : avons-nous laissé cette vérité nous changer, nous redéfinir, déplacer notre allégeance et élargir notre compréhension du royaume ?
- Jésus semble prendre la réponse des disciples au mot, puisqu'il enchaîne avec un « c'est pourquoi ».
3. Le royaume réclame un nouveau genre de scribe
- Le choix du mot surprend. Jusque-là, dans Matthieu, les scribes sont des responsables religieux qui s'opposent à Jésus. Ici, il emploie le terme de façon positive.
- Au premier siècle, les scribes étaient des spécialistes de l'Écriture, surtout de la loi de Moïse : l'étudier, l'interpréter, la préserver, l'enseigner, avec parfois des responsabilités judiciaires.
- Le modèle de l'Ancien Testament est Esdras, « scribe versé dans la loi de Moïse ». Esdras 7:10 résume sa mission : il avait appliqué son cœur à étudier la loi de l'Éternel, à la mettre en pratique et à enseigner en Israël les lois et les ordonnances. Trois responsabilités, et l'ordre compte : étudier, obéir, puis enseigner.
- Au temps de Jésus, une étape manque : les scribes et les pharisiens connaissent la loi mais ne la pratiquent pas. Ils connaissent les Écritures sans reconnaître le royaume.
- Au chapitre 2, quand Hérode demande où le Messie doit naître, les scribes donnent la bonne réponse à partir du prophète Michée : à Bethléhem. Mais cette réponse ne produit pas en eux le fruit attendu : aller chercher le Messie et l'adorer. Ce sont des mages venus de loin qui le font. Connaître les Écritures ne veut pas dire avoir laissé la Parole transformer sa vie.
- Le scribe de Matthieu 13:52 est « devenu disciple ». On ne naît pas disciple, on le devient, par un processus délibéré et continu : répondre à l'appel de Jésus, recevoir son enseignement, se soumettre à son autorité, le laisser transformer notre vie.
- C'est le même verbe que dans le grand mandat (Matthieu 28:19-20). Les deux textes se répondent : le scribe est formé au royaume, et les disciples sont envoyés faire des disciples ; il reçoit l'enseignement du royaume, et ils apprennent à observer tout ce que Jésus a prescrit ; il est équipé pour tirer de son trésor, et ils sont envoyés transmettre cet enseignement, de génération en génération.
- Il y a là une « réhabilitation surprenante » du scribe. Jésus ne rejette pas la tradition des scribes, il la transforme. Étudier et enseigner les Écritures reste nécessaire. Ce qui change, c'est la clé de lecture : Jésus devient le centre, la lentille à travers laquelle tout le reste se comprend.
- Jésus n'est pas venu abolir la loi ou les prophètes, mais les accomplir (Matthieu 5:17). Il dit aussi : « Si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux » (Matthieu 5:20), un texte sur lequel le pasteur Malcolm a prêché quelques semaines plus tôt. Et les foules remarquent qu'il enseigne avec autorité, et non comme leurs scribes (Matthieu 7:28-29).
- Le royaume ne rend pas l'étude des Écritures moins importante. Il la rend inséparable du chemin de disciple, vécu à travers le regard posé sur Jésus.
4. Le royaume réunit des trésors neufs et anciens
- Pour Ben Bostina, c'est sans doute la phrase la plus importante de ce verset sur le plan théologique : le maître de maison tire de son trésor « des choses nouvelles et des choses anciennes ».
- L'ancien, c'est la révélation déjà donnée : pour nous, l'Ancien Testament, la loi, les prophètes et les écrits. Les disciples, qui étaient juifs, avaient hérité de tout cela : les enseignements, les promesses, les alliances, les lois et les espérances d'Israël.
- Ils savaient comment Dieu avait créé le monde et ce qu'il voulait pour l'humanité, connaissaient la bénédiction donnée à Abraham et à sa descendance, l'alliance avec Israël, l'attente d'un roi issu de David, les promesses de restauration, de rédemption et de jugement, et le règne à venir de Dieu sur toutes les nations. Daniel parle d'un fils de l'homme qui reçoit la domination, la gloire et le règne, une domination éternelle (Daniel 7:13-14).
- Ces idées n'ont pas été introduites par Jésus. Mais leur pleine portée n'était pas encore révélée. C'est là qu'intervient le nouveau : le royaume révélé et inauguré par Jésus, de façon inattendue. D'où l'expression des « mystères du royaume » (verset 11) : quelque chose de caché jusque-là est maintenant dévoilé.
- On attendait une puissance militaire et des souverains triomphants. Jésus parle d'un grain de sénevé qui paraît insignifiant avant de devenir un grand arbre, du blé qui pousse au milieu de l'ivraie, sans que l'on distingue clairement le bien du mal, alors qu'on attendait le jugement final, d'un trésor caché dont on mesure la valeur une fois trouvé. Ces paraboles expliquent la tension dans laquelle nous vivons encore, entre l'inauguration du royaume et son accomplissement final au retour de Jésus.
- Le nouveau accomplit l'ancien, il ne le remplace pas. Jésus ne rejette pas l'Ancien Testament : il l'amène à son accomplissement par sa propre vie.
- Deux erreurs guettent le disciple. La première : s'attacher tellement aux interprétations établies et aux traditions familières qu'on ne reconnaît plus ce que Dieu veut révéler en Christ. C'était le piège des scribes et des pharisiens. La seconde : être si préoccupé de nouveauté qu'on néglige la révélation antérieure sur laquelle repose le message du royaume. Le scribe formé au royaume évite les deux.
5. Les trésors du royaume sont donnés pour être partagés
- La fin du verset déplace l'attention : il ne s'agit plus de ce qu'est le trésor, mais de ce que le maître de maison en fait. C'est le sommet pratique de l'enseignement de Jésus.
- Le mot traduit par « trésor » peut désigner des objets de valeur, mais aussi le lieu où l'on range ses ressources : un garde-manger, un garage, un grenier. L'image n'est pas tant un coffre rempli d'or et de bijoux qu'un maître de maison qui puise dans ses provisions selon les besoins. Il est prêt, ses ressources sont disponibles.
- De même, le croyant doit être bien formé dans les choses du royaume et dans les Écritures, pour savoir, selon la situation rencontrée, quelles ressources utiliser.
- L'action décisive, c'est de sortir le trésor. Le maître ne se contente pas de le posséder, il le met à profit. L'accent n'est pas sur l'accumulation de connaissances, de diplômes ou de réussites personnelles, mais sur leur usage fidèle au service des autres.
- Le mot « trésor » apparaît deux fois dans le chapitre. Au verset 44, un homme découvre un trésor caché dans un champ et, dans sa joie, vend tout ce qu'il a pour acheter ce champ ; ce passage avait été présenté quelques semaines plus tôt dans la série. Au verset 52, le maître de maison tire le trésor et le partage. Lus ensemble, ces deux textes forment une belle progression : le trésor représente d'abord la valeur incomparable du royaume, puis les richesses dans lesquelles le scribe du royaume peut puiser.
- Le but ultime, c'est le grand mandat. Après trois ans auprès de Jésus à apprendre et à recevoir, les disciples sont envoyés transmettre ce qu'ils ont reçu, sortir le neuf et l'ancien, et faire des disciples de génération en génération.
6. Nous avons reçu pour donner
- Ben Bostina résume la parabole en une phrase : « Ceux qui ont reçu l'intelligence du royaume se voient confier la responsabilité de la rendre accessible aux autres. Nous avons reçu pour pouvoir donner. »
- Nous avons tous reçu ce grand don. La question est de savoir ce que nous allons en faire : le cacher, le ranger, ou le sortir pour aider d'autres personnes sur leur chemin ?
- Jésus a demandé à ses disciples de considérer ce qu'ils avaient compris. Qu'avons-nous compris, et qu'allons-nous faire de tout ce que Dieu nous a si fidèlement révélé ?
Points à retenir
- Le royaume ne se reçoit pas seulement par les oreilles : il se comprend avec le cœur, dans une relation vivante avec Jésus, et cette compréhension porte du fruit.
- Le scribe formé au royaume étudie la Parole, la met en pratique, puis l'enseigne, dans cet ordre, avec Jésus comme clé de lecture.
- On ne naît pas disciple, on le devient, par un chemin délibéré et continu de soumission à l'autorité de Jésus.
- Le nouveau accomplit l'ancien sans le remplacer : le disciple garde l'Ancien Testament et accueille ce que Dieu révèle en Christ.
- Le trésor du royaume n'est pas fait pour être stocké : nous avons reçu pour donner et faire des disciples.
Application personnelle
- Après avoir lu les paraboles de Matthieu 13, as-tu seulement compris leur sens, ou as-tu laissé cette vérité changer tes priorités et ton allégeance ?
- Dans ta relation avec la Parole, quelle étape manque le plus en ce moment : l'étudier, la mettre en pratique ou l'enseigner ?
- Vers quelle erreur penches-tu : l'attachement aux traditions familières, ou l'attrait de la nouveauté au détriment de l'Ancien Testament ?
- Quelles ressources Dieu a-t-il déjà rangées dans ton « trésor », et qui autour de toi aurait besoin que tu les sortes cette semaine ?
- Qui pourrais-tu accompagner sur son chemin de disciple, pour transmettre ce que tu as reçu ?
Versets cités
- Matthieu 13:51-52
- Matthieu 13:11-15
- Matthieu 13:19-23
- Matthieu 13:36
- Matthieu 13:44
- Ésaïe 6:9-10
- Matthieu 15:16
- Matthieu 16:9-12
- Matthieu 17:13
- Esdras 7:6-10
- Matthieu 2:4-6
- Michée 5:1
- Matthieu 28:19-20
- Matthieu 5:17-20
- Matthieu 7:28-29
- Daniel 7:13-14
Questions fréquentes
Que signifie la parabole du scribe et du maître de maison en Matthieu 13:52 ?
Pour Ben Bostina, Jésus décrit le rôle du disciple : celui qui a été formé au royaume des cieux est comme un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes. Ceux qui ont reçu l'intelligence du royaume ont la responsabilité de la rendre accessible aux autres.
Pourquoi Jésus parle-t-il d'un scribe de façon positive ?
Dans l'Évangile de Matthieu, les scribes s'opposent souvent à Jésus. Ici, Jésus ne rejette pas la tradition des scribes : il la transforme. Comme Esdras, le scribe étudie, pratique et enseigne la Parole, mais il est désormais disciple, et Jésus devient la clé de lecture de toute l'Écriture.
Que représentent les choses nouvelles et les choses anciennes ?
L'ancien désigne la révélation déjà donnée à Israël dans l'Ancien Testament : la loi, les prophètes et les écrits. Le nouveau, c'est le royaume révélé et inauguré par Jésus, de façon inattendue. Le nouveau accomplit l'ancien sans le remplacer : le disciple a besoin des deux.