Introduction
« Au risque de baisser dans votre estime, je dois vous avouer que le camping, surtout sous la tente, ce n'est pas ma tasse de thé. » Le prédicateur de l'Église Évangélique Baptiste de Paris-Centre ouvre ainsi ce message de sa série sur la deuxième lettre de Paul aux Corinthiens. Entre une nuit sous la tente et une nuit entre quatre murs dans un vrai lit, son choix est vite fait.
L'apôtre Paul, lui, était fabricant de tentes. Dans 2 Corinthiens 5.1-10, il prend justement le contraste entre une tente et une maison solide pour nous faire changer de regard sur notre présent et sur notre avenir.
Le prédicateur médite ce texte à partir de trois mots qui commencent tous par un A : l'attente, l'acompte et l'ambition. Trois mots pour apprendre, dès aujourd'hui, à vivre pour demain.
Plan du message
1. Une tente fragile et une maison éternelle
- À l'époque de Paul, les tentes servaient aux campements militaires, aux voyageurs qui marchaient longtemps à pied, et sans doute à certaines habitations modestes. Une tente est utile, mais elle est légère, temporaire et vulnérable.
- À la fin du chapitre 4, Paul a comparé la légère tribulation du moment présent au poids éternel de gloire à venir, les choses visibles qui ne durent qu'un temps aux choses invisibles qui sont éternelles.
- Au début du chapitre 5, il poursuit dans la même veine. Si ce corps périssable, cette tente, vient à être détruit, autrement dit si je meurs, une autre demeure m'attend : un édifice qui vient de Dieu, une demeure éternelle qui n'est pas faite de main d'homme.
- Le sens exact de cette demeure est débattu, mais pour le prédicateur, Paul parle ici du corps nouveau et impérissable que nous recevrons dans la vie éternelle. Il en parle presque dans les mêmes termes dans Romains 8.22-23 : la création tout entière soupire, et nous aussi, qui avons les prémices de l'Esprit, nous soupirons en attendant la rédemption de notre corps.
2. L'attente : nous gémissons dans cette tente
- « Nous gémissons dans cette tente », écrit Paul au verset 2, et il le répète au verset 4. Si tu trouves souvent la vie difficile, frustrante, décevante, l'apôtre semble te dire que c'est normal.
- Cela ne devrait pas nous surprendre si nous gardons en tête le verdict de Dieu sur la condition humaine après l'entrée du péché dans le monde : le sol est maudit, c'est à force de peine que tu en tireras ta nourriture, et tu retourneras dans la poussière (Genèse 3.17-19). La vie est dure, y compris la vie chrétienne.
- Certains Corinthiens reprochaient à Paul de ne pas être assez impressionnant : « Paul, tu es trop fragile. Nous voulons des leaders forts. » Paul assume sa fragilité et rappelle que nous sommes tous fragiles dans notre condition présente. Mais le chrétien vit sa fragilité autrement, parce qu'il attend le jour où elle débouchera sur la vie dans toute sa force.
- Les soupirs du texte ont deux faces. Au verset 2, ils expriment une aspiration, un ardent désir, comme son fils qui soupire : « Papa, j'ai hâte, j'ai hâte ! » Au verset 4, ils expriment une épreuve : nous gémissons, accablés. Attendre, c'est à la fois de l'enthousiasme et de la peine.
- Nous soupirons après le jour où nous verrons le Seigneur face à face, où la mort sera détruite pour toujours, où il essuiera toute larme de nos yeux. En attendant, nous vivons dans un monde fragile, un corps fragile, des circonstances et des relations fragiles.
3. Une espérance de résurrection, pas une éternité désincarnée
- « Nous désirons, non pas nous dépouiller, mais nous revêtir, afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie » (verset 4). L'espérance chrétienne n'est pas de vivre une éternité désincarnée, purement spirituelle.
- Parler d'« aller au ciel » après la mort n'est pas faux en soi, si l'on comprend que le ciel représente d'abord la présence de Dieu. Mais ce langage peut nous induire en erreur. Notre espérance, c'est la résurrection, un corps nouveau, une nouvelle terre, une réalité nouvelle.
- Dans son livre Le Grand Divorce, C.S. Lewis décrit un monde à venir où, au début, marcher sur l'herbe fait mal, parce qu'elle est tellement solide. Une image de fiction, mais parlante : le monde à venir ne sera pas moins concret que le monde présent, il le sera beaucoup plus. Tout y sera plus solide, plus intense.
- Pourquoi avons-nous du mal à penser ainsi, même en tant que chrétiens ? Parce que la société de consommation occupe tout notre horizon. « Nous n'avons plus vraiment soif de l'eau vive que Dieu offre, parce que nous passons notre temps à boire les sodas que le monde nous offre. » Carrière, loisirs, possessions, confort relatif : pas forcément de mauvaises choses, mais des choses qui ne remplaceront jamais Dieu.
- Le prédicateur suggère qu'il nous faut peut-être simplifier nos vies pour nous recentrer sur Dieu et sa Parole, et à identifier ce qui, dans notre vie, fait obstacle à notre espérance.
- Le verset 3 apporte une simple précision. La grande majorité des êtres humains passeront par la mort avant de recevoir ce corps nouveau. Seule la toute dernière génération sera transformée de son vivant, comme Paul l'écrit aussi aux Thessaloniciens. Dans les deux cas, la destination est la même : la nouvelle création, la vie éternelle, une éternité à laquelle nous sommes appelés à nous préparer dès aujourd'hui.
4. L'acompte : Dieu s'est engagé en nous donnant son Esprit
- « Celui qui nous a formés pour cela, c'est Dieu, qui nous a donné les arrhes de l'Esprit » (verset 5). Ce mot peut se traduire par acompte, arrhes ou dépôt de garantie.
- Beaucoup d'entre nous ont déjà versé une caution pour un logement. Si je dépose mon argent, c'est que je m'engage et que je n'ai pas l'intention de reculer. En nous donnant le Saint-Esprit, Dieu s'est engagé envers nous pour cet avenir.
- Peut-on imaginer Dieu faire une visite temporaire puis dire : « Non, finalement, je me retire » ? Non. Le don de l'Esprit nous lie à Dieu par un lien indestructible.
- L'Esprit nous donne déjà un avant-goût de la réalité à venir : l'accès quotidien à Dieu par la prière, quand nous voulons et où nous voulons ; sa Parole, qui nous transforme peu à peu par la rencontre avec Jésus ; et le lien surnaturel qui nous unit les uns aux autres dans l'Église, en attendant de passer l'éternité ensemble.
- « La vie par le Saint-Esprit est une préparation à l'éternité. » Nous avons déjà, en quelque sorte, un pied dans l'éternité.
5. Toujours pleins de courage, même face à la mort
- « Nous sommes donc toujours pleins de courage » (verset 6). Paul peut continuer avec courage malgré les souffrances du ministère, parce qu'il n'a plus rien à gagner ni à prouver : il a déjà tout reçu de Christ.
- Pour nous aussi, c'est une invitation à persévérer dans le service chrétien, quelle qu'en soit la forme. Nous ne servons pas dans le vide : nous investissons dans un avenir glorieux déjà assuré.
- Cette assurance est aussi un témoignage dans un contexte d'anxiété et de perte de sens. Nos amis, nos collègues, nos proches voient-ils en nous des hommes et des femmes concernés par l'actualité, mais fondamentalement en paix ? Être témoin, souvent, c'est « garder son calme » : écouter, réfléchir, aider, servir, sans se désengager du monde.
- Même la mort, notre ennemie ici-bas, a été apprivoisée. Le pire qui puisse nous arriver à l'échelle humaine nous conduit au meilleur : l'éternité avec Dieu. Paul ne souhaite pas la mort en tant que telle, mais il ne la craint plus (versets 6 à 8).
6. L'ambition : plaire au Seigneur
- « Quelle est ton ambition dans la vie ? » Celle de Paul, au verset 9, est de plaire au Seigneur, qu'il demeure dans ce corps ou qu'il le quitte. Il ne parle pas d'une ambition de ministère, mais d'une ambition valable pour nous tous.
- Si tout ce qui nous préoccupe est ce que nous ferons de ces quelques décennies, nous ne pourrons pas vivre dans l'espérance. Paul l'avait écrit aux Corinthiens : « Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons, car demain nous mourrons » (1 Corinthiens 15.32). Une version moins hédoniste aboutit au même résultat : la vie est courte, optimisons. « YOLO », comme certains disent.
- Si l'horizon de ma vie n'est pas la mort mais l'éternité avec Dieu, alors j'ai le temps. Le temps d'être changé, de centrer ma vie non sur des expériences à maximiser, mais sur une relation avec Dieu pour toujours.
- Si tu passes 48 heures à Rome pour la première fois, tu remplis ton programme : monuments, musées, églises, pâtes. Si tu t'installes à Rome pour plusieurs décennies, tu prends le temps d'apprendre la langue et la culture, et tu te laisses changer. Notre ambition est d'apprendre peu à peu à ressembler à Jésus, parce que la vie avec Jésus est notre avenir.
7. Comparaître devant le tribunal de Christ
- « Il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu'il aura fait, étant dans son corps » (verset 10). Paul ne remet pas en cause le salut par grâce : il vient de dire que Dieu nous a donné son Esprit comme garantie.
- Il rappelle une vérité biblique : l'être humain est responsable devant Dieu. Le pardon de Dieu, total et définitif, n'annule pas notre responsabilité dans notre manière de vivre. Le prédicateur ajoute, en passant, que cela peut nous aider à pardonner à ceux qui nous ont blessés : ils auront à répondre de leurs actes devant Dieu.
- Paul en donne quelques indices dans sa première lettre (1 Corinthiens 3.13-15) : l'œuvre de chacun sera manifestée et éprouvée par le feu. Il distingue le salut de la personne et l'évaluation des œuvres.
- Si nous entrons dans ce tribunal couverts par la justice de Christ, qui a payé le prix de nos péchés à la croix, nous pouvons nous y présenter « non pas avec terreur, mais avec une pleine confiance », une confiance non en nous-mêmes mais en son œuvre. Malheur à nous si nous voulons nous tenir devant le Dieu trois fois saint armés de notre propre justice.
- Le prédicateur s'adresse à ceux qui gravitent autour de Jésus depuis longtemps : le moment est venu d'une vraie rencontre avec lui par la foi. Il n'y a plus aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ (Romains 8.1).
Points à retenir
- Notre corps est une tente fragile, mais une demeure éternelle nous attend : un corps nouveau, afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie.
- L'attente chrétienne est à la fois ardent désir et épreuve. Nos soupirs disent notre fragilité et notre espérance.
- Le Saint-Esprit est l'acompte de Dieu : par lui, Dieu s'est engagé envers nous et nous donne déjà un avant-goût de l'éternité.
- Notre ambition n'est pas de maximiser nos expériences, mais de plaire au Seigneur et d'apprendre à ressembler à Jésus.
- Nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Christ, et nous pouvons nous y présenter avec confiance, couverts par sa justice.
Application personnelle
- Quelle chose ou quel domaine de ta vie t'attache trop au présent et fait obstacle à ton espérance ?
- Tes soupirs ressemblent-ils davantage à de la lassitude ou à l'ardent désir de voir le Seigneur face à face ?
- Comment cultives-tu cette semaine l'avant-goût de l'éternité que l'Esprit te donne : la prière, la Parole, la communion fraternelle ?
- Tes proches et tes collègues voient-ils en toi une paix qui ne dépend pas de l'actualité ?
- Vis-tu comme quelqu'un qui passe 48 heures à Rome, ou comme quelqu'un qui s'y installe et se laisse changer ?
Versets cités
- 2 Corinthiens 5:1-10
- 2 Corinthiens 4:16-18
- Romains 8:22-23
- Genèse 3:17-19
- 1 Thessaloniciens 4:15-17
- 1 Corinthiens 15:32
- 1 Corinthiens 3:13-15
- Romains 8:1
Questions fréquentes
Que représentent la tente et la maison dans 2 Corinthiens 5 ?
La tente, légère, provisoire et fragile, représente notre corps actuel, appelé à se détruire. La maison éternelle, qui n'est pas faite de main d'homme, désigne le corps nouveau et impérissable que Dieu prépare pour ceux qui sont en Christ, afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie.
Pourquoi l'apôtre Paul appelle-t-il le Saint-Esprit des arrhes ?
Comme un acompte ou une caution versée pour un logement, les arrhes engagent celui qui les donne. En nous donnant son Esprit, Dieu s'engage envers nous pour l'avenir. L'Esprit nous lie à lui par un lien indestructible et nous donne déjà un avant-goût de l'éternité : la prière, la Parole et la communion fraternelle.
Le tribunal de Christ remet-il en cause le salut par grâce ?
Non. Le prédicateur rappelle que le pardon de Dieu est total et définitif, mais qu'il n'annule pas notre responsabilité. Paul distingue le salut de la personne et l'évaluation des œuvres. Couverts par la justice de Christ, nous pouvons nous présenter devant ce tribunal non avec terreur, mais avec une pleine confiance en son œuvre.