Introduction
À quoi sert le livre des Actes ? Est-ce seulement un récit historique de plus, une suite d'événements surprenants arrivés il y a longtemps ? Charlie Skrine, qui prêche à All Souls Langham Place, au cœur de Londres, répond non. Pour lui, Luc a fait des choix très délibérés : ce livre « bâtit l'Église ». Il montre quelle sorte d'Église nous devrions être et il nous aide à le devenir.
Le livre suit un trajet, de Jérusalem jusqu'à Rome, de la ville où se trouvait la présence de Dieu jusqu'à la ville où mènent toutes les routes, et donc jusqu'aux extrémités de la terre. En chemin, il y a des étapes : Jérusalem, Antioche, Éphèse, Rome. Ce dimanche de partenariat, dans la série No Favourites, le prédicateur s'arrête à Antioche (Actes 11:19-30) pour apprendre quelle sorte d'Église son assemblée espère être.
Il en tire trois traits : une Église locale en partenariat mondial, une Église de la Parole et donc une Église qui grandit, une Église qui grandit et donc une Église tournée vers le dehors. Avec, pour finir, un rappel : tout cela est l'œuvre du Seigneur.
Plan du message
1. Une dispersion que personne n'avait prévue
- Le passage commence par la persécution. Actes 11:19 nous ramène au même événement qu'Actes 8:1 : la mort d'Étienne, premier chrétien tué pour sa foi.
- Pour le prédicateur, c'est un événement terrible, mais aussi une terrible erreur de calcul de la part des opposants. Ils pensaient : tuons Étienne, et ces chrétiens se tairont. Au lieu de cela, les croyants ont été dispersés en Judée et en Samarie, et ils sont devenus des évangélistes partout où ils allaient.
- Par la puissance de l'Esprit de Dieu, cela s'est très bien passé : une division de 700 ans entre Juifs et Samaritains a été guérie, et les Samaritains ont été intégrés de nouveau au peuple de Dieu (Actes 8 et 9).
- Actes 11:19 ajoute un détail en passant : certains sont allés plus loin, jusqu'en Phénicie, à Chypre et à Antioche. La Parole sort d'Israël, mais elle n'est encore annoncée « qu'aux Juifs ».
2. Antioche, une ville ouverte sur le monde
- Puis vient le verset 20 : des hommes de Chypre et de Cyrène, arrivés à Antioche, parlent aussi aux Grecs et leur annoncent la bonne nouvelle du Seigneur Jésus. Cyrène, précise le prédicateur, se trouve en Afrique, dans l'actuelle Libye.
- C'est la logique des semaines précédentes, après Pierre et Corneille : Dieu a donné aussi aux païens la repentance qui mène à la vie (Actes 11:18). Maintenant, la bonne nouvelle est offerte aux nations.
- Antioche avait une histoire glorieuse. Elle avait été la capitale d'environ un tiers de l'immense empire d'Alexandre, tourné vers l'Orient. Sous Rome, elle restait la capitale de la province de Syrie et la troisième ville de l'Empire : cosmopolite, riche, reliée au monde. Un commentaire cite 500 000 habitants. On l'appelait « la reine de l'Orient ».
- Tout part de là : « un inconnu venu d'Afrique et son ami de Chypre, tous deux sans nom », qui se mettent simplement à parler de Jésus à des non-Juifs. C'est ce mouvement qui explique qu'il y ait aujourd'hui des chrétiens dans chaque partie du monde, et que le christianisme ne soit plus centré sur les pays occidentaux, mais sur l'Afrique, l'Amérique du Sud et l'Asie.
- Le prédicateur se méfie des parallèles trop faciles, mais il en voit un avec Londres : deux villes qui ont perdu leur empire et gardé leurs liens avec le monde. À Antioche, on pouvait parler de Jésus à quelqu'un de Chine, d'Inde, de Perse ou de Rome sans quitter sa rue. À All Souls, on parle soixante et une langues.
3. Deux moments de danger pour l'unité
- Quand la main du Seigneur est avec eux et que beaucoup se convertissent (verset 21), il faut prévenir Jérusalem, « envoyer une note au siège ». Dans les Actes, cela s'est déjà produit deux fois, avec deux réactions possibles.
- La bonne réaction, en Actes 8 : « Désolés, nous avons converti des Samaritains », et Jérusalem envoie de l'aide. La mauvaise, en Actes 11:1-3 : « Désolés, nous avons converti des païens », et Jérusalem est très fâchée : tu n'aurais même pas dû entrer chez eux. Pierre a réglé la question, mais si tu connais un peu la nature humaine, tu retiens ton souffle.
- Cette fois, la réaction est bonne (verset 22) : Jérusalem envoie Barnabas, dont le nom veut dire « fils d'encouragement » (Actes 4:36). Elle envoie le meilleur qu'elle a, en demandant : comment pouvons-nous aider ?
- Deuxième moment de danger, aux versets 27 et 28 : Agabus annonce par l'Esprit une grande famine sur toute la terre. Réaction naturelle des nouveaux croyants : charité bien ordonnée commence par soi-même. Nous sommes des réfugiés, la famine sera partout, vous vous en sortirez à Jérusalem, nous prions pour vous.
- Le danger est réel : plus de 2000 ans de séparation entre le peuple juif et les nations. Même à Jérusalem, en Actes 6, une dispute avait éclaté pour savoir si les Juifs de culture grecque recevaient la même aide que ceux qui parlaient hébreu.
4. Une Église locale en partenariat mondial
- Versets 29 et 30 : les disciples décident d'envoyer, chacun selon ses moyens, un secours aux frères de Judée, par Barnabas et Saul. Le prédicateur souligne les deux mots-clés : ces croyants juifs que la plupart des nouveaux chrétiens d'Antioche n'avaient jamais rencontrés ne sont pas des étrangers. Ce sont des frères et des sœurs.
- Il imagine la scène : Barnabas et Saul repartent avec de grosses sacoches d'argent pour une famine qui n'a pas encore eu lieu. Ce n'était qu'une prophétie. Un croyant d'Antioche, peut-être Siméon appelé Niger (Actes 13:1), aurait pu joindre un mot : « Nous ne nous rencontrerons peut-être jamais, mais nous vous considérons comme nos frères et sœurs. »
- « Jésus est réel. » Seul le Saint-Esprit pouvait franchir de telles divisions, présentes dans chaque ville de l'Empire. L'Évangile est capable d'unir l'humanité jusqu'aux extrémités de la terre et de renverser les effets de Babel, de Caïn et Abel et de la chute.
- Même la plus petite Église de village, au fond de la campagne anglaise, devrait lire ce texte et se demander comment être partenaire du monde. Pour All Souls, beaucoup dirigent des entreprises au Nigeria, au Sri Lanka ou à Hong Kong, ou ont de la famille au Canada, aux États-Unis, au Ghana ou en Indonésie.
- L'Église a déjà des partenaires missionnaires et des voyages. Mais le prédicateur pose une question : et si tout cela n'était, en un sens, que des projets du siège ? Il avoue ne pas savoir. Il rêve à voix haute : chaque année, dans le programme de formation, une personne envoyée et financée par une Église de Lagos, formée à Londres, qui nous apprendrait à ressembler davantage aux chrétiens nigérians. Et dans vingt ans, quand il faudra un nouveau pasteur, ce pourrait être ce jeune Nigérian.
- Le partenariat mondial, résume-t-il, c'est une question à double sens : quels sont nos besoins que nos frères d'ailleurs peuvent combler, comme Jérusalem a envoyé Barnabas ? Et quels sont leurs besoins que nous pouvons combler, comme Antioche a envoyé son secours ? « Nous sommes en réalité très petits », mais nous faisons partie d'un monde connecté, tout comme eux.
5. Une Église de la Parole, donc une Église qui grandit
- Verset 23 : quand Barnabas arrive et voit la grâce de Dieu, il se réjouit et il exhorte tous à rester attachés au Seigneur d'un cœur ferme. Le prédicateur voit une spirale positive entre ce que fait le Seigneur, ce que fait Barnabas et ce qui continue d'arriver : l'évangélisation mène à la joie, la joie à l'encouragement.
- Quel encouragement ? Persévérer. Barnabas sait que ces nouveaux chrétiens, dans un monde païen, auront besoin de savoir que ce sera dur. L'Église n'existe que parce qu'Étienne a été tué. On ne leur promet pas que devenir chrétien rendra tout plus facile.
- Verset 24 : ils ont besoin de tout ce que Barnabas est. C'était un homme de bien, plein d'Esprit Saint et de foi. Il ne croit pas détenir la solution : il fait confiance à Dieu pour cela, il prie, il espère.
- Le succès crée un nouveau problème, « un bon problème, un problème de croissance ». Barnabas va de nouveau chercher de l'aide : il part pour Tarse chercher Saul, un voyage d'environ sept jours dans chaque sens. Puis il faut loger et nourrir deux personnes, parce que fortifier les chrétiens par la Parole de Dieu est essentiel. Pendant une année entière, ils enseignent une foule nombreuse.
- Résultat : c'est à Antioche que les disciples sont appelés chrétiens pour la première fois (verset 26). Le prédicateur pense que c'était une insulte : ces gens suivent le Christ, appelons-les « chrétiens ». « Oui, c'est ce que nous sommes. Nous sommes à Jésus. »
- Il appelle Antioche une « Église de la Parole » à cause d'Actes 12:24 : « la parole de Dieu se répandait de plus en plus ». Tous les quelques chapitres, Luc place un petit résumé où, tour à tour, c'est l'Église ou la Parole qui grandit. Pour Luc, ces versets sur l'enseignement ne sont pas un passage ennuyeux entre la prédication et la générosité. Tout forme un seul ensemble.
6. Personne n'est assez fort tout seul
- La vérité derrière ce texte, dit le prédicateur, c'est que nous ne sommes pas assez forts pour vivre ce que décrivent ces versets sans aide et sans être fortifiés : persévérer, rester fidèles, être consacrés de tout notre cœur, parler de Jésus, servir, donner, aimer des gens différents de nous.
- Ce beau tableau ne tient pas longtemps avec « un régime spirituel pauvre ». Londres, et le monde entier grâce à internet, offre un formidable menu d'Églises : on peut passer de l'une à l'autre et écouter. Mais rien ne remplace le fait de se réunir, de passer du temps ensemble et de se fortifier les uns les autres. Pas plus que cinq minutes de méditation quotidienne ou une étude occasionnelle de la Bible.
- Il précise que tout ce qu'il dit s'applique aussi à lui. Il a connu des membres du clergé, pasteurs et évêques, qui avaient presque cessé d'aller à l'Église au sens propre : être avec un groupe de croyants qui les connaissent bien, semaine après semaine, et qui peuvent les encourager et les reprendre. Ils lui disaient : « Ça va, je conduis des cultes tout le temps. » Il a vu les dégâts, année après année : des chrétiens enthousiastes qui se découragent. Beaucoup de pasteurs, une fois à la retraite, disent qu'ils ne retourneront plus jamais à l'Église.
- C'est pourquoi l'Église demande à ceux qui veulent servir de faire partie d'un groupe de vie, si leur emploi du temps le permet. Non pas pour remplir les groupes, mais parce que personne n'est assez fort sans cela. Jérusalem ne pensait pas qu'Antioche s'en sortirait sans aide. Pourquoi penserions-nous qu'un nouveau chrétien, ou quelqu'un qui sert depuis dix ans, s'en sortira sans groupe de vie ?
- « Il n'y a pas de raccourci. » L'Église d'Antioche d'Actes 13 sera une Église qui prie, diverse, généreuse et qui envoie. Rien de cela n'arrive sans l'enseignement de la Parole d'Actes 11, et sans personnes pour le donner. Si l'Église lève des fonds pour son équipe, ce n'est pas pour avoir plus de monde dans les bureaux, où l'on trouve à peine un bureau ou une chaise. C'est parce qu'une question l'empêche de dormir : comment 1400 personnes peuvent-elles être formées comme disciples à la manière d'Actes 11 ?
7. Une Église tournée vers le dehors, et tout est l'œuvre du Seigneur
- Le verset 24 découle du verset 23, comme les versets 20 et 21 découlaient du travail fait à Jérusalem : c'est pour cela que ces deux hommes de Libye et de Chypre ont pu parler de Jésus en arrivant. Et les versets 29 et 30 découlent du verset 26. Quand on parle d'appartenir, de prier, de servir et de donner, ce n'est pas un appel à aider le pasteur dans ses tâches. « L'Église n'est jamais une question de moi. C'est toujours une question de nous. »
- Le prédicateur voit dans son assemblée un grand désir d'apprendre la Parole : d'où il est, il sent que chaque mot est écouté avec attention. Mais il se demande si l'Église ne pourrait pas être facilement distraite. Sa première prédication à All Souls portait sur Marthe et Marie : Marthe était distraite par les nombreux soucis du service (Luc 10:40).
- À chaque étape de la vie, il y a des choix : arriver à Londres, un nouveau travail, une promotion, une nouvelle maison à repeindre, un enfant, une famille qui a besoin de toi. Il pense que, face à ce choix, l'Église choisit toujours le service et ne s'arrête jamais, mais ne choisit pas toujours d'être fortifiée. Or pour continuer à servir, il faut continuer à être fortifié.
- Chacun le fera à sa façon. Il cite des groupes de vie qui partent quelques jours ensemble en vacances, et il plaisante : il ne voit rien de pire qu'un séjour à Center Parcs sans enfants, mais l'idée est excellente. D'autres voyagent beaucoup et ne pourront pas venir à l'étude biblique du mercredi, mais ils peuvent écrire : je veux rattraper ce que j'ai manqué, je veux prier pour les personnes du groupe. Garder le lien plutôt que dire : « Pas grave, je commencerai en janvier. »
- L'Église que ce livre veut bâtir sort par la porte, regarde la vallée, à Antioche, à Rome ou ailleurs dans le monde, et se demande : comment faire des disciples de Jésus là-bas ? L'Église n'est pas un parking pour chrétiens en attendant le retour de Jésus, ni une maison de retraite où l'on attend le prochain événement.
- Elle ressemble plutôt au camp de base de l'Everest, où l'on prend des forces avant de grimper vers le sommet, ou à un camp d'entraînement, pour être prêt sur la ligne de front, là où l'on vit, au milieu d'un monde à servir et à atteindre. Sors par la porte, regarde la vallée, ou même Regent Street, et pense à ceux que nous pouvons atteindre.
- Le verset 20 parle de la bonne nouvelle du Seigneur. Le verset 21 dit que la main du Seigneur était avec eux. Au verset 23, ces nouveaux chrétiens sont le fruit de la grâce de Dieu. Au verset 24, Barnabas est plein d'Esprit Saint et de foi, ce qui amène davantage de gens au Seigneur. Au verset 28, c'est l'Esprit qui annonce la famine et qui donne l'occasion de montrer qu'ils forment une seule et nouvelle famille.
- Parmi les quatre engagements de l'Église (prier, appartenir, servir, donner), la prière vient toujours en premier.
- Le prédicateur conclut en priant : il remercie le Père pour la joie de l'accueil de l'Église d'Antioche par les chrétiens de Jérusalem, pour leur amour, leur courage dans la persécution et leur joie à secourir des croyants qu'ils n'avaient jamais rencontrés, par-delà un fossé immense. Il demande d'être changés, pardonnés là où nous ne leur ressemblons pas, et de devenir des gens de foi, remplis du Saint-Esprit, engagés à être fortifiés, enseignés et encouragés, pour être à Londres une Église comme celle-là.
Points à retenir
- L'Évangile a franchi la barrière entre Juifs et païens grâce à des croyants sans nom, chassés par la persécution. Dieu se sert de ce que les hommes croyaient être une fin.
- Une Église locale, même petite, fait partie d'une famille mondiale : elle reçoit et elle donne, comme Jérusalem a envoyé Barnabas et comme Antioche a envoyé son secours.
- Barnabas encourage les nouveaux croyants à rester attachés au Seigneur de tout leur cœur, sans leur promettre une vie plus facile.
- Personne n'est assez fort pour persévérer sans la Parole de Dieu et sans les autres : il n'y a pas de raccourci.
- L'Église n'est pas un parking ni une maison de retraite, mais un camp de base : on y prend des forces pour atteindre ceux du dehors.
Application personnelle
- Quand tu choisis entre servir encore plus et être fortifié, que choisis-tu le plus souvent ? Qu'est-ce qui te ferait garder les deux ?
- Ton régime spirituel est-il assez nourrissant pour tenir dans la durée, ou se limite-t-il à quelques minutes de lecture et à des prédications écoutées en passant ?
- Fais-tu partie d'un petit groupe de croyants qui te connaissent assez bien pour t'encourager et te reprendre, semaine après semaine ?
- Quels frères et sœurs, ailleurs dans le monde, pourrais-tu aider, et que pourrais-tu apprendre d'eux ?
- En sortant de chez toi cette semaine, dans ta rue, ton quartier ou ton travail, à qui pourrais-tu parler de Jésus ?
Versets cités
- Actes 11:19-30
- Actes 8:1
- Actes 11:1-3
- Actes 11:18
- Actes 4:36
- Actes 6:1
- Actes 13:1-3
- Actes 12:24
- Luc 10:38-42
Questions fréquentes
Pourquoi les disciples ont-ils été appelés chrétiens à Antioche ?
Selon Actes 11:26, c'est à Antioche que les disciples furent appelés chrétiens pour la première fois. Charlie Skrine pense que ce surnom était d'abord une moquerie : ces gens suivaient le Christ, on les a donc appelés « ceux du Christ ». Il le reprend à son compte : oui, nous sommes à Jésus.
Que fait Barnabas en arrivant à Antioche ?
Il voit la grâce de Dieu, il s'en réjouit et il exhorte tous les croyants à rester attachés au Seigneur de tout leur cœur (Actes 11:23). Puis il va chercher Saul à Tarse, et tous deux enseignent l'Église pendant une année entière. Pour le prédicateur, c'est le modèle d'une Église nourrie par la Parole.
Que veut dire être une Église locale en partenariat mondial ?
Antioche est une petite Église locale, mais elle se sait liée à des frères et sœurs qu'elle n'a jamais rencontrés. Elle reçoit l'aide de Jérusalem, puis envoie à son tour un secours aux croyants de Judée (Actes 11:29-30). Charlie Skrine y voit un appel pour toute Église, même la plus petite.