Introduction
À qui appartiennent les promesses de la terre faites à Abraham ? Robert Reymond, théologien réformé américain, ancien doyen et professeur au Knox Theological Seminary en Floride et auteur d'une théologie systématique, répond à cette question dans un article publié en 2006 dans la revue Sword and Trowel. Le Metropolitan Tabernacle de Londres en propose aujourd'hui une lecture dans son podcast.
Il part d'un constat : un vaste effort cherche aujourd'hui à convaincre les chrétiens évangéliques des États-Unis que l'État politique d'Israël possède à perpétuité la « Terre sainte » parce que Dieu l'a donnée à Abraham et à sa descendance. Il cite le discours du président Clinton devant la Knesset, le 27 octobre 1994, et le juge sévèrement : pour lui, c'est « une mauvaise politique fondée sur une théologie tout aussi mauvaise ».
Sa thèse tient en une phrase : dans l'Ancien Testament, les promesses de la terre sont « ombre, type et prophétie », et le Nouveau Testament en montre « la réalité, la substance et l'accomplissement ». Les vrais héritiers sont donc, selon lui, les chrétiens, membres du royaume messianique de Christ, mais dans la forme accomplie de la promesse : le monde à venir.
Plan du message
1. L'alliance avec Abraham, clé de toute l'histoire du salut
- Robert Reymond commence par l'alliance abrahamique, qu'il présente comme « l'antidote à l'erreur du dispensationalisme ». Avec l'appel d'Abraham, l'alliance de grâce annoncée en Genèse 3:15 fait un bond en avant : « toutes les familles de la terre seront bénies en toi » (Genèse 12:3).
- La Bible parcourt des milliers d'années en onze chapitres avant d'arriver à Abraham. Pour lui, Genèse 1 à 11 sert de préparation à cette alliance, et tout ce que Dieu a fait depuis pour sauver, il l'a fait pour accomplir ses promesses à Abraham.
- L'Ancien Testament le confirme : Dieu renouvelle cette alliance avec Isaac et Jacob, et il délivre Israël d'Égypte parce qu'il « se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob » (Exode 2:24).
- Le Nouveau Testament aussi : Marie et Zacharie voient dans la venue de Jésus l'accomplissement du serment fait à Abraham (Luc 1:54-55 ; 1:68-73). Paul écrit que l'Écriture a « a d'avance annoncé cette bonne nouvelle à Abraham » et que ceux qui croient sont bénis avec lui (Galates 3:8-9).
- Abraham est « le père de tous les incirconcis qui croient » comme des circoncis qui croient (Romains 4:11-12), et « si vous êtes à Christ, vous êtes donc la postérité d'Abraham, héritiers selon la promesse » (Galates 3:29).
- Robert Reymond s'appuie sur Romains 9:6-13 : Israël selon la chair n'a jamais été, en lui-même, le centre du plan de Dieu, car ses promesses ont toujours visé le vrai Israël spirituel à l'intérieur du peuple.
2. Une terre qui renvoie à l'Éden et à une patrie céleste
- Avec O. Palmer Robertson, il rappelle que l'idée d'une terre pour le peuple de Dieu ne commence pas avec Abraham mais au paradis. Dieu place Adam et Ève dans le jardin pour le cultiver, le garder et vivre en communion avec lui.
- Le paradis est perdu par la chute. Mais Dieu renouvelle l'espérance, d'abord par la promesse de Genèse 3:15, puis par l'alliance avec Abraham, pour racheter un peuple et transformer le cosmos. Le pays « où coulent le lait et le miel » devient comme un autre Éden placé devant le peuple.
- Robert Reymond ne nie pas que des promesses terrestres et temporelles aient été faites à Abraham. Mais elles n'ont jamais été le cœur de l'alliance : leur plein accomplissement attend le salut final des élus et la recréation de l'univers (Romains 8:19-23).
- La preuve : Abraham a séjourné dans le pays de la promesse « comme dans une terre étrangère » (Hébreux 11:9) et Dieu ne lui a donné « aucune propriété en ce pays, pas même de quoi poser le pied » (Actes 7:5).
- Abraham pensait-il à une bande de terre entre la Méditerranée et le Jourdain, ou même au territoire qui va « depuis le fleuve d'Égypte jusqu'au grand fleuve, au fleuve d'Euphrate » (Genèse 15:18) ? « Certainement pas », répond-il. Toute sa vie de foi lui avait appris à regarder au-delà.
- Hébreux 11:8-16 le dit clairement : Abraham « attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l'architecte et le constructeur ». Les patriarches désiraient une patrie « meilleure, c'est-à-dire une céleste ».
- Comment Abraham a-t-il compris cela ? Parce qu'il a pris au sérieux la promesse que toutes les familles de la terre seraient bénies en lui. Paul l'appelle « héritier du monde » (Romains 4:13). Le mot grec est cosmos : pas seulement la Palestine, mais le monde glorifié.
3. Une terre qui ne pouvait pas être le paradis
- Moïse et sa génération meurent dans le désert sans avoir obtenu ce qui leur avait été promis (Hébreux 11:39).
- Sous Josué, Israël conquiert le pays et reçoit, « de façon très limitée », le paradis promis. Mais des Cananéens restent dans le pays, et le péché du peuple, sous la royauté unie puis divisée, aboutit à la dévastation par Babylone.
- La gloire quitte le temple de Salomon (Ézéchiel 9:3 ; 10), le temple est détruit, et le peuple déporté reçoit le nom de Lo-Ammi, « pas mon peuple » (Osée 1:9).
- Le retour sous Esdras et Néhémie ne pouvait pas non plus être le paradis, mais il en montrait le chemin. Aggée annonce que la gloire de ce petit temple sera plus grande que celle du temple de Salomon (Aggée 2:9). Pour Robert Reymond, ce langage signifie que Dieu réservait mieux qu'une terre temporelle et un temple matériel.
- La promesse ne sera accomplie par rien de moins qu'un paradis restauré à l'échelle du cosmos : « le loup habitera avec l'agneau » et « la terre sera remplie de la connaissance de l'Éternel, comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent » (Ésaïe 11:6-9).
4. Jésus ouvre la perspective au monde entier
- Jésus commence son ministère public en Galilée, « le territoire des Gentils », selon la prophétie d'Ésaïe 9:1. Pour Robert Reymond, c'est une déclaration : cette terre servira de tremplin vers toutes les nations.
- Après sa résurrection, Jésus donne rendez-vous à ses disciples en Galilée, loin de Jérusalem, et c'est là qu'il leur confie la grande mission (Matthieu 28:7, 10, 16).
- Le royaume de Dieu, thème central de son enseignement, dépasse donc largement les frontières de l'ancien Israël. Le type de l'ancienne alliance laisse place à son accomplissement dans la nouvelle.
- Le royaume est venu sous sa forme de grâce à la première venue de Christ ; il viendra en puissance à son retour. Ce n'est pas Canaan, en tant que tel, qui en bénéficie : c'est toute la création qui se réjouira du renouveau.
5. La parabole des vignerons et l'avenir d'Israël selon la chair
- Robert Reymond lit la parabole des vignerons (Matthieu 21:33-46 ; Marc 12:1-9 ; Luc 20:9-16) ainsi : le maître est Dieu le Père, la vigne est la nation d'Israël (Ésaïe 5:7), les vignerons sont ses chefs, les serviteurs sont les prophètes, et le fils est Jésus lui-même.
- « Enfin, il envoya vers eux son fils » (Matthieu 21:37) ; « il avait encore un fils bien-aimé ; il l'envoya vers eux le dernier » (Marc 12:6). Pour lui, ces mots montrent que Jésus se présente comme l'ultime envoyé de Dieu, après qui personne de plus grand ne peut venir.
- La conclusion de Jésus : « le royaume de Dieu vous sera enlevé, et sera donné à une nation qui en rendra les fruits » (Matthieu 21:43). Selon Robert Reymond, la position privilégiée d'Israël passe alors à l'Église de Jésus-Christ, formée du reste élu d'Israël et des élus d'entre les nations.
- Il s'appuie aussi sur Romains 11 : Dieu a endurci la masse d'Israël, mais il n'a pas rejeté tous les Juifs. Il existe « un reste, selon l'élection de la grâce » (Romains 11:5). Des Juifs continuent d'être sauvés, rendus jaloux par les multitudes de non-Juifs qui reçoivent les bénédictions spirituelles d'abord destinées à Israël (Romains 11:11-14).
- Tous ceux qui croient en Jésus, leur Messie, sont « greffés sur leur propre olivier » (Romains 11:23-24). Pour lui, la justification des non-Juifs devient ainsi le chemin principal de la justification des Juifs élus.
6. Six propositions sur les promesses de la terre
- Premièrement, l'État juif moderne, né le 14 mai 1948 dans la providence générale de Dieu, ne fait pas partie du royaume messianique de Jésus-Christ, puisque Jésus a dit que son royaume n'est pas de ce monde (Jean 18:36). Robert Reymond va plus loin, en s'appuyant sur Romains 9:6-8 et Galates 4:24-25 : selon lui, faute de foi en Jésus-Christ, cet État n'est pas le vrai Israël et ne peut revendiquer la Palestine sur une base biblique. Il ajoute que tout partage du territoire doit se négocier entre ceux qui le revendiquent par le processus de paix et le droit des nations, et non par des arguments bibliques, la guerre ou le terrorisme.
- Deuxièmement, les promesses de la terre étaient typologiques : elles annonçaient le projet de Dieu pour un peuple racheté de toute la terre (Genèse 12:3) et pour le cosmos entier (Romains 4:13).
- Troisièmement, elles servaient de modèle : l'obéissance et la bénédiction vont ensemble, la désobéissance et le châtiment aussi.
- Quatrièmement, les prophéties sur le retour d'Israël dans son pays annoncent, comme des types, le « rétablissement de toutes choses » au retour de Christ (Actes 3:21 ; Romains 8:22-23). Les lire au sens littéral serait, pour lui, « un pas en arrière » qui place l'ombre au-dessus de la réalité. Il cite Robertson : dans cet âge de l'accomplissement, un retour aux formes limitées de l'ancienne alliance ne doit être « ni attendu ni encouragé ».
- Cinquièmement, Pierre, l'apôtre des circoncis, ne dit rien d'un royaume juif en Palestine quand il parle de l'avenir. Il distingue trois périodes : le monde d'avant le déluge, « les cieux et la terre d'à présent » réservés pour le feu, puis « de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera » (2 Pierre 3:5-13).
- Sixièmement, la prophétie biblique ne parle pas de l'État moderne d'Israël. Robert Reymond reprend les textes souvent avancés : Jérémie 29:14 vise le retour après les soixante-dix ans d'exil (verset 10) ; Ésaïe 11:11 parle d'une seconde délivrance après celle d'Égypte (verset 16) ; Zacharie 8:7-8 décrit une Jérusalem fidèle, et Ézéchiel 36 un peuple d'abord purifié de ses iniquités (verset 33). Quant à Amos 9, Jacques l'applique à l'Église dans Actes 15.
7. Aimer le peuple juif et lui annoncer l'Évangile
- Robert Reymond reconnaît que la question est délicate pour les chrétiens. D'un côté, nous devons de la reconnaissance au peuple juif, par qui nous sont venus les Écritures de l'Ancien Testament et le Messie selon la chair. De l'autre, la plus grande partie du peuple juif n'a pas reconnu Jésus comme Messie.
- Sa première réponse est nette : aucun chrétien ne doit défendre quoi que ce soit qui ressemble, « même de loin », à une discrimination envers les Juifs à cause de leur origine ou de leur religion.
- Mais puisque, selon lui, la seule espérance de salut pour le peuple juif est l'Évangile, il juge « peu aimant et peu chrétien » d'encourager l'idée que l'appartenance au peuple d'Abraham ou l'attachement à la Torah suffisent pour être agréé de Dieu (Romains 2:17-29 ; Galates 5:3-4). Jésus-Christ est le seul Sauveur, pour Israël comme pour toute race et toute nation.
- Il conteste aussi l'idée qu'il suffit de montrer à un Juif que Jésus est celui dont parlent les prophètes, comme si l'Ancien Testament était déjà reçu. Il cite Jésus : « Car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, parce qu'il a écrit de moi » (Jean 5:46). Pour lui, les sacrifices lévitiques pointent tous vers l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde.
- Il rappelle Romains 11:28 : « En ce qui concerne l'Évangile, ils sont ennemis à cause de vous ; mais en ce qui concerne l'élection, ils sont aimés à cause de leurs pères. »
- Sa conclusion : les chrétiens doivent aimer le peuple juif et faire tout leur possible, « sans arrogance », pour l'amener à placer son espérance en Christ seul. « Combien il serait triste que des chrétiens évangéliques, qui disent aimer le peuple juif, deviennent l'instrument principal qui détourne sa foi vers une fausse espérance, loin du seul vrai Sauveur de ce monde, Jésus-Christ. »
Points à retenir
- Pour Robert Reymond, l'alliance avec Abraham est la clé de tout ce que Dieu fait pour sauver, jusqu'à aujourd'hui.
- La terre promise renvoie à l'Éden perdu et annonce un monde entièrement renouvelé : Abraham attendait une patrie céleste.
- En Christ, croyants juifs et non juifs sont la postérité d'Abraham et les héritiers de la promesse.
- Il refuse toute discrimination envers les Juifs et appelle à les aimer en leur annonçant Jésus, seul Sauveur de toutes les nations.
Application personnelle
- Comme Abraham, vis-tu ici en étranger et en voyageur, ou ton espérance s'est-elle installée dans ce qui se voit ?
- Que change pour toi le fait d'être, en Christ, « héritier selon la promesse » (Galates 3:29) ?
- Quand tu lis l'Ancien Testament, cherches-tu comment il annonce Christ et son royaume ?
- Comment peux-tu aimer concrètement tes amis juifs et leur parler de Jésus avec respect, sans arrogance ?
Versets cités
- Genèse 3:15
- Genèse 12:1-3
- Genèse 15:18
- Exode 2:24
- Ésaïe 11
- Ésaïe 9:1
- Osée 1:9
- Aggée 2:9
- Jérémie 29:10-14
- Zacharie 8:7-8
- Ézéchiel 36:24-33
- Amos 9:11-15
- Matthieu 21:33-46
- Matthieu 28:16-20
- Luc 1:54-73
- Jean 5:46
- Jean 18:36
- Actes 3:21
- Actes 7:5
- Romains 4:11-13
- Romains 8:19-23
- Romains 9:6-13
- Romains 11
- Galates 3:8-29
- Hébreux 11:8-16
- 2 Pierre 3:5-13
Questions fréquentes
Qui sont les vrais héritiers de la Terre promise selon Robert Reymond ?
Pour Robert Reymond, ce sont les chrétiens, membres du royaume messianique de Christ, qui héritent avec Abraham de la promesse de la terre. Mais ils en héritent sous sa forme accomplie : une patrie céleste et un monde entièrement renouvelé (Galates 3:29, Romains 4:13).
Abraham attendait-il seulement le pays de Canaan ?
Non, répond Robert Reymond. Abraham a séjourné dans le pays de la promesse comme dans un pays étranger et n'y a pas possédé un seul pied de terrain (Actes 7:5). Selon Hébreux 11, il attendait la cité dont Dieu est l'architecte et le constructeur, une patrie meilleure, c'est-à-dire céleste.
Que dit Robert Reymond de l'attitude des chrétiens envers le peuple juif ?
Il affirme qu'aucun chrétien ne doit défendre quoi que ce soit qui ressemble, même de loin, à une discrimination envers les Juifs à cause de leur origine ou de leur religion. Les chrétiens doivent les aimer et, sans arrogance, leur annoncer que Jésus-Christ est le seul Sauveur, pour eux comme pour toutes les nations.