Matthieu 13 : le filet, être proche du Royaume ne suffit pas

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Introduction

« Le royaume des cieux est encore semblable à un filet jeté dans la mer et ramassant des poissons de toute espèce. » Malcolm Duncan, pasteur de Kensington Temple à Londres, poursuit la série sur les paraboles du Royaume dans l'Évangile de Matthieu avec un texte de quatre versets seulement, qu'il qualifie de lecture « inconfortable ».

Il n'y a pas de longue introduction, pas de personnages compliqués, pas d'intrigue. Un filet est jeté, il se remplit, on le tire sur le rivage, on trie. Jésus explique lui-même l'image : à la fin du monde, les anges sépareront les méchants d'avec les justes. Le pasteur reconnaît la tentation de passer vite sur cette parabole, ou de ne jamais la prêcher, parce que l'Église moderne évite les questions de jugement.

La question de Jésus n'est pas d'abord « que se passera-t-il à la fin ? », mais « comment vivre maintenant, en sachant que la fin viendra ? ». Malcolm Duncan en tire trois vérités : le Royaume jette son filet très largement, il tolère un mélange présent qui ressemble à un désordre, et il avance vers une séparation finale, inévitable et sans équivoque.

Plan du message

1. Une parabole qui confronte autant qu'elle console

  • Il ne faut pas confondre ce texte avec la pêche miraculeuse racontée ailleurs dans les Évangiles. C'est une parabole, une histoire « qui frappe » et qui va au cœur de nos vies.
  • Nous préférons les paraboles où ce qui était perdu est retrouvé : le berger qui porte la brebis, le père qui court vers son fils, la semence qui pousse mystérieusement, le marchand qui trouve la perle. Ce sont de bonnes paraboles. Mais le même Jésus qui parle de la brebis perdue parle aussi du filet.
  • L'histoire n'est pas cyclique, elle ne tourne pas en rond indéfiniment. Elle ne restera pas éternellement sans dénouement.
  • « Si Jésus est Seigneur, nous n'avons pas la permission de le retoucher. » On ne peut pas se construire un Jésus qui accueille mais n'avertit jamais, qui pardonne mais ne commande jamais, qui sauve mais ne juge jamais.
  • Jésus ne dresse pas un tableau eschatologique pour satisfaire notre curiosité : il fait entrer le jugement futur de Dieu dans l'écoute présente de ses auditeurs.

2. Le Royaume jette son filet très largement

  • Le mot traduit par « filet » désigne une grande senne, longue parfois de plusieurs centaines de pieds, lestée en bas et soutenue par des flotteurs en haut. Elle ramassait tout ce qui se trouvait sur son passage.
  • Ce n'est pas la pêche à la ligne, avec un appât choisi pour attirer une seule espèce. Le filet ne fait pas passer d'entretien aux poissons, il ne vérifie ni leur origine, ni leur importance, ni leur respectabilité. Il prend « des poissons de toute espèce » parce qu'il a été conçu pour cela.
  • « L'Évangile n'est pas ta propriété privée, ni la mienne. » Il n'appartient ni à une classe, ni à une culture, ni à une génération, ni à une nationalité, ni à une tradition d'Église. Le Royaume n'est pas un club privé de gens religieux respectables.
  • La tentation persistante de l'Église est de vouloir que les gens deviennent socialement et culturellement semblables à nous avant même d'arriver. On crée des exigences non dites : le bon vocabulaire, la bonne tenue, la bonne musique, les bons codes. Le pasteur invite à écouter un dimanche les annonces et à se demander si elles ont du sens pour quelqu'un qui n'est pas chrétien.
  • Il raconte qu'un ami lui a demandé un jour d'imaginer qu'il entrait pour la première fois chez un bookmaker, avec une langue qu'il ne comprend pas, des gestes étranges et l'obligation de se sentir à l'aise tout de suite. Son père et ses grands frères y passaient leurs samedis. « C'est ce que ressentent la plupart des gens quand ils viennent à l'église. »
  • Un de ses collègues, en arrivant à Kensington Temple il y a une vingtaine d'années, s'est dit : « Ces gens sont tous fous. » Le Royaume ne commence pas par des gens qui s'adaptent à notre culture, mais par le Christ qui appelle des personnes sous son règne.

3. Une Église hyperdiverse dans une ville-monde

  • Londres rend cette parabole impossible à apprivoiser : une mer de peuples, de langues, de cultures, de blessures et de croyances. On s'assoit dans le métro à côté de personnes blessées par des Églises, d'autres sans aucune mémoire chrétienne.
  • Le pasteur mène une recherche universitaire sur ce qu'on appelle une communauté « hyperdiverse ». Il se demande comment on en est le pasteur, et pourquoi des Nigérians, des Ghanéens, des Irlandais, des Kényans ou des Français choisissent une Église pentecôtiste britannique plutôt qu'une Église de leur nationalité.
  • À la Pentecôte, le Saint-Esprit n'a pas été donné pour que l'Église se parle plus fort à elle-même. Les gens dans la rue entendaient les merveilles de Dieu dans leur propre langue (Actes 2). L'Église a reçu l'Esprit pour franchir les barrières, pas pour les maintenir.
  • L'Église ne décide pas qui mérite d'être atteint. « Nous ne prêchons pas parce que quelqu'un semble prometteur. Nous ne servons pas parce que quelqu'un semble reconnaissant. Nous rendons témoignage parce que Jésus est Seigneur. »
  • « Il ferait un chrétien charmant », « il est chrétien en tout sauf le nom » : pour Malcolm Duncan, c'est confondre la bonté et la foi. Peu de gens, sans doute, disaient cela de Saul. Ananias, envoyé prier pour lui (Actes 9), demande en substance au Seigneur s'il ne s'est pas trompé de personne.
  • Les réseaux sociaux nous enferment avec ceux qui pensent comme nous. Le pasteur raconte qu'il prend chaque semaine du temps pour écarter de son fil les commentaires de ceux qui pensent comme lui, afin d'entendre aussi des voix différentes. « Ce n'est pas le Royaume. Le Royaume est un grand filet jeté sur Londres. »

4. Un appel large, mais pas superficiel

  • L'Évangile n'est pas « viens à Jésus et il te rendra heureux » ou « il réalisera tous tes rêves ». Il ne nous invite pas à ajouter un peu de spiritualité à une vie dirigée par nous-mêmes. Il nous appelle à abandonner notre vie à Jésus parce qu'il nous possède : à nous repentir, à croire et à le suivre.
  • « L'ampleur de l'invitation ne doit jamais servir à cacher la profondeur de son exigence. » Hudson Taylor, missionnaire auprès du peuple chinois, disait : « N'importe qui peut être un chrétien engagé. Il suffit de donner sa vie. » Le pasteur cite aussi : « Quand Christ appelle un homme, il lui commande de venir et de mourir. »
  • On ne peut pas suivre Jésus sans la croix. Ne confonds pas largeur et superficialité : l'Évangile est pour tous, mais il ne laisse personne intact.
  • La grâce ne veut pas dire que Dieu est indifférent à ce que nous sommes devenus. Elle veut dire qu'en Jésus, Dieu agit pour nous arracher à ce que nous sommes devenus et nous former à ce qu'il a voulu que nous soyons. Tout le monde est le bienvenu, mais personne ne vient au Christ à condition qu'il ne le change jamais.
  • Le pasteur reprend une formule qu'il rattache aux Réformateurs, Calvin en particulier : la croix est suffisante pour tous, efficace pour ceux qui croient. Christ est mort pour les péchés du monde (Jean 3:16-18 ; 1 Jean 2:2). Jean-Baptiste le présente comme « l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde » (Jean 1:29).
  • « Nous ne sommes pas le centre de tri qui décide. Nous jetons les filets. » L'Église n'est pas un « choixpeau » qui répartit les gens selon ses préférences.

5. Le Royaume tolère un mélange présent

  • Le tri ne se fait pas pendant que le filet traverse la mer, mais quand il arrive sur le rivage. Les pêcheurs s'assoient : cela va prendre du temps. Matthieu 13 a déjà introduit cette idée avec la parabole de l'ivraie, une plante qui ressemble au blé tant qu'elle n'a pas grandi.
  • Le pasteur avoue qu'il ne sait pas reconnaître beaucoup d'espèces de poissons, ni distinguer les champignons comestibles des champignons mortels. Jésus décrit une coexistence du bien et du mal dans le monde présent, ce qui est inconfortable pour des traditions comme la sienne.
  • Le Royaume est déjà venu, mais pas encore dans sa plénitude. La victoire a été remportée à la croix et scellée à la résurrection, mais ses conséquences ne sont pas encore pleinement visibles. Nous vivons entre le commencement et l'accomplissement.
  • Avant de demander pourquoi Dieu n'ôte pas tout le mal maintenant, « fais attention à ce que tu demandes ». Malcolm Duncan cite Alexandre Soljenitsyne, dissident russe et lauréat du prix Templeton en 1983 : « La ligne entre le bien et le mal passe par chaque cœur humain. » Elle traverse ton cœur et le mien.
  • « Écris ceci dans tes notes : la proximité du Royaume n'est pas la même chose que la soumission au Roi. » En Matthieu 7, certains diront : « Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom ? » Et Jésus répondra qu'il ne les a jamais connus.
  • Le pasteur dit avoir souvent accompagné des personnes blessées par des Églises où l'on parlait de Jésus mais dont la direction était corrompue. Il faut parfois des années de soin patient pour qu'elles retrouvent la guérison.
  • « Tu peux chanter l'abandon sans t'abandonner. Tu peux parler de générosité sans donner. Tu peux défendre l'autorité de l'Écriture tout en refusant de lui obéir. » Comme le dit Jacques, il ne faut pas qu'il en soit ainsi (Jacques 3:10). « Je ne veux pas être nécessaire à l'Église sans être connu du Christ. »

6. Les justes, le fruit et le discernement

  • Les « justes » ne sont pas des gens moralement parfaits ni des gens qui se sont sauvés par leur bonne conduite. Matthieu est un Évangile de miséricorde : Jésus vient sauver son peuple de ses péchés, il touche les impurs et parle de son sang répandu pour le pardon des péchés (Matthieu 26:28).
  • Les justes sont ceux qui ont reçu le règne de Dieu et dont la réponse à la grâce est devenue visible dans une vie de disciple. Nous ne sommes pas sauvés par nos œuvres, mais la grâce qui nous sauve n'est pas une grâce stérile. « Produisez donc du fruit digne de la repentance » (Matthieu 3:8). « C'est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez » (Matthieu 7:20).
  • Quand le pasteur demande à quelqu'un comment va son âme et qu'on lui répond « je suis membre de KT », il insiste : « Ce n'est pas ma question. Est-ce que tu deviens plus semblable à Jésus ? »
  • Les Béatitudes (Matthieu 5) ne disent pas comment gagner l'amour de Dieu. Elles décrivent le caractère de ceux qui sont passés sous son règne : les pauvres en esprit, les doux, les miséricordieux, les cœurs purs, ceux qui procurent la paix.
  • Le discernement n'est pas la suspicion. La suspicion commence par « je ne vais pas te faire confiance ». Le discernement commence par « je veux te faire confiance », tout en restant attentif, dans un but de restauration.
  • Certains repèrent un hérétique à trois cents mètres mais ne sentent pas leur propre hypocrisie. Le pasteur les appelle des « détectives spirituels autoproclamés ». Jésus ne raconte pas cette parabole pour que nous décidions quel poisson sont les autres, mais pour que nous nous demandions quel poisson nous sommes.
  • La séparation finale est confiée aux anges. L'Église doit confronter le péché, rechercher la restauration, protéger les personnes vulnérables et exercer la discipline (Matthieu 18), mais elle doit éviter deux erreurs opposées : la tolérance insouciante, qui n'est pas la grâce mais la destruction, et l'arrogance spirituelle qui fait de chacun un accusé. Le siège du jugement appartient au Christ.

7. Le Royaume avance vers une séparation finale

  • Le filet atteindra le rivage. L'histoire arrivera à sa conclusion, le mélange ne durera pas toujours. La fournaise et les grincements de dents reviennent déjà dans l'explication de la parabole de l'ivraie : ce langage répété souligne le sérieux et le caractère définitif du jugement.
  • Malcolm Duncan rejette l'idée d'un salut proposé après la mort : « il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement » (Hébreux 9:27). « Un prédicateur qui ne parle jamais du jugement ne rend pas Dieu plus aimant. Il rend l'Église moins véridique. »
  • Le jugement divin est une expression de l'amour divin. Si Dieu aime l'opprimé, il doit s'opposer à l'oppression. S'il aime la vérité, il doit confronter le mensonge. Un Dieu qui regarderait la violence et la corruption avec une indifférence permanente serait un tyran. Le Dieu de la Bible entend le sang qui crie de la terre (Genèse 4:10) et le cri des esclaves (Exode 3:7). Le mal n'aura pas le dernier mot.
  • Jésus a reçu le nom qui est au-dessus de tout nom : tout genou fléchira et toute langue confessera qu'il est Seigneur (Philippiens 2:9-11). Puisque ce sont les anges qui séparent, nous sommes protégés du danger de la vengeance. « Pasteur, je veux juste la justice », entend-il souvent, alors que la personne veut en réalité la vengeance. La justice, elle, fait confiance à Dieu.
  • Cela ne rend pas passif face au mal. Le pasteur raconte s'être menotté à des grilles devant des ambassades, s'être collé à un fabricant de chocolat à Genève qui recourait au travail forcé, et s'être engagé dans des campagnes contre la traite des êtres humains. « Je suis un serviteur du juge. Je ne remplace pas le juge. »
  • Les pleurs et les grincements de dents ne se prêchent pas avec une lueur dans les yeux, mais le cœur brisé. Dieu dit par Ézéchiel que la sentinelle qui n'avertit pas porte la responsabilité du sang (Ézéchiel 33:8-9). Il s'agit d'avertir, non d'effrayer.
  • Un Dieu qui ferait semblant de nous laisser choisir, puis annulerait ce choix à la fin, serait un menteur. Mais quel cœur sera le plus brisé au moment de la séparation ? « Le Dieu qui t'a créé ressentira cette douleur. » Et le pasteur témoigne : « Pendant que je fuyais loin de lui, il courait après moi. » Au moment où il a dit « j'ai besoin de toi », Dieu a répondu : « Je sais. Je t'attendais. Bienvenue à la maison. »
  • Le pasteur a besoin que Dieu remette tout en ordre, d'abord en lui : « J'ai blessé des gens. J'ai déçu des gens. J'ai échoué. » On voudrait que Dieu juge les autres maintenant et nous plus tard. Sa prière finale : « Seigneur Jésus, ne me laisse jamais être proche de toi sans m'être abandonné à toi. »

Points à retenir

  • Le Royaume jette son filet sur tous : l'Église ne trie pas, elle annonce l'Évangile à chacun sans évaluer qui en vaut la peine.
  • L'invitation est large, mais l'appel est profond : personne ne vient au Christ à condition qu'il ne le change jamais.
  • La proximité du Royaume n'est pas la soumission au Roi. On peut connaître le langage du Royaume sans en vivre les valeurs.
  • Le discernement commence par la confiance, et il s'exerce d'abord sur soi-même. La séparation finale appartient à Dieu, pas à nous.
  • Le jugement de Dieu est une expression de son amour : le mal n'aura pas le dernier mot, et Dieu court encore après celui qui le fuit.

Application personnelle

  1. Quelles exigences non dites (vocabulaire, tenue, codes) pourraient empêcher quelqu'un de se sentir accueilli dans ton Église ?
  2. Y a-t-il des personnes que tu as jugées, sans le dire, trop éloignées pour être atteintes par l'Évangile ?
  3. Dans quel domaine connais-tu le langage du Royaume sans en vivre les valeurs : la générosité, le pardon, l'obéissance à l'Écriture ?
  4. Quand tu dis « je suis discernant », est-ce que tu commences par vouloir faire confiance, ou par te protéger ?
  5. Si quelqu'un te demandait aujourd'hui : « Est-ce que tu deviens plus semblable à Jésus ? », que répondrais-tu ?

Versets cités

Questions fréquentes

Que signifie la parabole du filet dans Matthieu 13 ?

Pour Malcolm Duncan, elle enseigne trois vérités : le Royaume jette son filet très largement, il tolère pour un temps un mélange de bons et de mauvais poissons, et il avance vers une séparation finale à la fin du monde. Jésus ne dessine pas un calendrier de la fin : il pose la question de la manière de vivre aujourd'hui.

Est-ce à l'Église de séparer les bons des mauvais poissons ?

Non. Dans la parabole, ce sont les anges qui font la séparation. L'Église doit confronter le péché, protéger les personnes vulnérables et exercer la discipline biblique, mais elle n'est pas juge de la destinée des personnes. Seul Dieu voit le cœur entier et juge avec une justice parfaite.

Pourquoi parler du jugement si Dieu est amour ?

Malcolm Duncan affirme que le jugement divin est une expression de l'amour divin. Si Dieu aime l'opprimé, il doit s'opposer à l'oppression. Un Dieu indifférent à la violence et à la corruption ne serait pas aimant. Un prédicateur qui ne parle jamais du jugement ne rend pas Dieu plus aimant : il rend l'Église moins véridique.

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