Introduction
1 Corinthiens 13 est un chapitre que tout le monde aime. On le lit souvent aux mariages, et Antoine Youssef reconnaît qu'il a lui-même tendance à associer ce texte au mariage. Mais ce dimanche, à l'Église Connexion, il le prêche dans le cadre d'une série sur 1 Corinthiens. Son but : replacer le texte dans son contexte d'origine, l'Église de Corinthe.
Ce contexte pose une question. Paul écrit à une Église qu'il dit enrichie « en toutes choses », qui ne manque d'aucun don. Et pourtant, tout au long de la lettre, il lui adresse reproche sur reproche : divisions, rivalités, immaturité spirituelle, orgueil. Si cette Église a tout ce qu'il faut pour fonctionner, qu'est-ce qui lui manque ?
Le message suit deux grandes idées : le don n'est pas une fin en soi, et c'est l'amour qu'il faut rechercher. Il se termine par une question simple : pourquoi l'amour est-il le plus grand ?
Plan du message
1. Le contexte : une Église qui classait les dons
- Antoine Youssef voit la lettre aux Corinthiens un peu comme une « FAQ » : Paul semble répondre à des questions qu'on lui a posées, et chaque réponse devient une section de la lettre (la vie de couple, les viandes sacrifiées aux idoles, etc.).
- Le chapitre 13 appartient au thème ouvert en 1 Corinthiens 12:1 : les dons spirituels, en particulier ceux qui se voient et qui impressionnent.
- Les Corinthiens avaient tendance à hiérarchiser les dons. Ils recherchaient les plus impressionnants, et les membres qui ne les avaient pas se sentaient mis à l'écart du corps de Christ. Cette vision créait des divisions.
- Le prédicateur résume le chapitre 12 en une phrase : l'Église est un seul corps composé de nombreux membres, chacun ayant reçu un don différent de l'Esprit, et tous ces dons sont nécessaires et doivent servir au bien commun.
- Paul termine le chapitre 12 par une sorte de bande-annonce : « Aspirez aux dons les meilleurs. Et je vais encore vous montrer une voie par excellence » (1 Corinthiens 12:31). On reste donc sur le thème des dons.
2. Sans l'amour, le don ne vaut rien
- Adolescent, Antoine Youssef fréquentait de jeunes chrétiens de tendance charismatique. Il les admirait parce qu'ils parlaient en langues, et il s'est demandé : « Est-ce que j'ai raté quelque chose ? Est-ce que je suis vraiment le chrétien que Dieu m'appelle à être ? »
- Il ouvre deux parenthèses : il ne veut dénigrer ni ces jeunes, qui ont eu un impact très positif sur sa vie, ni le parler en langues, un sujet secondaire et débattu qui n'a pas d'impact direct sur le salut. Le danger, c'est l'importance exagérée qu'on peut accorder à un don, quel qu'il soit.
- Les versets 1 à 3 répondent à sa question d'adolescent : parler les langues des hommes et des anges, avoir le don de prophétie, une foi à transporter des montagnes, distribuer tous ses biens, livrer son corps aux flammes, sans l'amour, cela ne sert à rien.
- La vraie question n'était pas de savoir s'il devait aspirer à parler en langues. C'était celle-ci : « Est-ce que j'ai de l'amour ? » Il ne s'était même pas demandé ce qu'il ferait de ce don pour l'Église, ni s'il le voulait pour lui ou pour ses frères et sœurs.
- C'est vrai aussi des actes plus sobres, donner aux pauvres ou agir pour les plus nobles causes. Sans amour, ce sont des services terrestres, sans impact sur la vie éternelle du prochain.
3. Le don est temporaire
- Les prophéties prendront fin, les langues cesseront, la connaissance disparaîtra, car nous connaissons en partie. Quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra (1 Corinthiens 13:8-10).
- Un jour, chacun aura la connaissance parfaite et plus aucune maladie ne pourra nous atteindre. Personne n'aura plus besoin de ces dons.
- Paul prend l'image de l'enfance (verset 11). Le prédicateur pense à son fils de trois ans : un rehausseur sous sa chaise pour qu'il mange à la même table, des petites roues sur son vélo pour qu'il pédale sans tomber. Des objets utiles, même nécessaires aujourd'hui, mais qui finiront bientôt « à prendre la poussière au grenier ».
- Les dons de prophétie, de connaissance, d'enseignement ou de guérison, aussi utiles soient-ils aujourd'hui, sont destinés à finir au grenier.
4. Le don n'est pas une mesure de la maturité spirituelle
- Antoine Youssef a entendu des prédicateurs raconter les miracles vécus dans leur vie. Ce n'est pas mauvais quand le témoignage est vrai et qu'il rend gloire à Dieu seul. Mais pendant longtemps, il s'est senti tout petit à côté d'eux, et il lui est même arrivé de penser que Dieu tenait davantage à ces personnes-là.
- Or s'il y a une chose que 1 Corinthiens enseigne, c'est qu'avoir des dons impressionnants n'empêche pas d'être immature. Les Corinthiens ne manquaient d'aucun don (1 Corinthiens 1:7), et Paul leur reproche pourtant d'être divisés, charnels, orgueilleux et sans amour.
- Jésus le dit en Matthieu 7:22-23 : beaucoup lui diront « Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom ? » Et il leur répondra : « Je ne vous ai jamais connus ; retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité. » Pour certains, ce n'est même plus la maturité qui est en question, c'est le salut.
- Le prédicateur est convaincu que Dieu agit encore miraculeusement aujourd'hui, et il ne veut pas que l'Église cultive un scepticisme extrême. Il veut remettre les dons à leur place : dans l'amour, ils sont une bénédiction que Dieu utilise pour attirer des personnes à lui et bâtir l'Église. « Merci, Seigneur, pour les dons. » Mais leur rôle s'arrête là.
- Ne jugeons donc pas une personne ou une Église à ses dons, mais au fruit décrit en Galates 5, et à l'amour qui règne entre ses membres.
5. Qu'est-ce que l'amour ?
- Les versets 4 à 7 décrivent l'amour : patient, plein de bonté, pas envieux, pas vantard, pas orgueilleux. Il ne cherche pas son intérêt, ne s'irrite pas, ne tient pas compte du mal. Il excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout.
- Lors d'une étude avec les responsables de groupes, l'un des animateurs a dit : « Quand je lis cette description de l'amour, je comprends que c'est de cet amour-là que je veux moi-même être aimé. » Ce n'est pas pour rien qu'on choisit ce texte aux mariages : on ne peut pas lire cette description et en être repoussé.
- Mais cet amour attire aussi parce qu'on le voit rarement. C'est d'abord l'amour de Dieu, pas le nôtre. Naturellement, les humains ne savent pas aimer.
- Reprenant une expression entendue lors d'une intervention d'un responsable de l'Église, il parle d'un amour « consommateur-fournisseur ». On entre dans une amitié ou une relation amoureuse avec des attentes. Quand l'autre n'y répond pas, l'impatience monte, on s'irrite, on tient le compte des torts.
- Même en famille, là où l'amour devrait être le plus pur et le plus désintéressé, on finit par s'impatienter. « Et si nous sommes incapables d'aimer ainsi nos proches, ne parlons même pas de l'amour que nous avons pour les autres. »
- La description de l'amour fait écho aux reproches de Paul : l'impatience au repas du Seigneur, où « l'un a faim, tandis que l'autre est ivre » (1 Corinthiens 11:21) ; l'orgueil qui empêche d'être affligé par le péché commis au milieu d'eux (1 Corinthiens 5:2) ; l'injustice commise contre des frères (1 Corinthiens 6:8). La racine des problèmes de Corinthe, c'est le manque d'amour.
6. L'amour, un don de Dieu qui grandit avec le temps
- Comment aimer ? La réponse peut sembler cliché, mais elle est vraie : avec l'aide de Dieu. Le chapitre 13 est placé dans un passage sur les dons. L'amour est le cadre des dons, mais il est lui-même un don de Dieu.
- « De même que je suis incapable de prophétiser ou de guérir, je suis incapable d'aimer correctement par mes seuls efforts. » L'amour de Dieu nous est donné en Jésus-Christ, dont la mort sur la croix nous réconcilie avec Dieu. Le Saint-Esprit vient alors habiter en nous et nous rend capables de mieux aimer.
- Cette transformation ne se fait pas d'un claquement de doigts. Dieu nous fait passer de la mort à la vie, du péché à la sainteté, de la haine, de l'orgueil ou de l'indifférence à l'amour. C'est un gouffre infranchissable par nous-mêmes, et cela prend du temps.
- Première conséquence : faire des efforts. 2 Pierre 1:5-7 appelle à faire tous ses efforts pour joindre à la foi la vertu, puis la science, jusqu'à l'amour fraternel et la charité. Comme pour la sainteté, Dieu nous rend capables d'aimer sans supprimer le combat contre la chair. Nos efforts ne sont plus vains : Dieu fait son œuvre à travers eux, « parfois vite, parfois lentement, mais sûrement ». Prions qu'il nous donne le vouloir et le faire.
- Deuxième conséquence : être patient envers soi-même et envers les autres. Si un frère ou une sœur t'a blessé par manque d'amour et que cela te travaille, c'est sans doute le signe que Dieu a une œuvre à faire dans son cœur, mais aussi dans le tien : ne plus soupçonner le mal, ne plus s'irriter, tout supporter.
7. Pourquoi l'amour est le plus grand
- « Maintenant donc ces trois choses demeurent : la foi, l'espérance, la charité ; mais la plus grande de ces choses, c'est la charité » (1 Corinthiens 13:13).
- Pour comprendre pourquoi, Antoine Youssef remonte à la création. Dieu a créé l'homme à son image, et la Bible dit que Dieu est amour. Il ne fait pas que montrer de l'amour de temps en temps : sa nature est amour. Savoir aimer devient donc essentiel, car c'est lié au but même de notre existence.
- C'est pour nous apprendre à aimer que Jésus nous appelle à être serviteurs les uns des autres, à nous soumettre les uns aux autres, à nous laver les pieds les uns aux autres.
- Et c'est pour nous apprendre à aimer que Dieu a donné la loi. Interrogé sur le plus grand commandement, Jésus répond : aimer le Seigneur de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa pensée, puis aimer son prochain comme soi-même. « De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes » (Matthieu 22:40).
- « Aimer n'est pas un commandement bonus. L'amour est notre but, notre raison d'exister. »
- À celui qui n'a pas encore accepté l'amour de Dieu, le prédicateur dit qu'il est inutile de chercher l'amour ailleurs : l'amour que présente le monde est fragile, égoïste, intéressé et hypocrite. Jésus a dit qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis, et il l'a prouvé.
- À celui qui a goûté cet amour et y a répondu par le baptême, il demande de désirer lui ressembler davantage, dans son amour pour Dieu et pour les autres. Au travail, en famille, au milieu d'un quotidien chargé, tout est un terrain fertile pour apprendre à aimer. Même dans le service à l'Église, on peut accumuler les études bibliques et les efforts, et réaliser qu'on n'est plus motivé par l'amour. « Je vous le dis, mais je me le dis d'abord à moi-même. »
- En attendant d'être avec Dieu, là où notre amour sera complet, faisons de chaque échec dans l'amour une occasion de nous repentir, de briser notre orgueil et d'implorer encore et encore l'aide de Dieu.
Points à retenir
- Le don n'est pas une fin en soi : sans l'amour, même le plus impressionnant ne sert à rien.
- Les dons sont temporaires. Comme le rehausseur d'un enfant, ils finiront au grenier quand ce qui est parfait sera venu.
- Les dons ne prouvent pas la maturité spirituelle. On juge une Église à l'amour qui règne entre ses membres.
- Nous sommes incapables d'aimer par nous-mêmes. L'amour est un don de Dieu, donné en Jésus et rendu possible par l'Esprit, et il grandit progressivement.
- L'amour est le plus grand parce qu'il est la nature de Dieu et le but pour lequel il nous a créés.
Application personnelle
- Y a-t-il un don, chez toi ou chez quelqu'un d'autre, auquel tu accordes une importance exagérée ?
- Si Dieu te donnait le don que tu désires, qu'en ferais-tu pour tes frères et sœurs ?
- Dans quelle relation entres-tu avec des attentes de « consommateur-fournisseur », et comment cela se traduit-il en impatience ou en irritation ?
- Quel effort concret peux-tu faire cette semaine pour aimer, en comptant sur Dieu pour le vouloir et le faire ?
- Envers qui as-tu besoin de patience, peut-être en reconnaissant que Dieu a aussi une œuvre à faire dans ton propre cœur ?
Versets cités
- 1 Corinthiens 12:31 à 13:13
- 1 Corinthiens 1:5-7
- 1 Corinthiens 12:1
- 1 Corinthiens 5:2
- 1 Corinthiens 6:8
- 1 Corinthiens 11:21
- Matthieu 7:22-23
- Galates 5:22-23
- 2 Pierre 1:5-7
- Philippiens 2:13
- Genèse 1:27
- 1 Jean 4:8
- Jean 13:14
- Matthieu 22:36-40
- Jean 15:13
Questions fréquentes
Que veut dire Paul par « une voie par excellence » en 1 Corinthiens 12:31 ?
Paul vient de parler des dons spirituels que les Corinthiens classaient et recherchaient pour leur côté impressionnant. Il annonce alors le chapitre 13 : la voie par excellence, c'est l'amour. Pour Antoine Youssef, ce n'est pas un changement de sujet, c'est le cadre dans lequel les dons trouvent leur valeur.
Les dons spirituels sont-ils un signe de maturité spirituelle ?
Non. L'Église de Corinthe ne manquait d'aucun don, et Paul lui reproche pourtant ses divisions, son orgueil et son manque d'amour. Jésus avertit aussi en Matthieu 7:22-23 que certains auront prophétisé et fait des miracles en son nom sans qu'il les ait connus. Antoine Youssef invite à juger une Église à l'amour qui règne entre ses membres.
Comment apprendre à aimer comme 1 Corinthiens 13 le décrit ?
Par nous-mêmes, nous en sommes incapables : l'amour est lui aussi un don de Dieu. Dieu nous l'a montré en Jésus-Christ et nous donne son Esprit pour nous rendre capables d'aimer. Cette transformation est progressive : elle appelle des efforts persévérants et de la patience envers soi et envers les autres.