Introduction
Le prédicateur est pasteur à la retraite depuis le 30 avril, après 42 ans de ministère dans des Églises d'Espagne, d'Angleterre, de Suisse et d'Italie. Il a prêché en quatre langues. Il a prêché pour la première fois à 16 ans, alors lycéen, sur le récit des tentations de Jésus dans Matthieu. Depuis, il a compris son appel : partager la Parole « sans cris, sans penser avoir toute la vérité, sans penser être plus que quiconque ».
Ce dimanche, à la Chiesa Cristiana Evangelica Battista di Genova, il ne propose pas une prédication classique. Il reprend ce qu'il faisait quand il enseignait l'exégèse de l'Ancien Testament : ouvrir trois fenêtres sur trois mots hébreux du chapitre 4 de la Genèse. L'offrande, le péché, et l'invocation du nom du Seigneur, « quand nous savons que nous nous sommes trompés et que nous avons fait une grosse bêtise, peut-être pas comme Caïn, mais une grosse bêtise quand même ».
Le texte lu est Genèse 4:9-15 et 4:26 : « Où est ton frère Abel ? Il répondit : Je ne sais pas ; suis-je le gardien de mon frère ? » Puis, après la naissance d'Énosch : « C'est alors que l'on commença à invoquer le nom de l'Éternel. »
Plan du message
1. Lire l'hébreu avec humilité
- « Ceux qui crient en pensant être les seuls vrais interprètes de la Parole sont de pauvres gens. » Il faut s'approcher de la Parole avec humilité.
- L'italien, l'espagnol, l'anglais ou l'allemand sont des langues « logico-formelles » : chaque mot a un sens précis, que l'on prend au sens littéral ou au sens figuré. Quand on dit d'une personne qu'elle est un lion, on sait que c'est une image de son courage.
- L'hébreu est une langue analogique. On arrive au sens des mots par les racines qui les forment, en les combinant.
- Caïn n'est pas appelé « agriculteur » : il est l'homme qui se penche et peine sur la terre, l'adama dont l'homme a été tiré. Abel n'est pas appelé « berger » : il est celui qui marche derrière le troupeau, comme dans le Psaume 23. Le berger marche derrière pour voir toutes les brebis et ramener celle qui s'écarte, avec une petite pierre lancée pour ne pas lui faire trop de mal.
- Conséquence : « Ce que dit la Bible est très élaboré, très complexe. » Il faut interpréter, sinon, comme le dit Jésus, on enseigne comme doctrine de Dieu des opinions humaines (Matthieu 15:9).
2. Première fenêtre : minha, l'offrande
- Dans l'histoire de Caïn et Abel, il y a deux autels et deux offrandes, deux minha. Les deux fils d'Adam et Ève ne se sont pas mis d'accord pour dresser un seul autel et adorer le Dieu unique de la même manière.
- Caïn offre les produits de la terre, fruit de son métier. Abel offre les premiers-nés de son troupeau.
- Dieu porte un regard favorable sur l'une des offrandes et ne regarde pas l'autre. Caïn s'enflamme de colère contre son frère et le tue.
- Pourquoi Dieu n'a-t-il pas regardé l'offrande de Caïn ? Certains disent : parce qu'il n'y avait pas de sang. Mais le Lévitique prévoit bien des offrandes des champs et des arbres. « Le problème, c'est, comme le dit Jésus, ce qui sort de ton cœur » (Matthieu 15:18).
- Dieu regarde ce qui a motivé ton offrande. Si ce qui est en toi est bon, il regarde avec faveur. Sinon, il regarde ailleurs.
- « Il y aura toujours ces deux autels, il y aura toujours deux offrandes et il y aura toujours le regard de Dieu tourné vers l'un ou vers l'autre » : l'autel où l'on offre ce qu'il y a de bon en nous, et celui où l'offrande est tachée d'avarice et d'égoïsme.
3. Deuxième fenêtre : hattat, le péché qui guette à la porte
- Avant le meurtre, Dieu avertit Caïn : la colère qui est entrée en lui et le pousse à faire du mal à son frère, c'est le péché (Genèse 4:7).
- Le mot se forme de deux racines : la bête qui est dehors, devant ta maison, et qui guette. « Si tu lui donnes l'occasion d'entrer, elle entrera et te dévorera. » Mais Dieu dit à Caïn : « toi, domine sur lui. »
- L'apôtre Pierre dit la même chose : le diable rôde comme un lion, cherchant l'occasion d'entrer et de dévorer (1 Pierre 5:8). Ne laisse pas ce mauvais désir pénétrer en toi.
- Notre idée du péché vient de Tertullien, théologien du troisième siècle, affinée ensuite par Augustin : toute omission, action ou pensée contraire à la loi de Dieu.
- Mais pour traduire hattat en grec, l'apôtre Paul choisit hamartia : la flèche tirée à l'arc qui n'atteint pas la cible. Pécher, c'est se tromper, manquer le but.
- L'erreur de Caïn : offrir quelque chose sans esprit de reconnaissance, peut-être seulement pour que ses récoltes se multiplient. « Adorer Dieu sur le mauvais autel. »
- « L'erreur n'est pas l'action en soi » : c'est le motif. Ce n'est pas pour rendre gloire à Dieu, ni pour aider un autre, ni pour donner une part de nous-mêmes comme le Seigneur a donné son Fils par amour.
- Caïn a laissé le péché entrer en lui, et le péché l'a conduit à voir son frère comme l'ennemi à détruire.
4. L'humanité divisée entre deux autels
- Après la mort d'Abel, Adam engendre un fils qui remplace Abel : Seth, dont le nom signifie « substitut » (Genèse 4:25).
- Depuis la désobéissance d'Adam et Ève (Genèse 3), l'humanité est divisée : ceux qui bâtissent l'autel des idoles, l'adoration de tout ce qu'il y a de négatif en nous, et ceux qui bâtissent l'autel de la miséricorde et de l'amour de Dieu.
- Caïn bâtit une ville. On y invente la harpe et la flûte pour jouer et chanter, mais aussi le travail des métaux, pour fabriquer des armes qui tuent davantage, mieux et plus vite (Genèse 4:17-22).
- Cette contradiction profonde de l'être humain continue. Aujourd'hui, des drones et des missiles guidés par des programmes peuvent abattre une maison ou un bus de travailleurs. « Ce n'est même plus Caïn qui tue son frère », c'est l'esprit de Caïn devenu programme, capable de gouverner des instruments de mort toujours plus sophistiqués. « Quelle tristesse. »
5. Troisième fenêtre : invoquer le nom de l'Éternel
- Il y a pourtant une espérance : la descendance de Seth, Énosch, puis génération après génération jusqu'à Abraham. La première chose que fait Abraham dans la terre promise est de bâtir un autel et d'invoquer le nom de l'Éternel (Genèse 12:7-8).
- Si la part de l'humanité qui invoque Dieu sur le mauvais autel progresse dans la méchanceté, il est possible de sortir de la terre de l'éloignement, le pays de Nod (Genèse 4:16), et de s'approcher de Dieu.
- « Dieu est toujours près de nous, mais nous nous éloignons de lui quand nous nous trompons. C'est nous qui nous éloignons. » « Notre Père qui es aux cieux » n'invoque pas un Dieu lointain, mais un Dieu proche dont nous nous sommes éloignés.
- Invoquer, c'est se rapprocher, écouter ce que le Seigneur nous dit et le mettre en pratique.
- Le mot se forme de deux racines, dont la première est « appeler », appeler quelqu'un par son nom. Jésus nous a appris que le nom par lequel invoquer Dieu est « Père ».
- Au début du culte, la prière d'ouverture résumait ce sens : appeler Dieu pour qu'il remarque notre existence, qu'il nous voie et qu'il use de miséricorde envers chacun de nous.
6. L'amour est fort comme la mort
- Pour ne pas laisser ce monstre qui rôde autour de nous nous dévorer, il faut rester près de Dieu et s'attacher à l'autel où l'on offre le meilleur de nous-mêmes, et le meilleur que nous pouvons donner aux autres : amour, présence.
- Le fruit du péché est la mort, mot. Le fruit de l'amour, ahava, est de donner la vie.
- « L'amour est fort comme la mort » (Cantique des cantiques 8:6). La seule puissance que nous ayons en nous pour nous opposer au péché et à la mort, c'est d'aimer.
- « Comme Jésus s'est offert lui-même, ainsi nous offrons à Dieu nous-mêmes, notre vie, notre amour. »
- L'amour de Dieu n'est pas seulement aussi puissant que la mort, il l'est bien davantage. « Quand l'amour de Dieu se déchaîne, alors il y a le salut. » Ce que nous ne parvenons plus à surmonter, Dieu le surmonte en nous, en nous donnant la force de vaincre cet ennemi par son amour.
Points à retenir
- Il y a toujours deux autels. Dieu ne regarde pas d'abord ce que tu offres, il regarde ce qui t'a poussé à l'offrir.
- Le péché, hattat, c'est manquer le but : adorer Dieu sans l'esprit qu'il attend, sans reconnaissance ni amour.
- Le péché guette à la porte comme une bête, mais Dieu dit : « toi, domine sur lui. » Ne lui laisse pas d'espace.
- Invoquer le nom de l'Éternel, c'est revenir près d'un Dieu qui ne s'est jamais éloigné et l'appeler Père.
- L'amour est la seule force qui s'oppose au péché et à la mort, et l'amour de Dieu est plus fort que la mort.
Application personnelle
- Sur quel autel déposes-tu ce que tu donnes à Dieu cette semaine : la reconnaissance, ou l'espoir qu'il multiplie tes récoltes ?
- Quelle colère ou quel mauvais désir guette à ta porte en ce moment, et comment peux-tu lui refuser l'entrée ?
- Y a-t-il quelqu'un que tu commences à regarder comme un ennemi plutôt que comme un frère ou une sœur ?
- Dans quel domaine t'es-tu éloigné de Dieu, et que veut dire pour toi l'invoquer à nouveau comme Père ?
- Que peux-tu offrir concrètement aux autres de ce qu'il y a de meilleur en toi : de l'amour, ta présence ?
Versets cités
- Genèse 4
- Genèse 4:7
- Genèse 4:9-15
- Genèse 4:26
- Genèse 3
- Genèse 12:7-8
- Psaume 23
- Matthieu 15:9
- Matthieu 15:18
- 1 Pierre 5:8
- Cantique des cantiques 8:6
Questions fréquentes
Pourquoi Dieu n'a-t-il pas regardé l'offrande de Caïn ?
Pour le prédicateur, le problème n'est pas l'absence de sang : le Lévitique prévoit aussi des offrandes des produits des champs. Comme le dit Jésus, c'est ce qui sort du cœur qui compte. Dieu regarde ce qui a motivé l'offrande. Dans le cœur de Caïn, il n'y avait pas d'esprit de reconnaissance envers le Seigneur.
Que signifie le mot hébreu traduit par « péché » ?
Le mot hattat veut dire se tromper, manquer le but. Pour le traduire en grec, l'apôtre Paul choisit hamartia : la flèche tirée à l'arc qui n'atteint pas la cible. Le péché n'est pas seulement un acte contraire à la loi, c'est adorer Dieu sur le mauvais autel, sans l'esprit que le Seigneur attend.
Que veut dire « invoquer le nom de l'Éternel » en Genèse 4:26 ?
Invoquer, c'est sortir de la terre de l'éloignement et se rapprocher de Dieu. Dieu est toujours proche, c'est nous qui nous éloignons quand nous nous trompons. C'est aussi appeler Dieu par son nom, et Jésus nous a appris que ce nom est Père. Enfin, c'est demander que son regard se pose sur nous et qu'il use de miséricorde.