Introduction
Ce dimanche est le plus proche du 31 octobre, jour où Martin Luther afficha ses 95 thèses sur la porte de l'église de Wittenberg. Tom Foord, à Hope Reformed Baptist Church, rappelle que ce débat entre théologiens est devenu un réveil dans les âmes, puis un mouvement qui a traversé l'Europe et la Manche : la Réforme, la redécouverte de l'Évangile tel que l'Écriture l'enseigne.
Le prédicateur poursuit sa série dans l'Évangile de Jean. Du chapitre 2 au chapitre 4, un même thème se déploie : la nouveauté que Jésus apporte. Il y a eu les vases de purification remplis d'un vin nouveau, puis le temple nouveau et meilleur qu'est son corps. Aujourd'hui, c'est la naissance selon la chair face à la nouvelle naissance que Jésus seul apporte.
Son idée centrale est simple : « Être sauvé, c'est être un chrétien né de nouveau. » Pas un chrétien de culture, de nom ou de recensement, mais quelqu'un qui a été changé intérieurement par le Saint-Esprit. Être croyant, dit-il, est le résultat d'un miracle venu du ciel. Il suit le texte de Jean 3:1-8 en cinq temps : les personnages, l'affirmation, la confusion, la clarification et la conclusion.
Plan du message
1. Les personnages : Nicodème et Jésus
- Le nom de Nicodème vient du grec et signifie « victoire du peuple ». C'est un homme profondément religieux, formé depuis l'enfance, probablement le meilleur élève de la synagogue où il a grandi.
- Il est « un chef des Juifs », donc membre du sanhédrin : soixante-dix membres et un président, l'élite politique, juridique et théologique d'Israël. Le prédicateur le compare à la Cour suprême, installée comme à Washington ou à Canberra.
- Il est pharisien : il tient pour obligatoire la tradition orale des rabbins, ces lois ajoutées par les pères que Jésus reprochait sans cesse, parce que le légalisme avait étouffé l'esprit de la loi de Dieu.
- C'est aussi un homme âgé. Un vieux maître vient interroger un jeune prédicateur itinérant qui attire les foules, ce qui donne du relief à la scène.
- Nicodème était déjà dans les coulisses au chapitre 1 : l'autorité de Jérusalem qui envoyait des délégués demander à Jean-Baptiste « Qui es-tu ? » le comptait parmi ses membres. Il reparaît au chapitre 7, où il prend la défense de Jésus et se fait moquer (« Es-tu aussi Galiléen ? »), puis au chapitre 19, où il ensevelit Jésus avec Joseph d'Arimathée.
- Face à lui, Jésus, la Parole faite chair, la lumière et la vie venues dans le monde. Pour le pouvoir en place, c'est une nuisance publique : quelques jours plus tôt peut-être, il a renversé les tables du temple et chassé les marchands avec un fouet.
- Le dilemme du sanhédrin : impossible de dire simplement « ignorez cet homme, il vient du diable ou il est payé par les Romains », puisque Nicodème reconnaît que ses œuvres montrent qu'il vient probablement de Dieu. Comment être de Dieu et contre les responsables ?
2. La nuit, les miracles et le bon réflexe
- Nicodème vient « de nuit ». Le détail peut planter le décor : des lampes, des couloirs vides, quelques disciples, une question posée en secret. Il peut aussi être symbolique, car chez Jean la lumière et les ténèbres ont un sens spirituel : « si quelqu'un marche pendant la nuit, il bronche, parce que la lumière n'est pas en lui » (Jean 11:10). La lumière du monde est devant Nicodème, mais elle n'est pas en lui.
- Il appelle Jésus « Rabbi ». Venant d'un disciple galiléen, c'est une marque de respect normale. Venant du maître le plus autorisé du pays, c'est comme si un professeur titulaire d'Oxford ou de Yale t'appelait en disant : « Bonjour, professeur, j'aimerais ton avis. » Croit-il, ou vient-il évaluer Jésus ?
- À la fin du chapitre 2, beaucoup crurent en voyant ses miracles, mais Jésus ne se fiait pas à eux, car il savait ce qui était dans l'homme (Jean 2:23-25). Nicodème, lui, fait au moins le pas suivant : il vient poser ses questions.
- C'est le bon réflexe face aux miracles : est-ce que l'Écriture annonce ce genre de miracle, et est-ce que l'enseignement de celui qui les fait s'accorde avec elle ? Le prédicateur met en garde contre les « apôtres » en ligne à qui l'on envoie 100 dollars sur une promesse de remboursement : « C'est stupide et dangereux. »
- « Les miracles ne prouvent rien, sinon que tu ne comprends pas quelque chose et qu'il existe un monde spirituel. » Ils ne disent pas si une personne, une Église ou une dénomination est du côté de la lumière.
- Il raconte l'histoire du réformateur William Farel en Suisse, au XVIe siècle. Des lueurs flottaient la nuit au-dessus d'un cimetière, présentées comme les âmes des défunts, un signe pour ne pas écouter « l'hérétique ». Farel et un compagnon ont attendu dans le champ et ont découvert des religieux qui fixaient des bougies sur des écrevisses tirées de la rivière.
3. L'affirmation : il faut naître de nouveau pour voir
- Nicodème ne pose pas vraiment de question, il exprime sa perplexité : tu sembles venir de Dieu, mais je n'arrive pas à relier les choses, je me sens aveugle. Jésus répond à cette question implicite : « si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu » (Jean 3:3).
- Bien sûr que tu es aveugle, Nicodème, théologien professionnel : l'Esprit ne t'a pas fait naître de nouveau. Tous tes autres titres deviennent sans importance face à la question : comprends-tu Jésus-Christ et crois-tu en lui ?
- Jésus renverse la situation. Nicodème venait l'évaluer ; c'est Jésus qui l'évalue. Comment juger qui peut hériter du royaume quand on n'y est pas soi-même ?
- « La Parole a été faite chair et elle a habité parmi nous » (Jean 1:14). Nicodème voyait la chair, mais il ne pouvait pas voir la Parole. Partiellement aveugle, c'est-à-dire complètement aveugle.
- Dieu n'a pas fait un monde seulement matériel, ni seulement angélique, mais un monde matériel rempli de réalités célestes. On peut aborder le christianisme avec des questions psychologiques ou historiques, et même adhérer aux valeurs chrétiennes qui ont bâti notre civilisation, sans être entré spirituellement dans le royaume. On reste un moraliste.
- Le prédicateur s'adresse à quatre auditeurs : le critique, offensé par cette parole ; le moraliste, qui demande une chose de plus à faire ; le pécheur, qui n'en a pas envie (« j'irai écouter AC/DC avec mes amis en enfer ») ; le sceptique, qui attend des preuves au fond de la salle. Pour tous, il faut une recréation intérieure que Dieu seul peut accomplir.
4. La confusion : un royaume compris à la lettre
- « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? » (Jean 3:4). Nicodème prend la parole au pied de la lettre, parce qu'il se fait une idée toute matérielle du royaume.
- Le prédicateur imagine la scène telle que Nicodème pouvait se la représenter : à la porte du royaume, il faudrait présenter trois papiers, un certificat de descendance israélite, un certificat de circoncision, et maintenant un certificat de nouvelle naissance.
- Le royaume de Dieu, c'est d'abord le fait que Dieu est roi : il règne souverainement sur tout, de la création à l'éternité, au ciel comme en enfer. « Ce n'est donc pas une fête avec tes amis. »
- Les prophètes annonçaient aussi un royaume à venir, sous un descendant de David : gloire, paix, restauration, salut, rédemption, pardon. La tradition enseignée par Nicodème affirmait que tous les Juifs y entreraient, sauf apostasie complète. Et Nicodème se voyait sans doute plus près d'Abraham que de Samson.
- Être juif, être maître, connaître le livre, obéir à des parties de la loi en en brisant d'autres : rien de tout cela ne fait entrer dans le royaume.
- Chacun réagit à sa manière. Le critique : « Accepte-moi comme je suis, sinon tu es intolérant. » Le moraliste : « Dis-moi ce que je peux faire. » Le sceptique : « Cela ressemble à une escroquerie religieuse. » Jésus ne se trompe pas et ne contredit pas Dieu : il corrige Nicodème.
5. La clarification : naître d'eau et d'Esprit
- « Si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu » (Jean 3:5). Jésus ne dit pas : si seulement tu étais un peu meilleur, plus discipliné, plus engagé à l'église, plus généreux. « C'est un mensonge qui vient du fond de l'enfer. » Rien de ce que tu fais ne te rend plus acceptable à Dieu.
- Naître d'eau et d'Esprit n'est pas une deuxième étape : c'est la même chose que naître de nouveau, expliquée. Le prédicateur suggère d'entourer ces mots dans tes notes et de les relier au verset 3.
- Il prend l'image d'un médecin qui annonce : « Vous ne passerez pas Noël. » Le patient demande ce qu'il peut faire. Réponse : un cœur neuf, une hanche neuve, un estomac, un foie, des reins, un cerveau, des yeux, un squelette et une peau neufs. Il ne s'agit pas de se couper les ongles ou de changer de régime : il faut tout recréer.
- « Tu t'es peut-être déjà demandé ce qui ne va pas chez toi. La réponse que personne n'a eu le courage de te donner, c'est : tout. » Spirituellement, de la tête aux pieds, tout est atteint, et cela vaut pour chacun de nous.
- Les religions cherchent soit à opérer elles-mêmes cette transformation (réincarnation, cycles d'enseignement, pèlerinages, onctions), soit à nier qu'elle soit nécessaire : c'est le discours de beaucoup de livres de développement personnel. Jésus dit le contraire.
- Ce n'est pas une chose impossible, c'est une impossibilité humaine. Il existe un médecin spirituel capable de tout réparer, par le Saint-Esprit.
- Jésus renvoie Nicodème aux prophètes qu'il connaissait. Dans Ézéchiel 36, Dieu promet une eau pure, un cœur nouveau et son Esprit au-dedans de son peuple. Dans Jérémie 31, il promet d'écrire sa loi dans les cœurs et de ne plus se souvenir des péchés, ce que l'épître aux Hébreux (chapitre 8) dit accompli en Jésus.
6. L'image du vent : l'œuvre souveraine de l'Esprit
- « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit » (Jean 3:8). La nouvelle naissance est entièrement l'œuvre souveraine de Dieu.
- On ne voit pas ce qui se passe dans une âme. Qu'on agite une veste ou que quelqu'un tombe par terre, rien ne permet de dire : « L'Esprit descend ici. » Quelqu'un pleure ? Peut-être que son chat vient de mourir. Quelqu'un semble perdu dans ses pensées ? Il pense au match d'hier.
- Ce qu'on voit, ce sont les feuilles et les branches qui bougent : une vie qui change radicalement. Comme l'annonçait Ézéchiel, la personne cesse d'adorer les idoles, cesse de s'adorer elle-même et commence à marcher dans les voies de Dieu.
- « Ce qui est né de la chair est chair » (Jean 3:6) : la chair ne voit que la chair. Né de l'Esprit, tu vois Jésus. Naître de l'Esprit, c'est que ton cœur regarde vers la mort de Jésus à la croix et vers sa résurrection, et que tu crois que ton salut est là, et nulle part ailleurs.
7. La conclusion : une invitation et une raison d'être chrétien
- Si tu n'es pas chrétien, que tu le saches ou que tu croies l'être, il te faut le miracle le plus radical qu'on puisse imaginer : être recréé et purifié de l'intérieur. « La solution n'est pas en toi, le problème est en toi. »
- La bonne nouvelle : tu as un Dieu qui seul peut faire ce miracle et qui veut le faire pour toi. Jésus ne dit pas à Nicodème « recule », il l'invite : viens, sois changé, sois purifié, sois renouvelé.
- Le prédicateur propose une prière : « Seigneur, aie pitié de moi, pécheur. Seigneur, fais ce que je ne peux pas faire et donne-moi un cœur nouveau. »
- Aux chrétiens, il demande : pourquoi es-tu chrétien ? On répond souvent par une famille chrétienne, un tract reçu ou la fiabilité historique du Nouveau Testament. Au fond, il n'y a qu'une raison : « Quand j'étais mort, l'Esprit de Dieu m'a rendu vivant. » Comme les branches sous le vent, nous n'avons pas décidé de bouger.
- Si la vie spirituelle commence par l'Esprit, elle se poursuit par l'Esprit : « Après avoir commencé par l'Esprit, voulez-vous maintenant finir par la chair ? » (Galates 3:3). Si tu manques de force, de paix et de joie, c'est peut-être que tu luttes par la chair au lieu de t'appuyer sur le Fils de Dieu qui t'a aimé et s'est livré pour toi.
Points à retenir
- Être chrétien, ce n'est pas une étiquette culturelle ou religieuse : c'est être né de nouveau par le Saint-Esprit.
- Les miracles prouvent qu'il existe un monde spirituel, pas qu'un enseignement vient de Dieu. Tout se vérifie à la lumière de l'Écriture.
- Ni la religion, ni le savoir, ni les efforts ne font entrer dans le royaume. Spirituellement, tout en nous a besoin d'être recréé.
- Naître d'eau et d'Esprit, c'est recevoir le cœur nouveau et l'Esprit promis par Ézéchiel et Jérémie, une œuvre souveraine de Dieu, comme le vent.
- Jésus invite chacun à venir et à être renouvelé, et la vie chrétienne se poursuit comme elle a commencé : par l'Esprit.
Application personnelle
- Si l'on te demandait pourquoi tu es chrétien, que répondrais-tu : ton éducation, tes convictions, ou l'œuvre de l'Esprit qui t'a rendu vivant ?
- Dans lequel des quatre profils te reconnais-tu le plus aujourd'hui : le critique, le moraliste, le pécheur ou le sceptique ?
- Comment réagis-tu face aux récits de miracles : est-ce que tu les compares à ce que dit l'Écriture avant d'y croire ?
- Quel « si seulement j'étais un peu meilleur » dois-tu abandonner pour te reposer sur ce que Jésus a accompli à la croix ?
- Dans quel domaine de ta vie essaies-tu de finir par la chair ce qui a commencé par l'Esprit ?
Versets cités
- Jean 3:1-8
- Jean 1:14
- Jean 1:19-24
- Jean 2:23-25
- Jean 7:50-52
- Jean 11:9-10
- Jean 19:38-40
- Ézéchiel 36:25-27
- Jérémie 31:31-34
- Hébreux 8
- Galates 3:3
- Galates 2:20
Questions fréquentes
Que veut dire « naître de nouveau » dans Jean 3 ?
Pour Tom Foord, naître de nouveau, c'est être changé intérieurement et spirituellement par le Saint-Esprit. Ce n'est ni une étiquette culturelle, ni un baptême reçu enfant, ni une appartenance religieuse : c'est un miracle envoyé du ciel. Sans cette nouvelle naissance, dit Jésus, personne ne peut voir le royaume de Dieu ni y entrer.
Que signifie naître d'eau et d'Esprit (Jean 3:5) ?
Le prédicateur explique que naître d'eau et d'Esprit n'est pas une seconde étape à franchir après la nouvelle naissance : c'est la même réalité, précisée. Jésus renvoie Nicodème aux prophètes, en particulier à Ézéchiel 36 où Dieu promet de purifier son peuple avec une eau pure, de lui donner un cœur nouveau et de mettre son Esprit en lui.
Les miracles prouvent-ils qu'un enseignement vient de Dieu ?
Non. Selon Tom Foord, les miracles prouvent seulement qu'il existe un monde spirituel. Ils ne disent pas si un enseignant ou une Église est approuvé par Dieu. Il faut se demander si l'Écriture annonce ce genre de miracle et si l'enseignement de celui qui l'accomplit s'accorde avec la Bible, comme Nicodème qui vient interroger Jésus.