Introduction
Silas, à l'Église Saint-Lazare depuis un peu plus de sept ans, avoue aborder ce texte avec appréhension. Deux chapitres seulement après la parabole du fils prodigue, Luc 17 parle de la fin des temps et du jugement dernier, un sujet « sensible et inconfortable » dans la série de l'Église sur les pas du Sauveur.
Il pourrait dire : ne t'inquiète pas, tout va bien se passer. Mais ce serait une façade. Au fond, nous ne sommes pas tranquilles. Les soucis de santé, la solitude, l'avenir économique du pays, l'angoisse écologique ou sécuritaire nous empêchent parfois de dormir. Malgré les progrès de la médecine et des conditions de vie, « notre angoisse ne diminue pas ». Vais-je pouvoir payer mon loyer le mois prochain ? Va-t-elle guérir de cette maladie ? Pourquoi tant de gens n'ont-ils pas assez à manger ?
Notre soif de justice et de repos est intacte depuis des millénaires, et nous sommes impuissants à mettre de l'ordre dans nos cœurs et dans notre monde. « Mais Jésus, lui, en est capable. Il est même le seul. » Dans ce passage, il nous laisse entrevoir l'Histoire, de la Genèse jusqu'à la fin des temps : celle d'un Roi rédempteur qui revient juger le péché du monde.
Plan du message
1. Une histoire de rédemption depuis la Genèse
- Depuis la Genèse, l'humanité s'inflige à elle-même et à toute la création les souffrances du péché, parce qu'elle s'est détournée de la volonté de Dieu.
- Dieu entend les cris d'agonie de sa création. Jésus rappelle qu'il est lui aussi à l'œuvre depuis la Genèse pour la rédemption, le rachat de cette création.
- Il promet qu'un jour viendra où il jugera le péché et où nous en serons libres. Et il avertit qu'il est seul souverain sur ce plan de rédemption.
- Silas annonce trois aspects de ce retour : le royaume est déjà parmi nous, Jésus mènera la rédemption à son terme, et surtout il nous sauvera d'un jugement qui paraît si redoutable.
2. Le royaume est déjà au milieu de vous (v. 20-21)
- Les pharisiens demandent quand viendra le royaume de Dieu. Israël vit depuis longtemps sous l'occupation romaine, qui humilie le peuple par sa présence militaire, impose des travaux forcés et divise la société entre collaboration et opposition.
- Ils se souviennent de l'apogée du royaume, quand David a fait monter l'arche de l'alliance à Jérusalem et que Salomon a bâti le premier temple. Si le Dieu d'Abraham, de Moïse, de David et de Salomon est si puissant, pourquoi sont-ils si misérables ?
- Beaucoup lisaient les prophéties d'Ésaïe, de Joël, d'Amos ou de Zacharie sur le jour de l'Éternel. Ils espéraient qu'en ce jour, Dieu les libérerait des Romains et restaurerait Israël. D'où les calculs et la demande de signes.
- Jésus brise ces idées toutes faites : « Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. [...] Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous. » Le Roi promis, descendant de David, est là ; le royaume est donc là.
- Si le royaume d'Israël était grand à son apogée, c'est parce que Dieu était avec lui. Ici, Dieu lui-même est présent dans la chair. Juste avant, la guérison des dix lépreux montrait déjà sa puissance sur les conséquences du péché, la maladie. Mais les pharisiens n'ont pas compris pourquoi l'un d'eux est tombé aux pieds de Jésus pour louer Dieu : la citoyenneté du royaume commence par la foi, quand on reconnaît qui est vraiment Jésus.
- Les pharisiens espéraient une revanche sur Rome ; Jésus offre bien plus : la possibilité de connaître Dieu. Aujourd'hui encore, Dieu agit en donnant son Saint-Esprit à quiconque veut le recevoir.
- Si tu sais que tu n'es pas citoyen de ce royaume, Silas t'encourage à mener ta propre enquête : lire l'Évangile de Luc et prier. « C'est simple. » Viens à Dieu avec tes questions, tes idées reçues et tes doutes, et regarde comment Jésus y répond.
3. Le jour du Fils de l'homme sera comme l'éclair (v. 22-30)
- La souffrance qui motivait la question des pharisiens n'a pas disparu avec la venue du royaume. Nous le savons bien, 2 000 ans plus tard. C'est pourquoi Jésus s'adresse ensuite à ses disciples : « Des jours viendront où vous désirerez voir un des jours du Fils de l'homme, et vous ne le verrez point. »
- Jésus reprend la formule de l'Ancien Testament, le jour de l'Éternel, mais il parle du jour du « Fils de l'homme », image prophétique tirée de Daniel 7:13 qu'il emploie souvent pour se désigner. Il affirme ainsi que le jour du jugement divin lui appartient.
- Le verset 23 fait écho au verset 21 : on vous dira « Il est ici » ou « Il est là », n'y allez pas. Jésus met en garde ses disciples, et nous avec eux, contre le désir de chercher et de calculer, ce même désir qu'avaient les pharisiens.
- L'éclair brille d'une extrémité du ciel à l'autre. Même si tu ne le vois pas, sa lumière illumine tout ; même les yeux fermés, tu finis par l'entendre. Inutile de chercher ce qu'il sera impossible de manquer : il n'y aura besoin « ni d'enquête internationale ni d'éditoriaux bavards » pour l'expliquer.
- Quant aux signes, aux jours de Noé et de Lot, on mangeait, on buvait, on se mariait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait. « Il n'y a vraiment rien de nouveau sous le soleil. » Si les signes se résument à cela, il est inutile de les chercher : le jour arrivera soudainement.
4. Au centre du passage, la croix (v. 25)
- Au milieu de ce discours sur un jour encore à venir, Jésus glisse : « Mais il faut auparavant qu'il souffre beaucoup, et qu'il soit rejeté par cette génération. » Ce jour-là est tout proche de lui : c'est sa Passion, sa mort sur la croix.
- Les deux récits de la Genèse éclairent ce choix. Avec le déluge, Dieu juge le péché du monde entier mais préserve un reste fidèle : Noé, sa famille et quelques représentants de la création.
- Pour Lot, il faut remonter à l'alliance avec Abraham : en lui, toutes les familles de la terre seraient bénies. Abraham crut à l'Éternel, qui le lui imputa à justice. Quand Dieu prononce le jugement sur Sodome et Gomorrhe, Abraham intercède, et Lot et sa famille sont sauvés : l'un des premiers exemples de cette bénédiction.
- Lot est loin d'être le dernier à être béni de Dieu à travers Abraham, car Jésus est un lointain descendant d'Abraham. En annonçant sa mort, il annonce qu'il prendra sur lui la sentence qui était la nôtre. Par la foi en lui, nous entrons parmi les descendants d'Abraham. « Dieu regarde les mains percées de son Fils et se souvient », et il nous impute notre foi à justice.
- Le sacrifice de Jésus est le point central de l'histoire de la rédemption : c'est lui qui permet aux citoyens du royaume de faire partie du reste fidèle. Si Dieu avait cédé au désir des Israélites de vaincre l'occupation romaine, comment serions-nous sauvés aujourd'hui ? « Nous ne savons pas mieux que Dieu comment la création doit être sauvée. »
- Les disciples, qui n'ont pas vu le jour du Fils de l'homme de leur vivant, se sont souvenus de ces paroles après la mort et la résurrection de Jésus. Ils ont été consolés dans la persécution. Nous pouvons l'être aussi : le Ressuscité a la puissance de mener la rédemption à son terme.
5. Souviens-toi de la femme de Lot (v. 31-33)
- Arrivé au verset 30, l'atmosphère est déjà lourde : le déluge « les fit tous périr », la pluie de feu et de soufre « les fit tous périr ». Silas évoque les catastrophes de l'année, à Crans-Montana ou plus récemment dans l'Himalaya. Il ne dit pas que ce sont des jugements, mais elles rendent la perspective du jugement plus réelle.
- Celui qui sera sur le toit ne doit pas descendre prendre ses affaires. Nos biens matériels ont une emprise immense sur nous. Silas raconte qu'avant de s'endormir, il imagine parfois un incendie dans son immeuble : dans tous ses scénarios, il a toujours le temps d'aller chercher son violon, alors que toutes les formations de sécurité disent de ne pas le faire. Aimons-nous Jésus plus que nos possessions, ou seront-elles une pierre d'achoppement au jour du jugement ?
- « Souvenez-vous de la femme de Lot. » En Genèse 19, les anges saisissent Lot et sa famille qui hésitent, et leur ordonnent de ne pas regarder en arrière. Elle se retourne vers la ville consumée et devient une statue de sel.
- On a de l'empathie pour elle : elle quitte sa maison, son confort, toute la vie bâtie à Sodome, et laisse derrière elle ceux qui devaient épouser ses deux filles. C'est justement pour cela qu'il faut se souvenir d'elle : ce monde corrompu par le péché est profondément ancré en nous.
- Silas compare le péché à un cancer : quand on l'a, il devient une partie de soi et il est terriblement difficile de s'en débarrasser. Il l'a vu chez sa grand-mère, très énergique, qui passait sa retraite à faire tourner les cuisines de son Église aux États-Unis, puis qu'il a retrouvée abattue et alitée, sous l'effet des opérations et de la chimiothérapie. Elle a vaincu son cancer, mais au prix d'une grande épreuve. Si le péché se répand comme des métastases dans le monde, il faut s'attendre à un traitement tout aussi difficile.
- « Celui qui cherchera à sauver sa vie la perdra, et celui qui la perdra la retrouvera. » C'est contraire à notre instinct, et Jésus nous en avertit parce que les conséquences sont immenses.
6. Une grande séparation, mais pas seuls face au jugement (v. 34-37)
- De deux personnes dans un même lit, de deux femmes qui moudront ensemble, de deux hommes dans un champ, l'un sera pris et l'autre laissé. Aucun mal ne peut subsister en présence d'un Dieu parfait et juste.
- On s'est souvent demandé si ceux qui sont pris sont sauvés, ou ceux qui sont laissés. Pour Silas, l'essentiel est ailleurs : il y aura une grande séparation dans l'humanité entre ceux qui ont cherché à conserver leur vie et ceux qui font partie du royaume.
- « Où sera-ce, Seigneur ? » demandent les disciples. « Où sera le corps, là s'assembleront les aigles » (les « vautours » dans la version Colombe lue par Silas). La sentence sera visible de tous et irrévocable. C'est une réalité morbide, mais si nous osons espérer que justice soit faite sur la terre, Dieu veut que nous soyons lucides sur ce que cela implique.
- L'avertissement est sévère, mais nous ne faisons pas face à ce jugement seuls. Le verset 33 est aussi et surtout une invitation : perdre sa vie, c'est la lui remettre. Nous pouvons tout remettre entre ses mains, de nos plus grandes réussites à nos doutes les plus intimes.
- Paul l'écrit aux Corinthiens : « Il vous affermira aussi jusqu'à la fin, pour que vous soyez irréprochables au jour de notre Seigneur Jésus-Christ. Dieu est fidèle. » Le Dieu souverain qui établit son royaume sur la terre nous gardera aussi au jour du jugement, aussi redoutable soit-il. La croix montre l'immensité de son amour, et cet amour nous soutiendra dans nos souffrances aujourd'hui et en ce jour-là.
7. Deux pistes de réflexion pour la semaine
- As-tu vraiment soif de voir la rédemption s'accomplir ? Si tu as une grande soif de justice, il est bon de la rechercher dès aujourd'hui. Mais ne prends pas une responsabilité qui n'est pas la tienne : nous ne pourrons jamais établir la justice sur la terre. N'en fais pas ton identité ; c'est Dieu seul qui te la donne, et lui seul peut accomplir la rédemption.
- Si, au contraire, tu n'as pas tellement envie de voir venir le jour du Fils de l'homme, Silas t'invite à regarder ta vie avec lucidité : où cherches-tu à garder la souveraineté sur ta vie au lieu de la soumettre à Christ ?
- Pierre, qui avait entendu ces paroles de Jésus, écrit : « Le Seigneur ne tarde pas dans l'accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient ; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance. » Le jour du Seigneur viendra comme un voleur, avec la même soudaineté.
- Mais la venue du Roi Jésus a ouvert une ère de grâce : chacun a l'occasion de se repentir et de devenir citoyen du royaume. Jésus nous a envoyés faire de toutes les nations des disciples, et chaque jour qui passe est un jour de plus où Dieu peut agir à travers nous pour que d'autres le connaissent.
- Nos frères et sœurs qui ne croient pas encore ont la même soif de justice que nous. Prions pour que Dieu se serve de nous pour témoigner.
Points à retenir
- Le royaume de Dieu est déjà là, parce que le Roi est venu. On y entre par la foi, en reconnaissant qui est Jésus.
- Inutile de calculer ou de courir après ceux qui disent « Il est ici » : le jour du Fils de l'homme sera aussi évident que l'éclair, et il viendra soudainement.
- La croix est au centre de l'histoire de la rédemption. Jésus a pris sur lui la sentence qui était la nôtre.
- Le monde corrompu par le péché est ancré en nous, comme dans le cœur de la femme de Lot. Garder sa vie, c'est la perdre ; la remettre à Jésus, c'est la retrouver.
- Le jugement est redoutable, mais Dieu est fidèle : il nous affermira jusqu'à la fin, et le temps présent est un temps de grâce.
Application personnelle
- Qu'est-ce qui t'empêche de dormir en ce moment, et as-tu déjà remis ce souci au seul qui peut mettre de l'ordre dans ton cœur et dans le monde ?
- Es-tu citoyen du royaume de Dieu ? Si tu n'en es pas sûr, quelles questions et quels doutes veux-tu apporter à Jésus en lisant l'Évangile de Luc ?
- Quel est ton « violon » : quel bien ou quelle part de ta vie aurais-tu du mal à laisser derrière toi ?
- Dans quel domaine cherches-tu à garder la souveraineté sur ta vie au lieu de la soumettre à Christ ?
- Qui, autour de toi, a soif de justice sans connaître encore Jésus, et comment peux-tu lui en rendre témoignage cette semaine ?
Versets cités
- Luc 17:20-37
- Luc 17:11-19
- Daniel 7:13
- Genèse 12:3
- Genèse 15:6
- Genèse 18:16-33
- Genèse 19:15-26
- Ecclésiaste 1:9
- 1 Corinthiens 1:8-9
- 2 Pierre 3:9-10
- Matthieu 28:19
Questions fréquentes
Que veut dire Jésus par « le royaume de Dieu est au milieu de vous » ?
Les pharisiens attendaient un royaume visible qui chasserait les Romains et rendrait à Israël sa gloire. Jésus corrige cette attente : le Roi promis, descendant de David, est déjà présent au milieu d'eux. Pour Silas, on devient citoyen de ce royaume par la foi, quand on reconnaît qui est vraiment Jésus.
Faut-il chercher des signes pour calculer le retour de Jésus ?
Non. Jésus met ses disciples en garde contre ceux qui diront « Il est ici » ou « Il est là ». Le jour du Fils de l'homme sera comme l'éclair : impossible à manquer. Les seuls « signes » donnés sont manger, boire, se marier, bâtir et planter, comme aux jours de Noé et de Lot. Ce jour arrivera soudainement.
Pourquoi Jésus dit-il « Souvenez-vous de la femme de Lot » ?
La femme de Lot se retourne vers Sodome et devient une statue de sel. Silas comprend son geste : elle quitte sa maison, son confort et des proches. C'est justement pour cela qu'il faut se souvenir d'elle, car ce monde marqué par le péché est profondément ancré en nous. Jésus nous invite à lui remettre notre vie plutôt qu'à chercher à la conserver.