Matthieu 18 : reprendre ton frère avec amour et pardon

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Introduction

« Comment témoigner : un chemin d'amour et de pardon. » C'est le titre que Maurice donne à son message, prêché lors du culte de l'Église Réformée Évangélique de Toulouse. Son texte est Matthieu 18, à partir du verset 12 : la brebis égarée, puis la marche à suivre quand un frère a péché, et enfin la question de Pierre sur le pardon.

Le prédicateur commence volontairement par la parabole de la brebis égarée, que tout le monde connaît. Il ne la commente pas, mais il tient à la citer, parce que le texte qui suit est « beaucoup plus compliqué ». Tout ce passage difficile est encadré par une parole forte : « Ce n'est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu'il se perde un seul de ces petits. »

Souvent lu comme un texte de discipline, ce passage est pour Maurice avant tout un chemin de vie envers le frère ou la sœur qui s'est égaré. Il le parcourt en quatre temps, avant de conclure sur le pardon.

Plan du message

1. « Si ton frère a péché »

  • Matthieu présente une situation éventuelle : si cela arrive, voici comment tu dois agir.
  • Ton frère, c'est un croyant comme toi. Lui aussi met sa confiance en Jésus-Christ, même si son comportement « n'est pas dans les clous ». Ne dis pas qu'il n'est pas chrétien : « Es-tu le juge qui évalue parfaitement la vie de la personne ? »
  • Ce peut être aussi un frère en humanité, qui n'a pas encore découvert toutes les exigences de Dieu ni toute sa grâce. On l'aborde avec humilité, amour, patience et compréhension.
  • Qu'est-ce que le péché ? Comme pour Adam et Ève, c'est ne pas faire confiance à la parole de Dieu, c'est s'opposer à lui.
  • Maurice s'appuie sur Galates 5 : Paul oppose les œuvres de l'homme livré à lui-même (immoralité, idolâtrie, haines, querelles, colère, rivalités, divisions, envie, ivrognerie) au fruit de l'Esprit (amour, joie, paix, patience, bonté, fidélité, douceur, maîtrise de soi).
  • Puis Paul ajoute : si quelqu'un s'est laissé surprendre par une faute, vous qui êtes conduits par l'Esprit, ramenez-le avec un esprit de douceur, et prenez garde à ne pas être tentés vous-mêmes (Galates 6:1).

2. Discipline ou chemin de vie ?

  • Un commentateur du journal Réforme voit dans ce passage « le plus vieux précis de discipline de l'Église pour la gestion des conflits ».
  • Les conflits sont souvent vus comme des maladies spirituelles, alors qu'ils appartiennent à la vie : « Seuls les morts n'ont plus de conflit. » La fidélité d'une Église ne se voit pas à l'absence de conflits, mais à la manière dont elle les traite.
  • Maurice préfère dire : la manière dont elle traite le péché, « ou plutôt le pécheur, sans oublier que nous le sommes tous ».
  • Le Petit Robert associe le mot discipline à la punition, au fouet dont on se frappait, au conseil de discipline où tombe la sanction. Le prédicateur y lit plutôt une règle de conduite, qu'il formule comme un chemin de vie.
  • L'objectif est la prise de conscience du mal commis. Et celui qui convainc, c'est le Saint-Esprit : « Quand il sera venu, il convaincra le monde en ce qui concerne le péché, la justice et le jugement » (Jean 16:8). Même si c'est Dieu qui convainc, il utilise des humains.

3. Premier temps : va et reprends-le seul à seul

  • D'abord une explication de personne à personne. La version du Semeur traduit : « va le trouver et convaincs-le de sa faute ».
  • Cela paraît évident, mais trop souvent, quand quelqu'un nous a blessés, notre premier réflexe est d'en parler à une troisième personne.
  • Le principe est simple : « Que rien ne soit dit sur une personne sans qu'elle soit au courant. »
  • « S'il t'écoute, tu as gagné ton frère. » Maurice le formule ainsi : Dieu t'a utilisé pour convaincre ton frère et le faire grandir dans la connaissance de Dieu.

4. Deuxième temps : une ou deux personnes avec toi

  • On pourrait comprendre qu'il s'agit d'informer une ou deux personnes avant d'aller voir le frère ensemble. Maurice met en garde : attention à la délation.
  • Autre lecture possible : faire appel à un médiateur. Laisser chacun décrire la situation de son point de vue aide à relativiser, car « les torts ne sont pas toujours à 100 % du même côté », et un acte peut être vu comme un péché par l'un et pas par l'autre.
  • Mais le texte parle bien d'un frère qui a péché. Le but est qu'il se repente et reprenne le droit chemin.
  • Jésus fait référence à Deutéronome 19:15 : un seul témoin ne suffit pas, un fait ne s'établit que sur la déposition de deux ou trois témoins. Ce sont donc de vrais témoins, pas des personnes simplement informées de la situation.

5. Troisième temps : dis-le à l'Église

  • Faut-il être des délateurs ? Selon le Petit Robert, la délation est souvent inspirée par un motif contraire à la morale. Elle ne doit pas être confondue avec le lancement d'alerte, qui consiste à révéler des pratiques dangereuses.
  • « Dis-le à l'Église » relève plutôt de l'alerte. Les œuvres des ténèbres sont destructrices « pour la personne, la société, la vie tout simplement ». Souvent, c'était un secret de Polichinelle : tout le monde savait, personne n'osait parler. Ce contre-témoignage doit être dénoncé.
  • Parfois, quand la réconciliation est impossible, une bonne séparation vaut mieux qu'un conflit qui s'enkyste. Mais cette séparation reste un échec.
  • S'il doit y avoir mise à l'écart, Maurice relève trois situations : un péché condamné même par la société, comme l'inceste dont parle Paul (1 Corinthiens 5:1), le meurtre, le vol avéré, les abus commis sur des enfants, ou des dépendances non reconnues et non soignées qui empêchent d'exercer une responsabilité ; le rejet du cœur de la foi, comme la résurrection (1 Corinthiens 15:14) ; enfin celui qui impose sa vérité, n'accueille pas l'autre (Romains 14:1), se comporte en gourou ou pratique des abus de pouvoir.
  • Les Églises se préoccupent aujourd'hui des abus sexuels et sexistes. Les protestants n'ont pas de tribunaux comme l'Église catholique, et accompagner à la fois les victimes et les présumés coupables par la même instance risque de favoriser le silence et de « mettre le problème sous le tapis ». Des instances dédiées semblent nécessaires. La question est débattue à la Fédération protestante de France, au CNEF et dans d'autres pays.
  • Il précise toutefois : « Notre texte ne dit pas : sanctionne. » Dire à l'Église, c'est l'aider à comprendre pourquoi ces comportements ne reflètent pas l'Évangile. Comme Paul devant les anciens d'Éphèse, il faut annoncer tout le dessein de Dieu (Actes 20:27).
  • Ce dessein, Maurice le résume ainsi : annoncer qu'il n'y a de salut qu'en Jésus-Christ ; souligner les ambiguïtés, comme Paul avec les Corinthiens qui se divisent et prennent pourtant ensemble la sainte cène ; donner du sens à la sexualité, au travail, aux loisirs et à la vie en communauté ; favoriser la responsabilité de chacun, par exemple par la justice restauratrice ; et avertir, car « ce qu'un homme aura semé, il le moissonnera aussi » (Galates 6:7).

6. Quatrième temps : comme un païen et un publicain

  • Celui qui refuse d'écouter l'Église est considéré comme un non-juif et un collecteur de taxes. Faut-il couper toute relation, le traiter en pestiféré ? « Moi, je ne le crois pas. »
  • Jésus a été appelé l'ami des publicains (Matthieu 11:19) et, à deux reprises, il a reconnu une grande foi chez des non-juifs (Matthieu 8:10 ; Matthieu 15:28).
  • Parfois même, celui qu'on a écarté est le plus dans la vérité. Maurice pense à Luther, excommunié, dont le message nous paraît pourtant plus conforme à l'Écriture.
  • L'Église rassemble ceux qui confessent que Jésus-Christ est Seigneur et Sauveur. Là où deux ou trois sont assemblés en son nom, il est au milieu d'eux (Matthieu 18:20), dans la forêt africaine, un bidonville brésilien, un hôpital parisien ou les beaux quartiers d'une métropole : « il suffit d'une Bible et de quelques frères et sœurs pour faire une Église ».
  • Le prédicateur confie sa prière dans les moments difficiles de l'Église : « Seigneur, c'est ton Église. Prends-en soin. Conduis-moi et conduis-nous selon ta volonté. »
  • La personne sanctionnée ou qui s'est éloignée doit continuer à être accompagnée. Dieu n'abandonne pas sa brebis égarée, et il veut nous utiliser comme amis, collaborateurs et serviteurs pour faire connaître son Évangile « d'amour, de pardon et d'espérance ».

7. Pardonne-lui, et prends le temps

  • « Si ton frère a péché, pardonne-lui et tu proclameras le pardon de Dieu. » L'exhortation peut paraître forte, mais c'est d'abord celle de l'Écriture.
  • Le pardon demande du temps, parfois beaucoup. Maurice pense à Jacob et Ésaü : il a fallu, « me semble-t-il », au moins une vingtaine d'années à ces deux frères pour se retrouver (Genèse 33).
  • On voudrait que tout se règle « en claquant des doigts ». Ce n'est pas ainsi que l'Écriture montre les choses : « Soyons donc patients, pleins d'amour, pleins de compréhension. »
  • C'est un chemin difficile, mais important pour que la gloire de Dieu se manifeste. « Le Seigneur nous promet d'être avec nous et de nous bénir. Continuons à avancer. »

Points à retenir

  • Le passage sur la discipline est encadré par la brebis égarée : Dieu ne veut pas qu'un seul de ces petits se perde.
  • Le but n'est pas de punir mais d'amener à la prise de conscience. C'est le Saint-Esprit qui convainc, même s'il se sert de nous.
  • On parle d'abord à la personne, jamais d'abord à un tiers : rien ne doit être dit sur quelqu'un sans qu'il soit au courant.
  • Dire les choses à l'Église n'est pas de la délation : c'est refuser le silence qui protège le mal.
  • Même écartée, la personne reste à accompagner, et le pardon, même lent, reste l'horizon.

Application personnelle

  1. Quand quelqu'un te blesse, vas-tu d'abord le trouver seul à seul, ou en parles-tu d'abord à quelqu'un d'autre ?
  2. Te poses-tu parfois en juge de la foi d'un frère ou d'une sœur dont le comportement te dérange ?
  3. Y a-t-il dans ton entourage une situation que tout le monde connaît mais que personne n'ose nommer ?
  4. Qui, autour de toi, s'est éloigné de l'Église et aurait besoin que tu continues à l'accompagner ?
  5. Quel pardon attends-tu de voir aboutir « en claquant des doigts », alors qu'il demande du temps ?

Versets cités

Questions fréquentes

Que veut dire « si ton frère a péché » dans Matthieu 18 ?

Pour Maurice, le frère est d'abord un croyant qui met lui aussi sa confiance en Jésus-Christ, même si son comportement n'est pas « dans les clous ». Ce peut être aussi un frère en humanité qui n'a pas encore découvert toutes les exigences de Dieu ni toute sa grâce. Dans les deux cas, on l'aborde avec humilité, amour, patience et compréhension.

Faut-il dénoncer un frère à l'Église selon Matthieu 18 ?

« Dis-le à l'Église » n'est pas une invitation à la délation, qui est souvent inspirée par un motif contraire à la morale. Maurice rapproche plutôt cette parole du lancement d'alerte : sortir du silence quand tout le monde sait mais que personne n'ose parler. Il précise que le texte dit « dis-le à l'Église » et non « sanctionne », même si la sanction est parfois nécessaire.

Que signifie traiter quelqu'un « comme un païen et un publicain » ?

Maurice ne croit pas que cela fasse de la personne un pestiféré. Jésus a été appelé l'ami des publicains et a reconnu une grande foi chez des non-juifs. La personne écartée doit continuer à être accompagnée, car Dieu n'abandonne pas sa brebis égarée et veut qu'elle vive le pardon de Dieu et celui des frères.

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