Matthieu 5 : un appel radical à être sel et lumière

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Introduction

« Attache ta tuque avec de la broche, ça va être radical ce matin. » David Pothier, pasteur de la Chapelle, poursuit sa série sur le sermon sur la montagne, qu'il appelle « le plus grand sermon de l'histoire ». La semaine précédente, les Béatitudes (Matthieu 5:1-12) présentaient une invitation : Jésus invite tout le monde à entrer dans son royaume. Cette fois, le texte est Matthieu 5:13-16.

Le titre du message : un appel radical à l'influence. Le pasteur pose d'emblée une prémisse qu'il répète : « Ton identité va déterminer ton activité, et ton activité va déterminer ton influence. »

Jésus ne dit pas seulement aux siens ce qu'ils doivent faire. Il leur dit qui ils sont : le sel de la terre, la lumière du monde. Et il les avertit de deux dangers : laisser leur sel se contaminer et cacher leur lumière.

Plan du message

1. Ton identité détermine ton activité

  • Pour le pasteur, aucune époque n'a connu des identités aussi confuses. On débat aujourd'hui du sens de mots comme homme, femme, père ou mère. Il n'en est pas surpris : Paul écrit en Romains 1 que lorsqu'on oublie son Créateur, l'identité devient floue.
  • « La chose la plus importante à propos de toi, c'est ton identité. » Ton système de pensée, ton estime de toi, tes valeurs, ta vision du monde, ta façon de gérer ton argent et tes priorités en découlent.
  • C'était vrai pour Jésus. Il a dit « Je suis le pain de vie », et il a nourri les foules. Il a dit « Je suis le bon berger », et il a pris soin des âmes. « Quand tu sais qui tu es, tu sais comment agir. »
  • Quand tu ne sais pas qui tu es, tu deviens n'importe qui en entrant dans une pièce, tu crois tout ce qu'on t'enseigne au cégep ou à l'université, tu penses, parles et agis comme tout le monde.
  • Certains en viennent à célébrer ce qu'ils n'auraient jamais célébré il y a dix ou vingt ans. La raison, selon lui : ils cherchent leur identité au mauvais endroit, dans l'approbation des gens ou de leurs enfants, dans leurs émotions, leurs pulsions, leurs convictions politiques, leur argent, leur carrière ou leur apparence.

2. Une identité donnée : fils, fille, disciple

  • Le monde enseigne que tu choisis ton identité. Dans le royaume de Dieu, « ton identité, tu ne la choisis pas. Elle t'est donnée par Dieu. Tu dois simplement y marcher. »
  • La première identité dans l'Évangile de Matthieu est celle de Jésus au baptême : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection » (Matthieu 3:17). C'est aussi la première que Dieu veut te donner : fils ou fille de Dieu. « C'est pas un choix, c'est un don. C'est gratuit. »
  • Au chapitre 4, ceux qui décident de suivre Jésus reçoivent une autre identité : disciple.
  • En Matthieu 5:13-14, Jésus ajoute deux couches : « Vous êtes le sel de la terre », « Vous êtes la lumière du monde ». Ces deux images parlent d'influence. La question posée à chacun : vas-tu t'entêter à choisir ton identité, ou accepter celle que Dieu t'a déjà donnée ?

3. Le sel de la terre : donner du goût et préserver

  • À l'époque de Jésus, le sel avait une grande valeur. Des documents historiques parlent de soldats romains payés en sel, et on en mangeait lors des alliances et des contrats.
  • Le sel donne du goût. Le pasteur en sourit : qui mange des frites sans sel, à part celui qui y est obligé ? Le disciple est appelé à donner de la saveur à un monde fade, notamment par ses paroles, qui doivent être « assaisonnées de sel » (Colossiens 4:6).
  • Mais la fonction première du sel était la préservation. Sans réfrigérateur, la viande et le poisson se gâtaient vite : on les plongeait dans le sel pour les garder longtemps.
  • Le monde tend vers le chaos et la dégradation. Le pasteur cite le mariage redéfini, la famille nucléaire perçue comme une menace, une majorité qui appelle le bien mal et le mal bien, des parents qui pensent ne pas aimer leurs enfants s'ils leur disent non, un leadership politique qui se dégrade.
  • Dans le grec, le « vous » est emphatique. Après avoir invité les foules, Jésus se tourne vers ses disciples. Tout le monde n'est pas le sel de la terre, seulement ceux qui choisissent de le suivre. Mais quand un groupe de disciples prend cette identité, l'Église peut changer un quartier, empêcher la dégradation d'une ville, retarder le jugement de Dieu sur une nation et porter « une voix prophétique dans un monde qui a désespérément besoin de vérité ».

4. Ne laisse pas ton sel être contaminé

  • « Si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? » Le pasteur précise qu'il n'est pas chimiste, mais le sel est un élément stable. Il ne perd sa saveur que si des impuretés viennent le contaminer.
  • C'est ce qui arrive quand on se met à regarder, faire, dire des choses impures ou à fréquenter des endroits impurs. Le sel se contamine, et on perd à la fois sa saveur et son influence.
  • On se met alors à penser comme tout le monde, à dire ce que tout le monde dit, à suivre la foule pour ne pas être rejeté ou ridiculisé.
  • Sa question à l'auditoire : « Est-ce que tu es en train de perdre ta saveur, parce qu'il y a des contaminants qui sont entrés dans ta vie ? »
  • Le remède est concret : certaines choses doivent peut-être être coupées, enlevées. « Peut-être faut que tu débranches ton abonnement. »

5. La lumière du monde : ce qu'Israël n'a pas accompli, Jésus le confie à son Église

  • Dans l'Ancien Testament, Israël était appelé à être la lumière des nations. Ce n'était pas du favoritisme : Dieu l'avait choisi pour montrer au monde ce qu'est une vie bénie quand on marche avec lui.
  • Israël a échoué. Au lieu d'être sel et lumière, le peuple est devenu comme tout le monde, et parfois pire que les nations qui l'entouraient.
  • Puis Jésus arrive. Matthieu 4:16 l'annonce : « Ce peuple, assis dans les ténèbres, a vu une grande lumière. » Jésus fait ce qu'Israël n'a pas fait. Il représente Dieu parfaitement.
  • Mais Jésus sait qu'il va retourner auprès du Père. Pour que la lumière continue de briller, il se tourne vers sa petite communauté de disciples et leur dit : vous.
  • Ce « vous » est pluriel. Personne ne sale son steak avec un seul grain de sel. « Tu peux pas être le sel de la terre tout seul. Ça te prend la saveur de ton frère, ça te prend la saveur de ta sœur. » C'est pour cela que tu as besoin de l'Église chaque semaine et d'un groupe de formation de disciples, ce que la Chapelle appelle un « 5 à 7 ».

6. Ne cache pas ta lumière : la foi n'est pas privée

  • Jésus donne deux images : une ville bâtie sur une montagne, que l'on voit de loin la nuit, et une lampe qu'on n'allume pas pour la mettre sous le boisseau, « en bon québécois, une chaudière ». Personne ne fait ça.
  • Pourquoi Jésus le rappelle-t-il ? Parce que nous avons tendance à cacher notre lumière. « Quand tu brilles dans les ténèbres, tu deviens une cible facile. » C'est le sens de la dernière béatitude : « Heureux serez-vous, lorsqu'on vous outragera, qu'on vous persécutera » (Matthieu 5:11).
  • Jésus est à la fois la personne la plus aimée et la plus détestée de l'histoire. Avec lui, pas de neutralité. Certains subissent une pression au travail à cause de leur foi, coupables par association. Le pasteur précise qu'il ne parle pas de l'employé qui arrive en retard et reste sur son cellulaire.
  • Il évoque la romancière américaine Anne Rice. Pas encore croyante, elle avait voulu écrire une fiction sur la vie de Jésus et avait lu les travaux des spécialistes. Elle avait été renversée par la haine viscérale de certains chercheurs envers lui, une haine qu'elle n'avait vue dans aucun autre sujet.
  • Un mensonge très répandu, que le gouvernement ne cesse de répéter selon lui : la religion serait une affaire privée. La tentation est de répondre « rien » quand un collègue demande ce que tu as fait de ta fin de semaine, ou de t'acheter une ferme et de vivre dans ta bulle.
  • Jésus dit le contraire : « Quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les cieux ; mais quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai aussi devant mon Père » (Matthieu 10:32-33).
  • Le pasteur cite Dietrich Bonhoeffer, pasteur allemand sous le régime nazi, exilé aux États-Unis puis revenu en Allemagne, mort martyr : « Une communauté de Jésus qui cherche à se cacher a déjà cessé de le suivre. »
  • Il confie qu'il a longtemps tu certaines choses en chaire par peur que l'Église perde ses locaux. « On les a perdus pareil. » Il ne veut plus cacher sa lumière, même si cela coûte un autre local.

7. Briller par les bonnes œuvres, en restant sous la lumière

  • « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5:16).
  • Deux erreurs s'opposent. D'un côté, ceux qui disent qu'il suffit de faire le bien sans jamais parler de Jésus. De l'autre, ceux qui crient après les gens dans la rue, de façon inappropriée et agressante.
  • Les bonnes œuvres, ce sont les œuvres de compassion, la proclamation de la bonne nouvelle et un caractère qui reflète celui de Jésus : être miséricordieux, procurer la paix, garder la joie dans la persécution. Paul le résume en Philippiens 2:14-16 : briller « comme des flambeaux dans le monde, portant la parole de vie ». Réduire les bonnes œuvres à faire du bien autour de soi, c'est déjà cacher la lumière.
  • Un modèle : le mathématicien John Lennox, professeur émérite à Oxford, invité du podcast The Diary of a CEO de Steven Bartlett, qui n'est pas chrétien. Après les questions les plus difficiles sur le christianisme, l'animateur lui a confié avoir envie de le considérer, parce que son invité était « tellement un être de lumière ».
  • Jésus vise aussi les Esséniens, qui se retiraient au désert parce que le monde était trop impur et se nommaient « fils de lumière ». On n'allume pas une lampe pour la cacher dans la garde-robe.
  • Comment commencer ? Prie le matin : « Seigneur, montre-moi où tu es déjà à l'œuvre aujourd'hui. » Quand Dieu te met quelqu'un à cœur, prends la personne à part et demande-lui : « Est-ce que je peux prier pour toi ? Comment je pourrais prier pour toi ? » Au pire, elle dira non, et tu prieras quand même. « Don't be a jerk » : on n'est pas là pour agresser les gens.
  • Pour éviter le légalisme du « il faut que je brille », le pasteur prend l'image du soleil et de la lune. La lune ne produit pas de lumière, elle la reflète. « Tu es pas un soleil, tu es une lune. » Le secret : rester sous la lumière, prendre du temps avec Jésus chaque jour, quinze minutes avant le travail, les Écritures à la pause.
  • Pour certains, ce sera « une odeur de mort », pour d'autres « une odeur de vie » (2 Corinthiens 2:16). Certains persécuteront, d'autres se tourneront vers Dieu et le glorifieront « au jour où il les visitera » (1 Pierre 2:12). Le message se termine par une invitation à suivre Jésus, à laquelle plusieurs personnes ont répondu.

Points à retenir

  • Ton identité détermine ton activité, et ton activité détermine ton influence. Ton identité ne se choisit pas : Dieu te la donne.
  • Le sel donne du goût et préserve. Il ne perd sa saveur que s'il est contaminé par des impuretés.
  • Le « vous » de Jésus est pluriel : personne n'est le sel de la terre tout seul, c'est l'Église qui l'est.
  • La foi n'est pas seulement privée. Jésus appelle à le confesser devant les hommes, même sous la pression.
  • Tu ne produis pas la lumière, tu la reflètes. Reste sous la lumière de Jésus, et tes bonnes œuvres la feront voir.

Application personnelle

  1. Où cherches-tu ton identité aujourd'hui : dans l'approbation des autres, tes émotions, ta carrière, tes opinions, ou dans ce que Dieu dit de toi ?
  2. Quel contaminant est entré dans ta vie et fait perdre sa saveur à ton sel ? Que dois-tu couper ou débrancher ?
  3. Dans quelle situation récente as-tu répondu « rien » plutôt que de laisser paraître ta foi ?
  4. Qui Dieu te met-il à cœur cette semaine, et oseras-tu lui demander comment tu peux prier pour lui ?
  5. Quel moment quotidien vas-tu réserver pour rester sous la lumière de Jésus ?

Versets cités

Questions fréquentes

Que veut dire « vous êtes le sel de la terre » ?

À l'époque de Jésus, le sel donnait du goût, mais sa fonction première était de préserver la nourriture. Pour David Pothier, les disciples de Jésus sont appelés à donner de la saveur à un monde fade et à freiner sa dégradation, en portant une voix prophétique dans un monde qui a besoin de vérité.

Comment le sel peut-il perdre sa saveur ?

Le sel est un élément stable : il ne perd sa saveur que s'il est contaminé par des impuretés. De la même manière, ce que l'on regarde, ce que l'on fait et les endroits où l'on va peuvent contaminer le chrétien, qui finit par penser et parler comme tout le monde et perd son influence.

La foi est-elle une affaire privée ?

Non, répond David Pothier. Jésus dit en Matthieu 10:32-33 : quiconque le confessera devant les hommes, il le confessera devant son Père, et quiconque le reniera, il le reniera aussi. La foi se vit aussi dans le privé, mais elle ne peut pas rester seulement privée : on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau.

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