Introduction
Au début du livre de Néhémie, Hanani vient annoncer l'opprobre qui frappe Jérusalem : la ville est en ruine, ses portes ont été consumées par le feu. À la fin de Néhémie 2, le peuple se lève et dit : « Levons-nous, et bâtissons ! » Entre les deux, il y a tout le parcours de Néhémie, qui parvient à faire de sa tristesse une source d'énergie au service de la reconstruction.
Stéphane Guillet, pasteur de l'Église protestante de Paris-Alésia, poursuit la série sur le livre de Néhémie commencée quelques semaines plus tôt. Il lit Néhémie 2:1-18 et s'arrête sur une expression du verset 12 : « ce que mon Dieu m'avait mis au cœur de faire pour Jérusalem ».
On pourrait voir dans ce récit un exemple de résilience après un traumatisme, puis un bel acte collectif de reconstruction. Mais Néhémie, en homme de Dieu, raconte comment Dieu est intervenu pour l'amener là. Ce texte montre, d'une certaine manière, comment naît une vocation.
Plan du message
1. Ce que Dieu a mis dans ton cœur
- Au verset 12, il faudrait traduire littéralement : « ce que mon Dieu donne à mon cœur d'accomplir pour Jérusalem ». La traduction lue pendant le culte en donne l'équivalent moderne : ce que mon Dieu m'a mis au cœur de faire pour Jérusalem.
- Nous disons encore aujourd'hui : « J'ai à cœur de faire ceci. » Dieu met parfois quelque chose dans notre cœur : une pensée, un projet, une action à accomplir. C'est proche de la notion d'appel, de vocation.
- Ce que Dieu place dans le cœur de Néhémie lui donne le désir d'avancer. La question se pose pour chacun : à quoi le Seigneur m'appelle-t-il ? Qu'est-ce que j'ai à cœur de faire pour lui ?
- Ce que tu as à cœur ne doit pas être négligé. C'est peut-être un appel que Dieu t'adresse, et de ce que Dieu met dans le cœur, quelque chose de grand peut sortir.
2. Une tristesse qui devient un fardeau
- Au verset 2, le roi demande à Néhémie d'où vient son air triste. Littéralement, il s'agit d'une « tristesse de cœur ». Rien à voir avec une déception amoureuse : cette tristesse est née de la mauvaise nouvelle reçue quatre mois plus tôt, la détresse, le déshonneur et la ruine de Jérusalem.
- En apprenant la nouvelle, Néhémie s'est assis, il a pleuré, il a été dans le deuil en jeûnant, puis il s'est mis à prier (Néhémie 1:4). Le pasteur y voit une attitude tout à fait saine.
- Cette tristesse aurait pu le ronger jusqu'à la dépression. Mais c'est dans la prière que Néhémie la gère. Au lieu de l'entraîner vers le bas, elle déclenche l'action.
- On disait autrefois : « Dieu m'a mis un fardeau sur le cœur. » C'est ce qui arrive ici. Le fardeau rend Néhémie triste, mais il devient source d'énergie.
- Le prédicateur se demande si la tristesse de Néhémie n'était pas aussi la tristesse que Dieu éprouvait pour son peuple, comme si Dieu avait déposé dans le cœur de son serviteur une part de sa propre tristesse. Pour Dieu, cette tristesse pousse à rebâtir.
3. Ton service vient-il de ce que Dieu a mis dans ton cœur ?
- Le pasteur invite à se poser la question simplement : mon service dans l'Église vient-il de ce que Dieu a mis dans mon cœur ?
- Autre manière de la poser : ai-je repoussé quelque chose que Dieu a mis dans mon cœur, par peur de passer à l'acte ? Un peu comme Jonas.
- C'est peut-être un appel au service à plein temps que tu repousses. Le pasteur lance l'idée à l'approche du dimanche des vocations dans l'Union. On a souvent entendu parler de personnes qui ont senti l'appel de Dieu, puis qui y ont renoncé et ont écarté l'idée.
- Néhémie, lui, arrive à la conclusion qu'il doit agir. Il termine sa prière du chapitre 1 en demandant à Dieu de faire réussir la démarche qu'il va entreprendre auprès du roi (Néhémie 1:11).
4. Un roi tout-puissant, une demande risquée
- Artaxerxès était l'empereur de Perse, l'homme le plus puissant de son temps. L'Empire perse, fondé par Cyrus, avait englobé les empires assyrien et babylonien et dépassait même la grande Égypte. Seul Alexandre le Grand l'étendra davantage, environ deux siècles plus tard.
- La puissance du roi n'était pas le seul obstacle. En Esdras 4:7-23, on apprend que, quelques années plus tôt, Artaxerxès lui-même avait interdit par décret de rebâtir les murailles de Jérusalem. Un roi si puissant pouvait-il revenir sur son propre décret à la demande d'un seul homme ?
- Néhémie était l'échanson du roi. Il goûtait le vin avant de le servir pour s'assurer qu'il n'était pas empoisonné. Le pasteur précise que ce n'est pas une légende : l'histoire de l'Empire perse rapporte qu'un échanson est mort après avoir goûté le vin du roi, lors d'une tentative d'assassinat. Néhémie était donc un homme de confiance, mais cela suffirait-il ?
- Néhémie ne s'est pas précipité. Pendant quatre mois, il s'est laissé guider et instruire dans la prière, dans ce que le pasteur imagine comme des rencontres et des dialogues avec celui qu'il appelle « mon Dieu ».
- « Le temps passé dans la prière, s'il ne remplace pas l'action mais nourrit le désir d'agir, est loin d'être du temps perdu. » Dans la prière, Néhémie laisse Dieu transformer sa détresse en fardeau spirituel, puis il attend que Dieu ouvre la porte.
5. La foi n'empêche pas la peur
- Un jour, alors que son visage porte le poids du fardeau, le roi lui adresse la parole. Néhémie est alors saisi d'une grande crainte.
- Il y a de quoi avoir peur. Mais c'est peut-être aussi parce que le moment est venu de se jeter à l'eau. C'est une porte que Dieu ouvre, une occasion à ne pas manquer.
- Une grande crainte, parce que c'est un pas de foi sans filet de sécurité, sans aucune garantie que cela marchera, avec seulement la confiance en Dieu.
- Une grande crainte, peut-être aussi parce que, malgré sa foi, Néhémie se sent seul face à son destin, seul devant le roi pour lui dire ce qu'il a sur le cœur.
- Qui n'a jamais connu ce moment où la foi cesse d'être une théorie et devient soudain pratique ? Néhémie se lance, il franchit le seuil par la foi.
6. Le tact et la prière éclair
- Beaucoup ont relevé la grande diplomatie de Néhémie. Il ne nomme pas Jérusalem pour ne pas provoquer le roi, qui avait fait fouiller les archives et découvert que cette ville s'était souvent rebellée contre les ordres des rois (Esdras 4).
- Il parle de « la ville où sont les sépulcres de mes pères ». Le tombeau des ancêtres est un sujet que tout souverain oriental pouvait parfaitement comprendre. Néhémie parle un langage qui attire la sympathie du roi.
- Pour le pasteur, Néhémie enseigne que, devant un supérieur hiérarchique ou des autorités politiques, la forme a du sens : la foi n'exclut pas le tact. La foi ne consiste pas à foncer droit dans le mur.
- Aussitôt, Néhémie prie le Dieu des cieux (verset 4). On ne connaît pas le contenu de cette prière. Le pasteur l'imagine ainsi : « Merci Seigneur, tu es là avec moi », ou encore : « Ce n'est pas fini, Seigneur, continue de marcher à mes côtés. »
- C'est une prière éclair. Certains parlent de « prière pop-corn » : pop, une simple phrase pour dire au Seigneur « Tu es là, merci Seigneur ». Néhémie sait désormais avec certitude qu'il n'est pas seul face à ce roi puissant : Dieu est à ses côtés.
- Le roi lui accorde tout ce qu'il demande : des lettres pour les gouverneurs, le droit d'utiliser le bois du domaine royal, et même une escorte militaire qu'il n'avait pas demandée. Le roi lui donne plus encore.
- À son arrivée à Jérusalem, des adversaires se manifestent, Sanballat et Tobija, signe que les obstacles ne manqueront pas. Néhémie inspecte d'abord, de nuit, le travail à faire, avant de révéler le projet au peuple et aux chefs et de témoigner de la manière dont Dieu a été à ses côtés.
7. Comment naît une vocation
- L'apôtre Paul écrit que nous sommes l'ouvrage de Dieu, créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres que Dieu a préparées d'avance, afin que nous les pratiquions (Éphésiens 2:10). L'histoire de Néhémie montre un peu les coulisses de ce verset.
- Ce que Dieu met dans nos cœurs, il faut y être attentif et ne pas le mettre de côté, même quand cela semble difficile.
- La prière n'est pas seulement une requête adressée à Dieu : c'est un temps passé en sa présence, où Dieu nous façonne et nous prépare en profondeur.
- Il faut savoir attendre la porte que Dieu ouvre et saisir l'occasion au bon moment. « Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, combien d'occasions manquées ! » confie le pasteur.
- La foi n'empêche pas la peur, mais elle sait la surmonter. Et quand la peur est surmontée, la foi s'en trouve nourrie et peut continuer d'avancer.
- Il y a la joie de constater que Dieu est là et qu'il ne nous laisse pas seuls. Néhémie entre dans un partenariat avec Dieu nourri par la prière. C'est peut-être le livre biblique où la prière est le plus souvent mentionnée, sous toutes ses formes. En somme, une marche par la foi.
Points à retenir
- Dieu met parfois dans ton cœur une pensée, un projet, une action à accomplir : c'est ainsi que naît une vocation.
- Portée dans la prière, la tristesse de Néhémie devient un fardeau spirituel et une source d'énergie pour agir.
- Le temps passé dans la prière n'est pas du temps perdu quand il nourrit le désir d'agir.
- La foi n'empêche pas la peur, mais elle sait la surmonter, et elle n'exclut pas le tact.
- Dans le pas de foi, tu n'es pas seul : Dieu marche à tes côtés, dans un partenariat nourri par la prière.
Application personnelle
- Qu'est-ce que Dieu a mis dans ton cœur de faire pour lui ?
- Ton service dans l'Église vient-il de ce que Dieu a mis dans ton cœur ?
- As-tu repoussé un appel de Dieu par peur de passer à l'acte ?
- Qu'est-ce qui te pèse sur le cœur en ce moment, et le portes-tu dans la prière comme Néhémie ?
- Quelle porte Dieu est-il peut-être en train d'ouvrir devant toi, et qu'est-ce qui t'empêche de franchir le seuil ?
Versets cités
Questions fréquentes
Que veut dire « ce que mon Dieu m'avait mis au cœur » en Néhémie 2:12 ?
Stéphane Guillet explique que l'expression hébraïque signifie littéralement « ce que mon Dieu donne à mon cœur d'accomplir pour Jérusalem ». Dieu met parfois dans le cœur une pensée, un projet, une action à accomplir. C'est la notion d'appel, de vocation : quelque chose que Dieu place en toi et qui te donne le désir d'avancer.
Pourquoi Néhémie a-t-il eu si peur devant le roi ?
Artaxerxès était l'homme le plus puissant de son temps, et il avait lui-même interdit de rebâtir les murailles de Jérusalem (Esdras 4:7-23). Pour le prédicateur, c'était peut-être plus encore le moment du pas de foi, sans filet de sécurité, seul devant le roi. La foi n'empêche pas la peur, mais elle sait la surmonter.
Qu'est-ce qu'une « prière pop-corn » ?
C'est l'image utilisée pour la prière de Néhémie au verset 4 : une prière éclair, une simple phrase adressée au Seigneur au milieu de l'action, comme « Tu es là, merci Seigneur ». Elle montre que Néhémie vit un partenariat avec Dieu nourri par la prière, jusque dans les moments décisifs.
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