Introduction
Ce dimanche-là, l'Assemblée de Dieu de Montpellier Richter accueille la communauté sourde. La veille avait lieu la Journée internationale des sourds, et le culte est traduit à la fois en langue des signes française et de l'anglais vers le français. C'est dans ce contexte que le pasteur Rémy Lours, qui conduit avec sa femme l'Assemblée de Dieu de Villeneuve-sur-Lot depuis six ans, apporte le message.
Il raconte comment il a rencontré un jour une personne sourde au travail. Il pensait avoir affaire à une personne handicapée. Il a découvert une personne riche, intelligente, pleine d'humour, et surtout un peuple vivant dans son propre pays qu'il ne connaissait pas. Le Seigneur l'a alors appelé à travailler pour que ce peuple reçoive l'Évangile.
Ce matin, il élargit le sujet au handicap en général. Sa conviction tient en une phrase : « Le handicap, malgré les difficultés, les souffrances et le sentiment d'injustice qu'il peut provoquer, ne doit pas être un problème. Et la personne qui en est touchée est un cadeau, bien plus souvent qu'on ne le pense, même si cela nous demande de faire les choses autrement. »
Plan du message
1. Des cases bien rangées
- Dans la culture et la loi françaises, tout doit être à sa place : on trace des lignes et on n'en sort pas. On a défini les handicaps que l'on connaît le mieux, avec les pictogrammes visibles sur les bâtiments publics, parfois même à l'entrée de l'église.
- Il y a le handicap physique ou moteur, comme le fauteuil roulant, le handicap sensoriel, et pour les sourds, le prédicateur estime qu'il faut dépasser cette catégorie. Il y a aussi le handicap mental et la déficience intellectuelle. Pour ceux-là, on a trouvé des solutions ou on y travaille : l'accessibilité, par exemple.
- Le prédicateur a été éducateur pendant des années, dans le monde du handicap et de l'autisme. « C'est quelque chose qui fait partie de moi, qui coule dans mon sang. »
- Une question se pose alors pour chaque chrétien : comment est-ce que je considère, comment est-ce que j'approche, comment est-ce que je passe du temps avec quelqu'un de différent de moi ?
2. Les handicaps qu'on ne voit pas
- Il existe des handicaps que l'on connaît moins, voire pas du tout. Le handicap psychique, d'abord, avec des maladies comme la schizophrénie. Le pasteur a accompagné des frères et sœurs qui en souffraient : pour un enfant de Dieu, c'est une catastrophe, car cela touche sa relation avec Dieu, sa vie chrétienne et sa croissance spirituelle. « On pourrait vite dire qu'ils ne sont pas assez convertis, mais non. »
- Viennent ensuite les troubles du neurodéveloppement. « Dans ma génération, j'ai 47 ans, on connaissait la dyslexie. » Aujourd'hui on parle de TDA ou de TDAH, et au quotidien, c'est un combat pour ceux qui les vivent. « Mais quelle richesse ! »
- Dans son équipe de louange, plusieurs sœurs sont hypersensibles. On pourrait les trouver un peu agaçantes, mais leur radar émotionnel est si finement calibré qu'elles perçoivent les choses « des années-lumière » avant lui. Elles l'alertent sur ce qu'il ne verra jamais, ou trop tard. « Quel trésor ! »
- Il en dit autant des frères et sœurs de tous âges qui vivent avec un trouble du spectre de l'autisme dans son Église.
- La vraie difficulté est que ces handicaps ne se voient pas. Quand on est différent, les autres ont tendance à rejeter, à juger, à mettre dans des cases. Alors, quand on peut cacher sa différence, on le fait. « Mais quelle énergie il faut dépenser ! Quelle souffrance, et quelle souffrance par-dessus la souffrance ! » Les conséquences sont bien réelles, et les réponses ne sont ni techniques ni logistiques : elles sont d'une autre nature.
- Enfin, il y a la vieillesse. Un tiers des membres de son Église ont plus de 65 ans, et certains ont connu le réveil en Algérie et en France. Il lui arrive de rendre visite à un ancien et d'en repartir encouragé. Mais ces frères et sœurs ne peuvent plus conduire, marcher sur le parking est douloureux, rester assis devient insupportable, la chaleur les oblige à rester au frais tout l'été. Cette usure inévitable nous limite et nous handicape aussi.
3. Le défi de l'amour
- Pour le prédicateur, le handicap et les limites qui l'accompagnent posent un défi majeur à l'Église : celui de l'amour. Quand quelqu'un de différent est en face de moi, quelqu'un que je ne sais pas comment aborder, la gêne s'installe, parfois la peur. Comment vais-je lui montrer de l'amour ?
- « J'aime la présence de Dieu, mais j'aime encore plus la présence de Dieu quand je suis en communion avec mes frères et sœurs. » Quand il entend un cœur se répandre devant Dieu à côté de lui, sa louange est décuplée : « Seigneur, tu as fait tant de bien pour moi, et tu l'as fait pour eux aussi. »
- Le mot « handicap » permet de nommer les choses, de comprendre des concepts, il protège même dans une certaine mesure. Mais celui que le monde considère comme handicapé, je dois le voir comme mon frère ou ma sœur en Christ, au-delà de ce que son corps endure.
- Le texte du message est connu de tous : « Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres » (Jean 13:34-35).
- Pour Jésus, dit le prédicateur, les disciples étaient des handicapés spirituels : limités, incapables, ils n'avaient rien compris. « Jusqu'à quand ? » leur demandait-il (Matthieu 17:17). Mais il les a assez aimés pour se donner en sacrifice pour eux. Il est mort pour nous alors que nous étions encore ennemis (Romains 5:8-10).
- Dans le couple comme dans l'Église, c'est toujours à moi d'aimer l'autre en premier. Si je reçois de l'amour en retour, gloire à Dieu. Mais même les jours où cela semble impossible, Dieu nous en rend capables par l'Esprit qui habite en nous.
- Une image l'illustre : chanter la sérénade à une jeune fille, c'est facile. Le vrai amour, c'est marcher ensemble jusqu'au bout en regardant dans la même direction. Il en va de même de la communion fraternelle : dire « je t'aime, mon frère » ne suffit pas, il faut marcher main dans la main dans la direction que Christ fixe, jusqu'au bout. « L'amour doit se prouver. L'amour est concret. »
4. Dépasser la nécessité de la guérison
- « Je suis pasteur pentecôtiste, né dans la foi pentecôtiste. J'ai grandi sur les bancs de l'église et je crois à la puissance de Dieu. » Pourtant, face au handicap, il invite à dépasser la nécessité, presque l'obligation, de la guérison.
- Beaucoup prennent des médicaments pour le diabète, le cholestérol ou le cœur, beaucoup portent des lunettes, et ils vivent très bien ainsi. Nous sommes tous limités d'une manière ou d'une autre, et nous ne cherchons pas à tout prix la guérison de nos yeux : nous allons chez l'opticien.
- « Jésus n'est pas venu guérir les hommes. Jésus est venu les sauver. » À l'équipe d'évangélisation de sa ville, il a demandé : « Est-ce que vous prêchez la guérison ou le salut ? Prêchez le salut. La guérison viendra, parce que la guérison est un signe qui accompagne la prédication, et pas l'inverse. »
- Un frère qui a connu le réveil lui a raconté que dans les années 60, beaucoup de gens étaient guéris dans les réunions d'évangélisation : pas un dimanche après-midi sans miracle. « Mais tu sais, peu sont restés. » Et parmi ceux qui sont restés, tous ne sont pas allés jusqu'au bout.
- Jésus n'a pas guéri tout le monde. Le prédicateur pense à l'infirme que Pierre et Jean guérissent devant le temple (Actes 3) : combien de fois Jésus était-il passé devant lui ?
- La guérison ne garantit pas la conversion. Sur les dix lépreux guéris (Luc 17:11-19), un seul revient rendre gloire à Dieu, et c'est un Samaritain, celui sur lequel on aurait le moins parié.
- Quand Jésus guérit l'aveugle-né (Jean 9), ce n'est pas tant l'aveugle qu'il veut guérir que les témoins, guéris de leur ignorance spirituelle. D'où cette question : quand tu veux que quelqu'un soit guéri, est-ce lui qui a besoin de guérison, ou toi qui as besoin qu'il soit guéri ?
- Ceux qui vivent avec un handicap ont parfois besoin de soulagement, souvent d'être guéris, mais pas tout le temps. Ce n'est pas ce qui compte : ce n'est pas là que se trouve la porte de la bénédiction de Dieu, ni pour eux ni pour nous.
5. Cinq étapes face au handicap
- Le prédicateur décrit cinq étapes par lesquelles on peut passer face au handicap. Si tu te reconnais dans l'une d'elles, il t'invite à passer à la suivante avec Dieu.
- L'ignorance. Elle est normale : je ne sais pas ce que tu vis, je ne savais même pas que cela existait. Elle peut aussi prendre la forme du jugement : « Qui a péché, cet homme ou ses parents ? » (Jean 9:2). C'était la logique des amis de Job. Job et l'aveugle-né montrent que non : il y a parfois des conséquences du péché dans nos vies, mais pas systématiquement.
- La découverte. Je veux comprendre ce qui t'arrive. Cela peut s'accompagner de pitié (« je ne voudrais pas être à ta place ») ou de soulagement (« heureusement que je ne suis pas à ta place »). C'est humain, mais il faut avancer.
- Le soin. Je veux prendre soin de toi parce que je t'aime et que tu as de la valeur. Je ne te regarde plus à travers ton handicap. Même s'il y a un macaron sur ton pare-brise, je vois un être humain qui, comme moi, a des sentiments, de l'humour, des désirs, des projets, et qui est peut-être capable de faire beaucoup de choses. J'apprends à t'aimer tel que tu es.
- La fraternité. Tu es mon frère ou ma sœur en Christ tel que tu es, peut-être même mon ami. Le prédicateur cite le psaume lu le vendredi précédent : « Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse » (Psaume 139:14). Dieu sait ce qu'il fait. Nous partageons la même espérance, la même dignité, la même grâce, le même Esprit.
- Servir ensemble. Même avec une limite, nous avons la même valeur devant Dieu. Dans son Église, les premiers à élever la voix le dimanche matin sont deux frères porteurs d'un handicap intellectuel. L'un de ceux qui prient avec le plus de zèle est atteint d'une maladie neurodégénérative et de troubles autistiques : au quotidien, il est adorable mais « ingérable », il réclame sans cesse l'attention, il répète les mêmes choses, mais « il a un amour incroyable pour le Seigneur ». Là où le pasteur aimerait voir d'autres plus compétents s'engager, c'est lui qui se lève le premier. Sa question devient : comment l'aider à servir le Seigneur ?
6. Un amour qui se voit
- Les limites sont réelles et tangibles : difficultés à marcher ou à se déplacer, hypersensibilités (une sonorisation peut être trop forte pour certains), compréhension différente, difficulté à se concentrer. Une personne avec un TDA ne refuse pas d'écouter, elle décroche. Si on la voit décrocher, on risque de la juger.
- Un frère avec un trouble du spectre de l'autisme lui a dit : « Rémy, je t'aime, mais parfois le matin, je n'ai pas envie de te faire la bise », parce que c'est douloureux pour lui. Il se force parce qu'il l'aime. Comment allons-nous réagir ?
- Le mot « handicap » n'existe pas dans la Bible, mais la Bible montre comment aimer les autres, quels qu'ils soient. Le prédicateur invite à relire 1 Corinthiens 13 : être patient, ne pas juger (« s'il était vraiment converti, il ne réagirait pas comme ça »), se supporter les uns les autres, et pas seulement dans la prière.
- Dernière image : une grand-mère ou un frère âgé vient te voir parce qu'il y a une fuite dans sa cuisine. Les enfants sont loin, la retraite n'est pas grosse. Il pense à une personne de Villeneuve qui vit seule en pleine campagne, à vingt kilomètres. Elle demande de l'aide au pasteur, et lui prie pour elle et pour qu'un plombier vienne réparer.
- « Est-ce que je ne serais pas plus spirituel si je prenais ma clé et que j'allais réparer l'évier ? » Lui ne s'y connaît pas en plomberie, avoue-t-il en souriant, mais un autre frère ou une autre sœur de l'Église s'y connaît peut-être.
- Nous, chrétiens pentecôtistes, nous sommes très spirituels : nous allons prier et le Seigneur fera un miracle. Il se souvient d'avoir prié, jeune converti, pour son pasteur fatigué : « Seigneur, envoie un stagiaire. » Il conclut : « Soyons ceux qui démontrent l'amour de façon concrète. » Ne nous focalisons pas sur le handicap : ce sont des personnes, des frères et sœurs en Christ. Jésus est mort pour eux, et il les aime au moins autant qu'il t'aime.
Points à retenir
- Le handicap ne doit pas être un problème pour l'Église : la personne qui en est touchée est bien plus souvent un cadeau qu'on ne le pense.
- Beaucoup de limites ne se voient pas (troubles psychiques, neurodéveloppementaux, vieillesse), et cacher sa différence ajoute de la souffrance à la souffrance.
- Le handicap pose à l'Église le défi de l'amour : aimer l'autre en premier, comme Jésus a aimé des disciples qui ne comprenaient rien.
- Jésus n'est pas venu guérir les hommes, il est venu les sauver : la guérison est un signe qui accompagne la prédication. Elle n'est pas la porte de la bénédiction et ne garantit pas la conversion.
- L'amour se prouve : il passe de l'ignorance à la fraternité, puis au service ensemble, et parfois par une clé à molette.
Application personnelle
- Laquelle des cinq étapes (ignorance, découverte, soin, fraternité, servir ensemble) décrit le mieux ta relation avec les personnes handicapées de ton Église ?
- Y a-t-il quelqu'un dans ton entourage dont tu as jugé le comportement sans savoir qu'il vivait avec une limite invisible ?
- Quand tu pries pour la guérison de quelqu'un, est-ce lui qui en a besoin, ou toi qui as besoin qu'il soit guéri ?
- Quel frère ou quelle sœur âgé ou limité pourrais-tu aider concrètement cette semaine, avec tes compétences et ton temps ?
- Comment pourrais-tu aider une personne qui vit avec un handicap à servir le Seigneur dans ton Église ?
Versets cités
- Jean 13:34-35
- Matthieu 17:17
- Romains 5:8-10
- Actes 3:1-10
- Luc 17:11-19
- Jean 9
- Psaume 139:13-16
- 1 Corinthiens 13
Questions fréquentes
Le handicap est-il un problème pour l'Église ?
Pour Rémy Lours, non. Malgré les difficultés, les souffrances et le sentiment d'injustice qu'il peut provoquer, le handicap ne doit pas être un problème. La personne qui en est touchée est bien plus souvent un cadeau qu'on ne le pense, même si cela demande de faire les choses autrement. Le vrai enjeu est celui de l'amour.
Faut-il toujours chercher la guérison d'une personne handicapée ?
Pasteur pentecôtiste, Rémy Lours croit à la puissance de Dieu, mais il invite à dépasser la nécessité de la guérison. Jésus n'est pas venu guérir les hommes mais les sauver, il n'a pas guéri tout le monde et la guérison ne garantit pas la conversion, comme le montrent les dix lépreux de Luc 17.
Comment aimer concrètement un frère ou une sœur limité par le handicap ?
En étant patient, en ne jugeant pas et en se supportant les uns les autres, comme l'enseigne 1 Corinthiens 13. Le prédicateur donne l'exemple d'une personne âgée qui a une fuite dans sa cuisine : prier est bien, mais l'amour se prouve aussi quand un frère qui s'y connaît en plomberie va réparer l'évier.
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