Introduction
Lors du dimanche « All In » de KXC, à King's Cross (Londres), Tim May présente la priorité que l'Église s'est fixée pour l'année qui vient : multiplier des disciples mûrs. Il le reconnaît avec humour : le mot « mature » ne l'a jamais beaucoup enthousiasmé, sauf quand il s'agit de cheddar. Pourtant, la maturité est au cœur du Nouveau Testament.
Tout part d'un vol de retour de vacances, cet été, au-dessus d'une Angleterre brûlée par la sécheresse. Au milieu de l'herbe brune, les arbres étaient restés verts. Et quelques semaines plus tôt, un grand arbre de son jardin était tombé, sain en apparence, mort à l'intérieur.
De ces deux images, le prédicateur tire un portrait du disciple mûr : comme l'arbre du Psaume 1, il est enraciné, résilient et reproductif. Il ajoute un témoignage personnel, celui d'une vie partie dans le chaos et transformée par la grâce de Dieu, à travers des personnes qui ont cru en lui.
Plan du message
1. Un appel à être « all in »
- Dans le livre des Actes, la multitude des croyants « n'était qu'un cœur et qu'une âme », et ils mettaient tout en commun (Actes 4:32). Pour Tim May, c'est cela, être « all in » : ne pas rester en surface ou en marge, mais se placer au centre de la communauté.
- L'Église invite chacun à s'engager dans quatre pratiques : venir, appartenir, servir, donner. Servir est souvent le plus court chemin vers l'amitié et forme le caractère de Christ. Donner est un outil pratique, mais aussi spirituel : « L'argent n'est pas mon patron. L'argent n'est pas mon dieu. »
- Une semaine de prière et de jeûne suit ce dimanche. Les tiraillements de la faim sont comme des sonneries d'alarme : « Je suis humain, j'ai des besoins, mais ce n'est pas moi qui les comble. C'est d'abord Dieu. »
- Parmi les sept priorités de l'Église, celle de l'année est claire : multiplier des disciples mûrs. Paul l'écrit aux Colossiens : son but est de présenter à Dieu tout homme devenu parfait, c'est-à-dire mûr, en Christ, et il y travaille avec la force de Christ qui agit en lui (Colossiens 1:28-29).
2. Des arbres verts dans un paysage desséché
- Le 20 août, assis seul près d'un hublot, Tim May demande à Dieu ce qu'il veut dire à son Église. Sous l'avion, l'Angleterre ressemble à un désert : herbe brune, sèche, morte. Mais les arbres sont restés verts et droits.
- Leur secret : une structure plus grande et plus solide, nourrie par des racines profondes. Il sent Dieu lui dire que, dans ces temps, il faudra être comme ces arbres, capables de prospérer pour eux-mêmes et pour les autres dans un paysage difficile.
- C'est l'appel du Psaume 1 : heureux l'homme qui trouve son plaisir dans la loi de l'Éternel. « Il est comme un arbre planté près d'un courant d'eau, qui donne son fruit en sa saison, et dont le feuillage ne se flétrit point » (Psaume 1:3).
- Tu as peut-être l'impression d'avoir peu de foi, peu à donner. Mais un arbre commence par une graine, petite et fragile, qui devient forte avec le temps.
3. L'arbre qui avait l'air sain
- Le 26 juillet, un voisin lui envoie un message : « Ton arbre est tombé. » Un arbre d'une quinzaine de mètres, retenu seulement par celui du jardin voisin. Sans avertissement, sans vent, sans pluie.
- L'arbre semblait en pleine santé, feuilles vertes comme tous les autres de la rue. Une fois à terre, on a vu l'intérieur : un bois pourri et sec. Il n'y avait plus rien pour le tenir debout.
- « On peut avoir la forme d'un chrétien sans la vie d'un chrétien. » On peut aller à l'église, lire sa Bible, écouter des prédications, dire les bonnes prières, et être mort à l'intérieur. C'est particulièrement facile quand on est un arbre déjà installé.
- Tim May se prend lui-même en exemple : il est « professionnellement chrétien ». Son revenu, son logement de prêtre de l'Église d'Angleterre, ses amis, tout dépend de sa foi. Il pourrait être sec à l'intérieur sans que personne ne le sache. Dans l'avion, à 40 ans, il a dû se repentir de certains domaines de sa vie qui ne tendaient pas vers la vie.
- Les temps sont durs : guerre mondiale (une crise de la sécurité), réchauffement climatique (une crise de la création), polarisation politique, intelligence artificielle (une crise de l'humanité : que veut dire être humain ?). Mais Jésus est ressuscité. Nous avons accès à la puissance de sa résurrection et nous n'avons pas à avoir peur.
- Dans l'Écriture, de la Genèse à l'Apocalypse, l'arbre parle de la vie avec Dieu. « Il n'est pas trop tard pour se repentir » et se replanter près des courants d'eau.
4. Enraciné : la maturité n'est pas l'indépendance
- Les racines reçoivent la vie, le tronc tient bon, les branches portent du fruit et des semences. Être enraciné, c'est savoir que la source de la vie n'est pas toi, mais Dieu. La maturité, ce n'est pas se suffire à soi-même, c'est dépendre de lui.
- « Les justes croissent comme le palmier, ils s'élèvent comme le cèdre du Liban » (Psaume 92:13-15). Tim May a vécu au Liban, juste sous une forêt de cèdres. Ces arbres n'atteignent leur maturité qu'entre 600 et 800 ans, peuvent vivre deux mille ans et leur bois ne pourrit pas. Salomon les a voulus pour le temple.
- Leurs racines descendent jusqu'à deux fois et demie la hauteur visible. « C'est la profondeur des racines, pas la vitesse du changement, qui fait tenir le cèdre. »
- Quelques questions pour t'examiner : de quoi dépend ton identité en ce moment ? Que se passe-t-il quand tu échoues, quand tu es critiqué ou oublié ? Développes-tu des racines cachées ou seulement des branches visibles ? Peux-tu rester en sécurité dans l'amour de Dieu quand ta situation ou ta réputation sont ébranlées ?
- KXC propose une règle de vie : neuf pratiques éprouvées par l'Église au fil des siècles, un cadre pour suivre Jésus. Son conseil : n'en prends qu'une, par exemple dans la première ligne (Écriture, prière, jeûne), et vis-la avec des amis.
- Il cite Jon Tyson, pasteur à New York : sans une règle de vie commune fondée sur des pratiques concrètes, le discipulat ne se fera pas en Occident, car l'individualisme et la consommation sont des forces trop séduisantes.
- Le prédicateur et sa femme sont tous deux enfants de pasteurs. Son père allait toujours s'asseoir dans le même fauteuil, allumait une bougie et priait, et tous deux le font encore. Cet été, ses enfants ont regardé son beau-père, retraité, prier et lire sa Bible : « Il n'est plus payé pour le faire », mais la pratique l'a formé et fait partie de lui.
5. Résilient : la maturité ne se forme pas dans le confort
- Le tronc soutient l'arbre et transporte la nourriture des racines vers le reste de l'arbre. Les branches changent selon les saisons, le tronc reste le même. C'est le caractère, « qui tu es vraiment quand personne ne regarde ».
- Jacques l'écrit : regarde comme un sujet de joie les diverses épreuves, car l'épreuve de ta foi produit la patience, afin que tu sois parfait et accompli (Jacques 1:2-4). Paul dit de même que l'affliction produit la persévérance, puis le caractère, puis l'espérance (Romains 5:3-4).
- Dans Génération anxieuse, Jonathan Haidt évoque l'expérience Biosphère 2, dans le désert de l'Arizona. Les arbres y grandissaient vite puis tombaient. On avait tout ajusté, sauf une chose : le vent. Le vent courbe le jeune arbre, tire sur ses racines et renforce son bois. Sans résistance, un arbre ne développe jamais la force de tenir debout.
- Haidt montre aussi que nous protégeons les enfants de ce qui les fait grandir (le jeu libre, le risque réel) tout en les exposant à ce qui leur fait du mal (un monde virtuel sans limite).
- Tim May raconte avec humour sa première déclaration à une jeune fille, dans un parc, avant les téléphones : la voix qui tremble, l'impression qu'on va mourir, et puis la réponse « moi aussi ». « Il n'y a pas de résilience formée dans le confort et la sécurité. »
- Une étude sur la génération Z : à la question de ce qui compte le plus dans un travail, 48 % répondent le bien-être. Il comprend pourquoi, mais rappelle que le confort à tout prix fait pourrir ce que l'on a. On grandit dans la tension : « Je prie pour déranger ta vie » avec les pratiques chrétiennes, le pardon, la communauté, le service et le don.
6. Dieu se sert des autres pour te faire grandir
- Ce que Dieu a le plus utilisé dans sa vie pour créer cette tension, ce sont les autres. Les groupes de maison (51 « hubs » à KXC) sont là pour cela : apporter défi et encouragement.
- Adolescent, raconte Tim May, sa vie était un pur chaos. Il a repoussé pendant dix mois la remise d'un devoir de chimie en baratinant son professeur. Derrière cette anecdote, il y avait une vie de chaos, de mensonge et de profond dégoût de lui-même, dans les substances, les relations et même la foi.
- Vers 17 ans, il veut prendre sa foi au sérieux et se rend à un culte en plein air dans sa petite ville du Devon. À la sortie, des amis lui proposent d'aller boire et se droguer. Il cède. « Chaque fois que quelque chose de difficile arrivait, je flanchais. »
- Ce qui a changé ? D'autres personnes. Sur un camp de jeunes, un responsable lui dit : « Tim, je vois en toi un leader », et l'invite à prêcher lors d'un voyage missionnaire au Kenya. Même après de graves erreurs, il lui dit : si tu te repens et veux orienter ta vie vers Jésus, prêche quand même.
- À 18 ans, au Liban, il se retrouve le lendemain de son arrivée devant 28 enfants de six ans comme instituteur. Pour la première fois, il découvre qu'il est capable de faire des choses.
- Plus tard, à un mentor qui ne cessait de l'encourager, il avoue tout ce qu'il cache. Celui-ci répond : « Mais je vois qui tu es en train de devenir. » Pour Tim May, renvoyé de l'école à une époque, c'est la preuve que ta vie peut changer : ce n'est pas une affaire d'origine ou d'effort, c'est l'œuvre de la grâce.
7. Reproductif : la maturité n'est pas du développement personnel
- Un arbre est mûr quand il peut se reproduire, porter du fruit et produire des semences. Le but de la vie chrétienne est de se donner aux autres.
- Une question directe : « Qu'est-ce que tu fais pour cette Église qui nous manquerait vraiment si tu arrêtais ? »
- Peut-être es-tu celui qui doit encourager : après le culte, envoie un message à un adolescent, un proche ou un ami pour lui dire : « Je vois qui tu es en train de devenir. »
- Venir, appartenir, servir, donner : quand chacun s'enracine, la vie peut couler. Le prédicateur rappelle que Londres est techniquement une forêt, avec 21 % de surface couverte d'arbres, et que les arbres donnent de la résilience à une ville. Des disciples mûrs seront de plus en plus nécessaires dans un monde instantané, immédiat et individualiste.
- Pour certains, cela commence par la repentance. Si la forme extérieure est là mais pas la substance, « dis-le à quelqu'un aujourd'hui ». Il n'y a aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ (Romains 8:1).
Points à retenir
- On peut avoir la forme d'un chrétien sans la vie d'un chrétien. Ce qui tient un arbre debout se trouve à l'intérieur et sous la surface.
- Être enraciné, c'est dépendre de Dieu et non de soi. Une seule pratique vécue avec d'autres vaut mieux que neuf abandonnées.
- La résilience ne naît pas du confort : comme le vent pour le jeune arbre, l'épreuve fortifie la foi.
- Dieu se sert souvent d'autres personnes pour nous faire grandir, par le défi et l'encouragement.
- La maturité se voit quand on se donne pour que d'autres s'épanouissent.
Application personnelle
- Y a-t-il un domaine de ta vie qui paraît sain de l'extérieur mais qui est sec à l'intérieur ? À qui pourrais-tu en parler cette semaine ?
- De quoi dépend ton identité en ce moment, et que fais-tu quand tu échoues ou que tu es critiqué ?
- Quelle pratique de la règle de vie (Écriture, prière, jeûne ou une autre) peux-tu choisir et vivre avec quelques amis ?
- Quelle épreuve ou quelle tension actuelle Dieu pourrait-il utiliser pour fortifier ton tronc ?
- À qui peux-tu dire aujourd'hui : « Je vois qui tu es en train de devenir » ?
Versets cités
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un disciple mûr selon Tim May ?
Tim May reprend l'image de l'arbre : un disciple mûr est enraciné, résilient et reproductif. Les racines reçoivent la vie, le tronc tient bon et les branches portent du fruit et des semences. Chaque trait corrige une fausse idée : la maturité ne repose ni sur l'indépendance, ni sur le confort, ni sur le simple développement personnel.
Pourquoi l'arbre tombé dans le jardin du prédicateur est-il un avertissement ?
Un arbre d'une quinzaine de mètres est tombé sans vent ni pluie. Il avait l'air sain, avec des feuilles vertes, mais son bois était pourri et sec. Pour Tim May, on peut de même avoir la forme d'un chrétien sans en avoir la vie : aller à l'église, lire la Bible, dire les bonnes prières, et être en train de mourir à l'intérieur.
Comment commencer à s'enraciner en Christ concrètement ?
Tim May propose une règle de vie : neuf pratiques éprouvées par l'Église au fil des siècles. Son conseil est de n'en choisir qu'une, par exemple dans la première ligne (Écriture, prière, jeûne), et de la vivre avec quelques amis. La profondeur des racines compte plus que la vitesse du changement.