3 Jean : Gaïus ou Diotrèphe, une culture de l'accueil

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Introduction

« Il y a de beaux meubles, de beaux canapés, de belles tables, un beau comptoir, mais ces choses n'accueillent pas les gens. Il faut des personnes pour accueillir des personnes. » Antonio Morra prêche alors que son Église vient d'aménager avec soin une salle d'accueil. Il rappelle une étude menée dans des Églises américaines : une personne qui vient pour la première fois se fait une idée de ce qu'elle recevra dans les dix ou quinze premières minutes, bien avant la prédication et bien avant la louange.

La salle n'est pas un projet : elle exprime ce que l'Église veut être. Pour le montrer, le prédicateur lit en entier la troisième épître de Jean, quinze versets qui tiennent sur une page de la plupart des Bibles. Deux hommes y sont mis face à face : Gaïus, qui accueille, et Diotrèphe, qui ferme la porte. Sa question traverse tout le message : Gaïus ou Diotrèphe ?

Plan du message

1. Gaïus accueille même ceux qu'il ne connaît pas

  • L'apôtre Jean écrit à Gaïus, que le prédicateur présente comme un ancien de l'Église. Il l'appelle quatre fois « bien-aimé ».
  • Au verset 5, Jean lui écrit : « tu agis fidèlement dans ce que tu fais pour les frères, et même pour des frères étrangers ». Antonio Morra invite à s'arrêter sur ces derniers mots.
  • Il est facile d'accueillir ceux que l'on connaît, les amis, la famille : même ceux qui ne connaissent pas le Seigneur le font. La force de l'Église, c'est de savoir recevoir ceux qui ne font pas encore partie de la famille.
  • Le mot grec traduit par « hospitalité » est philoxenia : l'amour de l'étranger, de celui qui est différent, de celui qui n'est pas comme moi.
  • « L'hospitalité biblique commence exactement là où finit notre zone de confort. » Elle n'exclut pas nos amitiés, mais elle nous pousse vers des personnes avec qui il n'y a pas d'affinité naturelle. On le fait par obéissance, et l'on découvre une grande richesse.
  • Gaïus ne faisait pas sa propre publicité. Si son témoignage est arrivé jusqu'à Jean, c'est parce que les frères ont « rendu témoignage de [sa] charité, en présence de l'Église » (verset 6).
  • « La vraie hospitalité raconte sa propre histoire. » Ceux qui ont été bien accueillis en parlent, parce qu'ils ont senti cette chaleur.
  • Ceux qui ont été mal reçus en parlent aussi. Si l'on te traite mal chez quelqu'un, dans un bureau ou à l'hôpital, cela te reste, d'autant plus quand une crise est déjà en cours.

2. Accueillir d'une manière digne de Dieu

  • Jean ajoute : « Tu feras bien de pourvoir à leur voyage d'une manière digne de Dieu. » Pas selon tes moyens, pas avec ce qui te reste, mais d'une manière digne de Dieu.
  • « L'hospitalité chrétienne ne se mesure pas à ce que tu peux donner, mais à ce que Dieu te dit de faire. »
  • Le prédicateur témoigne que Dieu l'a parfois poussé au-delà de ses possibilités, de ses moyens et de ses envies, notamment pour bénir quelqu'un financièrement, avec des sommes difficiles à donner sur le moment. Il précise que cela vaut aussi pour le temps et l'énergie.
  • Au verset 8, Jean conclut : « Nous devons donc accueillir de tels hommes, afin d'être ouvriers avec eux pour la vérité. » Gaïus n'a pas écrit d'épître et n'était peut-être pas un grand prédicateur, mais par son accueil il est devenu un collaborateur de la vérité.
  • Une accolade, une salutation, un café, un apéritif, un déjeuner ou un dîner dans les groupes de maison peuvent ouvrir l'esprit et le cœur des gens à la vérité. L'hospitalité fait tomber de grandes barrières et des préjugés. « Tu as des problèmes avec quelqu'un dans ton immeuble ? Fais-lui un gâteau et apporte-le-lui. »
  • Une dame a dit un jour à l'épouse du prédicateur : « J'aimerais me disputer avec toi, mais je n'y arrive pas. Tu es trop gentille. »
  • Préparer l'espace, nettoyer, disposer deux chaises autour d'une table : ce n'est pas un service secondaire. Certains écouteront la Parole le cœur ouvert parce qu'un regard ou un sourire aura fait tomber des années de préjugés sur Jésus et son Église.

3. Diotrèphe, celui qui aime être le premier

  • Verset 9 : « J'ai écrit quelques mots à l'Église ; mais Diotrèphe, qui aime à être le premier parmi eux, ne nous reçoit point. » Beaucoup de spécialistes pensent qu'il avait caché la lettre de Jean, alors que l'apôtre était probablement le seul, ou presque, des Douze encore en vie.
  • Au verset 10, Jean décrit son attitude. Il rejette l'autorité. Il tient de méchants propos : quand tu fermes la porte à quelqu'un, tu as besoin de te justifier, et il est facile de le faire en parlant mal de la personne. Le mot grec peut aussi se traduire par des paroles d'envie.
  • Il ne reçoit pas les frères et il empêche ceux qui voudraient le faire. Le prédicateur rappelle son message sur allêlôn, « les uns les autres » : « Il n'y a pas de terrain neutre. » Soit tu sèmes la bénédiction, soit tu sèmes des paroles mauvaises.
  • Une Église qui n'accueille pas devient un cercle fermé, stagnant, qui finit par mourir. « Jean ne s'inquiétait pas de ce que le monde n'accueille pas, il s'inquiétait quand l'Église n'accueille pas. »
  • Le mot grec employé pour Diotrèphe, philoprôteuô, n'apparaît qu'une fois dans le Nouveau Testament : celui qui aime être le premier, qui aime la prééminence. Comme philoxenia, il contient la racine philo, l'amour. « L'accueil révèle ce que tu aimes : les autres ou toi-même. »

4. Quand on s'aime au-dessus des autres

  • S'aimer soi-même n'est pas mauvais : Jésus a dit d'aimer son prochain comme soi-même. Le problème de Diotrèphe, c'est qu'il s'aimait au point de se placer au-dessus des autres. Il aimait être vu, être remarqué, monter sur un piédestal.
  • « Quand tu t'aimes trop, plus que les autres, alors chaque autre personne devient une menace. » Le prédicateur prend son propre exemple : si Dieu envoie quelqu'un qui, après quelques années, a une prédication puissante de la Parole, les responsables doivent lui faire de la place, même si cela veut dire céder la chaire.
  • Celui qui accueille ne fait pas que recevoir : il reconnaît ce qu'il y a dans les gens, et même ce qui n'est pas encore manifesté mais que Dieu révèle.
  • Faut-il accueillir sans discernement ? « Non, non, non. » Mais le bon discernement ne voit pas seulement ce qui ne va pas, il voit ce que Dieu a déposé. La question n'est pas « qu'est-ce que cette personne m'enlève ? », mais « comment puis-je mieux la servir ? ».
  • Jésus était très accueillant. Ses grands combats n'étaient pas avec les pécheurs, mais avec les scribes et les pharisiens qui se croyaient meilleurs que les autres et avaient le même esprit que Diotrèphe.
  • Personne n'avouera être comme Diotrèphe. Cet esprit se cache dans l'exclusion, dans le jugement porté sur le nouveau venu qui est différent, dans le regard qui toise quelqu'un parce qu'il n'est pas habillé comme on l'estime convenable. « Ces choses ont fait dans l'Église des dégâts dont vous n'avez pas idée. »
  • « L'accueil est une chose, la transformation en est une autre. » Ce n'est ni toi ni moi qui transformons, c'est Dieu. Le monde dit « viens comme tu es » ; l'Église ajoute : « et Dieu te transformera ». Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs.
  • Jean dit à Gaïus, peut-être de peur qu'il tombe dans le même piège : « Bien-aimé, n'imite pas le mal, mais le bien. Celui qui fait le bien est de Dieu ; celui qui fait le mal n'a point vu Dieu » (verset 11).
  • Ce que faisait Diotrèphe n'était pas un simple trait de caractère. « Vouloir être le premier est un mal dans l'Église. »
  • Le prédicateur entend Jean dire : « Moi, j'ai vu Dieu. J'ai marché trois ans avec Jésus. Il lavait les pieds, il allait vers les prostituées. J'ai posé ma tête sur sa poitrine, je l'ai touché. Et il n'est pas comme ça. »

5. Accueillez-vous comme Christ vous a accueillis

  • Romains 15:7 : « Accueillez-vous donc les uns les autres, comme Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu. » L'Église de Rome était cosmopolite, comme Milan, New York ou Shanghai aujourd'hui : des croyants venus du judaïsme, qui connaissaient bien la loi, et d'autres sauvés du paganisme. Un autre prédicateur de l'Église avait déjà bien développé ce point.
  • Le verbe est proslambanô : prendre avec soi, attirer près de soi, faire entrer dans son cercle. Au chapitre précédent, Paul écrit déjà : « Faites accueil à celui qui est faible dans la foi » (Romains 14:1), pour accueillir et non pour juger.
  • Paul donne l'ordre et la mesure : comme Christ nous a accueillis. « La mesure, c'est toujours Dieu. »
  • En Luc 15, on critique Jésus : « Cet homme accueille des gens de mauvaise vie, et mange avec eux. » Une des plus belles descriptions de Jésus est une critique, et pour nous c'est une libération : ami des pécheurs. Il a rassemblé des pêcheurs, un collecteur d'impôts et un zélote, deux hommes qui se seraient entretués, et il s'est assis à leur table, alors que la table était un lieu de communion dans le monde juif.
  • Le but ? La gloire de Dieu. Pas la croissance numérique, ni l'image de l'Église, ni le fait d'avoir une salle d'accueil comme les autres. « Notre accueil est une prédication sans chaire. »

6. Les premiers chrétiens connus pour leur accueil

  • Vers l'an 125, Aristide d'Athènes, philosophe converti, écrit une défense de la foi chrétienne pour l'empereur. Il ne parle ni de bâtiments ni d'influence politique, mais de leur manière de vivre : les chrétiens n'abandonnent ni les veuves ni les orphelins, et quand ils voient un étranger, ils l'amènent sous leur toit et se réjouissent pour lui « comme pour un vrai frère », car ils ne s'appellent pas frères selon la chair, mais selon l'esprit.
  • « Nous sommes frères et sœurs non parce que nous sommes nés du même sang humain, mais parce que nous sommes nés du même Père céleste. » Et ce Père a les bras très larges.
  • Au IVe siècle, Basile de Césarée, en Cappadoce, vend les biens dont il a hérité pour nourrir les affamés et les étrangers pendant une terrible famine. Il fait construire hors de la ville un ensemble pour accueillir les pauvres, les malades, les voyageurs et même les lépreux, qu'il aurait soignés de ses propres mains. Un ami le décrit comme une nouvelle ville ; beaucoup d'historiens y voient le premier hôpital.
  • Basile a écrit : « Les vêtements que tu gardes chez toi appartiennent à ceux qui sont nus. Les chaussures que tu laisses pourrir appartiennent à ceux qui vont pieds nus. L'argent que tu gardes caché appartient à ceux qui sont dans le besoin. »
  • Le mot latin hospes, l'hôte, a donné « hôpital ». Sans grands moyens, ces chrétiens avaient compris que celui qui souffre doit être accueilli, et que la chaleur compte parfois autant que le remède. « Je suis le premier à être loin de Basile », confie le prédicateur, « mais la même parole qu'ils lisaient, nous la lisons aussi. »

7. Une maison de Gaïus ou une maison de Diotrèphe

  • Dans la salle d'accueil, dans les maisons, dans les groupes, dans la rue, quand quelqu'un frappe à la porte, la question reste la même : Gaïus ou Diotrèphe ?
  • On ne devient pas forcément Diotrèphe exprès. Il suffit de rester toujours avec les mêmes personnes pendant que celui qui vient pour la première fois reste dans un coin sans que personne ne lui parle.
  • À Naples, on est connu pour le « je te fais un café ? ». C'est une façon de dire : détends-toi, fais comme chez toi.
  • Le prédicateur laisse trois engagements simples : arriver un peu en avance pour profiter de la communion et accueillir ceux qui sont là ; rester pour faire connaissance, échanger quelques mots, sourire ; aider ses amis et ses proches à se sentir inclus, loin des jugements faciles.

Points à retenir

  • Il faut des personnes pour accueillir des personnes : le mobilier ne remplace pas un cœur accueillant.
  • L'hospitalité biblique, philoxenia, commence là où s'arrête ta zone de confort et se mesure à ce que Dieu te demande.
  • L'accueil révèle ce que tu aimes : les autres, comme Gaïus, ou la première place, comme Diotrèphe.
  • Accueillir n'est pas transformer : ton rôle est d'accueillir, c'est Dieu qui transforme.
  • Tu es appelé à accueillir les autres comme Christ t'a accueilli, pour la gloire de Dieu.

Application personnelle

  1. Qui as-tu accueilli récemment en dehors de ton cercle habituel d'amis et de proches ?
  2. Quand tu donnes ton temps, ton énergie ou ton argent, te règles-tu sur tes moyens ou sur ce que Dieu te demande ?
  3. Y a-t-il en toi un peu de Diotrèphe : le désir d'être vu, la peur qu'un autre prenne ta place, un regard qui juge le nouveau venu ?
  4. Quelle personne de ton immeuble, de ton travail ou de ton Église pourrais-tu inviter pour un café ou un repas cette semaine ?
  5. Lequel des trois engagements proposés (arriver en avance, rester pour faire connaissance, inclure tes proches) vas-tu mettre en pratique dimanche prochain ?

Versets cités

Questions fréquentes

Qui sont Gaïus et Diotrèphe dans la troisième épître de Jean ?

Ce sont deux hommes de l'Église, Gaïus un ancien et Diotrèphe probablement un responsable lui aussi, que l'apôtre Jean met face à face. Gaïus, qu'il appelle quatre fois « bien-aimé », accueille fidèlement les frères, même étrangers. Diotrèphe, qui aime à être le premier, refuse de recevoir l'apôtre et ses envoyés, tient de méchants propos et chasse de l'Église ceux qui voudraient accueillir.

Que signifie l'hospitalité selon la Bible ?

Le mot grec est philoxenia : l'amour de l'étranger, de celui qui n'est pas comme moi. Pour Antonio Morra, l'hospitalité humaine reste dans le cercle de ceux avec qui l'on se sent bien. L'hospitalité biblique commence là où s'arrête notre zone de confort, et elle se mesure à ce que Dieu demande, pas à nos moyens.

Faut-il accueillir tout le monde sans discernement ?

Non, le discernement est nécessaire. Mais le bon discernement ne consiste pas seulement à voir ce qui ne va pas chez les gens. Il consiste aussi à voir ce que Dieu a déposé en eux et qui n'est pas encore apparu. Accueillir est une chose, la transformation en est une autre, et c'est Dieu qui transforme.

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