Comprendre les guerres de Canaan dans le livre de Josué

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Introduction

Certains passages de la Bible font trembler celui qui les lit. Les récits de conquête du livre de Josué font partie de ceux-là. Comment un Dieu bon a-t-il pu ordonner l'extermination des populations de Canaan, hommes, femmes, enfants et vieillards ? Ce message, prêché au Tabernacle dans la série sur Josué (thème général : la clé du courage), affronte cette difficulté sans la contourner. Il ne cherche pas une réponse facile, mais des repères théologiques solides pour tenir dans la foi devant un texte qui reste, en partie, une énigme.

Plan du message

1. Regarder la difficulté en face

  • Josué 6.21 : à Jéricho, les Israélites frappent d'anathème « hommes et femmes, enfants et vieillards, jusqu'aux bœufs, aux moutons et aux ânes ».
  • Josué 10.28 et suivants : Makkéda, Libna, Lakis, Églon, ville après ville, la même formule revient.
  • Deutéronome 20.16-18 : l'ordre est explicite, « tu ne laisseras la vie à rien de ce qui respire ».
  • Matthieu 5.43-45 : Jésus dit « aimez vos ennemis ». Comment tenir ces deux textes ensemble ?
  • Deux images pour ne pas se laisser piéger par l'apparence : un Martien qui entre dans une salle d'opération verrait un massacre, sans comprendre qu'il s'agit d'un acte d'amour ; un archéologue confessait qu'après avoir vu la civilisation cananéenne, il se demandait pourquoi Dieu avait tant tardé à intervenir.

2. Trois fausses pistes à écarter

  • Séparer l'Ancien et le Nouveau Testament. C'est la tentation de Marcion, ce hérétique du 2e siècle qui opposait un Dieu méchant de l'Ancien Testament au Dieu du Nouveau. Impossible : le Dieu d'Israël est le Père de Jésus. Jésus dit qu'il n'est pas venu abolir la Loi mais l'accomplir. Et l'amour de l'étranger est déjà dans le Lévitique 19.34.
  • Disqualifier notre sensibilité moderne, sous prétexte d'apostasie des derniers temps ou de relativisme culturel. Piège dangereux. Ce n'est pas seulement notre culture qui réagit : ce sont les paroles mêmes de Jésus sur l'amour des ennemis qui posent la question.
  • Réduire à une adaptation culturelle. Il y a du vrai, Dieu a fait des compromis pédagogiques dans l'Ancien Testament (polygamie, divorce). Mais l'extermination des Cananéens n'est pas une simple tolérance : c'est un commandement explicite. « Tu n'auras pas de pitié », dit même le texte.

3. Ce que le Nouveau Testament tranche clairement

  • Pour nous, chrétiens, la question est nette : pas question de faire comme Josué. « Les armes de notre combat ne sont pas charnelles » (2 Corinthiens 10.4). Le combat du royaume est spirituel.
  • La question du service armé pour la nation est distincte : elle concerne le royaume de César, pas le royaume de Dieu. Jésus l'a dit à Pilate : « Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi » (Jean 18.36).
  • L'histoire de la chrétienté fait rougir : après Constantin, les chrétiens ont utilisé la force armée « pour le royaume de Dieu ». Ce fut une erreur immense.
  • Le premier État à inscrire la liberté de conscience religieuse dans sa constitution fut le Rhode Island, fondé par Roger Williams, pasteur baptiste expulsé du Massachusetts. Comme le disait Spurgeon avec humour : « Les baptistes sont les seuls chrétiens qui n'ont jamais persécuté d'autres chrétiens, parce qu'ils n'en ont jamais eu l'occasion. »

4. La clé théologique : deux régimes, un seul Dieu

  • La théocratie que Dieu a instituée par Moïse était établie sur le plan charnel. Israël était un royaume de ce monde, avec sa constitution, son armée, ses frontières. On y entrait par la naissance selon la chair.
  • Paul appelle cet Israël « Israël selon la chair » (1 Corinthiens 10.18). Dans l'épitre aux Hébreux et aux Galates 4, Paul parle des « éléments du monde » que Dieu avait intégrés à titre pédagogique.
  • Le royaume du Christ est différent : on y entre par la nouvelle naissance, il est « justice, joie, paix par le Saint-Esprit » (Romains 14.17). Le combat contre le mal y est spirituel, pas charnel.
  • L'Israël selon la chair préfigurait (c'était un « type » (1 Corinthiens 10.6, 11)), l'Israël de Dieu, l'Église. Ce régime était temporaire, en attendant la venue du Sauveur.

5. La justice de Dieu respectée : intention et patience

  • L'intention prophylactique est explicite dans Deutéronome 20 : c'était pour que le peuple ne soit pas contaminé par le culte païen des Cananéens, sacrifices d'enfants, prostitution sacrée. Un culte véritablement horrible.
  • Dieu a attendu. Genèse 15.16 le dit à Abraham : les descendants seront esclaves en Égypte « environ 400 ans » parce que « l'iniquité des Amoréens n'est pas encore à son comble ». Dieu n'a pas frappé avant que la coupe ne soit pleine.

6. La question des enfants

  • La question la plus douloureuse : les enfants n'avaient rien mérité. Ici, il faut reconnaître que notre vision est partielle. Dieu voit au-delà, il intègre l'éternité dans ses calculs.
  • Pratiquement tous les théologiens évangéliques qui respectent l'autorité de la Bible considèrent que Dieu met les enfants morts en bas âge au bénéfice du sacrifice de Jésus-Christ. Ils sont sauvés.
  • Ce n'est pas dit avec une clarté explicite dans l'Écriture (sans doute pour ne pas encourager des dérives), mais les appuis sont solides : la tendresse particulière de Jésus pour les petits (Matthieu 18) ; la compassion de Dieu pour les 120 000 de Ninive « qui ne savent pas discerner leur droite de leur gauche » (Jonas 4.11) ; la parole de David sur son enfant mort : « c'est moi qui irai le rejoindre » (2 Samuel 12.23), David sachant, par les Psaumes 16 et 73, qu'une éternité bienheureuse l'attendait ; enfin l'histoire étrange de l'enfant de Jéroboam en 1 Rois 14, dont le décès est présenté comme une faveur, car « c'est le seul en qui Dieu a trouvé quelque chose de bon » dans cette famille.

7. Une porte toujours ouverte : Rahab

  • Ce n'était pas du racisme ni un extermination sans issue. Rahab, la femme de Jéricho, a reconnu que le Dieu d'Israël était le vrai Dieu. Elle a été sauvée avec sa famille et agrégée au peuple de Dieu.
  • La foi ouvrait la porte, même au cœur du jugement.

Points à retenir

  • Le Dieu de Josué et le Dieu de Jésus sont un seul et même Dieu. Impossible de les séparer sans détruire la foi chrétienne.
  • Pour le chrétien aujourd'hui, la voie est claire : les armes du royaume sont spirituelles, jamais charnelles.
  • La différence entre les deux régimes s'explique par la nature du royaume : Israël était un royaume charnel préfiguratif ; le royaume de Christ est spirituel.
  • Dieu n'a pas agi par caprice : il a attendu que la coupe d'iniquité des Cananéens soit pleine, et son intention était prophylactique.
  • Nous ne comprenons pas tout. Beaucoup d'énigmes ne se résoudront qu'à la venue du Seigneur en pleine lumière (1 Corinthiens 13.12).

Application personnelle

  1. Quand tu bloques sur un passage difficile de la Bible, quelle est ta première réaction : fuir, disqualifier le texte, ou apporter tes questions à Dieu ?
  2. Es-tu tenté, parfois, de séparer le Dieu de l'Ancien Testament de celui du Nouveau ? Comment le Christ te ramène-t-il à l'unité des deux ?
  3. As-tu clairement compris que le combat spirituel du royaume ne s'appuie jamais sur des armes charnelles, ni la force, ni la manipulation, ni la pression économique ou psychologique ?
  4. Es-tu prêt à laisser certaines questions ouvertes, en confessant que ta vision est partielle, sans que cela ébranle ta confiance dans la bonté de Dieu ?
  5. Gardes-tu tes yeux fixés sur Jésus (notre Josué), qui, au prix de sa vie, t'introduit dans la conquête de la vie éternelle ?

Versets cités

Questions fréquentes

Comment concilier l'ordre d'extermination des Cananéens avec le Dieu d'amour révélé par Jésus ?

C'est le même Dieu, mais deux régimes différents. Sous l'Ancienne Alliance, Dieu avait établi un royaume charnel (Israël, avec ses frontières, son armée, sa constitution), à titre pédagogique et temporaire, pour préparer la venue du Sauveur. Sous la Nouvelle Alliance, le royaume est spirituel : on y entre par la foi et la nouvelle naissance, et le combat contre le mal est spirituel, pas charnel. La différence entre Josué et Jésus n'est pas une contradiction dans le caractère de Dieu, mais un changement de régime voulu par Dieu lui-même.

Qu'advient-il des enfants tués dans ces jugements ?

La tradition évangélique, en s'appuyant sur des passages comme Matthieu 18, Jonas 4.11, 2 Samuel 12.23 et 1 Rois 14, considère que les enfants morts en bas âge sont mis au bénéfice du sacrifice de Christ et reçoivent la vie éternelle. Dieu voit au-delà de cette vie visible : il intègre l'éternité dans ses équations, ce que nous ne pouvons pas faire.

Un chrétien peut-il aujourd'hui invoquer Josué pour justifier une guerre religieuse ?

Absolument pas. Le Nouveau Testament est catégorique : « Les armes de notre combat ne sont pas charnelles » (2 Corinthiens 10.4). Jésus a dit à Pilate que son royaume n'est pas de ce monde. Toute violence exercée au nom du royaume de Dieu est une trahison de l'Évangile. L'histoire de la chrétienté, après Constantin, en offre des exemples douloureux qui appellent à l'humilité et à la repentance.

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