Introduction
Pierre Fauchy, pasteur de l'Église Nice Métropole, a écrit le titre de son message sur un post-it : « Je suis capable d'oublier l'inoubliable. » Un post-it sert à se rappeler une facture à payer ou une tâche à faire. Et pourtant, il arrive d'oublier une date de mariage, l'anniversaire de ses enfants ou de ses parents. « Même avec Dieu, on peut oublier l'inoubliable. »
Pour le montrer, le prédicateur ouvre deux textes. D'abord la parabole des deux débiteurs, en Matthieu 18, qu'il lit dans la version Nouvelle Français courant. Ensuite la lettre de Jésus à l'Église d'Éphèse, en Apocalypse 2. Les deux mettent en scène des gens qui ont reçu beaucoup et qui ont oublié d'où venait ce qu'ils avaient reçu.
Son message tient en une conviction : Dieu a oublié ton péché, mais il n'a jamais oublié le prix qu'il a payé. Et ce que tu as reçu gratuitement, tu es appelé à le transmettre.
Plan du message
1. Une dette que personne ne peut rembourser
- « Voici à quoi ressemble le royaume des cieux. Un roi décida de régler ses comptes avec ses serviteurs. » Le pasteur insiste : ce jour viendra. Jésus revient, il viendra chercher son Église, mais il viendra aussi régler ses comptes.
- Nous sommes dans un Évangile de grâce, et la grâce a une profondeur extraordinaire. Mais Dieu garde à l'esprit qu'il vient juger les nations, et nous juger aussi.
- Le serviteur doit une somme énorme, « colossale », « impensable ». N'ayant pas de quoi rembourser, il doit être vendu comme esclave, lui, sa femme, ses enfants et tout ce qu'il possède.
- Il se prosterne et demande : « Prends patience envers moi, je te rembourserai tout. » Il espère tout au plus un étalement ou une remise de sa dette. Mais le maître a un regard lucide : jamais il ne pourra rembourser.
- « C'est un peu nous. » Même si on a envie d'effacer l'ardoise, on ne pourra jamais, par nos forces ou nos capacités, changer la donne. C'est pour cela que Dieu a prévu le sacrifice de Jésus, annoncé dès la Genèse : lui seul peut payer notre dette.
2. Un Dieu qui se laisse bouleverser
- Le maître est « bouleversé ». Pierre Fauchy aime ce mot : « J'ai besoin d'entendre que je bouleverse mon Dieu, que mes incapacités bouleversent le cœur de mon Dieu. »
- On a parfois l'image d'un Dieu sévère, et il appliquera la règle. Mais c'est aussi un Dieu dont le cœur peut basculer quand quelqu'un le supplie. « On mérite un jugement, mais parce qu'on a choisi Jésus, le cœur de Dieu est bouleversé. »
- Le serviteur demandait un étalement. Le maître va plus loin : il ne remet pas la dette, il l'annule. Comme si ton banquier te disait d'oublier ton crédit.
- Le serviteur entre dans la pièce pour devenir esclave, il en sort libre. C'est ce que fait l'Évangile : tu entres chargé, endetté, tu entends que Jésus est mort pour tes péchés, et tu sors libre, avec ton nom inscrit dans le livre de vie. « Tu étais rien, tu deviens héritier. »
- Le pasteur évoque ce que la grâce produit : des foyers brisés restaurés, des familles qui se retrouvent, la drogue et l'alcool qui disparaissent.
3. Recevoir la grâce sans la laisser nous transformer
- À peine sorti, le serviteur rencontre un compagnon qui lui doit une petite somme. Il le saisit à la gorge : « Rembourse-moi ce que tu me dois. » L'autre le supplie avec les mêmes mots, mais il le fait jeter en prison.
- « On peut recevoir la grâce sans avoir laissé la grâce transformer notre regard sur les autres. » On est prêt à dire « Seigneur, pardonne-moi », et on reste dur quand il s'agit de laisser les autres vivre cette même grâce.
- La parabole parle du pardon, mais elle va plus loin. C'est un principe du royaume : « Ce que tu as reçu gratuitement, donne-le gratuitement. Ce que Dieu te permet de vivre, transmets-le. »
- Le maître convoque le serviteur : « Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon comme j'ai eu pitié de toi ? » Je t'ai pardonné, tu dois pardonner. Je t'ai donné, tu dois donner. « Tu ne peux pas recevoir la grâce et la bloquer derrière. »
4. Ce qui met Dieu en colère
- Au verset 34, le maître se met en colère. Pour le prédicateur, c'est rare et cela interpelle : on met Dieu en colère quand on fait obstruction à la grâce reçue, quand on ne la transmet pas. « Moi, j'ai pas envie de jouer avec la colère de Dieu. »
- Il est possible de connaître Dieu depuis des années, de servir dans l'Église, de connaître la Bible, d'avoir changé de vie, tout en étant dur envers ceux qui luttent encore.
- On peut critiquer quelqu'un qui tombe en oubliant qu'on est tombé soi-même. On peut exiger d'un autre une maturité qu'on n'avait pas au début de sa marche. On peut être plus exigeant envers les autres que Dieu ne l'a été envers nous.
- La grâce s'exprime à travers le pardon, à travers une attitude, à travers la patience. Jésus attend que nous transmettions ce que nous avons reçu gratuitement.
5. Éphèse, une Église solide qui a abandonné son premier amour
- En Apocalypse 2, Jésus commence par reconnaître les qualités de l'Église d'Éphèse : sa conduite, sa peine, sa persévérance. Elle ne supporte pas les méchants, elle a mis à l'épreuve ceux qui se disaient apôtres et démasqué les imposteurs. Elle a souffert sans se décourager.
- C'est une Église qui marche dans la pureté et qui a posé un cadre. Le pasteur le souligne : la sainteté est importante, et Dieu ne le nie pas.
- « Mais j'ai ceci contre toi. Tu as abandonné ton amour premier. » La conséquence est lourde : le chandelier sera retiré. Autrement dit : « Je m'en vais. »
- Ce premier amour, Pierre Fauchy le lit à la lumière de 1 Jean 4:19 : « Nous l'aimons, parce qu'il nous a aimés le premier. » Ce n'est pas d'abord l'amour que nous avions pour Dieu, c'est l'amour que Dieu a eu pour nous en remettant toute notre dette.
- « La vérité sans amour devient dure. L'exigence sans miséricorde écrase. Le discernement sans humilité finit par produire une supériorité spirituelle. » On devient alors comme le pharisien qui regarde le publicain en disant : je ne suis pas comme eux.
- Quand on oublie ce premier amour, on devient sec, dur, fermé, porté à la critique et au jugement. « Où est le cœur bouleversé ? Où est celui qui va prendre le pécheur et va l'accompagner sur la voie du salut ? »
6. Souviens-toi : Dieu n'a jamais oublié ce qu'il a payé
- Le premier mot de Jésus à Éphèse, c'est : « Souviens-toi. » Souviens-toi d'où tu es tombé, souviens-toi d'où tu viens.
- Le pasteur apporte une nuance : il ne s'agit pas de ressasser un péché que Dieu a oublié. « S'il a oublié notre péché, il n'a jamais oublié ce qu'il a payé. » Il n'a pas oublié que c'est la vie de son Fils qui a été donnée.
- Oublier l'inoubliable, c'est oublier combien Dieu nous a aimés, combien il nous a pardonné, combien il a fait sauter la dette. C'est aussi oublier comment il nous a aimés : en voyant les dégâts du péché dans notre vie, il a été bouleversé.
- Jésus appelle Éphèse à revenir à ses premières œuvres, sinon il enlèvera son chandelier. Il n'y a pas de petite parole encourageante, mais un avertissement solennel. Le serviteur injuste, lui, finit en prison.
- Dieu n'est pas contre la rigueur ni la marche spirituelle, « me faites pas dire ce que j'ai pas dit ». Mais il prend plus de plaisir à la miséricorde qu'aux sacrifices. La plupart des colères de Jésus visaient les scribes et les pharisiens, entrés dans une rigidité sans compassion.
7. Plus tu transmets la grâce, plus tu la vis
- « Tu veux être béni ? Bénis à ton tour. » C'est la logique divine : Dieu veut que nous donnions et que nous transmettions.
- Le pasteur en témoigne : plus il a avancé avec le Seigneur, plus il a vu que le fait de communiquer la grâce lui fait vivre davantage la grâce de Dieu. « C'est le secret de vivre des choses extraordinaires avec Dieu. »
- Les béatitudes vont dans ce sens : heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Il y a un lien de cause à effet.
- Le message débouche sur la sainte cène, qui a pour but de ne jamais oublier l'inoubliable : non pas revenir sur nos fautes, mais se souvenir de la dette disparue et du sacrifice de Jésus.
- Dans sa prière, le pasteur demande que les cœurs ne s'enferment pas dans la rigidité, qu'ils restent capables d'être bouleversés, et que l'Église devienne un canal de cette grâce. « Seigneur, tu es amnésique de notre passé », dit-il, avant d'ajouter : « tu nous rappelles ce matin que le prix payé ne peut être oublié ».
Points à retenir
- Ta dette envers Dieu était impossible à rembourser. Dieu ne l'a pas étalée, il l'a annulée par le sacrifice de Jésus.
- On peut recevoir la grâce sans la laisser transformer notre regard sur les autres. Ce que tu as reçu gratuitement, donne-le gratuitement.
- Le premier amour, c'est l'amour dont Dieu t'a aimé en premier. Sans lui, la vérité devient dure et l'exigence écrase.
- Dieu a oublié ton péché, mais il n'a jamais oublié le prix qu'il a payé. Se souvenir de cette grâce garde le cœur sensible.
- Plus tu deviens un relais de la grâce de Dieu, plus tu vis cette grâce dans ta propre vie.
Application personnelle
- Y a-t-il quelqu'un dont tu attends qu'il te « rembourse », alors que Dieu a annulé ta propre dette ?
- Envers qui te montres-tu plus exigeant que Dieu ne l'a été envers toi au début de ta marche ?
- Ta foi est-elle restée capable d'être bouleversée, ou est-elle devenue surtout une affaire de cadre et de règles ?
- Comment peux-tu, cette semaine, te souvenir concrètement de combien et de comment Dieu t'a aimé ?
- Dans quel domaine peux-tu transmettre la grâce reçue : par un pardon, par de la patience, par un geste de générosité ?
Versets cités
Questions fréquentes
Que veut dire « oublier l'inoubliable » ?
Pour Pierre Fauchy, oublier l'inoubliable, c'est oublier combien et comment Dieu nous a aimés : combien il nous a pardonné, combien il a fait sauter la dette, et comment il a été bouleversé en voyant les dégâts du péché dans notre vie. On peut connaître Dieu depuis des années et perdre de vue cette grâce.
Que nous apprend la parabole des deux débiteurs en Matthieu 18 ?
Un serviteur voit annulée une dette colossale, puis fait jeter en prison un compagnon qui lui doit une petite somme. Le prédicateur en tire un principe du royaume des cieux : ce que Dieu te donne, il attend que tu le transmettes. On peut recevoir la grâce sans la laisser transformer notre regard sur les autres.
Quel est le premier amour que l'Église d'Éphèse a abandonné ?
Pierre Fauchy s'appuie sur 1 Jean 4:19 : nous l'aimons parce qu'il nous a aimés le premier. Le premier amour n'est pas d'abord l'amour que nous avions pour Dieu, c'est l'amour que Dieu a eu pour nous en remettant toute notre dette. Sans lui, une Église rigoureuse devient sèche, dure et rigide.