1 Jean 4 : aimé le premier, libéré de la comparaison

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Introduction

Imagine la plaine de Dothan, à une vingtaine de kilomètres au nord de Sichem. Dix frères y gardent les troupeaux de leur père. Au loin passe la route des caravanes qui mène vers l'Égypte. Au bout du chemin, une silhouette apparaît, trop loin pour qu'on voie son visage, mais assez près pour qu'on reconnaisse les couleurs de sa tunique. Cette tunique, leur père ne l'a fait faire que pour un seul de ses fils : Joseph.

Mounir Nosel ouvre ainsi son message « Aimé le premier ». Ce que ressentent les frères ce jour-là, dit-il, nous l'avons tous ressenti un jour. C'est une question qu'on se pose rarement à haute voix : « Est-ce que je suis aimé ? Est-ce que je suis aimé autant que lui, autant qu'elle ? » On compte les messages reçus le jour de son anniversaire. On tombe sur la photo d'un dîner entre amis auquel on n'a pas été invité. Et parfois, c'est ici même, dans l'Église.

Le désir d'être aimé n'est pas mauvais en soi : Dieu nous a créés pour aimer et pour être aimés. Ce qui se dérègle, c'est quand l'amour des autres devient la condition pour nous sentir quelqu'un. Le fil conducteur du message est 1 Jean 4:19 : « Pour nous, nous l'aimons, parce qu'il nous a aimés le premier. »

Plan du message

1. À Dothan, la tunique fait d'un frère un rival

  • Le texte ne dit pas que Joseph avait fait du mal à ses frères. Les verbes de Genèse 37:4 sont autres : « ils virent » que leur père l'aimait plus qu'eux tous, et « ils le prirent en haine ».
  • La préférence de Jacob pour Joseph était connue et réelle. Était-elle juste ? Le prédicateur rappelle que cela se vit aussi dans nos familles. Quand on te demande quel est ton enfant préféré, « c'est une question piège. Ne répondez pas avec un prénom. »
  • Leur blessure était réelle. Leur haine, elle, n'était pas juste. Car ces frères étaient aimés eux aussi : si Joseph est venu dans ce champ, c'est parce que leur père s'inquiétait pour eux. « Va, je te prie, et vois si tes frères sont en bonne santé » (Genèse 37:14).
  • Joseph arrive porteur de l'amour de leur père. Mais eux ne voient pas cet amour. Ils ne voient que la tunique, le symbole de la préférence. Ce jour-là, dans le champ, le frère est devenu leur cible.

2. Le piège de la comparaison

  • « C'est terrible, mais c'est tellement humain. » Au lieu de te réjouir pour quelqu'un, une petite phrase monte : « Pourquoi elle a reçu ça et pas moi ? »
  • Ce réflexe s'apprend tôt : dans la famille, dans l'éducation, puis à l'école, avec les notes, le classement, le premier et le dernier de la classe. Dès les petites classes, on remarque que le premier semble le plus aimé de la maîtresse.
  • Le premier de la classe portait déjà une tunique invisible. Nous avons grandi, mais beaucoup fonctionnent encore sur ce principe de la tunique.
  • Voici le piège : « Quand je regarde ce que l'autre reçoit, je ne vois plus ce que moi-même je reçois. Et peu à peu, mon propre frère peut devenir mon rival. »
  • Ce besoin d'être aimé pousse parfois à suivre la foule, à chercher des preuves d'appartenance juste pour se sentir exister. Jean le remarque chez certains chefs religieux qui croyaient en Jésus mais se taisaient, par peur d'être exclus de la synagogue : « Car ils aimèrent la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu » (Jean 12:42-43).
  • Pour sortir de ce piège, il faudrait quelqu'un qui n'a jamais eu besoin de regarder la tunique des autres, quelqu'un qui sache avant toute chose qu'il est aimé. Ce quelqu'un existe : c'est Jésus.

3. Jésus vit à partir de l'amour du Père

  • Le prédicateur quitte Dothan pour le bord du Jourdain. Une foule de gens ordinaires est venue se faire baptiser par Jean. Au moment où Jésus est baptisé, le Père déclare : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé » (Matthieu 3:17).
  • À ce moment-là, Jésus n'a encore rien fait en public. Pas de miracles, pas de foules autour de lui, pas encore la croix. Le Fils de Dieu, qui a quitté la gloire du ciel, a vécu trente ans d'une vie ordinaire à Nazareth, comme charpentier.
  • C'est sur cette vie ordinaire que le Père prononce : « C'est mon Fils bien-aimé. » Avant les œuvres, il y a l'amour.
  • Jésus n'a pas besoin de gagner l'amour du Père : il le reçoit et il vit à partir de cet amour. « C'est pour ça qu'il ne regarde jamais la tunique de personne. »

4. Dieu a envoyé son Fils bien-aimé vers nous

  • Si on est honnête, on ressemble bien plus aux frères de Joseph qu'à l'exemple de Jésus. Comment l'amour que Jésus a reçu peut-il devenir le nôtre ?
  • Jacob avait envoyé son fils vers ses frères par amour pour eux. Dieu a fait la même chose : il a envoyé son Fils bien-aimé vers nous. Et nous avons fait comme les frères : nous ne l'avons pas reçu.
  • C'est précisément là que Dieu a montré jusqu'où il nous aime : « Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous » (Romains 5:8). La vie de son propre Fils, en échange de notre salut et de notre liberté : « Est-ce qu'il y a un plus grand cadeau que ça ? La réponse est non. »
  • Jésus l'avait annoncé : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jean 15:13). Paul va un peu plus loin : Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs, encore jaloux, encore à regarder la tunique des autres. Il n'a pas attendu que nous méritions son amour, il nous l'a donné d'abord.
  • Le troisième jour, Dieu l'a ressuscité. La résurrection prouve que le sacrifice a été accepté, que le pardon est réel et que Jésus est vivant aujourd'hui.
  • Jésus est le Fils bien-aimé de toute éternité, et nous devenons enfants par adoption en lui. Ce que le Père a dit de Jésus au Jourdain, il le dit chaque jour de tous ceux qui mettent leur foi en Christ : « mon enfant bien-aimé ».

5. Aimé le premier, avec une place pour chacun

  • Le prédicateur cite Bernard de Clairvaux, au XIIe siècle, dans son traité de l'amour de Dieu : « Il nous a aimés le premier, lui si grand, nous si petits, et tant et gratuitement. »
  • Premier dans le temps : avant ta naissance, avant la fondation du monde, Dieu t'a choisi personnellement en Christ (Éphésiens 1:4).
  • Premier en intensité : personne ne t'aimera plus que lui, « même pas vous-même, de façon surprenante ». Il t'aime de manière inconditionnelle, tel que tu es, avec tes dons, tes forces et tes faiblesses. Il ne t'aime pas pour ce que tu lui rapportes.
  • Tu n'as donc pas besoin d'être le premier pour être aimé, comme à l'école ou dans l'entreprise. C'est lui qui t'a aimé le premier, et la dynamique est inversée. Le prédicateur invite d'ailleurs l'assemblée à se tourner vers un voisin pour lui rappeler que Dieu l'aime.
  • Dieu ne va pas réécrire ton passé, mais il vient combler ce qui a manqué, car son amour n'a pas de limite.
  • « Dans la maison de Jacob, il n'y avait qu'une seule tunique. Mais dans la maison du Père, il y a plusieurs demeures » (Jean 14:2). Ta place, c'est lui qui te l'a donnée. Personne ne pourra te la voler, ni au travail, ni dans ta famille, ni dans l'Église.
  • Nous sommes parfois prêts à beaucoup pour être acceptés par un groupe ou par une personne. Mais même si tout le monde ne t'accueille pas, ta place ne dépend pas d'eux. Son amour suffit pour savoir qui tu es.
  • Il y a la réalité que nous vivons : le silence d'un ami, une histoire personnelle, la réaction d'un ami à qui l'on annonce qu'on est chrétien. On en tire vite des conclusions : « Je ne suis pas si important », « je ne compte pas », « personne ne m'aime », et même « peut-être que Dieu ne m'aime pas ».
  • À cette réalité, il faut opposer la vérité. Jésus dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14:6). Il est le même hier, aujourd'hui et éternellement (Hébreux 13:8), et la vérité ne change pas : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle » (Jean 3:16).
  • Paul l'affirme : ni la mort ni la vie ne pourront nous séparer de l'amour de Dieu (Romains 8:38-39). « Soyez-en sûrs, soyez rassurés, attachés à cette vérité. »

6. Libre d'aimer et de se réjouir pour les autres

  • Quand cet amour devient ton point de départ, tu peux féliciter sincèrement l'autre pour ce qu'il reçoit, parce que rien ne pourra te déraciner.
  • Jean-Baptiste l'a vécu. Ses disciples viennent le trouver, inquiets : tout le monde va vers Jésus. « C'est comme s'il y avait un stand de Jean-Baptiste et un stand de Jésus. » Jean aurait pu se comparer. Il répond : « Il faut qu'il croisse, et que je diminue », et il ajoute que sa joie est parfaite (Jean 3:26-30).
  • C'est de l'abondance du cœur que la bouche parle (Matthieu 12:34), et c'est pourquoi l'Écriture nous dit de garder notre cœur (Proverbes 4:23). Dans le cœur de Jean-Baptiste, c'est l'amour qui avait été planté, et ce fruit rend gloire à Dieu.
  • Une vie ordinaire n'est pas une vie moins aimée. Même dans la maladie, la souffrance ou la tristesse, tu es autant aimé de Dieu. Dieu aime des gens ordinaires, il les équipe, et c'est à travers eux qu'il fait des choses extraordinaires.
  • Jésus nous envoie avec ce commandement : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 13:34). Dans le RER, au bureau, à la sortie de l'école, dans ta cuisine un mardi soir : c'est là qu'il veut aimer à travers toi.

7. « Approchez-vous de moi »

  • Le prédicateur revient une dernière fois aux frères de Joseph. Vingt-deux ans ont passé. En Égypte, Joseph pleure si fort que les Égyptiens l'entendent. Il leur dit : « Approchez-vous de moi. Je suis Joseph, votre frère » (Genèse 45:1-4).
  • Joseph ne se venge pas. Il n'a plus besoin de leur amour pour savoir qui il est. Il peut donc les aimer le premier : « Sinon, la porte ne se serait pas ouverte. »
  • Ce que Joseph a fait pour ses frères, Jésus l'a fait pour nous de manière bien plus parfaite. Le Fils bien-aimé, rejeté par les siens, est devenu celui qui les sauve.
  • Ce matin encore, il nous dit : « Approchez-vous. » Nous sommes invités à venir à lui, à reconnaître notre jalousie et notre convoitise de la tunique de l'autre, et à recevoir ce qu'il nous a acquis par la croix et la résurrection : le nom d'enfant bien-aimé de Dieu.

Points à retenir

  • Le désir d'être aimé vient de Dieu. Il se dérègle quand l'amour des autres devient la condition pour se sentir quelqu'un.
  • Quand je regarde ce que l'autre reçoit, je ne vois plus ce que je reçois moi-même, et mon frère devient mon rival.
  • Au Jourdain, le Père appelle Jésus « mon Fils bien-aimé » avant tout miracle : avant les œuvres, il y a l'amour.
  • Dieu nous a aimés le premier, alors que nous étions encore pécheurs. En Christ, il nous appelle ses enfants bien-aimés.
  • Dans la maison du Père, il n'y a pas une seule tunique : il y a une place pour chacun, et personne ne peut te la prendre.

Application personnelle

  1. Quelle « tunique » regardes-tu en ce moment chez un frère, une sœur, un collègue ou un ami ?
  2. Dans quelles situations l'approbation des autres devient-elle pour toi la condition pour te sentir quelqu'un ?
  3. Quelle conclusion as-tu tirée d'une blessure ou d'un silence, et quelle vérité de la Parole peux-tu lui opposer ?
  4. Pour qui pourrais-tu te réjouir sincèrement cette semaine, comme Jean-Baptiste devant Jésus ?
  5. Où, dans ton quotidien ordinaire, Dieu veut-il aimer quelqu'un à travers toi ?

Versets cités

Questions fréquentes

Pourquoi les frères de Joseph l'ont-ils haï ?

Selon Genèse 37:4, ils virent que leur père l'aimait plus qu'eux tous et ils le prirent en haine. Mounir Nosel souligne que le texte ne dit pas que Joseph leur avait fait du mal. Leur blessure était réelle, mais leur haine n'était pas juste : eux aussi étaient aimés, puisque Jacob envoyait Joseph prendre de leurs nouvelles.

Que signifie « il nous a aimés le premier » en 1 Jean 4:19 ?

Pour Mounir Nosel, Dieu est premier dans le temps : il nous a choisis en Christ avant la fondation du monde. Il est aussi premier en intensité : personne ne t'aimera plus que lui. Il t'aime tel que tu es, sans rien attendre en retour, et il n'a pas attendu que tu mérites son amour.

Comment sortir du piège de la comparaison ?

Le prédicateur invite à recevoir d'abord l'amour du Père, comme Jésus au Jourdain, déclaré Fils bien-aimé avant tout miracle. Quand cet amour devient ton point de départ, tu n'as plus besoin de regarder la tunique des autres et tu peux te réjouir de ce qu'ils reçoivent, comme Jean-Baptiste.

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