Introduction
« Mes amis, Dieu n'a pas de favoris. » David Turner prêche à All Souls Langham Place, à Londres, dans une série du dimanche matin sur le livre des Actes intitulée « No Favourites » (pas de favoris). Ce message porte sur Actes 10:1-23.
Le prédicateur rappelle que l'histoire commencée dans les Actes n'est pas terminée. Ce dimanche-là, dit-il, près de 2,4 milliards de personnes se rassemblent dans plus de 37 millions d'églises à travers le monde pour suivre Jésus. Et peut-être que quelqu'un dans l'assemblée fera ce pas avant la fin de la journée.
Actes 10 est un tournant. Deux hommes, Pierre et Corneille, deux visions, et l'œuvre de Dieu : « quatre jours qui ont changé le monde et ouvert notre époque ». David Turner suit le texte en trois temps : Dieu prépare Corneille, Dieu prépare Pierre, puis Dieu organise leur rencontre.
Plan du message
1. La porte la plus difficile à ouvrir
- L'Évangile, parti de Jérusalem, s'est répandu en Judée et en Samarie et avance vers les extrémités de la terre, comme Jésus l'avait promis en Actes 1:8.
- Pierre est un catalyseur dans tout cela. Le Seigneur a fait de lui une sorte d'ouvreur de portes, celui qui tient les clés du royaume (Matthieu 16). Pour un croyant juif de Palestine, traditionnel et enraciné dans ses convictions, ce n'était pas simple. Aller vers les Samaritains était déjà difficile.
- Au chapitre 10, Pierre affronte son plus grand défi : la clé la plus dure à tourner, la porte qui doit s'ouvrir aux païens. « Et cela, vous savez, nous concerne presque tous. »
- Luc consacre à ce récit l'ensemble le plus long du livre, d'Actes 10:1 à 11:18 : 66 versets. La vision de Corneille est racontée quatre fois, celle de Pierre deux fois, et Pierre y revient encore au concile de Jérusalem (Actes 15).
- « Sans ces événements, je ne serais pas devant vous. » Ni ce bâtiment, ni une culture et un système juridique façonnés par le christianisme, ni le phénomène mondial de la foi chrétienne n'existeraient.
2. Dieu ne fait point acception de personnes
- Le cœur du passage se trouve en Actes 10:34-35 : « En vérité, je reconnais que Dieu ne fait point acception de personnes, mais qu'en toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable. »
- Dieu ne fait pas de distinction selon la race, l'origine ethnique, la couleur, la classe, le statut social, l'éducation, l'intelligence, le sexe, l'identité ou la religion passée. Il n'y a pas de cercle privilégié dans l'Église de Jésus-Christ, pas de citoyens de seconde zone, pas de « passage en première classe » en montant la passerelle de l'avion de l'Évangile.
- Pierre le dit lui-même en Actes 10:28 : « Vous savez qu'il est défendu à un Juif de se lier avec un étranger ou d'entrer chez lui ; mais Dieu m'a appris à ne regarder aucun homme comme souillé et impur. »
- Le fossé entre les deux hommes semblait infranchissable. Les rabbins avaient interprété l'alliance avec Abraham de façon si exclusive que presque tout contact avec un non-Juif était considéré comme un péché, ou un péché en puissance. Entrer chez un païen rendait rituellement impur. Il était même traditionnellement interdit d'aider une femme païenne à accoucher. Les non-Juifs étaient traités de chiens.
- « La tragédie, c'est qu'Israël a transformé la doctrine de l'élection en favoritisme. » Pourtant, dès Genèse 12, le plan de Dieu avec Abraham était de bénir les nations.
- Corneille, lui, est un soldat romain. Aucun groupe de païens n'était plus détesté des Juifs de Palestine que leurs occupants. La leçon vaut pour nous : « N'ose jamais rayer quelqu'un de ta liste. » Le racisme, l'élitisme, le mépris de classe, l'âgisme ou le sexisme n'ont aucune place quand il s'agit de l'Évangile.
3. Dieu prépare Corneille (versets 1 à 8)
- Corneille est centenier de la cohorte dite italienne, en garnison à Césarée, la capitale provinciale sur la côte, à une cinquantaine de kilomètres au nord de l'actuelle Tel-Aviv. Mais Luc insiste moins sur son métier que sur son caractère.
- Le verset 2 dit quatre choses de lui : il est pieux, il craint Dieu avec toute sa maison, il fait beaucoup d'aumônes et il prie régulièrement. « Craignant Dieu » désigne souvent, dans le Nouveau Testament, des païens attirés par le Dieu d'Israël, lassés du polythéisme, sans être devenus prosélytes. Le verset 22 ajoute qu'il a bonne réputation auprès de toute la nation juive.
- David Turner se souvient d'un ami juge invité à un événement chrétien, qui lui avait dit : « Écoute, David, je ne suis pas croyant, mais je suis admirateur. » C'est un peu Corneille.
- C'est le genre d'homme qu'on aimerait avoir pour voisin, pour collègue, pour enseigner ses enfants ou garder les clés de sa maison. D'où une question honnête : pourquoi certains de mes amis non chrétiens semblent-ils parfois plus aimables que certains chrétiens ?
- Il est juste de dire qu'on est soit mort dans le péché, soit vivant en Christ. Mais il existe des non-chrétiens respectables et aimés, parfois nos meilleurs amis. On peut parler de grâce commune ou de préparation à l'Évangile. Cela ne veut pas dire qu'ils n'ont pas besoin de Jésus.
- La piété de Corneille est réelle mais incomplète. Il est bon, mais pas encore chrétien. Il doit croire en Jésus pour recevoir le pardon des péchés (Actes 10:43), entendre les paroles par lesquelles il sera sauvé avec toute sa maison (Actes 11:14), et recevoir la repentance qui mène à la vie (Actes 11:18).
4. Trois idées qui s'infiltrent dans l'Église
- L'universalisme : tout le monde finira par être sauvé, « l'enfer a zéro habitant ». Le prédicateur dit avoir le sentiment terrible que c'est une croyance implicite dans de larges secteurs de l'Église d'Angleterre. C'est loin de ce que Jésus a enseigné.
- Le pluralisme : il y aurait de nombreux chemins vers Dieu, et quiconque est sincère et craint Dieu serait déjà agréé. « Si tout allait bien, pourquoi Dieu se donnerait-il tant de peine ici pour que Pierre parle de Jésus à Corneille ? »
- L'inclusivisme : on est sauvé par Christ seul, mais sans avoir besoin de placer consciemment sa foi en lui. Cela non plus, ce n'est pas ce qu'enseigne le Nouveau Testament.
- Corneille doit entendre l'Évangile, et l'entendre d'un apôtre. C'est ce que Dieu organise : à l'heure de la prière de trois heures de l'après-midi, un ange lui dit d'envoyer chercher à Joppé un certain Pierre, logé chez Simon le corroyeur, près de la mer.
- Corneille obéit simplement et tout de suite. « Le tableau complet est rarement clair quand Dieu te donne la prochaine étape. La question est souvent de savoir si tu vas la franchir. »
5. Dieu prépare Pierre (versets 9 à 16)
- Le lendemain à midi, pendant que les hommes de Corneille sont en route, Pierre prie sur le toit à Joppé. Huit siècles plus tôt, Jonas avait pris un bateau à Joppé pour fuir l'appel de Dieu à prêcher aux païens. Cette fois, ce sera différent.
- « Il est rassurant, pour moi en tout cas, de découvrir que les apôtres eux-mêmes peuvent être distraits pendant la prière. » Pierre a faim, un bon repas se prépare en bas, et il tombe en extase.
- Il voit une grande nappe descendre du ciel, pleine de quadrupèdes, de reptiles et d'oiseaux, et entend : « Lève-toi, Pierre, tue et mange. » Il répond, horrifié : « Non, Seigneur, car je n'ai jamais rien mangé de souillé ni d'impur. » Puis vient la réponse qui défie encore les préjugés à travers les siècles : « Ce que Dieu a déclaré pur, ne le regarde pas comme souillé » (verset 15). Cela arrive trois fois.
- Pierre n'est ni têtu ni déraisonnable. Pour lui, c'est une question de sainteté, d'obéissance, d'identité et de fidélité à l'alliance. Lévitique 11 donne toute une liste d'aliments interdits, et Lévitique 20:26 montre que le but premier de Dieu était de mettre son peuple à part, comme un mur qui empêchait toute compromission avec les païens. Le prédicateur note que ses voisins juifs orthodoxes et hassidiques du nord de Londres déclinent encore, très poliment, ses invitations à prendre un café.
- Cela paraît dur, reconnaît-il, mais ce n'est pas si différent de ce que les parents disent à leurs enfants : tous les inconnus ne sont pas dangereux, mais on leur apprend tout de même à ne jamais accepter de bonbons ni monter en voiture avec quelqu'un qu'ils ne connaissent pas.
- Dieu montre à Pierre que quelque chose a changé. La vision parle de nourriture, mais Pierre comprend aussitôt qu'elle concerne les personnes. Jésus avait déjà déclaré tous les aliments purs (Marc 7:19). Dieu ne veut pas changer le régime de Pierre, mais sa compréhension de l'Église. Maintenant que Christ est venu, les vieilles distinctions entre pur et impur, nous et eux, dedans et dehors, ont disparu. « Tourne la page, Pierre. Profite du festin. »
- L'Évangile a commencé chez le peuple le plus religieux du monde. Pourtant, il leur a été dit encore et encore que la piété et les bonnes œuvres ne règlent pas le problème du péché. Le seul espoir est la foi en Jésus. « C'était vrai alors, et c'est encore vrai aujourd'hui. »
6. Dieu organise la rencontre (versets 17 à 23)
- Dieu n'élargit pas seulement la théologie de Pierre, il affronte son cœur. « Si Dieu nous a acceptés par grâce, nous n'avons tout simplement aucun droit de construire des barrières que Dieu a enlevées. »
- Pierre se demande ce que signifie la vision (verset 17), il y réfléchit (verset 19). Les hommes de Corneille arrivent, et l'Esprit lui dit : « Lève-toi, descends, et pars avec eux sans hésiter, car c'est moi qui les ai envoyés » (verset 20). Le mot traduit par « hésiter » peut aussi vouloir dire « faire une distinction ». Ne fais pas de distinction, Pierre.
- Au verset 23, Pierre fait l'impensable : il fait entrer ces hommes païens, envoyés par un soldat romain, et les loge comme ses hôtes. Le lendemain, il franchit un seuil à la fois réel et symbolique pour rencontrer Corneille. La suite, une sorte de Pentecôte des païens, sera prêchée les deux dimanches suivants.
- L'Église est l'une des rares communautés au monde où des gens d'origines et de parcours totalement différents sont réellement unis. Cette unité ne repose pas sur la ressemblance mais sur Christ. « Le monde crée la communauté en cherchant des gens semblables. Le christianisme crée une communauté entre des gens qui n'avaient aucune raison d'être ensemble. »
- Paul le dit en Éphésiens 2:14-15 : Christ « est notre paix, lui qui des deux n'en a fait qu'un, et qui a renversé le mur de séparation, l'inimitié », afin de créer en lui-même avec les deux un seul homme nouveau, en établissant la paix. Tout cela s'est accompli à la croix.
- Fin juillet, David Turner était à Édimbourg pour les funérailles de Lord Mackay of Clashfern, mort à 99 ans, ancien Lord Chancelier sous Margaret Thatcher, chrétien remarquable et habitué d'All Souls. Lors d'un temps d'accueil, un jeune Singapourien d'une vingtaine d'années, qui ignorait tout de lui, s'était présenté : il travaillait dans l'informatique. Lord Mackay avait répondu avec son joyeux accent écossais : « Moi, c'est James, et je travaille dans le droit. » « C'est ainsi que les choses doivent être. »
7. Es-tu Pierre, ou es-tu Corneille ?
- All Souls n'est pas une Église parfaite. Un texte comme celui-ci oblige à examiner son cœur : « Est-il possible que je sois un chrétien partial ? » Certaines barrières sont évidentes : la race, la classe, la langue, l'intelligence, la nationalité, le statut migratoire. D'autres sont plus subtiles : les désaccords politiques, une situation familiale compliquée, un passé qui nous gêne, une apparence ou un mode de vie, des questions qui nous menacent, des gens qui n'entrent pas dans le moule chrétien respectable.
- « Regarde les gens à travers la croix. Ce que Dieu a déclaré pur, ne le regarde pas comme souillé. » Aucun seuil n'est trop compliqué pour que l'Évangile le franchisse.
- Première question : es-tu Pierre ? Tu n'as pas eu sa vision et tu n'es pas apôtre. Mais Dieu prépare peut-être tes pas pour que tu sois le Pierre d'un Corneille : quelqu'un de ta classe, de ton bureau, de ta famille, de ton quartier ou de ton club de sport. L'Église a encouragé chacun à utiliser un guide intitulé « Fisherman » (pêcheur) pour identifier deux personnes et prier pour elles. Qui laisses-tu en dehors de ta liste ? Y a-t-il des gens que tu préférerais, au fond, ne pas voir à l'église ? « Ne sois jamais, jamais, un chrétien partial. »
- Seconde question : es-tu Corneille ? Les gens disent que tu es quelqu'un de bien, sincère, digne de confiance. Tu as des amis chrétiens, tu aimes ce que l'Église apporte, tu pries parfois et tu soutiens de bonnes causes. Mais tu es peut-être encore un admirateur, pas un croyant. « Ta sincérité ne suffit pas. Ta bonté ne suffit pas. Tu as encore besoin de Christ. »
- Corneille s'est repenti et a cru en Christ, et ce fut l'un des plus grands moments de l'histoire. Aujourd'hui encore, quelque part dans le monde, quelqu'un se tourne vers Jésus. « Ne remets pas à plus tard une décision dont tu sais dans ton cœur que tu dois la prendre. Aucune frontière au monde n'est assez grande pour t'empêcher de venir à Jésus-Christ. »
Points à retenir
- Dieu n'a pas de favoris : dans l'Église de Jésus-Christ, il n'y a ni cercle privilégié ni citoyens de seconde zone.
- Une vie pieuse et généreuse comme celle de Corneille est précieuse, mais elle ne remplace pas la foi en Jésus pour le pardon des péchés.
- Dieu prépare les deux côtés d'une rencontre : celui qui doit entendre l'Évangile et celui qui doit l'annoncer.
- Si Dieu nous a acceptés par grâce, nous n'avons aucun droit de construire les barrières qu'il a renversées à la croix.
- L'unité de l'Église ne repose pas sur la ressemblance, mais sur Christ.
Application personnelle
- Quelles personnes as-tu, consciemment ou non, rayées de ta liste quand il s'agit de partager l'Évangile ?
- Parmi tes barrières, lesquelles sont subtiles : la politique, le passé de quelqu'un, son mode de vie, ses questions ?
- Qui pourrait être ton « Corneille » cette année, et quelles sont les deux personnes pour lesquelles tu peux commencer à prier ?
- Si tu te reconnais en Corneille, admirateur plutôt que croyant, qu'est-ce qui te retient de venir à Jésus aujourd'hui ?
- Quand Dieu te montre la prochaine étape sans le tableau complet, es-tu prêt à obéir aussi vite que Corneille ?
Versets cités
- Actes 10:1-23
- Actes 10:28
- Actes 10:34-35
- Actes 10:43
- Actes 11:14
- Actes 11:18
- Actes 1:8
- Actes 15
- Matthieu 16:19
- Genèse 12:3
- Jonas 1:3
- Lévitique 11
- Lévitique 20:26
- Marc 7:19
- Éphésiens 2:14-15
Questions fréquentes
Que signifie « Dieu ne fait point acception de personnes » en Actes 10 ?
Pour David Turner, cela veut dire que Dieu n'a pas de favoris quand il s'agit de la promesse du pardon. Il ne fait aucune distinction de race, de couleur, de classe, de statut, d'éducation ou de religion passée. Dans l'Église de Jésus-Christ, il n'y a ni cercle privilégié ni citoyens de seconde zone.
Corneille était-il déjà sauvé avant de rencontrer Pierre ?
Non. Corneille est pieux, généreux et prie régulièrement, mais il ne connaît pas encore l'Évangile. Sa sincérité est réelle mais incomplète. Il a besoin de croire en Jésus pour recevoir le pardon des péchés en son nom (Actes 10:43) et d'entendre les paroles par lesquelles il sera sauvé, lui et toute sa maison (Actes 11:14).
Pourquoi la vision de la nappe concerne-t-elle les personnes et pas seulement la nourriture ?
La vision parle d'animaux purs et impurs, mais Pierre comprend aussitôt que l'application principale concerne les gens. Dieu ne cherche pas à modifier son régime alimentaire : il change sa compréhension de l'Église. Pierre le dit lui-même en Actes 10:28 : Dieu lui a appris à ne regarder aucun homme comme souillé et impur.
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