Introduction
À Calvary Chapel Nice, Tonio poursuit l'étude de la lettre de Paul aux Éphésiens. Après le couple et la famille, le passage du jour s'adresse aux esclaves et aux maîtres (Éphésiens 6.5-9). Un texte qui surprend, et que le prédicateur applique sans détour à notre vie de salariés, d'ouvriers, d'étudiants et de patrons.
Paul a d'abord présenté des vérités sur Dieu, sur Jésus-Christ et sur les croyants. Puis il en tire les conséquences : « Puisque ces choses sont vraies concernant qui vous êtes en Christ, voilà comment vous devez vivre. » La vie dans l'Esprit se traduit par la soumission mutuelle, l'humilité et le respect de l'autorité, dans tous les contextes.
Le fil du message tient en deux mots du verset 5 : « comme à Christ ». Que tu sois employé ou patron, celui que tu sers, c'est Jésus.
Plan du message
1. Une seule vie, entièrement vécue pour Christ
- Le monde moderne sépare les contextes : la vie au travail est distincte de la vie de famille, de la vie sociale et de la vie d'Église. Tonio y voit un danger pour le chrétien.
- Avec Dieu, il n'y a pas de « je peux être comme ça dans tel contexte ». Il s'agit de toute la vie, et Paul s'adresse aussi à la question du travail.
- L'Église l'a lu lors de sa retraite à la montagne : « Quoi que vous fassiez, en parole ou en acte, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en exprimant par lui votre reconnaissance à Dieu le Père » (Colossiens 3:17).
2. Pourquoi Paul n'appelle pas à abolir l'esclavage
- Les historiens estiment qu'entre 10 ou 15 % et peut-être un tiers de la population de l'Empire romain était esclave. Une grande part des églises fondées par Paul, dont celle d'Éphèse, en comptait.
- La condition était dure : légalement, l'esclave n'était pas une personne mais un bien, un outil. Une classification de l'époque en faisait des bêtes de somme « qui pouvaient parler ».
- Pourtant Paul dit aux esclaves, en substance : « Soyez de bons esclaves », et aux maîtres : « Soyez de bons maîtres ». Ni ici ni ailleurs dans le Nouveau Testament on ne trouve d'appel direct à l'abolition. L'Église ne devrait pas se voir comme un mouvement classique de contestation sociale.
- Tonio cite le commentateur Moule : l'Évangile a trouvé une forme d'esclavage très cruelle et s'est aussitôt mis à la saper par ses principes, l'égalité de toutes les âmes et l'œuvre rédemptrice accomplie pour toutes. « Son plan consistait non à frapper de front, mais à miner par en dessous. »
- La Bible annotée le dit aussi : le christianisme suppose l'égalité devant Dieu et la liberté de tous ceux qui croient, et devait tôt ou tard faire régner la liberté et l'égalité dans la société.
- L'Évangile change les cœurs, et les cœurs changés transforment les sociétés. On se trompe en voulant changer le cœur des hommes avec des lois externes. Ce n'est pas un refus de l'engagement social : l'esclavage existe encore aujourd'hui, et nous pouvons prier, parler et donner de nos moyens contre lui.
- Pour nous, la même relation se retrouve entre l'employé et le patron, l'ouvrier et le dirigeant. Paul répète ces consignes en Colossiens 3:22 à 4:1, et Pierre leur fait écho (1 Pierre 2:18-25).
3. Obéir avec crainte, respect et sincérité de cœur
- Le mot grec est doulos, esclave. Il décrit Jésus dans son service et son humilité, et aussi notre condition de chrétiens vis-à-vis de lui.
- Paul ne dit pas « Révoltez-vous, libérez-vous ». Le commentateur Barclay le résume : il leur dit d'être chrétiens là où ils sont. « Le christianisme ne nous offre pas d'échapper aux circonstances, il nous offre de les vaincre. »
- Tonio y voit un contraste avec notre réflexe humain, « et peut-être en tant que Français », de la révolution. Nous sommes appelés à être chrétiens dans nos circonstances et à vaincre le mal par le bien.
- Paul ne s'arrête pas à l'obéissance, il va plus loin : il parle du cœur. On peut faire ce que demande son patron tout en méprisant la personne. Comme les enfants qui obéissent en faisant savoir, par leurs bruits et leurs regards, qu'ils le font forcés.
- « Crainte et profond respect » revient ailleurs dans la Bible (Philippiens 2, 2 Corinthiens 7, Psaume 2). Ce n'est pas une peur panique, mais le respect d'une position et d'une autorité.
- « Avec sincérité de cœur » : pas de faux-semblant, pas d'hypocrisie. Combien il est difficile de changer nos cœurs vis-à-vis des personnes. Nous avons besoin de l'aide de Dieu.
4. Pas seulement sous les yeux des hommes
- Verset 6 : « Ne le faites pas seulement sous leurs yeux. » Tout le monde connaît la scène : le patron entre dans le bureau, on travaille sérieusement ; il repart, on ouvre une autre fenêtre et on passe à autre chose.
- Dieu nous voit tout le temps. Cela ne doit pas nous rendre inquiets, mais nous faire réfléchir. Comme un père qui voit ses enfants et les aime, Dieu ne demande pas de travailler jusqu'à l'épuisement : il a même donné un ordre de repos, le sabbat.
- « Comme le feraient des êtres désireux de plaire aux hommes » : si notre motivation est ce que les autres pensent de nous, nous finirons par aller à l'encontre de la volonté de Dieu.
- Tonio met en garde contre l'excès inverse : se crisper sur des choses secondaires. Si l'Église vote la couleur de la salle et que quelqu'un affirme « Dieu m'a dit qu'il fallait que ce soit bleu », on n'est pas au même niveau que « Tu ne tueras point ».
5. Esclaves de Christ, de tout notre cœur
- « Obéissez comme des serviteurs de Christ qui font de tout leur cœur la volonté de Dieu. » Paul se présente ainsi, comme Pierre, Jacques et Jude : non comme les politiciens qui se disent « serviteurs de l'État » en en faisant quelque chose de grandiose, mais comme esclaves de Jésus.
- C'est l'exemple de Jésus lui-même : « Le Fils de l'homme est venu non pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour beaucoup » (Marc 10:45).
- Dans la loi de Moïse, l'esclave devait être libéré au bout d'un temps, mais il pouvait dire : j'aime mon maître, je veux le servir pour toujours (Exode 21, Deutéronome 15). C'est ce sens que reprennent les apôtres : par amour, je choisis de soumettre ma volonté à celle de Jésus.
- Vivre pour lui, ce n'est pas faire ses propres projets et dire ensuite que c'était pour lui. « Jésus dit non, je veux être celui qui te dit quoi faire. » Le mot « esclave » nous rebute, justement parce qu'il dit la réalité de la relation.
- Grecs et Romains méprisaient le travail manuel. Dans le royaume de Dieu, le travail dur et le travail des mains sont honorables.
- Barclay encore : chaque ouvrage du chrétien doit être assez bon pour être présenté à Dieu. Et Tonio d'ajouter : « Dans le royaume de Dieu, la notion de minimum syndical n'existe pas. Malheureusement pour nous, Français. »
- Cela vaut pour tes examens et tes devoirs d'étudiant, pour la demande de ton patron, pour le café, la vaisselle et le rangement après le culte. Spurgeon le disait : la grâce fait de nous les serviteurs de Dieu tout en nous laissant serviteurs des hommes, et sanctifie les devoirs ordinaires de la vie.
- Le matériel n'est pas mauvais en soi. Adam avait un travail dans le jardin avant la chute. Le gnosticisme, l'ascétisme, le libertinage ou la pensée de Platon opposent l'esprit et la matière ; aucune de ces philosophies ne s'accorde avec la vision biblique. Ton travail du lundi matin compte pour Dieu.
6. Et si c'était Jésus qui te le demandait ?
- Verset 7 : « Servez-les avec bonne volonté, comme si vous serviez le Seigneur et non des hommes. » La Bible annotée relève que l'apôtre revient quatre fois sur cette pensée en trois versets.
- Imagine qu'une personne que tu admires vienne te demander un service au travail. Tonio prend l'exemple de Zidane : s'il arrivait sur le terrain et disait « Tonio, je veux que tu fasses ça », il le ferait avec empressement. Des enfants qui rouspètent quand on leur demande quelque chose le feraient dans la joie absolue.
- Pour le chrétien, cette personne devrait être Jésus. « Si Jésus vient ce matin à l'église et te demande "Va nettoyer les toilettes", comment tu vas nettoyer les toilettes ? » Et s'il te demande de parler à quelqu'un dans la rue, de prendre du temps avec quelqu'un, de lire ta Bible ?
- La Bible dit qu'il est présent. Ce n'est pas un appel à la révolution contre l'esclavage, mais c'est révolutionnaire dans les cœurs et dans la manière de vivre.
- Verset 8 : chacun, esclave ou libre, recevra du Seigneur le bien qu'il aura fait. Dieu voit le travail fait de bon cœur, même dans un emploi séculier, et il récompense.
- Un pasteur ami observait un cycle fréquent : la nouvelle naissance rend plus travailleur, la prospérité vient, le cœur s'éloigne, Dieu discipline, on se repent. Tonio renvoie à la prière d'Agur : « Ne me donne ni pauvreté, ni richesse, accorde-moi le pain qui m'est nécessaire » (Proverbes 30:7-9).
7. Maîtres, vous avez le même Maître au ciel
- Verset 9 : « Quant à vous, maîtres, agissez de même envers eux. » Les patrons doivent travailler dur et honnêtement dans l'intérêt de ceux qui travaillent pour eux.
- Tonio estime que le capitalisme a perdu le fil : les ouvriers travaillent pour les patrons, les patrons pour les investisseurs. Si les patrons travaillaient pour l'intérêt des ouvriers, le monde serait assez différent.
- « Abstenez-vous de menaces » : un patron ne doit ni menacer ni maltraiter ses employés. Leur Maître et le nôtre est au ciel, et devant lui il n'y a pas de favoritisme. Il n'est impressionné ni par les millions, ni par l'influence, ni par le rang politique.
- Barclay : « Le problème du travail serait résolu si les employés comme les maîtres recevaient leurs ordres de Dieu. »
- Si Jésus était ton employé, est-ce que tu le menacerais, le paierais mal, le manipulerais ? Lui reconnaîtrais-tu le mérite de ses bonnes idées ? La question ne se pose même pas. Alors pourquoi traiter ainsi les hommes ? Ceux qui exercent une autorité seront jugés avec une plus grande sévérité.
- Tonio conclut avec Colossiens 3:23-24 : « Tout ce que vous faites, faites-le de tout votre cœur, comme pour le Seigneur et non pour des hommes. » Le but : pouvoir dire à chaque instant, en public comme en privé, « Regarde, Jésus, ce que j'ai fait. Je l'ai fait de mon mieux pour toi. »
Points à retenir
- Il n'y a pas de cloison entre ta vie spirituelle et ton travail : toute la vie se vit pour Christ.
- L'Évangile ne transforme pas d'abord les structures par la force ; il change les cœurs, et les cœurs changés minent l'injustice par en dessous.
- Dieu regarde l'attitude du cœur, pas seulement l'obéissance extérieure, et il voit ce que tu fais quand personne ne regarde.
- Ce que tu fais doit pouvoir être présenté à Dieu sans honte : pour lui, le minimum syndical n'existe pas.
- Patron ou employé, nous avons le même Maître au ciel, qui juge sans favoritisme.
Application personnelle
- Quand tu penses à tes supérieurs, qu'est-ce qui ressort de ton cœur : du respect sincère ou du mépris caché ?
- Y a-t-il une tâche que tu fais différemment selon qu'on te regarde ou non ?
- Ce que tu as rendu cette semaine, au travail ou dans tes études, pourrais-tu le présenter à Jésus en disant « Je l'ai fait pour toi » ?
- Si Jésus te demandait en personne de faire la vaisselle après le culte, comment la ferais-tu ?
- Si tu as une autorité sur d'autres, traiterais-tu Jésus comme tu traites les personnes qui travaillent sous ta responsabilité ?
Versets cités
- Éphésiens 6:5-9
- Colossiens 3:17
- Colossiens 3:22 à 4:1
- 1 Pierre 2:18-25
- Philippiens 2:12
- 2 Corinthiens 7:15
- Psaume 2:11
- Marc 10:45
- Exode 21:2-6
- Deutéronome 15:12-17
- Genèse 2:15
- Romains 12:21
- Proverbes 30:7-9
- Colossiens 3:23-24
Questions fréquentes
Pourquoi Paul ne demande-t-il pas d'abolir l'esclavage dans Éphésiens 6 ?
Tonio explique que l'Église n'est pas d'abord un mouvement de contestation sociale. L'Évangile change les cœurs, et des cœurs changés finissent par miner l'esclavage par en dessous : quand on considère l'autre comme un frère ou une sœur en Christ, on ne peut plus tolérer qu'il soit traité comme un bien. Cela n'empêche pas les chrétiens de prier, de parler et de donner contre l'esclavage qui existe encore aujourd'hui.
Comment appliquer Éphésiens 6.5-9 au travail aujourd'hui ?
La relation entre esclave et maître se retrouve dans celle entre employé et patron. Le salarié travaille avec respect, avec sincérité de cœur, même quand personne ne le regarde, comme s'il servait Jésus. Le patron traite ses employés sans menaces, dans leur intérêt, en se souvenant qu'il a lui-même un Maître au ciel qui ne fait pas de favoritisme.
Que veut dire travailler « comme à Christ » ?
C'est faire chaque tâche, au bureau, à l'école ou en rangeant la salle après le culte, comme si Jésus te l'avait demandée en personne. Tonio propose une question simple : ce que j'ai fait est-il assez bon pour être présenté à Dieu, sans avoir honte ? Dans le royaume de Dieu, la notion de minimum syndical n'existe pas.