Genèse 20 : quand un roi païen reprend le prophète de Dieu

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Introduction

Sur un forum en ligne consacré aux anciens chrétiens, un jeune homme pose une question : « Pourquoi certains non-chrétiens semblent-ils mieux incarner les valeurs chrétiennes que les chrétiens eux-mêmes ? » La veille, il est allé à l'église avec sa compagne, invitée à des baptêmes. Le culte était beau, on y a beaucoup parlé de famille d'Église et d'accueil. Pourtant, en dehors de la personne qui les a salués à la porte, personne n'est venu leur parler. Dans le bar qu'il fréquente, raconte-t-il, il y a presque toujours quelqu'un pour aller vers le nouveau venu.

Le prédicateur y voit un malentendu, peut-être mêlé de souffrance : l'idée que les chrétiens se croient meilleurs que les autres. Mais la question reste légitime, et l'Église doit se la poser : comment réagir quand des non-chrétiens se conduisent mieux que nous ?

Genèse 20 met en scène exactement ce scénario. D'un côté, un prophète de Dieu qui agit avec folie. De l'autre, un roi païen qui fait ce qui est juste. Ce message ouvre la série « Fidèles, là où Dieu nous a placés » à l'Église Saint-Lazare.

Plan du message

1. Ceux qui connaissent Dieu ne sont pas aussi bons qu'ils devraient l'être

  • Ce chapitre est « une douche froide ». Depuis plusieurs chapitres, Moïse met en valeur la conduite d'Abraham et l'oppose à celle de son neveu Lot : Lot s'installe à Sodome et s'enfonce dans l'immoralité, Abraham le délivre, reçoit la bénédiction de Melchisédek et voit Lot échapper de justesse au jugement de Sodome.
  • Tout cela découle de l'appel de Genèse 12, où Dieu bénit Abraham, fait alliance avec lui et promet que toutes les familles de la terre seront bénies en lui.
  • Puis vient Genèse 20. Au verset 2, Abraham ment : il fait passer Sara, sa femme, pour sa sœur. Le verset 13 montre que c'était une habitude, déjà pratiquée en Égypte : « dans tous les lieux où nous irons, dis de moi : C'est mon frère ».
  • Au verset 9, il devient une pierre d'achoppement : au lieu de conduire les autres dans une conduite qui honore Dieu, il expose sa femme au déshonneur et Abimélec au péché.
  • Au verset 11, il craint les hommes plus que Dieu. L'ironie est forte : il prétend qu'il n'y a aucune crainte de Dieu dans ce pays, et c'est lui qui agit sans crainte de Dieu.
  • Le portrait est sans appel : menteur, lâche, incrédule. « Ce n'est pas tout à fait le héros que nous attendions. »

2. Ceux qui ne connaissent pas Dieu ne sont pas aussi mauvais qu'ils pourraient l'être

  • Si la corruption d'Abraham saute aux yeux, c'est parce que l'intégrité d'Abimélec est remarquable. Au verset 5, il déclare avoir agi « avec un cœur pur et avec des mains innocentes », et au verset 6 Dieu lui donne raison.
  • Le cœur du texte est le reproche d'Abimélec au verset 9. En substance : « Tu es fou ? Pourquoi nous as-tu fait cela ? » Il ne se plaint pas seulement du tort subi, il reproche à Abraham de l'avoir entraîné à pécher.
  • Entre les versets 8 et 11, l'ironie devient amère : d'un côté, les serviteurs d'Abimélec sont saisis d'une grande frayeur ; de l'autre, Abraham s'excuse en prétendant qu'il n'y a pas de crainte de Dieu chez eux.
  • Le péché d'Abraham paraît plus horrible aux yeux du roi païen qu'aux yeux du prophète lui-même. « C'est grave quand mon péché de chrétien est vu plus clairement par un non-chrétien que par moi-même. »
  • Dans sa pédagogie, Dieu se sert d'un roi païen pour reprendre son prophète.

3. Briller par l'intégrité

  • Il y a des phrases terribles à entendre, comme celle du collègue qui, après deux ans de travail ensemble, découvre au détour d'une pause déjeuner : « Ah, tu es chrétien ? » Ceux qui passent du temps avec nous ne devraient pas être surpris de l'apprendre.
  • Le prédicateur conseille, surtout aux jeunes, de dire tôt qu'ils sont chrétiens. Pas pour se présenter de façon artificielle, mais pour prendre position. D'abord, cela nous rend redevables et nous garde sur le chemin. Ensuite, cela sert de grille de lecture aux autres : « Il fait ça parce qu'il est chrétien. »
  • Il cite l'exemple d'un frère dont l'intégrité a changé la culture de son milieu de travail : ses collègues finissaient par renoncer aux propos déplacés et aux blagues douteuses parce qu'ils savaient qu'il ne les aimait pas.
  • « C'est notre objectif » : que notre intégrité se répande et change les autres, plutôt que la corruption se répande et nous change.

4. Briller par l'humilité

  • Nous ne nous conduisons pas toujours comme nous le devrions, et cela doit nourrir notre humilité. « Un chrétien, ce n'est pas quelqu'un qui pense être meilleur que les autres. C'est quelqu'un qui sait qu'il n'est pas meilleur que les autres. »
  • Le prédicateur cite Spurgeon : « Frère, si quelqu'un pense du mal de toi, ne te fâche pas contre lui, car tu es encore pire qu'il ne le pense. » Et encore : si l'on peint ton portrait moral et qu'il est laid, sois-en content, quelques traits plus sombres ne feraient que le rapprocher de la vérité.
  • Nous voulons être saints parce que notre Dieu est saint, mais l'humilité manifeste la grâce de l'Évangile comme peu d'autres choses. Elle témoigne que Dieu ne nous aime pas pour nos qualités, mais malgré notre péché.
  • Le chrétien n'est pas celui qui dit : « Merci Seigneur, je ne suis pas comme lui. » C'est celui qui se frappe la poitrine en disant : « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. »
  • Si les gens autour de nous pensent que nous nous croyons aimés de Dieu parce que nous sommes bons, « nous devons corriger cela ».

5. Deux chemins pour grandir dans l'humilité : la confession et le pardon

  • La confession : confesse ton péché à Dieu chaque fois que tu le vois. Dieu le demande et promet de pardonner. On ne peut pas faire mourir un péché qu'on ne confesse pas, ni grandir dans la vie chrétienne sans confession.
  • La confession rend sensible à son propre péché. Le prédicateur reconnaît être plus compréhensif envers ses fautes qu'envers celles des autres : « Nous devrions être intransigeants envers nous-mêmes et pleins de grâce envers les autres. »
  • Le temps de confession dans le culte combat l'hypocrisie : semaine après semaine, il dit au monde que Dieu ne nous aime pas parce que nous sommes bons, mais par sa grâce, en son Fils.
  • Le pardon : le monde ne connaît pas le pardon. Après un conflit, on attend que ça passe et on garde de la rancune. Dire « J'ai tort, je n'aurais pas dû réagir ainsi, je te demande pardon » laisse souvent l'autre sans voix.
  • Demander pardon est un signe d'intégrité et pointe vers la grâce : c'est dire à l'autre « J'ai besoin que tu me fasses grâce ». Pardonner, c'est faire du bien à ceux qui méritent notre colère.
  • Abraham, lui, balbutie des excuses : Sara est à moitié sa sœur (verset 12), puis « lorsque Dieu me fit errer » (verset 13). Il accuse sa femme, puis Dieu. Excuser son péché, c'est parler comme le diable : « Ce n'est pas si grave, d'autres font pire, c'est lui qui a commencé. »
  • Quand on nous dit « Tu es chrétien et tu fais ça ? », la bonne réponse est : « Tu as raison, je n'aurais pas dû agir ainsi, je te demande pardon. »

6. La grâce commune : rendre gloire à Dieu pour le bien chez les autres

  • Cette histoire illustre la doctrine de la grâce commune. Le prédicateur cite Wayne Grudem : c'est la grâce par laquelle Dieu accorde aux hommes d'innombrables bénédictions qui ne font pas partie du salut. On la distingue de la grâce particulière, celle du salut.
  • Dieu distribue ses dons souverainement : certains sont plus sages, plus doués, plus habiles que d'autres. Sans cela, on comprend mal que des non-chrétiens nous surpassent souvent en morale, en sagesse ou en compétence.
  • « À cause du péché, les chrétiens ne sont pas aussi bons qu'ils devraient l'être. Mais par la grâce commune, les incroyants ne sont jamais aussi mauvais qu'ils pourraient l'être. »
  • Calvin va plus loin : ne pas reconnaître ces dons serait un premier pas vers le blasphème. Si l'Esprit est la seule source de la vérité, il ne faut jamais mépriser la vérité où qu'elle apparaisse.
  • Cela change notre regard sur notre prochain : si le menuisier fait une belle table, si le boulanger fait du bon pain, si le musicien compose une belle mélodie, si le législateur propose une loi juste, c'est par la grâce de Dieu. « Par nous, Dieu bénit les autres, et par les autres, Dieu nous bénit. »

7. Le vrai centre du texte : Dieu mène son plan par grâce

  • La morale de l'histoire n'est ni dans le caractère d'Abraham ni dans celui d'Abimélec. Leur point commun, c'est la grâce de Dieu : il a retenu Abimélec avant qu'il pèche, et il s'est servi d'Abraham malgré son péché.
  • Le vrai problème, ce sont les conséquences possibles du péché d'Abraham. Si Dieu n'était pas intervenu, qu'en aurait-il été de l'alliance et de la descendance promise ?
  • Dans sa providence, Dieu freine notre corruption et ne laisse pas notre péché aller jusqu'au bout. Ce n'est pas une raison pour baisser la garde ni vivre « en pilote automatique » : nos actes ont de vraies conséquences et le péché fait des dégâts.
  • Dieu nous arrête rarement par un songe, mais souvent par un frère ou une sœur. Il nous appelle à veiller les uns sur les autres pour nous exciter aux bonnes œuvres (Hébreux 10:24). Parfois, il le fait même par quelqu'un qui ne partage pas notre foi. « C'est humiliant, mais c'est une grâce de Dieu. »
  • Dieu bénit ceux qui bénissent Abraham et maudit ceux qui le maudissent (Genèse 12:3). Dès qu'Abraham prie, la maison d'Abimélec est guérie (versets 17-18). Et juste après : « L'Éternel se souvint de ce qu'il avait dit à Sara, et l'Éternel accomplit pour Sara ce qu'il avait promis » (Genèse 21:1).
  • Après son ascension, cet épisode honteux montre qu'Abraham ne peut pas, par sa propre vertu, être ce que Dieu l'appelle à être. Tout est par grâce. Dieu ne nous traite pas selon ce que nous méritons, mais selon sa bonté.

Points à retenir

  • Ceux qui connaissent Dieu ne sont pas aussi bons qu'ils devraient l'être, et ceux qui ne le connaissent pas ne sont pas aussi mauvais qu'ils pourraient l'être.
  • Un chrétien n'est pas quelqu'un qui se croit meilleur que les autres, mais quelqu'un qui sait qu'il ne l'est pas.
  • La confession et la demande de pardon font grandir l'humilité et rendent la grâce visible.
  • Tout ce qui est bon, beau et vrai chez les autres vient de la grâce commune de Dieu et mérite qu'on lui en rende gloire.
  • Dieu accomplit son plan malgré nous et à travers nous : souvent, il nous arrête sur le chemin du péché par ceux qui nous entourent.

Application personnelle

  1. Ceux qui travaillent ou vivent à côté de toi savent-ils que tu es chrétien, et ta conduite le confirme-t-elle ?
  2. Es-tu plus indulgent envers tes propres fautes qu'envers celles des autres ?
  3. À qui as-tu besoin de demander pardon cette semaine, sans te chercher d'excuses ?
  4. Quand quelqu'un te dit « Tu es chrétien et tu fais ça ? », comment réagis-tu ?
  5. Quel bien chez un non-chrétien de ton entourage peux-tu reconnaître comme un don de Dieu et l'en remercier ?

Versets cités

Questions fréquentes

Pourquoi des non-chrétiens se conduisent-ils parfois mieux que des chrétiens ?

Genèse 20 montre exactement cette situation : le prophète Abraham ment, tandis qu'Abimélec, roi païen, agit avec un cœur pur. Le prédicateur résume : ceux qui connaissent Dieu ne sont pas aussi bons qu'ils devraient l'être, et ceux qui ne le connaissent pas ne sont pas aussi mauvais qu'ils pourraient l'être, par la grâce commune de Dieu.

Qu'est-ce que la grâce commune ?

Le prédicateur reprend la définition du théologien Wayne Grudem : la grâce commune est la grâce par laquelle Dieu accorde aux hommes d'innombrables bénédictions qui ne font pas partie du salut. Sagesse, talents, compétences : tout cela vient de Dieu, même chez ceux qui ne le connaissent pas. On doit donc en rendre gloire à Dieu.

Comment répondre quand on nous dit « Tu es chrétien et tu fais ça ? » ?

Ne pas se chercher d'excuses, comme Abraham l'a fait. Il faut répondre : « Tu as raison, je n'aurais pas dû agir ainsi, je te demande pardon. » C'est l'occasion de s'humilier et d'annoncer l'Évangile de la grâce : personne n'est assez bon pour être accepté par Dieu sur la base de sa propre morale.

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