Introduction
Ce message est la deuxième partie de la série « Fidèles, là où Dieu nous a placés », prêchée à l'Église Saint-Lazare. Après un premier temps dans Genèse 20, le prédicateur ouvre ce qu'il appelle « le chapitre par excellence » du Nouveau Testament sur la foi : Hébreux 11.
Son introduction tient en une phrase : parler de la foi chrétienne, c'est parler d'une nouvelle manière de voir et d'une nouvelle manière de vivre. La Bible t'invite à voir comme Dieu voit et à vivre comme Dieu veut. « Nous marchons par la foi et non par la vue », écrit Paul (2 Corinthiens 5:7). Et dans Hébreux 11, fait remarquer le prédicateur, le vocabulaire du regard revient sans cesse.
Parmi tous les témoins de la foi, il en retient trois : Noé, Abraham et Moïse. Avec eux, il dégage trois mots pour vivre dans ce monde aujourd'hui : l'espérance, l'exil et la résistance.
Plan du message
1. Une lettre écrite à des chrétiens sous pression
- On lit souvent Hébreux 11 de façon isolée. Le prédicateur invite à regarder d'abord le chapitre 10, qui en dit plus sur la situation des lecteurs.
- L'auteur les exhorte : « Veillons les uns sur les autres, pour nous exciter à la charité et aux bonnes œuvres. N'abandonnons pas notre assemblée » (Hébreux 10:24-25), un verset que le prédicateur avait déjà cité le matin même.
- Il leur rappelle les premiers jours où ils ont soutenu « un grand combat au milieu des souffrances » (Hébreux 10:32), exposés aux insultes et aux persécutions. Certains avaient perdu leurs biens.
- « N'abandonnez donc pas votre assurance, à laquelle est attachée une grande rémunération. Car vous avez besoin de persévérance » (Hébreux 10:35-36). Pour encourager ces chrétiens éprouvés, l'auteur écrit le chapitre 11.
- La foi est « une ferme assurance des choses qu'on espère, une démonstration de celles qu'on ne voit pas » (Hébreux 11:1). Elle nous fait comprendre ce que nous ne voyons pas (Hébreux 11:3) et nous permet de vivre sans voir encore ce que Dieu a promis.
2. Noé : l'espérance qui obéit avant de voir
- « C'est par la foi que Noé, divinement averti des choses qu'on ne voyait pas encore, et saisi d'une crainte respectueuse, construisit une arche pour sauver sa famille » (Hébreux 11:7).
- Noé ne voit pas encore ce que Dieu lui annonce, mais il obéit à sa parole. Le prédicateur y voit l'inverse de ce que fait le monde : certains veulent faire entrer la Parole de Dieu dans le monde qu'ils voient, alors qu'il faut comprendre le monde que l'on voit à la lumière de la Parole de Dieu.
- Pierre l'annonçait : des moqueurs viendront en disant « Où est la promesse de son avènement ? Car, depuis que les pères sont morts, tout demeure comme dès le commencement de la création » (2 Pierre 3:4). On imagine les contemporains de Noé se moquer de celui qui construit un grand bateau au milieu des terres : « Soit il faut être fou, soit il faut avoir la foi. »
- Cette foi n'est pas aveugle. Le chrétien n'est pas un grand enfant qui joue à colin-maillard, les yeux fermés, guidé par une voix lointaine et confuse. « Nous n'obéissons pas à Dieu aveuglément, nous lui obéissons en fixant nos yeux sur lui et sur le témoignage qu'il nous a laissé dans sa Parole. »
- L'espérance n'est pas non plus un optimisme vague ni une autosuggestion. Le prédicateur met en garde contre ceux qui, sur Internet, expliquent qu'il faut « créer sa propre réalité » en proclamant des choses. Nous n'espérons pas simplement que tout ira bien : nous dirigeons notre vie selon la Parole de Dieu.
3. Abraham : la foi d'un étranger et voyageur
- « C'est par la foi qu'Abraham, lors de sa vocation, obéit et partit pour un lieu qu'il devait recevoir en héritage, et qu'il partit sans savoir où il allait » (Hébreux 11:8).
- Les patriarches sont tous morts sans avoir obtenu les choses promises, « mais ils les ont vues et saluées de loin, reconnaissant qu'ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre » (Hébreux 11:13). La promesse était leur cap, l'horizon vers lequel ils avançaient.
- Ce chapitre fait du bien, dit le prédicateur, parce que nous vivons plongés dans le mythe du progrès : l'idée que notre ingéniosité et notre technologie nous libéreront des maux du monde. Ironie, cette intelligence est un don de Dieu, et l'homme s'en sert pour tenter de s'affranchir de lui. « L'intelligence artificielle, c'est juste une nouvelle tour de Babel. »
- Aujourd'hui, on balaie le passé d'un revers de main. L'auteur de l'épître fait l'inverse : pour donner confiance en l'avenir à ceux qui souffrent, il leur dit de regarder le passé et la manière dont ont vécu nos ancêtres dans la foi. La foi d'Abraham est notre foi.
- La modernité croit qu'elle trouvera des solutions nouvelles à de vieux problèmes, mais elle invente surtout de nouveaux problèmes. Notre espérance, elle, se nourrit de la parole de celui qui ne change pas, qui est fidèle, qui tient ce qu'il promet, qui a conduit nos pères et qui te conduira.
- « Nous n'avons point ici-bas de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir » (Hébreux 13:14). « Si tu ne te sens pas chez toi dans cette vie, c'est normal. Et je dirais même que si tu te sens parfaitement chez toi dans cette vie, c'est mauvais signe. »
- Nous sommes en route vers la Jérusalem céleste, comme des exilés à Babylone, ville hostile à Dieu et symbole de tout système humain opposé à ses normes. Augustin le disait déjà dans La Cité de Dieu : « Deux amours ont bâti deux cités : l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, la cité terrestre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, la cité céleste. »
4. Trois pièges pour ceux qui vivent en exil
- Le retrait. Certains se coupent du monde pour se préserver du péché : communautés fermées, et même Siméon le Stylite, resté une trentaine d'années au sommet d'une colonne, avec juste la place de s'asseoir. « C'est un peu comme le scoutisme, mais en extrême. » Or Jésus nous envoie dans le monde comme le Père l'a envoyé, parce que Dieu aime ce monde perdu. Nous sommes dans le monde sans être du monde, comme des ambassadeurs d'un royaume étranger.
- La violence. D'autres veulent combattre le péché, parfois littéralement, en appelant à de nouvelles croisades, ou bien politiquement et culturellement. La tentation de bâtir le royaume sur terre par la force a toujours existé.
- Au cœur de la Babylone historique, Jérémie écrit pourtant aux captifs : « Bâtissez des maisons, et habitez-les ; plantez des jardins, et mangez-en les fruits [...] Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité, et priez l'Éternel en sa faveur, parce que votre bonheur dépend du sien » (Jérémie 29:4-7). Jésus n'a agi ni par le retrait ni par la violence, mais comme un exilé dans le monde sans être du monde.
- Le compromis. Face à la persécution et à la séduction, nous sommes tentés d'arrondir les angles et d'édulcorer nos convictions. Parfois pour ne pas perdre notre emploi, plus souvent pour que notre réputation ne soit pas ternie. C'était sans doute la plus grande tentation des premiers lecteurs. Pour y répondre, l'auteur leur parle d'un autre ancêtre dans la foi : Moïse.
5. Moïse : la résistance qui naît de la crainte de Dieu
- Les parents de Moïse « ne craignirent pas l'ordre du roi » (Hébreux 11:23), parce qu'ils craignaient Dieu. Comme les sages-femmes d'Égypte, qui « craignirent Dieu, et ne firent point ce que leur avait dit le roi d'Égypte » (Exode 1:17). « On connaît leurs noms, on ne connaît même pas le nom du pharaon. »
- La crainte de Dieu permet de faire ce qui est juste malgré les risques. Le prédicateur le répète deux fois : « Quand on craint les hommes, on fuit la souffrance et on accepte le compromis. Quand on craint Dieu, on refuse le compromis et on accepte la souffrance. »
- La vie chrétienne est souvent une affaire de préférence. Moïse refusa d'être appelé fils de la fille de Pharaon, « aimant mieux être maltraité avec le peuple de Dieu que d'avoir pour un temps la jouissance du péché » (Hébreux 11:24-25). Il avait tout à la cour royale et a refusé cette gloire vide.
- « Moïse est un maquisard. » Il montre une résistance chrétienne qui n'est pas d'abord politique, mais spirituelle. Pierre utilise la même image de l'exil : « Je vous exhorte, comme étrangers et voyageurs sur la terre, à vous abstenir des convoitises charnelles qui font la guerre à l'âme » (1 Pierre 2:11).
- Le slogan de notre époque tient dans une chanson de Queen : « I want it all and I want it now », je veux tout et je le veux tout de suite. C'est la prédication que le monde nous répète chaque jour, sur toutes les chaînes et tous les réseaux.
- Moïse a tenu parce qu'« il avait les yeux fixés sur la rémunération » (Hébreux 11:26). Par la foi, nous savons que Dieu élèvera ceux qui s'humilient maintenant et abaissera ceux qui se glorifient maintenant. Le prédicateur cite cette phrase : ceux qui ne plient pas le genou aujourd'hui devant la grâce de Dieu le plieront demain devant sa colère.
6. Ne pas confondre l'apéritif avec le repas
- Le prédicateur raconte une invitation chez un couple avec sa femme, après une réunion d'église. L'apéritif s'éternise, et il se dit que c'est peut-être le repas, qu'il vaudrait mieux manger maintenant. Puis on annonce qu'il est temps de passer à table.
- Tout change selon la perspective. Beaucoup vivent comme si cette vie était tout le repas, et ils essaient de manger tout ce qu'ils peuvent, parce qu'ils ne croient pas qu'il y aura mieux ensuite. « On mange des petits biscuits à pizza alors qu'il y a un rôti de bœuf qui nous attend. Quelle folie ! »
- Chaque jour, le choix se pose : est-ce que je prends tout ce que je peux maintenant, ou est-ce que je crois que le meilleur est à venir ? En quoi ma vie témoigne-t-elle de mon espérance ?
- Le choix devient concret : qu'est-ce qui guide mes décisions quand personne ne me regarde ? Quand cela me coûte, ralentit ma carrière, touche à mon confort ou expose ma réputation ?
- « C'est par la foi qu'il quitta l'Égypte, sans être effrayé de la colère du roi ; car il se montra ferme, comme voyant celui qui est invisible » (Hébreux 11:27). Le prédicateur parle d'un courage eschatologique : vivre le présent en prenant la fin comme point de départ. Ce courage n'est pas aveugle, il est enraciné dans les promesses de Dieu accomplies en Jésus-Christ.
- Si tu penses que tes épreuves sont trop grandes pour que les auteurs de la Bible puissent te comprendre, relis les versets 36 à 38 : moqueries, fouet, chaînes, prison, lapidation, des croyants sciés, errant vêtus de peaux de brebis et de chèvres. « Le monde n'était pas digne d'eux. »
7. Une contre-culture, les yeux fixés sur Jésus
- Le prédicateur lit l'Épître à Diognète, un document anonyme décrivant la vie des chrétiens à la fin du deuxième siècle. Ils ne vivent pas dans une sous-culture, mais dans une contre-culture : « Ils habitent leur propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés [...] Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie une terre étrangère. » Ils ont des enfants, mais n'abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils sont dans la chair, mais ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais sont citoyens du ciel.
- Il invite à considérer comment le confort nous endort : peu à peu, ce monde de plaisir et de divertissement nous fait vivre comme lui presque en tout point. Pourquoi tourner les yeux vers le monde à venir quand celui-ci nous paraît si doux ? Il cite une phrase qu'il attribue à Spurgeon, souvent rattachée au puritain Thomas Watson : « Tant que le péché n'aura pas un goût amer pour toi, la grâce n'aura pas de saveur douce à ton palais. »
- Babylone est la ville du vice et des plaisirs faciles. On peut se retirer autant qu'on veut, Babylone est dans notre poche. Et même si on l'en retire, Babylone est dans notre cœur. C'est là que tout doit converger vers Christ.
- L'auteur ne présente pas ces héros pour qu'on les admire, mais pour qu'on persévère en regardant au Seigneur, l'Invisible vers qui Moïse tournait les yeux. Hébreux 12 décrit une course dans un stade, entourée d'« une si grande nuée de témoins » : « courons avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte, ayant les regards sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi » (Hébreux 12:1-2).
- La croix montre la vraie espérance : partager la gloire de Dieu après avoir suivi la course du Christ. Elle montre le vrai exil : Christ a quitté la gloire du ciel pour subir l'ignominie à notre place. Elle montre la vraie résistance : celle de Jésus, qui a refusé tout ce que le monde pouvait lui offrir, en vue de la joie qui lui était réservée.
- Tous ces témoins n'ont pas obtenu ce qui leur était promis, « Dieu ayant en vue quelque chose de meilleur pour nous » (Hébreux 11:39-40). « C'est le moteur de notre persévérance, c'est le cœur de notre espérance, c'est le fondement de notre résistance. »
- Dans sa prière finale, le prédicateur pense en particulier à ceux qui souffrent : ce texte a été écrit pour eux, afin que, dans l'épreuve, ils détournent les yeux de leurs difficultés pour les fixer sur Jésus. Il demande à Dieu de nourrir en nous un esprit de résistance et de nous aider à « bien souffrir » aux yeux du monde, avec l'assurance d'être délivrés du péché et d'être pour toujours avec lui.
Points à retenir
- La foi est une nouvelle manière de voir le monde, qui conduit à une nouvelle manière d'y vivre. Elle n'est pas aveugle : elle a les yeux fixés sur Dieu et sur sa Parole.
- Comme Noé, l'espérance chrétienne obéit à Dieu avant de voir ce qu'il a promis. Ce n'est ni un optimisme vague ni une autosuggestion.
- Comme Abraham, le chrétien est étranger et voyageur sur la terre. Il évite trois pièges : le retrait, la violence et le compromis.
- Comme Moïse, la résistance naît de la crainte de Dieu : on refuse le compromis et on accepte la souffrance, parce qu'on croit que le meilleur est à venir.
- Le modèle ultime est Jésus, qui a souffert la croix en vue de la joie qui lui était réservée. C'est vers lui que se tourne notre regard.
Application personnelle
- Lis-tu la Parole de Dieu à la lumière du monde que tu vois, ou regardes-tu le monde à la lumière de la Parole de Dieu ?
- Te sens-tu parfaitement chez toi dans cette vie ? Qu'est-ce qui te rappelle que ta patrie est ailleurs ?
- Lequel des trois pièges te guette le plus en ce moment : le retrait, la violence ou le compromis ?
- Qu'est-ce qui guide tes décisions quand personne ne te regarde, ou quand obéir à Dieu te coûte dans ta carrière, ton confort ou ta réputation ?
- Dans quel domaine vis-tu comme si l'apéritif était tout le repas ? Que changerait le fait de croire que le meilleur est à venir ?
Versets cités
- Hébreux 11
- Hébreux 10:24-36
- Hébreux 12:1-2
- Hébreux 13:14
- 2 Corinthiens 5:7
- 2 Pierre 3:3-4
- Jean 17:15-18
- Jérémie 29:4-7
- Exode 1:17
- 1 Pierre 2:11
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la foi selon Hébreux 11 ?
Hébreux 11:1 la définit comme « une ferme assurance des choses qu'on espère, une démonstration de celles qu'on ne voit pas ». Pour le prédicateur, la foi n'est pas une opinion religieuse privée : c'est une nouvelle manière de voir le monde, qui conduit à une nouvelle manière de vivre dans le monde. Elle n'est pas aveugle, car elle a les yeux fixés sur Dieu et sur le témoignage qu'il a laissé dans sa Parole.
Pourquoi la Bible dit-elle que les chrétiens sont étrangers et voyageurs sur la terre ?
Abraham, Isaac et Jacob ont vécu sous des tentes en reconnaissant « qu'ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre » (Hébreux 11:13). Pierre reprend la même image pour les chrétiens (1 Pierre 2:11). Notre patrie ultime est ailleurs, dans la Jérusalem céleste. C'est pourquoi, dit le prédicateur, ne pas se sentir chez soi dans cette vie est normal, et s'y sentir parfaitement chez soi est mauvais signe.
Quels sont les trois pièges du chrétien qui vit en exil ?
Le premier est le retrait : se couper du monde pour ne pas être contaminé, alors que Jésus nous envoie dans le monde comme ambassadeurs. Le deuxième est la violence : vouloir bâtir le royaume par la force, alors que Jérémie demande aux exilés de rechercher le bien de Babylone. Le troisième est le compromis : édulcorer ses convictions pour garder son emploi ou sa réputation. La réponse d'Hébreux 11 est la résistance de Moïse, fondée sur la crainte de Dieu.
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