Matthieu 5 : porter le nom de Dieu en aimant ses ennemis

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Introduction

« Je te garantis que si tu racontes ton histoire, elle est marquée par l'amour : soit par des moments où l'amour manquait, soit par des moments où il était présent. » Ryan Karayiannis, de Christian Fellowship Church, ouvre ainsi la troisième semaine de la série « Foundations ». Ce matin-là, il parle beaucoup d'amour.

Il le fait à partir de Matthieu 5:43-48, le sommet des « Vous avez appris qu'il a été dit… Mais moi, je vous dis » du Sermon sur la montagne : « Aimez vos ennemis, […] priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux. »

Le prédicateur en tire trois choses : un défi lancé à notre quête de certitude, un besoin, celui de ressembler au Père, et un but, la maturité. Au passage, il relit un commandement bien connu, « Tu ne prendras point le nom de l'Éternel, ton Dieu, en vain », et y trouve une vocation : porter la réputation de Dieu dans le monde.

Plan du message

1. L'amour marque nos histoires

  • Ryan Karayiannis est le plus jeune de trois frères. Lors de son premier camp de jeunes, il part avec son frère, qui avait prévu de passer ses nuits à faire des farces avec sa bande. Chaque soir à 23 h 30, le petit frère frappe à sa porte en larmes : « Maman me manque, je veux rentrer. » Cinq nuits de suite, son frère le prend sous son bras et lui parle jusqu'à ce qu'il s'endorme.
  • « Je suis ému en racontant cette histoire, parce que j'aime tellement mon frère, parce que cet amour a marqué ma vie. » Le jour de son mariage, dit-il, il n'a pas pleuré en parlant de sa femme, mais en parlant de ses frères.
  • Autre souvenir : à l'école primaire, un camarade lui assène le premier uppercut de sa vie. « On découvre très vite si on est un amoureux ou un bagarreur. J'ai créé une troisième catégorie : le pleureur. » Sa mère lui parle alors du pardon et de Jésus. Le lendemain, il va dire à son camarade qu'il lui pardonne. Réponse : « Je m'en fiche. »
  • Les psychothérapeutes le disent : les premières années de la vie, selon que l'amour y est présent ou absent, forment notre manière de comprendre le monde. Cela ne devrait pas nous surprendre : « Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu, car Dieu est amour » (1 Jean 4:8). Celui qui nous a faits est amour, et au plus profond de nous, nous aspirons à être aimés.

2. L'amour de Dieu se vérifie dans l'amour du prochain

  • À la question « Quel est le premier de tous les commandements ? », Jésus répond : aimer le Seigneur de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa pensée et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même (Marc 12:29-31). Un amour vertical pour Dieu qui se déploie à l'horizontale vers les autres.
  • Les auteurs du Nouveau Testament opèrent pourtant un léger déplacement. Jacques appelle « loi royale » non pas l'amour de Dieu, mais « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Jacques 2:8). Paul écrit que toute la loi est accomplie dans cette seule parole (Galates 5:14), et que l'amour est l'accomplissement de la loi (Romains 13:8-10).
  • Pourquoi ce déplacement ? « Parce que vous et moi savons qu'il est très facile de prétendre aimer Dieu sans que cela se traduise jamais en amour pour les autres. » L'Église a fait des dégâts dans l'histoire chaque fois qu'elle a proclamé sa fidélité à Dieu en oubliant l'amour des autres.
  • Il n'est donc pas surprenant que le Sermon sur la montagne culmine avec Matthieu 5:43-48. Tu veux résumer l'histoire, l'appel du chrétien, la maturité spirituelle en action ? « Aime ton prochain comme toi-même. »

3. Un défi à notre quête de certitude

  • Le prédicateur s'adresse à ceux qui sont zélés pour la vérité, qui veulent savoir ce qui est juste et ce qui ne l'est pas. On enseignait à l'époque : « Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. »
  • Les pharisiens partaient de Lévitique 19:17-18 : ne pas haïr son frère dans son cœur, ne pas se venger, aimer son prochain comme soi-même. Comme le chapitre commence par « Parle à toute l'assemblée des enfants d'Israël » (Lévitique 19:1-2), ils en ont conclu que le prochain, ce sont les gens qui nous ressemblent, qui viennent du même endroit, qui ont la même histoire. Les autres, on pouvait les mépriser et les rejeter.
  • Ils ont oublié Lévitique 19:33-34 : l'étranger qui séjourne au milieu de vous sera traité comme un indigène, « vous l'aimerez comme vous-mêmes, car vous avez été étrangers dans le pays d'Égypte ». « Ils ont littéralement trié les Écritures pour aboutir à une conclusion qu'ils enseignaient avec autorité. »
  • John Stott, dans son livre sur le Sermon sur la montagne, écrit que cet enseignement rétrécit délibérément à la fois la mesure de l'amour, en laissant de côté les mots « comme toi-même », et son objet, en excluant les ennemis de la catégorie du prochain et en ajoutant l'ordre de les haïr.
  • Comment en sont-ils arrivés là ? Par une très légère déformation de la vérité. « Aime ton prochain » est vrai ; « hais ton ennemi » est la déformation. C'est ainsi que le serpent accroche Ève : « Vous ne mourrez point » (Genèse 3:4-5). Une demi-vérité, à laquelle nous sommes tous exposés.

4. Vivre en présumant qu'on peut avoir tort

  • Ryan Karayiannis a grandi dans une famille où l'on débattait sans cesse, mélange de cultures grecque, sud-africaine et nord-irlandaise. Sa femme, invitée pour la première fois à dîner, s'est demandé ce qui se passait. Son conseil : « Si tu ne veux pas être aveuglé par de légères déformations de la vérité, vis ta vie en présumant que tu as tort. »
  • Beaucoup pensent que conviction et humilité ne peuvent pas cohabiter. « Tu es tellement concentré sur le fait d'avoir raison que tu passes complètement à côté : aime ton prochain comme toi-même. »
  • Un ami de l'église pose cette question : à quand remonte la dernière fois que nous avons prié « Seigneur, aie pitié de ma pensée théologique erronée » ? Nous découvrirons au jugement où nous avions raison et où nous avions tort. En attendant, on peut prier : « Seigneur, conduis-moi dans toute la vérité, mais merci aussi pour ta miséricorde et ton choix de continuer à m'utiliser malgré mes erreurs que je ne vois pas. »
  • Preston Sprinkle écrit qu'une conversation utile n'est pas celle où tout le monde tombe d'accord, mais celle où chacun se sent compris et honoré, même si le désaccord demeure. Quand on recourt à des slogans déshumanisants, ou qu'on ne peut reconnaître aucun point juste chez l'autre, on compense peut-être les faiblesses non examinées de sa propre position.
  • « Je prêche avec autorité et avec conviction. Mais je peux me tromper. En fait, je vous le garantis, je me tromperai. » C'est une invitation à ne pas laisser un pharisien s'installer, tapi dans notre cœur.
  • Le psychologue Daniel Kahneman, prix Nobel 2002, assiste un jour à une conférence où l'on démontre qu'il s'est trompé. Interrogé à la sortie, il est ravi : « On a corrigé mon point de vue, donc je suis plus proche de la vérité. »
  • Une question à poser : « Peux-tu m'aider à comprendre comment tu en es arrivé à cette conclusion ? » Et un défi : trouve la personne qui est le plus en désaccord avec toi, parle avec elle en présumant que tu as tort, et cherchez la vérité ensemble.

5. Le besoin de ressembler au Père

  • Aimer ses ennemis, « afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons » (Matthieu 5:45). Le but de nos vies n'est pas d'être autonomes. « Nous ne sommes pas des pionniers, nous sommes des imitateurs. »
  • Quand il commence à suivre Jésus à 21 ans, sous l'influence d'un homme qui a marqué sa vie, il se demande sans cesse ce que celui-ci ferait à sa place. « C'est cela, la formation de disciple : dire à quelqu'un, entre dans ma vie et commence à copier ce que je fais. » Paul le dit : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Christ » (1 Corinthiens 11:1).
  • Jésus est la révélation du Père : « Celui qui m'a vu a vu le Père » (Jean 14:9). Pour imiter le Père, deviens obsédé par la vie de Jésus et lis les Évangiles chaque jour.
  • Jésus dit être venu non pour abolir la loi ou les prophètes, mais pour les accomplir (Matthieu 5:17). S'il doit le préciser, c'est que sa vie choque tellement l'idée que chacun se fait de la loi qu'il semble l'abolir. « Je ne veux pas que ma vie, comparée à celle de Jésus, le fasse passer pour quelqu'un qui abolit la loi. »
  • Dès la Genèse, l'homme et la femme sont créés à l'image de Dieu (Genèse 1:27) : ils le représentent dans le monde. C'était le plan pour toute l'humanité.

6. Porter le nom de Dieu, c'est porter sa réputation

  • « Tu ne prendras point le nom de l'Éternel, ton Dieu, en vain » (Exode 20:7). On l'a souvent compris comme une interdiction de jurer. Ryan Karayiannis se souvient d'un élève, pendant son stage d'enseignant, qui reprenait ses camarades : « Hé, je le connais, ne dis pas ça. »
  • Le verbe hébreu, nasa, signifie porter, élever, soulever. Littéralement : tu ne porteras pas le nom de l'Éternel en vain. La docteure Carmen Imes, qui a consacré sa thèse à ce passage, montre que dans le Proche-Orient ancien, un nom divin inscrit sur quelque chose impliquait propriété, souveraineté et obligation. La réputation du dieu était liée au sort de ce qu'il possédait.
  • Aaron porte les noms des fils d'Israël sur le pectoral du jugement, sur son cœur, quand il entre dans le lieu saint (Exode 28:29). Il porte aussi, sur une lame d'or fixée à sa tiare, l'inscription « Sainteté à l'Éternel » (Exode 28:36-38) : il entre dans le lieu saint en portant la réputation de Dieu.
  • Ce n'est pas réservé au prêtre : tout Israël est appelé « un royaume de sacrificateurs et une nation sainte » (Exode 19:5-6 ; Deutéronome 26:18-19). Et la bénédiction d'Aaron se termine par un verset souvent oublié : « C'est ainsi qu'ils mettront mon nom sur les enfants d'Israël, et je les bénirai » (Nombres 6:27).
  • « Le Père t'a confié sa réputation. » Ryan Karayiannis l'illustre avec son fils : c'est comme lui dire « tu es un Karayiannis, nous te confions notre réputation ; quand les gens te rencontreront, ils me rencontreront ». Comme pasteur, comme parent, comme collègue de travail, tu portes le nom de Dieu partout où tu te trouves.
  • Plutôt que le bracelet « Que ferait Jésus ? », il propose une question plus utile : « Jésus, si tu étais moi, que ferais-tu maintenant ? » Devant un e-mail à envoyer le lundi, devant son fils qui le réveille à 4 heures du matin, devant une personne difficile. Cette question devient une pratique spirituelle qui nous ramène dans l'alignement.

7. Le but : la maturité d'une vie donnée

  • « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5:48). Le mot teleios signifie parfait, mûr ou complet. Il vient de telos, la fin, le but. « Ce n'est pas une condamnation à vivre une vie parfaite. Aucun de nous n'y arrivera. C'est la direction dans laquelle nous avançons. »
  • Ronald Rolheiser, dans Sacred Fire, distingue deux étapes : au début, on lutte pour mettre sa vie en ordre ; la maturité, c'est quand on lutte pour donner sa vie. On en arrive à vouloir simplement servir, aider, aimer, sans rien retenir.
  • David Thomas, l'un des responsables du réveil d'Asbury à Wilmore, au Kentucky, raconte qu'une faim spirituelle a retenu quelques étudiants après la chapelle le 8 février, puis que des foules sont venues. Un moment décisif : une étudiante se lève et dit « Personne ne me connaît. Je me cache. Je suis désolée. » Un autre étudiant lui crie : « Nous voulons te connaître. »
  • Pour lui, le réveil vient quand on devient vraiment honnête et qu'on se débarrasse de tout ce qui empêche de donner sa vie et d'aimer son prochain comme soi-même. Le signe d'un réveil, ce ne sont pas les dons, c'est un amour radical du prochain.
  • Conclusion du prédicateur : reconnaître qu'on peut avoir tort, demander à Jésus ce qu'il ferait à notre place, et donner sa vie. « Si nous faisons cela, je crois que la réputation du Père est entre de bonnes mains. »

Points à retenir

  • Il est facile de dire qu'on aime Dieu ; l'amour du prochain, y compris de l'ennemi, en est la vérification.
  • Une légère déformation de la vérité peut mener très loin. Vivre en présumant qu'on peut avoir tort protège du cœur pharisien.
  • Conviction et humilité peuvent cohabiter : chercher la vérité ensemble, même avec celui qui pense le contraire.
  • Tu portes le nom de Dieu : il t'a confié sa réputation là où tu vis et travailles.
  • La perfection de Matthieu 5:48 est une direction, la maturité, qui se voit dans une vie donnée.

Application personnelle

  1. Quelle personne est le plus en désaccord avec toi, et comment pourrais-tu entamer avec elle une conversation où tu cherches d'abord à comprendre ?
  2. Y a-t-il une conviction que tu tiens pour certaine et que tu n'as jamais accepté de remettre devant Dieu en disant « Seigneur, aie pitié de mes erreurs » ?
  3. Qui sont, pour toi, les « étrangers » ou les ennemis que tu as rayés de la catégorie du prochain ?
  4. Dans quelle situation de ta semaine pourrais-tu demander : « Jésus, si tu étais moi, que ferais-tu maintenant ? »
  5. Qu'est-ce qui t'empêche aujourd'hui de donner ta vie, et que veux-tu demander à Jésus de t'aider à laisser ?

Versets cités

Questions fréquentes

Pourquoi les pharisiens enseignaient-ils de haïr son ennemi ?

Selon Ryan Karayiannis, ils ont lu Lévitique 19 comme une parole adressée à Israël seul et ont réduit le prochain aux gens qui leur ressemblaient. Ils ont laissé de côté la mesure « comme toi-même » et oublié Lévitique 19:33-34, qui demande d'aimer l'étranger. Une légère déformation de la vérité les a menés à une conclusion opposée à l'intention de Dieu.

Que signifie « ne pas prendre le nom de l'Éternel en vain » selon ce message ?

Le verbe hébreu employé en Exode 20:7 signifie porter ou élever. Porter le nom de Dieu, c'est porter sa réputation. Comme le souverain sacrificateur portait sur son turban « Sainteté à l'Éternel », chaque disciple de Jésus porte la réputation du Père là où il vit : au travail, en famille, avec ses collègues.

Que veut dire « Soyez donc parfaits » en Matthieu 5:48 ?

Le mot grec teleios signifie parfait, mûr ou complet, et vient de telos, la fin ou le but. Pour le prédicateur, ce n'est pas une condamnation à vivre une vie sans faute, mais la direction vers laquelle on avance : devenir comme le Père, jusqu'à donner sa vie par amour.

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