Introduction
Dans beaucoup de cultures anciennes, on trouve des histoires qui ressemblent à celles de la Bible. Et une bonne partie de nos contemporains en tirent la conclusion : « ces histoires de la Bible sont des mythes ». Que répondre à cela ? C'est la question qu'une personne de l'Église a proposée à Glenn, prédicateur à l'Église Évangélique Baptiste de Strasbourg, pour ce message du 18 octobre 2026.
Le dimanche précédent, il parlait de vivre par la foi, avec le cœur et l'âme. Ce matin-là, il s'adresse à la pensée : Dieu nous appelle aussi à l'aimer de toute notre intelligence, « avoir une intelligence éclairée par lui ».
Il prend quatre éléments du récit biblique que beaucoup considèrent comme légendaires : la croyance en un créateur, les récits de création, le déluge et l'histoire d'un Dieu ressuscité. Puis il réfléchit à la nature de la vérité. Sa conviction tient en une phrase : bon nombre d'histoires fondatrices contiennent « un fond de vérité recouvert par un tas de déchets », et la Bible en raconte la version originale.
Plan du message
1. L'être humain aime les histoires
- On aime les histoires : sa fille lui en réclame une dans le tram quand il oublie les livres, et la famille a écouté tout Le Seigneur des Anneaux pendant les voyages de l'été, 45 heures d'enregistrement. D'une prédication, on retient surtout les anecdotes.
- On aime aussi les histoires rocambolesques. C'est le phénomène du téléphone arabe : on gonfle, on exagère, on ajoute des détails. Plus une histoire est ancienne et répétée à l'oral, moins on peut se fier à elle.
- Toutes les cultures ont des légendes fondatrices. Originaire de Grande-Bretagne, le prédicateur cite le roi Arthur et les chevaliers de la Table ronde : probablement pas vrai, mais ces récits exaltent le courage, le dévouement, le sacrifice.
- D'autres histoires, comme celle de Jeanne d'Arc, ont un fond certain. La difficulté est de savoir où passe la limite entre la version légendaire et la réalité.
2. Un Dieu créateur que les peuples ont oublié
- Une théorie née après Darwin raconte que la religion aurait évolué de l'animisme vers le polythéisme, puis le monothéisme. Le prédicateur y voit une fiction : chez bon nombre de peuples dits primitifs, la croyance a plutôt dégénéré vers le polythéisme.
- Les Incas croyaient en un créateur suprême, Viracocha, qui aurait confié le monde à des divinités inférieures. On l'avait oublié, on avait « perdu le chemin ». Selon la légende, son dernier acte avant de quitter ce monde fut de dresser une grande croix au sommet d'une montagne.
- Chez les anciens Chinois, certains pictogrammes rejoignent étonnamment la Genèse : « convoiter » s'écrit avec deux arbres et une femme, « interdire » avec deux arbres et Dieu. L'empereur récitait un texte où le souverain spirituel sépare le chaos, fait les cieux, la terre et l'homme.
- Dans L'éternité dans leur cœur, l'anthropologue et missionnaire Don Richardson raconte des peuples qui attendaient un livre perdu donnant accès au créateur. Une tribu d'Amazonie a entretenu pendant six ou sept générations une hutte de qualité royale pour ceux qui viendraient.
- Le peuple karen, en Birmanie, croyait en un Dieu suprême nommé Yuwa et attendait un frère blanc avec un livre. Après la traduction de la Bible par Adoniram Judson, la majorité a adhéré à la foi chrétienne, puis est partie évangéliser les peuples voisins.
- Ce n'est pas universel, beaucoup ont aussi rejeté les missionnaires. Mais pour le prédicateur, « Dieu laisse des traces de sa présence dans différentes cultures ». Paul s'appuie d'ailleurs sur un poète grec quand il parle du dieu inconnu à Athènes (Actes 17).
3. Le darwinisme, un récit fondateur moderne
- Le prédicateur sait qu'il va choquer, notamment les étudiants en biologie : il range la théorie de l'évolution, telle qu'elle est racontée dans les manuels, parmi les récits fondateurs. Selon lui, notre culture a écarté le créateur comme une idée dépassée, « le snobisme chronologique », pour le remplacer par « la foi en le hasard aveugle ».
- Deux faits sont observables : des mutations génétiques au hasard et la sélection naturelle. Mais, dit-il, on n'observe pas de mutation capable de créer de nouvelles structures.
- Son image : nous sommes une encyclopédie vivante. Pour que des écailles deviennent des plumes, il faudrait insérer des chapitres entiers, coordonnés avec le reste, en tapant au hasard sur un clavier.
- Ce que l'on observe, selon lui, c'est la dégradation. Comme dans la sélection des races de chiens, on obtient plus de variété mais des lignées plus spécialisées et plus fragiles. Il estime que le hasard est insuffisant pour expliquer la variété et la complexité du vivant.
4. Le déluge, une histoire presque universelle
- Face à un récit biblique très cohérent, on recense plus de 500 récits de déluge sur tous les continents.
- Le prédicateur évoque aussi la géologie. Selon lui, la rivière Colorado est « beaucoup trop petite » pour avoir creusé le Grand Canyon, et les canyons sous-marins comme le gouffre de Capbreton commencent après l'embouchure des rivières actuelles, qui ne peuvent donc pas les avoir creusés. Pour lui, le retrait massif des eaux à la fin du déluge les explique mieux.
- Les récits abondent : Outnapishtim dans l'épopée de Gilgamesh, la cité de Tiahuanaco bâtie après un déluge à 4000 mètres d'altitude, le couple aztèque sauvé dans une barque, le prophète choctaw sur son radeau, les Aborigènes d'Australie et l'origine de l'arc-en-ciel, le frère et la sœur chinois sauvés dans un caisson avec une paire de tous les animaux.
- Le récit aztèque mêle le déluge et la tour de Babel : « ça, c'est du téléphone arabe ». Il semble plus simple de dire qu'il y a « un fond réel et plein de variantes ».
- Pourquoi la Bible donnerait-elle l'original ? D'abord son réalisme : face au radeau ou au bateau en forme de cube, seule l'arche, avec ses dimensions précises, tient la route. Ensuite sa cohérence globale : l'arbre de la vie du début se retrouve dans l'Apocalypse.
5. 2 Pierre 3 : un oubli volontaire
- Dans la traduction lue ce matin-là, Pierre annonce que dans les derniers jours viendront des moqueurs « qui vivront au gré de leurs propres désirs ». Pour le prédicateur, nous y sommes : « chacun fait ce qu'il veut, quand il veut, avec qui il veut ».
- Ils diront : « Nos ancêtres sont morts et depuis que le monde est monde, rien n'a changé. » Il y voit l'état d'esprit que l'on appelle en science le gradualisme, le contraire du catastrophisme.
- Pierre ajoute qu'ils oublient délibérément que Dieu a créé par sa parole, qu'il a détruit le monde d'alors par les eaux du déluge, et que la terre et les cieux actuels sont réservés pour le feu, en vue du jour du jugement.
- Croire que tout vient du hasard, c'est pour lui être « délibérément aveugle à une réalité ». Pourquoi ne veut-on pas parler du déluge ? Parce que c'est l'histoire du jugement de Dieu sur la terre. « L'homme préfère être son propre juge. Mais il n'en est pas capable. »
- Le déluge rappelle indirectement le jugement final à venir : nous aurons des comptes à rendre au créateur.
6. Le Dieu ressuscité : l'original et ses pâles copies
- Certains sceptiques accusent la foi chrétienne d'avoir emprunté la résurrection à d'autres religions : Dionysos, le phénix, les dieux gaulois qui renaissent au solstice, ou Baal, le dieu de l'orage, que les Israélites ont fini par adorer.
- Ces divinités suivent le cycle de la nature, elles meurent et renaissent chaque année. La résurrection de Jésus est « un événement unique, ponctuel, impossible à reproduire » : un homme qui passe d'un corps physique à un corps immortel.
- Pour les religions à mystère comme le mithraïsme, « l'inspiration va dans l'autre sens » : il y a un original, la croix de Jésus, et des pâles copies venues après. Aucune n'existe aujourd'hui, parce qu'elles n'avaient pas la puissance de la vérité. Et la vérité, dit Jésus, nous libère.
- C. S. Lewis parlait de la résurrection comme d'un « mythe véridique » : une forme qui paraît mythique, mais un fait qui s'est réellement passé. Pour le prédicateur, le maître de l'histoire est venu « en mission d'infiltration clandestine parmi nous ».
- L'histoire de Jésus rejoint aussi celle du bouc émissaire, sur qui l'on fait retomber la faute des autres : l'affaire Dreyfus, Œdipe sacrifié pour sauver une ville, le mécanisme décrit par René Girard. L'expression vient de la loi hébraïque. Jésus incarne ce principe universel « de façon parfaite et unique », et pour les chrétiens, quelque chose peut être à la fois symbolique et historiquement vrai.
7. La vérité est exclusive, et ton histoire compte pour Dieu
- Derrière la question posée se cache l'idée que toutes les religions racontent la même chose. Or la vérité est par nature exclusive : une chose ne peut pas être à la fois vraie et fausse. « Je me suis réellement marié. J'ai vraiment une bague pour le prouver. »
- La résurrection est binaire : une vérité ou un mensonge. Mis à part quelques historiens farfelus, personne ne conteste que Jésus a existé.
- On ne peut jamais tout prouver, mais Dieu a révélé assez pour qu'on lui fasse confiance. « Moi, ça donne de l'oxygène à ma foi. » La foi mêle la décision de faire confiance et une intelligence qui voit que ce n'est pas incohérent.
- À ceux qui ne croient pas, il pose la question : et si cette parole était vraiment pour toute l'humanité, « y compris pour toi » ? La foi en l'homme ou au hasard n'est pas suffisante.
- La Bible contient environ 3000 noms, dont on ne sait presque rien. Ils y sont parce qu'ils comptent pour Dieu. Ton nom aussi. L'invitation de Dieu : « écris ces quelques lignes qui constituent ta vie avec moi ». Jésus a étendu les bras sur la croix en signe d'accueil total : « ce serait une folie de notre part de rejeter ce créateur ».
Points à retenir
- Les ressemblances entre les mythes et la Bible ne prouvent pas que la Bible est un mythe : elles peuvent être les traces abîmées d'une vérité originale.
- Beaucoup de peuples gardaient le souvenir d'un Dieu créateur unique, dont ils avaient perdu le chemin. Dieu a laissé des traces de sa présence dans les cultures.
- Selon 2 Pierre 3, oublier la création et le déluge est un oubli volontaire, celui d'un homme qui préfère être son propre juge.
- La résurrection de Jésus n'est pas un cycle de la nature mais un événement unique : l'original, et non la copie.
- La vérité est exclusive. Dieu en a révélé assez pour qu'on lui fasse confiance, et il t'invite à écrire l'histoire de ta vie avec lui.
Application personnelle
- Aimes-tu Dieu aussi de toute ta pensée, ou ta foi évite-t-elle les questions de l'intelligence ?
- Quelles histoires, entendues autour de toi, ont fini par te faire douter de la Bible ? Les as-tu vérifiées ?
- Comment réagis-tu à l'idée de devoir rendre des comptes à ton créateur : par la crainte, par l'oubli, ou par la confiance en Jésus ?
- Qu'est-ce qui donne « de l'oxygène » à ta foi aujourd'hui ?
- Es-tu prêt à écrire les quelques lignes de ta vie avec Dieu, dans la grande histoire qu'il raconte ?
Versets cités
- 2 Pierre 3:3-7
- Genèse 1
- Genèse 6-9
- Genèse 11:1-9
- Actes 17:22-28
- Lévitique 16:21-22
- Jean 8:32
- Apocalypse 22:2
Questions fréquentes
Les ressemblances entre les mythes et la Bible prouvent-elles que la Bible est un mythe ?
Pour le prédicateur, c'est l'inverse. Beaucoup de peuples gardent le souvenir d'un Dieu créateur unique et plus de 500 récits de déluge existent sur tous les continents. Il y voit un fond réel et de nombreuses variantes, des formes corrompues d'une vérité originale que la Bible a préservée, comme une histoire déformée par le téléphone arabe.
Pourquoi croire que la Bible raconte la version originale du déluge ?
Le prédicateur donne deux raisons. D'abord le réalisme du récit biblique : face au radeau ou au bateau en forme de cube d'autres récits, l'arche a des dimensions précises et c'est la seule forme qui tient la route. Ensuite la cohérence globale de la Bible, un récit unique du début à la fin, où l'arbre de la vie de la Genèse se retrouve dans l'Apocalypse.
La résurrection de Jésus est-elle copiée sur les dieux qui renaissent ?
Non, répond le prédicateur. Les divinités comme Baal ou Dionysos meurent et renaissent chaque année, au rythme de la nature. La résurrection de Jésus est un événement unique, impossible à reproduire. Les religions à mystère comme le mithraïsme sont des copies venues après, et aucune n'existe encore aujourd'hui, car elles n'avaient pas la puissance de la vérité.