Introduction
« Qu'êtes-vous allés voir au désert ? » Benjamin Lamotte-Augris, pasteur à l'Église Évangélique Paris Métropole (EPM), ouvre son message avec cette question de Jésus aux foules qui avaient écouté Jean-Baptiste. Il la pose à son tour à l'assemblée : qu'es-tu venu faire ici ce matin ? Ou plutôt, qui es-tu venu voir ?
Pas ceux qui sont sur l'estrade. Pas seulement les frères et sœurs que tu n'avais pas vus depuis longtemps, même si c'est bien. Nous venons voir notre Sauveur, celui qui vit en nous toute la semaine par son Esprit, et nous venons ensemble faire monter vers lui un parfum de bonne odeur.
À partir de là, le pasteur développe une conviction qu'il porte pour son Église, en marche vers ses 90 ans : la vraie Église va toujours à contre-courant, parce que son chef, Jésus, va à contre-courant. Il la suit dans les Actes des apôtres, dans l'histoire de l'Église, puis dans Luc 19, avec Zachée et la parabole des mines.
Plan du message
1. D'une assemblée de rachetés à une assemblée de serviteurs
- Jésus demande aux foules ce qu'elles sont allées voir au désert : un roseau agité par le vent ? Non, un prophète, la voix qui crie dans le désert après quatre cents ans de silence (Luc 7:24-26).
- L'Église a été lancée par le Saint-Esprit comme la continuation du ministère de Jésus. Là où le monde est chaos, Dieu veut restaurer l'ordre, comme dans la Genèse : « Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature » (2 Corinthiens 5:17).
- Nous aimons célébrer la mort et la résurrection de Jésus, parce qu'il a dit : « Faites ceci en mémoire de moi. » Mais la vie de l'Église ne s'arrête pas là. Elle n'est pas seulement une assemblée de rachetés, elle doit devenir une assemblée de serviteurs.
- Le plan de Dieu n'était pas de vivre la Pentecôte puis d'enlever tout le monde au ciel. Si nous sommes encore sur la terre, c'est pour proclamer et étendre le royaume de Dieu. Ce mandat vaut pour l'Église universelle et pour chaque Église locale.
2. Un modèle reçu de Dieu, pas une étude de marché
- La vie d'Église n'est pas la même en ville et en banlieue : l'EPM compte deux campus dans Paris et deux en banlieue, avec des habitudes différentes. Il faut comprendre son contexte et les missions que Dieu donne précisément.
- Lors de sa première assemblée générale, le pasteur a entendu un frère demander pourquoi l'Église n'achetait pas une grande salle pour réunir tout le monde. Réponse : ce n'est pas ce que Dieu a demandé. La vision est de rester à taille humaine, de ne pas dépasser environ 300 personnes par lieu, et de créer des campus qui gardent un esprit de famille.
- Ce modèle n'a pas été choisi par l'équipe pastorale. Dans les prédications des différentes époques, notamment sous le ministère du pasteur Fillatre, quand les cultes se multipliaient, on entend une Église qui cherche comment accueillir cette croissance et qui reçoit la vision d'une « Église-tente ».
- Beaucoup d'Églises cherchent à se fondre dans le contexte, font des études de marché et suivent une logique humaine. Au bout du compte, ce qui domine n'est plus Jésus-Christ mais le nom de l'Église : elle est devenue une marque. Le pasteur ne dit pas que tout y est faux, mais il veut une Église qui écoute la voix de Dieu, « parce que nous avons un Dieu qui va à contre-courant ».
3. Ekklesia : appelés hors de l'esprit du monde
- En grec, l'Église se dit ekklesia : « ek », hors de, et l'idée d'appeler. L'Église est l'assemblée des rachetés appelés hors du monde, ou plutôt hors de l'esprit du monde.
- Jésus ne demande pas au Père d'ôter ses disciples du monde, mais de les préserver du mal (Jean 17:15). Justifiés, lavés et purifiés par son sang, nous sommes mis à part pour marcher dans la sanctification, et non pour retourner dans la boue d'où le Seigneur nous a tirés.
- Nous ne sommes plus du monde, mais nous sommes encore dans le monde. D'où une double mission : une mission extérieure, annoncer l'Évangile, et une mission intérieure, vivre vraiment comme une Église qui va à contre-courant.
- Le monde est traversé par mille courants, instable, toujours agité, soumis aux vents. La persévérance d'Actes 2:42 est comme des racines qui font de nous un arbre planté près d'un courant d'eau (Psaume 1:3). Mais ces courants peuvent aussi entrer dans nos pensées de chrétiens et dans notre manière de faire Église.
4. L'Église primitive, une Église qui dérange
- Actes 2 : remplis du Saint-Esprit, les disciples sortent de la chambre haute et descendent dans la rue. Pierre prêche, des milliers viennent à la foi, et le peuple les regarde avec faveur, même si certains se moquent en disant qu'ils sont pleins de vin doux.
- Actes 3 : Pierre et Jean guérissent le boiteux à la porte du temple. Ils dérangent un ordre établi, l'habitude d'un homme qui ne pouvait pas entrer. Belle image du salut : Dieu restaure et fait entrer dans le temple.
- Puis les problèmes commencent : trop de prédication, trop de guérisons, trop de remous. Arrestations en Actes 4, puis de nouveau la hardiesse. En Actes 5, avec Ananias et Saphira, l'Église doit rester dans la vérité, sans superficialité ni hypocrisie.
- Après la mort d'Étienne, « il y eut, ce jour-là, une grande persécution contre l'Église de Jérusalem ; et tous, excepté les apôtres, se dispersèrent dans les contrées de la Judée et de la Samarie » (Actes 8:1). L'Évangile se répand alors de maison en maison, comme Jésus l'avait enseigné en envoyant ses disciples (Matthieu 10:7-8).
- Les disciples avaient reçu l'ordre de ne pas quitter Jérusalem avant la venue du Saint-Esprit (Actes 1:4-8). Peut-être s'y étaient-ils accrochés. Il a fallu la persécution pour disperser l'Église, et des visions données à Pierre pour l'ouvrir aux païens (Actes 10). L'œuvre de l'ennemi voulait détruire, mais quand Dieu s'en mêle, elle se retourne : l'Église n'est pas morte, elle a explosé.
- Le bâtiment de l'EPM a été acquis vers 1968. Si Dieu n'a pas dit de le quitter, c'est qu'il faut encore y briller. Mais il a aussi dit d'aller à République, à Montparnasse et dans l'est de Paris : d'où le nom de Paris Métropole, une Église appelée à rayonner dans la métropole.
5. Quand l'Église suit le courant
- Vers l'an 300, rappelle le pasteur, l'empereur Constantin fait du christianisme la religion de l'État. Pour le pasteur, c'est là que commence le problème de la fausse Église : on ne peut pas décréter qu'un pays entier sera chrétien. La persécution cesse, on bâtit des temples et des cathédrales, et l'Église se laisse absorber par les manières du monde.
- Il a fallu des hommes et des femmes pour dire : « Il y a un problème. » Quand on faisait acheter son éternité par les indulgences, Luther a affiché ses 95 thèses. Il lui a fallu beaucoup de courage. Soit je suis le courant du groupe sans rien dire, soit je prends position et je vais à contre-courant.
- Les Pères du désert, les Vaudois, les Puritains, la Réforme protestante, le réveil pentecôtiste : à chaque fois, des réajustements face à ce qui s'était installé dans l'Église sans venir de Dieu. Les Assemblées de Dieu sont le fruit de ces prises de position.
- Ce qui a été remis en question : la tradition qui prend le pas sur les Écritures, le confort, la richesse, la mondanité, la foi portée comme une étiquette par le maire ou le médecin du village. Lors d'un stage dans une Église qui proposait des cultes en plusieurs langues, le pasteur a vu la culture prendre le pas sur le culte. Il rappelle aussi qu'une partie de l'Église n'a pas été présente quand il le fallait, lors de la Shoah ou de la ségrégation aux États-Unis.
- Aujourd'hui encore, nous ne sommes pas à l'abri. On peut être tenté de faire un vrai spectacle le dimanche matin pour impressionner. Quand on lui demande de témoigner de la différence entre catholiques et protestants, l'argument avancé est souvent que c'est plus joyeux chez les protestants. « Ce n'est pas la réalité de notre foi. » Nous ne cherchons pas la plus belle musique ni la meilleure vidéo YouTube, car c'est Dieu qui attire avec des cordages d'amour (Osée 11:4).
- Vouloir la plus grande Église et éviter toute persécution affaiblit le message : on cesse de parler de ce qui pourrait choquer. La Bible annonce un temps où l'on se donnera une foule de docteurs pour entendre des choses agréables (2 Timothée 4:3). « Mon frère, ma sœur, il faut t'y habituer » : la vraie Église ira toujours à contre-courant.
- Comme Moïse, l'équipe pastorale ne veut pas faire un pas si Dieu ne marche pas avec elle (Exode 33:15). Car c'est Jésus qui a dit : « Je bâtirai mon Église, et les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle » (Matthieu 16:18).
6. Jésus à contre-courant : l'Agneau immolé et Zachée
- L'assemblée venait de terminer la louange par un chant à l'Agneau immolé. Pour quelqu'un qui vient pour la première fois, cela paraît étrange. Nous n'aurions jamais pensé à envoyer notre fils unique à la croix pour sauver l'humanité : nous aurions imaginé mille autres moyens, des effets spéciaux venus du ciel. Le salut de Dieu va à contre-courant de nos pensées.
- Le ministère de Jésus aussi : on attendait un Messie qui délivre de l'occupant romain, avec une grande armée et un roi sur un trône. Il a été le Messie, mais sans jamais correspondre à ces attentes.
- Zachée, chef des publicains qui remplit ses poches, est trop petit pour voir Jésus au milieu de la foule. Il monte sur un arbre. Contre toute attente, Jésus s'arrête : « Zachée, hâte-toi de descendre ; car il faut que je demeure aujourd'hui dans ta maison » (Luc 19:5). Il connaît son nom. Si tu viens pour la première fois, sache que Dieu te connaît, ton passé, ton avenir, jusqu'au nombre de tes cheveux.
- « Voyant cela, tous murmuraient, et disaient : Il est allé loger chez un homme pécheur » (Luc 19:7). Aux yeux de la foule, Jésus aurait dû aller chez un docteur de la loi, quelqu'un de son niveau. Il va à contre-courant, parce qu'il connaît le cœur malade de Zachée, qui croit être satisfait à chaque gain et ne l'est jamais.
- Malgré les murmures, Zachée le reçoit avec joie. Le pasteur s'adresse à ceux à qui l'on a dit « attention, c'est sûrement une secte » : tu es libre de venir et libre de partir. Ce que tu cherches depuis longtemps se trouve en Jésus, et pas seulement dans cette Église : partout où tu peux le prier.
- Zachée ne veut pas seulement croire, il veut suivre : il rendra le quadruple de ce qu'il a pris. « Aujourd'hui le salut est entré dans cette maison » (Luc 19:9). Le pasteur prie que le salut entre dans nos vies et dans nos maisons.
- D'où l'importance des groupes de maison. On entend parfois : « Je viens au culte, mais le groupe de maison m'intéresse beaucoup moins. » Pourtant, vers l'an 70, il n'y avait plus de temple, et l'Église se réunissait dans les maisons. Si la persécution venait un jour fermer nos temples, ce réseau d'entraide et de communion fraternelle serait déjà en place. Si internet et les communications venaient à tomber, que resterait-il sinon savoir où habitent mon frère et ma sœur ? Les chrétiens d'Ukraine et des pays persécutés connaissent ce besoin.
7. La parabole des mines : servir en attendant son retour
- Toujours dans la maison de Zachée, Jésus ajoute une parabole, « parce qu'il était près de Jérusalem, et qu'on croyait qu'à l'instant le royaume de Dieu allait paraître » (Luc 19:11). Elle ressemble à la parabole des talents de Matthieu 25, plus connue. Le royaume ne viendra pas tout de suite : il y aura d'abord le temps de l'Église, puis la fin et le jugement.
- Un homme de haute naissance part dans un pays lointain pour se faire investir de l'autorité royale et confie des mines à ses serviteurs. Pour donner un ordre de grandeur, le pasteur calcule que dix mines représentent environ mille jours de travail, soit à peu près 68 000 euros au salaire minimum actuel. À son retour, le maître fait les comptes : ceux qui ont fait fructifier sont récompensés, celui qui n'a rien fait est dépouillé.
- C'est l'image de Jésus, monté au ciel pour être revêtu de l'autorité royale, l'Agneau qui reviendra dans toute sa gloire. En attendant, nous ne sommes pas appelés à rester assis, mais à entrer dans les œuvres qu'il a préparées pour nous.
- À 14 ans, un an après sa conversion, le pasteur entend dans un camp de jeunes : « Cherchez la volonté de Dieu pour votre vie. » Le lendemain, il sort de la tente, ouvre sa Bible et tombe sur Marc 16:15 : « Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. » Il était maladivement timide, presque asocial, plein de complexes. Personne n'aurait parié sur lui. Fidèlement, au fil des années, le Seigneur a confirmé cet appel et lui a ôté sa timidité.
- Quel que soit ton âge ou ton métier, pose tout sur la table devant le Seigneur : « Que veux-tu faire de ma vie maintenant ? » Peut-être changer de travail, entrer dans le ministère, partir en mission, ou servir fidèlement ton Église avec le peu que tu as. Tu aurais pu ne pas te réveiller ce matin : qu'en feras-tu ?
- On dit qu'à l'Église, 20 % des gens servent et 80 % ne font rien. Le pasteur appelle l'EPM à sortir de cette statistique. Le peu que nous donnons au Seigneur, il le multiplie.
- Même dans la parabole, il y a un contre-courant : « Mais ses concitoyens le haïssaient, et ils envoyèrent une ambassade après lui, pour dire : Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous » (Luc 19:14). Les serviteurs ne cherchent pas la confrontation, c'est le monde qui vient contre eux. Leur rôle est de rester attachés à la Parole, bâtis sur le roc, et de porter du fruit.
- Sinon, le Seigneur émonde et retranche (Jean 15:2, 6). À l'Église d'Éphèse, il dit : « Ce que j'ai contre toi, c'est que tu as abandonné ton premier amour », et menace d'ôter son chandelier (Apocalypse 2:4-5). Le chandelier, c'est la mission confiée à une Église. Certaines grandissent, puis s'en écartent, déclinent et stagnent.
- Dans le métro, entre Châtelet et la ligne 1, trois tapis roulants : les deux latéraux fonctionnaient, celui du milieu était arrêté mais ouvert. Tout le monde suivait tout le monde. Le pasteur a pris celui du milieu et s'est retrouvé à marcher entre deux foules, exposé. « C'est ça, l'Église aujourd'hui. » Une Église attachée à la Parole devient cette ville sur la montagne qui ne peut être cachée (Matthieu 5:14), et les gens se disent : il y a là quelque chose que je n'ai pas.
En conclusion, le pasteur prie pour une Église qui rassemble au milieu de l'individualisme ambiant, qui brise l'esprit de consommation et les statistiques habituelles, et qui sert « avec zèle, passion et amour », jusque dans les maisons. « Nous ne voulons pas être la génération qui détruit ce que les pères ont bâti », mais une génération de bâtisseurs, jusqu'au jour où le Seigneur dira : « Entre dans la joie de ton maître » (Matthieu 25:21). Car nous avons été sauvés pour servir.
Points à retenir
- L'Église n'est pas seulement une assemblée de rachetés : elle est appelée à devenir une assemblée de serviteurs.
- L'ekklesia est appelée hors de l'esprit du monde, tout en restant dans le monde pour annoncer l'Évangile.
- Chaque fois que l'Église s'est laissé absorber par le monde, Dieu a suscité des hommes et des femmes pour aller à contre-courant.
- Jésus lui-même va à contre-courant : par la croix, par son ministère, et en entrant chez Zachée malgré les murmures.
- En attendant son retour, chacun doit faire fructifier ce qui lui a été confié, pour ne pas perdre le chandelier.
Application personnelle
- Quand tu viens au culte, qui viens-tu voir en premier : les personnes sur l'estrade, tes amis, ou ton Sauveur ?
- Quels courants du monde se sont glissés dans tes pensées ou dans ta manière de vivre ta foi ?
- Comme Zachée, es-tu prêt à recevoir Jésus avec joie malgré ce que les autres peuvent dire ?
- As-tu déjà posé toute ta vie sur la table devant le Seigneur en lui demandant : « Que veux-tu faire de ma vie maintenant ? »
- Fais-tu partie des 20 % qui servent ou des 80 % qui regardent ? Quel petit pas peux-tu faire cette semaine, à l'église ou dans un groupe de maison ?
Versets cités
- Luc 19:1-27
- Luc 7:24-26
- 2 Corinthiens 5:17
- Jean 17:15
- Actes 2:42
- Psaume 1:3
- Actes 8:1
- Matthieu 10:7-8
- Actes 1:4-8
- Osée 11:4
- 2 Timothée 4:3
- Exode 33:15
- Matthieu 16:18
- Marc 16:15
- Jean 15:2-6
- Apocalypse 2:4-5
- Matthieu 5:14
- Matthieu 25:21
Questions fréquentes
Que veut dire « la vraie Église va à contre-courant » ?
Pour Benjamin Lamotte-Augris, l'Église (ekklesia) est l'assemblée de ceux que Dieu a appelés hors de l'esprit du monde. Elle reste dans le monde pour annoncer l'Évangile, mais elle ne suit pas ses courants : elle reste ancrée dans la Parole et laisse Dieu, et non la logique humaine, décider de sa manière de vivre.
Pourquoi Jésus est-il allé chez Zachée ?
Selon Luc 19, tout le monde murmurait parce que Jésus logeait chez un pécheur. Le prédicateur y voit un geste à contre-courant : Jésus connaissait le cœur malade de Zachée, que l'argent ne rassasiait jamais. Zachée l'a reçu avec joie, et sa vie a changé au point de vouloir rendre le quadruple de ce qu'il avait pris.
Que nous apprend la parabole des mines en Luc 19 ?
Jésus la raconte parce qu'on croyait que le royaume de Dieu allait paraître immédiatement. En attendant son retour, ses serviteurs ne sont pas appelés à rester assis, mais à faire fructifier ce qui leur a été confié. Le maître reviendra et demandera des comptes à chacun.