Matthieu 6:13 : ni arrogance ni désespoir face à la tentation

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Introduction

« Ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. » William Philip, pasteur principal de The Tron Church à Glasgow, arrive à la dernière demande du Notre Père dans sa série sur la prière que Jésus enseigne à ses disciples (Matthieu 6:9-13).

Comme les demandes précédentes, celle-ci est à la fois une requête et une reconnaissance. Nous demandons la protection de Dieu parce que nous savons que nous en avons besoin, et nous la demandons avec assurance parce que Dieu l'a promise et qu'il la donnera.

Pour éclairer ce verset, le prédicateur s'appuie sur Jacques 1. Il en tire deux attitudes à demander à Dieu dans l'épreuve : l'acceptation plutôt que l'arrogance, la dépendance plutôt que le désespoir.

Plan du message

1. Une prière humble pour des gens qui ont faim de justice

  • La semaine précédente, la série portait sur le pain quotidien et le pardon quotidien : le pain de Dieu, à la manière de Dieu, « pas notre pain à notre manière ». Le pain pour la vie terrestre, le pardon pour la vie éternelle.
  • Cette dernière demande reconnaît notre faiblesse et notre dépendance envers le Père, en particulier dans le domaine de la tentation, où « nous sentons notre faiblesse de façon très aiguë ». Mais la Bible nous dit que la grâce de Dieu nous suffit.
  • À la fin du chapitre 5, Jésus dit : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5:48). Comment est-ce possible, sinon parce que Dieu nous donne sa propre justice ?
  • C'est le message des Béatitudes : heureux les pauvres en esprit, heureux ceux qui ont faim et soif de la justice (Matthieu 5:3, 6). Ils ont faim de ce qu'ils n'ont pas, et ce sont eux qui seront rassasiés.
  • Cette prière est l'inverse de l'hypocrisie religieuse que Jésus dénonce dans tout le chapitre 6. Elle dit : Seigneur, dans notre faiblesse nous avons besoin que tu nous conduises, et dans notre fragilité, que tu nous délivres.

2. Ce que nous demandons vraiment

  • Le mot traduit par « tentation » désigne les épreuves de toutes sortes, et pas seulement l'incitation à mal faire, même s'il l'inclut.
  • « Délivre-nous du mal » se lit mieux « délivre-nous du malin ». Le même mot désigne le malin qui vient arracher la semence dans la parabole du semeur (Matthieu 13:19). La veille de la croix, Jésus prie : que tu les préserves du malin (Jean 17:15).
  • « Ne nous induis pas » est une tournure inhabituelle. « On appelle ça d'un nom savant, la litote, mais tu n'as pas besoin de le savoir » : c'est une façon de demander le contraire. Ne nous conduis pas dans l'épreuve au point d'y être engloutis, conduis-nous à travers elle, et même jusqu'à la victoire.
  • À Gethsémané, Jésus dit à ses disciples : « Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation » (Matthieu 26:41). Non pas sombrer sous l'épreuve, mais tenir debout au milieu d'elle.
  • Jésus a pourtant annoncé : « Vous aurez des tribulations dans le monde ; mais prenez courage, j'ai vaincu le monde » (Jean 16:33). Les épreuves viendront. Mais il y a deux manières de les regarder, d'y réagir, et deux issues très différentes dans nos cœurs.

3. Deux manières de regarder l'épreuve

  • « Que personne, lorsqu'il est tenté, ne dise : C'est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal, et il ne tente lui-même personne » (Jacques 1:13). Ce sont nos propres convoitises qui nous attirent et nous amorcent (Jacques 1:14). Si on les laisse couver, elles mènent au péché et à la mort (Jacques 1:15).
  • Pourtant Jacques écrit aussi : regardez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves (Jacques 1:2). Le mot « épreuves » est le même que le mot « tentation » du verset 13.
  • Jacques ne se contredit pas. Dieu ne destine jamais les épreuves à notre mal ni à notre perte, mais à notre bien. L'épreuve de notre foi produit la patience, et la patience accomplie nous rend parfaits et accomplis, sans faillir en rien (Jacques 1:3-4).
  • Il y a donc la bonne manière, qui voit les choses depuis la perspective céleste de Dieu, et la mauvaise, qui ne les voit qu'avec un regard terrestre et pécheur. C'est le contraste qui traverse tout Matthieu 6.
  • Le prédicateur propose de placer le mot « toi » au début du verset : toi, Seigneur, tu ne nous conduis pas dans une épreuve qui nous fait régresser et nous mène à la défaite. Tu nous conduis à travers l'épreuve pour nous faire progresser. Cette prière est aussi une confession de foi.

4. L'acceptation plutôt que l'arrogance : « cela ne m'arrivera jamais »

  • La première arrogance consiste à penser qu'on ne tombera jamais dans telle tentation, en regardant quelqu'un qui s'est mis dans un terrible pétrin. C'est l'attitude du pharisien que Jésus attaque dans tout le chapitre, celui qui se trompe lui-même plus encore qu'il ne trompe les autres.
  • Ceux qui pensent ainsi n'ont pas compris la réalité du cœur humain. « Le cœur est tortueux par-dessus tout » (Jérémie 17:9). Jérémie ne parle pas du cœur en général : « Il parle de ton cœur et de mon cœur. »
  • William Philip raconte la conversation avec un homme d'affaires, autrefois membre de l'église, qui travaillait dans une grande chaîne de magasins. Le plus gros détournement qu'il ait connu venait d'une dame d'âge mûr, respectable, qui travaillait à la salle des espèces. Elle n'était ni pauvre, ni endettée, ni joueuse. Elle a expliqué : « Je n'avais pas besoin de cet argent. Mais être en présence de tant d'argent tout le temps, je n'ai pas pu résister à l'envie d'en prendre. »
  • Même chose pour l'infidélité conjugale : beaucoup pensent qu'ils ne tromperaient jamais leur conjoint. Souvent, dit-il, c'est surtout que l'occasion ne s'est pas présentée. « Si c'est le cas, nous devrions en remercier Dieu, n'est-ce pas ? »
  • Jésus nous dit : ne sois pas arrogant. Accepte que tu as besoin de l'aide de Dieu, prie « ne m'induis pas en tentation », et sois déterminé à ne pas faire de pas qui contredisent tes prières.

5. L'acceptation plutôt que l'arrogance : « c'est la faute de Dieu »

  • La seconde arrogance consiste à dire : c'est Dieu qui m'a mis dans cette situation, ce n'est pas ma faute. Jacques répond : ce sont tes propres désirs que tu laisses couver.
  • Paul dit la même chose aux Corinthiens : aucune tentation ne vous est survenue qui n'ait été humaine, Dieu est fidèle et il prépare le moyen d'en sortir. « C'est pourquoi, mes bien-aimés, fuyez l'idolâtrie » (1 Corinthiens 10:13-14). « Ce n'est pas une excuse pour le péché, c'est un sérieux avertissement. »
  • Une foi immature, souvent celle du nouveau converti, a une grande confiance en elle-même : « Je ne retomberai jamais. » Le prédicateur ne veut pas dénigrer cette joie, mais la maturité chrétienne, c'est de mesurer toujours plus combien on est faible et dépendant de l'aide de Dieu.
  • « Plus je suis chrétien depuis longtemps, plus j'apprécie les paroles de ce cantique : I need thee every hour », j'ai besoin de toi à chaque heure.
  • Prier ainsi, ce n'est pas prier avec l'attitude de Jacques 1:13, qui accuse Dieu, mais avec celle de Jacques 1:2, qui bénit Dieu au milieu de l'épreuve. Pierre dit la même chose : l'épreuve de votre foi aura pour résultat la louange, la gloire et l'honneur lorsque Jésus-Christ apparaîtra (1 Pierre 1:6-7).
  • Job en est l'exemple. Ses amis ne voyaient ses épreuves qu'à travers un regard terrestre et accusaient Dieu ou Job lui-même. Mais Dieu a donné raison à son serviteur Job (Job 42:7). Au milieu de sa détresse, Job disait : « Il sait néanmoins quelle voie j'ai suivie ; et, s'il m'éprouvait, je sortirais pur comme l'or » (Job 23:10).

6. La dépendance plutôt que le désespoir : le malin est vaincu

  • « Délivre-nous du malin » est une confession de confiance en ce que Dieu a promis et accompli en Jésus-Christ. La première promesse de la Bible, en Éden, annonce que la postérité de la femme écrasera la tête du serpent (Genèse 3:15).
  • À la veille de sa crucifixion, Jésus déclare : « Maintenant le prince de ce monde sera jeté dehors » (Jean 12:31). Et Jean écrit : « Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les œuvres du diable » (1 Jean 3:8).
  • Prier ainsi, c'est demander à Dieu de rendre réel aujourd'hui, dans notre expérience, ce qu'il a rendu réel pour toujours par la mort et la résurrection de Jésus.
  • Le diable est notre adversaire, qui rôde cherchant qui il dévorera (1 Pierre 5:8). Il veut s'opposer à tout ce que Dieu fait en nous par son Esprit.
  • Il est aussi l'accusateur des frères, qui les accuse jour et nuit devant Dieu (Apocalypse 12:10). Il veut miner notre assurance du pardon. Nous ne sommes pas encore sans péché, mais nous avons besoin de nous rappeler sans cesse que le sacrifice du Christ agit pour nous.
  • Le prédicateur reconnaît avoir lui aussi ressenti le poids écrasant de son propre péché. Mais Jésus a anéanti le diable et délivré ceux qui étaient retenus dans la servitude toute leur vie (Hébreux 2:14-15). Notre prière devient : « Fais taire ces railleries. Écrase ces accusations. Rappelle-moi que son pouvoir est brisé sur moi. »

7. « Que l'Éternel te réprime, Satan ! »

  • Dans Zacharie 3, le prophète voit Josué, le souverain sacrificateur, debout devant l'Éternel, accusé par Satan et vêtu d'habits sales qui représentent le péché du peuple. Une voix s'élève : « Que l'Éternel te réprime, Satan ! » On lui ôte ses vêtements sales et on le revêt d'habits de fête.
  • Voilà ce que signifie cette prière : non un cri de désespoir, mais une expression de foi, de confiance et de dépendance envers Dieu.
  • C'est pourquoi Jacques peut dire : « Soumettez-vous donc à Dieu ; résistez au diable, et il fuira loin de vous. Approchez-vous de Dieu, et il s'approchera de vous » (Jacques 4:7-8). Nous ne pouvons pas nous délivrer nous-mêmes, mais Dieu le peut et l'a fait.
  • Si nous prions avec acceptation et dépendance, nos épreuves ne feront pas de nous des chrétiens aigris qui accusent Dieu, mais de meilleurs chrétiens qui le bénissent, en chemin vers la couronne de vie promise (Jacques 1:12).
  • Jésus a dit à Simon Pierre, faible et inconstant : « Simon, Simon, Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point » (Luc 22:31-32).
  • Dans la chambre haute, Jésus a ajouté : « Ce n'est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole » (Jean 17:20). « Qui est-ce ? C'est toi et moi. » Nous pouvons donc prier avec une confiance absolue.

Points à retenir

  • « Ne nous induis pas en tentation » demande à Dieu de nous conduire à travers l'épreuve sans que nous y soyons engloutis. Dieu ne tente personne.
  • Une même épreuve peut nous faire chuter ou nous rendre persévérants : tout dépend du regard que nous portons sur elle.
  • Ne pense pas « cela ne m'arrivera jamais », et n'accuse pas Dieu : reconnais ton besoin de son aide.
  • La maturité chrétienne se mesure à la conscience croissante de notre faiblesse et de notre besoin de Dieu à chaque heure.
  • Le malin est vaincu à la croix. Face à ses accusations, appuie-toi sur la promesse de Dieu et sur la prière de Jésus pour les siens.

Application personnelle

  • Y a-t-il une tentation dont tu penses être à l'abri ? Que révèle cette assurance sur ta connaissance de ton propre cœur ?
  • Dans quelle épreuve actuelle es-tu tenté d'accuser Dieu plutôt que de lui demander de produire en toi la persévérance ?
  • Quels pas concrets contredisent tes prières, et que signifie pour toi « fuir » cette semaine ?
  • Quelle accusation du malin revient le plus souvent dans tes pensées, et quelle promesse de Dieu peux-tu lui opposer ?

Versets cités

Questions fréquentes

Dieu nous tente-t-il, puisque nous prions « ne nous induis pas en tentation » ?

Non. Jacques 1:13 le dit clairement : Dieu ne tente lui-même personne. Pour William Philip, la demande est une litote, une façon de demander le contraire : ne nous laisse pas engloutir par l'épreuve, conduis-nous à travers elle pour que nous en triomphions. Ce sont nos propres convoitises qui nous attirent vers le péché.

Faut-il traduire « délivre-nous du mal » ou « délivre-nous du malin » ?

Le prédicateur préfère « du malin », comme le suggère la note de bas de page de sa Bible. Le même mot désigne le malin dans la parabole du semeur (Matthieu 13:19), et Jésus prie pour que le Père préserve ses disciples du malin (Jean 17:15).

Quelles sont les deux formes d'arrogance face à la tentation ?

La première consiste à penser « cela ne m'arrivera jamais », en oubliant que le cœur est tortueux par-dessus tout. La seconde consiste à accuser Dieu : « c'est lui qui m'a mis dans cette situation ». À l'inverse, prier Matthieu 6:13 revient à accepter humblement que l'on a besoin de l'aide de Dieu.

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