Introduction
Malcolm Duncan, pasteur principal de Kensington Temple à Londres, poursuit sa lecture verset par verset de Matthieu 5. Après la colère derrière le meurtre, puis le désir derrière l'adultère, il arrive à Matthieu 5:31-32. La question de surface, c'est le divorce et le remariage. La question du cœur, c'est l'alliance : les engagements pour toute la vie.
« Nous n'allons pas l'esquiver », annonce-t-il. Mais avant d'ouvrir le texte, il pose une parole pastorale : ce message n'est pas destiné à faire honte à quiconque est divorcé, séparé ou remarié, et il n'autorise personne à spéculer sur l'histoire d'un autre. Certains portent des décisions qu'ils regrettent. D'autres ont subi la trahison, l'abandon, la contrainte, la violence. D'autres se sont remariés après un veuvage. Certains ont été divorcés contre leur volonté.
Le pasteur parle ensuite de l'alliance au-delà du mariage : dans l'Église, dans la ville, dans la société. Car, dit-il, « le contraire de l'alliance, ce n'est pas la liberté. Le contraire de l'alliance, c'est la fragmentation. »
Plan du message
1. Une parole de protection avant tout
- « L'Église de Jésus-Christ ne doit jamais utiliser les paroles de Jésus-Christ pour enfermer quelqu'un dans le danger. »
- La réconciliation est une espérance chrétienne, mais elle ne peut pas être exigée là où l'abus, la manipulation ou la menace continuent. Le pardon n'oblige pas à retirer des limites justes. La repentance est plus qu'une excuse, et rétablir la confiance demande la vérité, la sécurité et un changement visible.
- Si tu es en danger, te mettre à l'abri n'est pas trahir ton mariage. Protéger tes enfants n'est pas un échec de la foi. Signaler un comportement criminel n'est ni du commérage ni une désobéissance à la Bible. L'Église doit se tenir aux côtés des personnes vulnérables et faire appel aux autorités quand c'est nécessaire.
- « Le divorce n'est pas un péché impardonnable. » L'Évangile annonce le pardon, la purification, la restauration et une nouvelle création en Jésus-Christ. « Ton histoire peut te façonner, mais en Christ, ne la laisse pas t'emprisonner. »
- Une fois ces garde-fous posés, il faut laisser les paroles de Jésus nous interpeller. Elles sont sévères parce que les personnes comptent pour lui, et que les promesses brisées ont des conséquences. « Demande à quiconque a été trahi. »
2. Ce que la loi de Moïse protégeait
- En Matthieu 5:31, Jésus fait allusion à Deutéronome 24:1-4. Ce passage règle ce qui se passe quand un mariage est déjà brisé, et il exige une lettre de divorce pour protéger la femme.
- Le texte décrit une femme renvoyée par son mari, remariée, que le premier mari voudrait ensuite reprendre : ce n'est pas permis. Pour le pasteur, le message de Dieu à Moïse est clair : « elle n'est pas une marchandise, elle n'est pas un objet », elle doit être traitée avec dignité et respect.
- La Bible permet le divorce et le remariage dans certains cas. En Exode 21:7-11, selon le prédicateur, une femme esclave négligée, abandonnée ou maltraitée par son mari est libre de divorcer et de se remarier. En Deutéronome 24, la femme divorcée se remarie. « Quand on te dit que la Bible affirme que personne ne peut jamais divorcer ni se remarier, on lit le texte très différemment de ce qu'il dit. »
- Malcolm Duncan le dit ouvertement : il célèbre le remariage de personnes divorcées, et il pense le faire en restant fidèle à la théologie et à la Bible. Il n'impose pas sa position à ses collègues : dans le mouvement Elim, chaque pasteur a la liberté d'exprimer sa conscience, tout en restant en accord avec la confession de foi.
3. Jésus refuse le divorce « pour n'importe quel motif »
- Au temps de Jésus, deux écoles rabbiniques s'opposaient, celle de Hillel et celle de Shammaï. L'école de Hillel, celle des pharisiens selon le prédicateur, avait peu à peu retiré aux femmes leurs libertés.
- Elle avait changé l'enseignement de Moïse sur trois points : en cas d'adultère, le mari devait divorcer (Moïse disait qu'il le pouvait) ; seul l'homme pouvait divorcer ; et le divorce devenait possible pour n'importe quelle raison. L'expression de Deutéronome 24:1, « quelque chose de honteux », avait fini par signifier tout ce que l'homme décidait.
- Il suffisait à l'homme de déclarer trois fois en public : « Je te répudie. » Le mariage était annulé, la femme chassée, sans aucun droit. C'est ce qu'on appelait le divorce « pour n'importe quel motif ».
- Dans Matthieu 19 et Marc 10, les pharisiens demandent à Jésus s'il est permis de répudier sa femme « pour un motif quelconque ». Pour le pasteur, ils ne l'interrogent pas sur le divorce en général : ils lui demandent dans quel camp il se range. L'une des grandes erreurs de l'interprétation évangélique, selon lui, a été de lire que Jésus interdit tout divorce, alors qu'il rejette la technique du divorce « pour n'importe quel motif ».
- Jésus rejette l'objectification des femmes et l'idée qu'une femme appartiendrait à un homme. Le pasteur s'adresse aux femmes de l'assemblée : « Tu n'as pas moins de valeur qu'un homme. » Aucun responsable de cellule ni aucun pasteur de cette Église n'a le droit de dicter ta vie, ni d'utiliser l'Écriture pour justifier un comportement abusif.
- Dans tout Matthieu 5, Jésus passe sous la simple conformité pour exposer le cœur. Ne te félicite pas de n'avoir pas tué : affronte la colère qui déshumanise. Ne te félicite pas d'avoir évité l'adultère physique : affronte le désir qui fait de l'autre un objet.
- Ne te félicite pas parce que tes papiers de divorce sont en règle. Demande-toi si tu as agi fidèlement envers la personne à qui tu avais fait des promesses. « Un certificat peut établir qu'une chose est légale, mais il n'établit pas forcément qu'elle est aimante, juste ou fidèle. »
- Jésus n'abolit pas la loi, il révèle la justice du royaume vers laquelle elle pointait. Les gens du royaume ne demandent pas seulement : « Qu'ai-je le droit de faire ? » Ils demandent : « Comment incarner la fidélité envers Dieu ? »
4. L'alliance, plus profonde qu'un contrat
- Une alliance est une relation solennelle et moralement contraignante, dans laquelle des personnes se donnent librement l'une à l'autre, acceptent des obligations durables pour le bien de l'autre et rendent compte à Dieu de leur fidélité.
- Un contrat échange des biens ou des services : « Je fournis ceci si tu fournis cela. » Une alliance échange des personnes : « Je me donne à toi, et je prends la responsabilité de ton bien. » Le contrat demande si les conditions ont été remplies ; l'alliance demande comment rester fidèles aux promesses faites.
- En Genèse 15, Abraham voit des animaux partagés en deux et un feu qui passe entre les morceaux. Normalement, celui qui rompt l'alliance en subit le sort. Ici, Dieu dit en quelque sorte : « Voilà ce que tu peux me faire si tu romps mon alliance. » C'est ce qui arrive à la croix : nous rompons l'alliance, et le Fils de Dieu est « déchiré », non pour ce qu'il a fait, mais pour ce que nous avons fait.
- Le geste de la main sous la cuisse (Genèse 24:2) signifiait que l'engagement liait toute la descendance, pour toujours.
- Dieu agit par alliance avec Noé, Abraham, Moïse, David, et annonce par Jérémie une nouvelle alliance écrite sur les cœurs. À la Cène, Jésus parle de la coupe de la nouvelle alliance. L'alliance commence quand Dieu, par grâce, vient vers nous et se lie à nous. Le mariage en est l'expression physique la plus visible ; le pasteur, après en avoir parlé avec sa femme le matin même, ajoute le baptême, reçu une seule fois, et l'adoption.
5. Dieu hait le divorce, pas les divorcés
- En Malachie 2:16, Dieu dit : « Je hais la répudiation. » Beaucoup de chrétiens, en particulier évangéliques et pentecôtistes, ont compris que Dieu hait les divorcés. « Dieu ne hait pas les divorcés. Il hait le divorce. »
- Pourquoi ? Parce que, dans le langage des prophètes, Dieu lui-même a connu le divorce. Dans Osée 1 à 3, dans Jérémie 3, il répudie Israël infidèle. Il retire même l'anneau à cacheter de Jeconia (Jérémie 22:24). Et en Osée, il épouse à nouveau son peuple ; en Aggée 2:23, il dit : « Je te garderai comme un sceau. »
- « Dieu hait le divorce parce que Dieu en connaît la douleur. » Le pasteur dit n'avoir jamais rencontré une personne divorcée qui ne haïsse pas le divorce. Il a vu des rêves brisés et des vies déchirées. Et ce n'est pas toujours la faute des deux : parfois, l'un trahit complètement l'autre. Lui-même a vu deux de ses frères traverser un divorce.
- Deux options seraient plus simples : ne jamais remarier une personne divorcée, ou ne jamais refuser de le faire. « Jésus ne nous donne aucune de ces deux options. »
- Quand une personne divorcée lui demande de la marier, il veut comprendre ce qui s'est passé. Étais-tu chrétien au moment du divorce ? En comprends-tu les conséquences ? As-tu réparé ce que tu as pu faire de mal ? As-tu été guéri de la douleur ? Acceptes-tu d'être accompagné par l'Église ? Si la réponse est : « Non, je veux juste que tu me maries », il refuse. « Ce n'est pas moi qui contrôle quelqu'un, c'est moi qui suis fidèle à l'Écriture. »
- L'Église refuse donc deux choses. Le divorce de consommation : « Je ne l'aime plus, il ne me rend pas heureux, j'ai rencontré quelqu'un que j'aime davantage. » À une personne mariée qui lui annonçait comme un cadeau de Dieu être tombée amoureuse d'une autre, il a répondu : « Tu me demandes de me réjouir d'un péché. » Et à « Je ne choisis pas de qui je tombe amoureux », il répond : « Si, tu le peux. » Mais elle refuse aussi la permanence imposée par la contrainte : personne ne peut te forcer à rester dans un mariage.
6. Cinq principes pastoraux
- Honorer le sérieux de l'alliance du mariage.
- Distinguer les difficultés conjugales ordinaires de l'abus : violence physique, menaces, contrainte sexuelle, comportement de contrôle, restrictions financières, harcèlement, humiliation, isolement du conjoint. Là où le contrôle coercitif est actif, une thérapie de couple peut même être dangereuse, car elle donne à l'agresseur des informations ou des moyens de pression.
- Ne pas faire de la réconciliation une idole. Elle demande vérité, repentance et sécurité. On peut l'espérer, mais jamais pour les apparences ni pour protéger la réputation d'une institution : « Ton bien-être compte plus que notre réputation. »
- Traiter le remariage avec sérieux moral et grâce pastorale : que s'est-il passé, où en est la situation, reste-t-il quelque chose de non résolu ?
- Refuser de stigmatiser les personnes divorcées. Divorcé, séparé, remarié ou célibataire, tu n'es pas de seconde classe ni soupçonné. La grâce rend à la personne le culte, la pleine communion avec Dieu et, lorsque c'est possible, le service. « L'Église doit tenir ensemble ses convictions et sa compassion, parce que c'est ce que fait Jésus. »
7. L'alliance plutôt que la commodité
- Le pasteur cite le livre Covenant du parlementaire britannique Danny Kruger : une société saine ne se construit pas uniquement sur les contrats, la consommation et le choix individuel. Elle a besoin de lieux où l'on accepte des obligations les uns envers les autres : mariages, familles, quartiers, Églises, associations.
- Sans engagement commun, tout se défait, comme au temps des Juges où chacun faisait ce qui lui semblait bon (Juges 21:25). Kensington Temple rassemble 135 nationalités : ce n'est ni une Église nigériane, ni ghanéenne, ni philippine. Son engagement commun, c'est Christ : dire la vérité, s'honorer les uns les autres, garder la Bible au centre, Jésus comme Seigneur, laisser la liberté à l'Esprit.
- Un homme inconnu l'a appelé un jour : avocat à Londres, il voulait venir à l'Église pour qu'on lui trouve un emploi, et promettait alors de donner la dîme. Le pasteur lui a répondu de demander un emploi à Dieu plutôt que de lui demander de manipuler les membres de l'Église. « Si tu n'y prends pas garde, tu remplaces l'alliance par la commodité. »
- « Quand chaque engagement ne dure qu'aussi longtemps que ma préférence, les puissants prospèrent et les vulnérables paient le prix. » Les enfants ont besoin d'adultes qui restent responsables, les personnes âgées de communautés qui ne les abandonnent pas quand les soins coûtent cher. La question n'est pas seulement « Quels sont mes droits ? », mais aussi « Quelles sont mes responsabilités ? »
- Martin Luther décrivait le péché comme un cœur recourbé sur lui-même. Israël voulait les bénédictions du peuple de Dieu sans ses responsabilités, et l'Église court le même risque quand elle reproche à la société ses échecs sans traiter son propre péché. « Nous devons d'abord vivre à la hauteur de ces exigences. »
- Le pasteur rappelle que la chaire n'est pas là pour ignorer la société mais pour lui parler, en citant Herman Melville, l'auteur de Moby Dick. L'Église vit comme une communauté à contre-courant : le monde peut mesurer ta valeur à ta couleur de peau ou à ton salaire, pas l'Église. On y entre en confessant que Jésus est Seigneur (Romains 10:9).
- « Ne quitte pas cette salle condamné. » Toute ta vie peut devenir un acte d'adoration. « Nous sommes une Église qui garde l'alliance, parce que nous avons un Dieu qui garde l'alliance. Et il est fidèle. »
Points à retenir
- Le divorce n'est pas un péché impardonnable, et l'Église ne doit jamais se servir des paroles de Jésus pour maintenir quelqu'un dans le danger.
- Jésus rejette le divorce « pour n'importe quel motif » qui faisait de la femme un objet ; un papier en règle ne suffit pas à rendre une séparation fidèle ou juste.
- Une alliance n'échange pas des services mais des personnes : elle demande comment rester fidèle aux promesses faites devant Dieu.
- Dieu hait le divorce parce qu'il en connaît la douleur, mais il ne hait pas les personnes divorcées.
- Le contraire de l'alliance n'est pas la liberté, c'est la fragmentation : l'Église est appelée à vivre l'engagement plutôt que la commodité.
Application personnelle
- Si tu as traversé un divorce, laisses-tu ton histoire te façonner sans t'emprisonner, en recevant le pardon et la restauration que l'Évangile annonce ?
- Dans tes relations, demandes-tu seulement « Qu'ai-je le droit de faire ? » ou aussi « Comment rester fidèle à mes promesses ? »
- Comment regardes-tu les personnes divorcées, séparées, remariées ou célibataires de ton Église : avec soupçon ou comme des frères et sœurs à part entière ?
- Viens-tu à l'Église surtout pour ce que tu peux y recevoir, ou pour t'engager envers Christ et envers les autres ?
- Si tu vis une situation d'abus, qui peux-tu contacter cette semaine pour te mettre en sécurité, toi et tes enfants ?
Versets cités
- Matthieu 5:31-32
- Deutéronome 24:1-4
- Exode 21:7-11
- Matthieu 19:3-9
- Marc 10:2-12
- Genèse 15
- Genèse 24:2
- Malachie 2:14-16
- Osée 1 à 3
- Jérémie 3:8
- Jérémie 22:24
- Aggée 2:23
- Juges 21:25
- Romains 10:9
- Matthieu 5:48
- Matthieu 6:33
- Matthieu 7:12
Questions fréquentes
Que dénonce Jésus dans Matthieu 5:31-32 ?
Pour Malcolm Duncan, Jésus répond au « divorce pour n'importe quel motif » enseigné par l'école de Hillel : un homme pouvait renvoyer sa femme pour tout ce qui lui déplaisait, et la femme perdait tous ses droits. Jésus refuse que la femme soit traitée comme un objet et rappelle qu'un certificat peut rendre une chose légale sans la rendre aimante, juste ou fidèle.
Le divorce est-il un péché impardonnable ?
Non. Le prédicateur l'affirme clairement : l'Évangile annonce le pardon, la purification, la restauration et une nouvelle création en Jésus-Christ. Ton histoire peut te façonner, mais en Christ elle n'a pas à t'emprisonner. Les personnes divorcées ne sont pas des chrétiens de seconde classe.
Quelle est la différence entre une alliance et un contrat ?
Un contrat échange des biens ou des services et demande si les conditions convenues ont été remplies. Une alliance échange des personnes : « Je me donne à toi et je prends la responsabilité de ton bien. » Elle demande comment rester fidèles aux promesses faites, devant Dieu.