« Serviteur inutile » : ton devoir reste pure grâce

13 min de lecture

Serviteur inutile : ton devoir accompli reste pure grâce

Tu as prié, tu as servi, tu as donné de ton temps. Et parfois, une petite voix te souffle : « Le Seigneur me doit bien quelque chose maintenant. » C'est là que Jésus arrête ta course pour te dire une parole qui pique l'orgueil et libère le cœur : « Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire. »

Le 15 juin 2025, Mikaël BEYNAT ouvre Luc 17.7-10 devant l'assemblée. Un passage court, unique en son genre, qu'on ne retrouve nulle part ailleurs dans les évangiles. Un antidote contre l'orgueil de ceux qui, à force de servir, finissent par se croire indispensables. Ce texte ne minimise pas ton travail. Il replace la gloire là où elle doit revenir : à Dieu seul.

Voici ce que Jésus veut te dire quand il t'appelle « serviteur inutile », et pourquoi cette parole rude est en réalité un immense soulagement.

Plan du message

1. Un texte unique dans les évangiles

Le passage de Luc 17.7-10 est un texte très court, qu'on ne retrouve nulle part ailleurs dans la Bible. C'est Jésus lui-même qui parle : « Si l'un de vous a un esclave qui laboure ou garde les troupeaux, lui dira-t-il à son retour des champs : 'Viens tout de suite te mettre à table' ? Ne lui dira-t-il pas au contraire : 'Prépare-moi à souper, ajuste ta tenue pour me servir jusqu'à ce que j'aie mangé et bu. Après cela, toi, tu mangeras et tu boiras.' A-t-il de la reconnaissance envers cet esclave parce qu'il a fait ce qui lui était ordonné ? Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites : 'Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire.' »

Jésus est alors sur la route de Jérusalem pour la dernière fois. Il sait qu'il va mourir. Il enseigne d'abord ses apôtres, puis ceux qui seront pleinement engagés dans le ministère, pastorat, enseignement, évangélisation. Mais le mot « ministère » dans la Bible veut tout simplement dire service. Et nous avons tous un ministère, quel que soit le nôtre. Nous avons tous une place à part, dans le service du prochain et dans le service de Dieu.

La forme du discours est simple : trois questions rhétoriques posées par Jésus, suivies d'une conclusion. C'est une manière rabbinique de parler pour aider ceux qui écoutent à prendre conscience par eux-mêmes d'une vérité. Et cette technique fonctionne encore aujourd'hui : parfois, plutôt que de répéter ce que tu crois à quelqu'un qui te contredit, tu peux lui poser des questions et le laisser cheminer.

2. Pourquoi Jésus compare-t-il ses disciples à des esclaves ?

Au 21e siècle, la comparaison peut choquer. Mais dans l'Empire romain, l'esclavage était considéré comme normal. Jésus n'approuve absolument pas l'esclavage, la Bible le condamne clairement dans trois textes du Nouveau Testament : 1 Timothée 1.10, où Paul met les trafiquants d'esclaves au même niveau que ceux qui tuent leur père ou leur mère ; l'épître à Philémon, où Paul demande à un maître chrétien d'affranchir son esclave devenu frère en Christ ; et Apocalypse 18.13, où Babylone est jugée pour son trafic d'âmes et de corps humains.

L'histoire raconte d'ailleurs que dans les trois premiers siècles de l'Église, la majorité des convertis se trouvaient dans les quatre catégories les plus méprisées de l'Empire : les femmes, les enfants, les pauvres et les esclaves. Ce sont les chrétiens qui les premiers ont eu la conscience que l'esclavage était mal. Le cantique Amazing Grace a été écrit par un ancien esclavagiste transformé par une rencontre avec Dieu, qui a consacré le reste de sa vie à lutter contre ce fléau.

Le mot grec traduit par « serviteur » dans le texte est en réalité le mot esclave, et il revient trois fois. Jésus décrit un esclave qui laboure, garde les troupeaux, sert à table, et qui ne mange qu'après avoir tout accompli. Une image dure, mais elle est là pour dire quelque chose de précis sur la posture du cœur.

3. Ce que Dieu n'est pas, à la différence de ce maître humain

Toute parabole a ses limites. Le maître humain du récit n'est pas identique à Dieu. Dieu n'est pas un maître impitoyable, injuste ou oppresseur. Il se présente dans toute la Bible comme un maître bon, miséricordieux, juste, libérateur. La preuve, Jésus le dit lui-même : « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup. »

Dieu aurait pu exiger d'être servi : notre souffle de vie dépend de lui. Si tu es réveillé ce matin, c'est uniquement grâce à Dieu. Il aurait donc pu se contenter de nous voir comme de simples esclaves. Mais il ne le fait pas. Jésus dit : « Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car je le suis », et pourtant il pose immédiatement l'écart : notre esclavage de Dieu n'a rien à voir avec un esclavage humain, parce que nous ne sommes pas forcés, nous sommes libres. Nous avons choisi de servir le Seigneur. C'est un paradoxe : un libre esclavage. À l'image de Jésus, nous avons choisi d'être ses esclaves.

Mais nous avons choisi cet esclavage pour une vraie liberté. Paul l'écrit dans Romains 8.15 : « Vous n'avez pas reçu un esprit de servitude pour être encore dans la crainte, mais vous avez reçu un esprit d'adoption, par lequel nous crions : Abba, Père. » Et dans Galates 4.6-7 : « Ainsi, tu n'es plus esclave, mais fils ; et si tu es fils, tu es aussi héritier de Dieu par Christ. » Et Jésus va encore plus loin dans Jean 15.15 : « Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai appris de mon Père. »

Tu es fils de Dieu, héritier de Dieu, ami de Dieu. C'est un esclavage vraiment à part de tout autre.

4. Quatre esclavages dont Jésus t'a libéré

En Christ, tu es libéré. Jésus est venu te libérer de plusieurs esclavages :

  • L'esclavage de l'ignorance. « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira » (Jean 8.32).
  • L'esclavage du péché. « Quiconque pratique le péché est esclave du péché. Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres » (Jean 8.34-36).
  • L'esclavage de la crainte de la mort. Hébreux 2.14-15 te dit que Jésus est venu délivrer ceux qui, par crainte de la mort, étaient toute leur vie retenus dans la servitude. Si cette peur te travaille, accroche-toi à ce verset.
  • L'esclavage des hommes. « Ne devenez pas esclaves des hommes » (1 Corinthiens 7.23). Tu es d'abord esclave de Dieu avant d'être serviteur des hommes. Les hommes peuvent t'entraîner dans leur projet, même en apparence un bon projet. Mais si ce n'est pas le projet de Dieu, ça ne va pas marcher. C'est à Dieu d'abord que tu auras des comptes à rendre.

5. Un Dieu qui s'est fait lui-même esclave

L'autre différence entre Dieu et ce maître humain, c'est que Dieu s'est fait lui-même esclave. Jésus a vécu et est mort en esclave. La crucifixion, à l'époque, était le supplice réservé aux esclaves, c'est pour cela que l'apôtre Paul, citoyen romain, a été décapité et non crucifié. Notre Dieu a choisi de s'identifier aux esclaves en mourant sur la croix pour eux et pour chacun d'entre nous.

À la différence du maître humain, le Seigneur ne se contente pas de commander : il applique lui-même. Jésus est le seul homme sur terre à avoir mis en parfaite adéquation ses paroles et ses actes. Tu ne trouveras jamais une seule contradiction entre ce que dit Jésus et ce que fait Jésus. Nos proches (conjoints, parents, enfants), voient rapidement nos incohérences. Jésus, lui, n'a jamais péché.

Et il y a plus surprenant encore. Dans Luc 12.37, Jésus annonce que lors de son retour, c'est lui qui te servira à la table du royaume. Il a servi les hommes lors de sa première venue ; il servira encore lors de sa seconde venue. Lorsqu'il a lavé les pieds de ses disciples, il s'est identifié à un esclave, car ce geste était réservé aux esclaves. On comprend mieux pourquoi tant d'esclaves des premiers siècles se sont convertis à Christ.

6. « Serviteur inutile » : ce que ces mots veulent vraiment dire

La conclusion de Jésus est un commandement pour toi : « Vous de même, quand vous aurez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire. »

Le mot « inutile » peut aussi se traduire par « serviteur non indispensable », et même (plus fort), « serviteur bon à rien ». Par nous-mêmes, nous ne sommes bons à rien. Nous ne pouvons rien faire de bon. C'est seulement par le Seigneur que nous pouvons produire quelque chose de bon. Toute bonne œuvre que nous faisons est faite par le Seigneur en nous.

Attention : en tant qu'individus créés uniques, nous sommes irremplaçables. Il n'y a pas un seul exemplaire comme toi sur la terre. Mais nous ne sommes pas indispensables au service du Seigneur. Le Seigneur n'était pas obligé de nous utiliser pour ses plans : c'est uniquement par sa grâce qu'il le fait. Jésus nous dit ici de ne pas nous attribuer la gloire, de ne pas voler la gloire à Dieu.

Dans le livre des Actes, un des rois Hérode reçoit du peuple cette acclamation : « C'est la voix d'un dieu, et non celle d'un homme ! » Dieu le frappe alors d'une mort terrible, parce qu'il n'avait pas donné gloire à Dieu (Actes 12.20-23). Un excellent antidote à l'orgueil se trouve dans 1 Corinthiens 4.7 : « Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l'avais pas reçu ? »

Là encore, Jésus ne demande rien qu'il n'ait fait lui-même. Il a dit : « Je suis doux et humble de cœur » (Matthieu 11.29). Chez n'importe qui d'autre, ces mots sonneraient faux. Chez Jésus, ils sonnent vrai, parce que Jésus respirait l'authenticité. Et Proverbes 27.2 rappelle : « Qu'un autre te loue, et non ta bouche. » Nous n'avons pas le droit de faire notre propre louange.

7. Trois attitudes possibles envers Dieu

Pour terminer, il y a trois attitudes extrêmes que tu peux avoir envers Dieu, deux mauvaises, une bonne.

Première mauvaise attitude : ne rien faire. Se trouver des excuses en se disant que puisque nous ne sommes pas indispensables, Dieu pourvoira sans nous. Jésus est très sévère avec cette attitude. Dans la parabole des talents, il traite le serviteur qui a enterré son talent de « méchant et paresseux » (Matthieu 25.26).

Deuxième mauvaise attitude : beaucoup faire, mais estimer que Dieu nous doit quelque chose. C'est le piège du fils aîné de la parabole du fils prodigue. Quand son frère cadet revient et que le père fait la fête, il éclate : « Voici, il y a tant d'années que je te sers, sans jamais transgresser tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour que je me réjouisse avec mes amis » (Luc 15.29). En disant cela, il révèle qu'il servait dans un rapport donnant-donnant. Il est tout aussi pécheur que son cadet.

Troisième attitude, la bonne : tout faire pour Dieu, mais en toute humilité, en lui rendant toute la gloire. Quand tu es sauvé, tu ne fais plus des œuvres pour être sauvé, mais parce que tu es sauvé. Tu fais des œuvres par reconnaissance envers Dieu. Comme le dit Paul, nous ne sommes que des vases d'argile (2 Corinthiens 4.7), un canal que Dieu utilise. En obéissant à Dieu, nous ne faisons que notre devoir. Et nous devrions considérer cela comme un privilège, pas comme un sujet de mérite.

Jésus ne minimise pas ton travail, il a dit que même un simple verre d'eau donné en son nom ne perdra pas sa récompense (Matthieu 10.42). Il n'exclut pas les récompenses. Mais il s'attaque à l'orgueil spirituel et à l'image démesurée que tu pourrais avoir de toi-même.

Points à retenir

  • « Serviteur inutile » signifie « non indispensable ». Tu es irremplaçable comme personne unique, mais tu n'es pas indispensable au plan de Dieu. Il te choisit par pure grâce.
  • Ton service découle du salut, il ne le mérite pas. Comme le rappelle Paul, « qu'as-tu que tu n'aies reçu ? » Toute bonne œuvre est faite par le Seigneur à travers toi.
  • Nous sommes des esclaves libres. Personne ne nous force. Nous avons choisi de servir un Dieu qui, lui, s'est fait esclave pour nous, jusqu'à la croix.
  • Deux pièges : ne rien faire, ou faire pour recevoir. Le fils aîné du prodigue servait sans vraie humilité. La bonne posture, c'est : tout faire pour Dieu et lui rendre toute la gloire.
  • Ta récompense est réelle, mais ton mérite ne l'est pas. Jésus honore chaque verre d'eau donné en son nom, tout en refusant que tu voles la gloire due à Dieu.

Application personnelle

  • Quand j'ai beaucoup servi cette semaine, est-ce que je me suis surpris à attendre une reconnaissance particulière de Dieu ou des autres ?
  • Où est-ce que je me trouve dans les trois attitudes : le paresseux qui ne fait rien, l'orgueilleux qui attend son dû, ou l'humble qui rend toute la gloire à Dieu ?
  • Est-ce que je réalise que je suis d'abord fils, héritier, ami de Dieu, avant d'être son « serviteur » ?
  • Y a-t-il un projet que je porte « pour Dieu » qui, en réalité, est un projet d'homme dans lequel je me suis laissé entraîner ?
  • Est-ce que je laisse Jésus servir ma vie, plutôt que d'essayer de le servir à ma manière et avec mes forces ?

Versets cités

FAQ

Est-ce que Jésus dévalorise mon service quand il m'appelle « serviteur inutile » ?

Non. Le mot grec traduit « inutile » signifie littéralement non indispensable. Jésus ne dit pas que ton service n'a aucune valeur, il promet même une récompense pour un simple verre d'eau donné en son nom. Il dit que Dieu pourrait accomplir son plan sans toi, et que c'est par pure grâce qu'il t'associe à son œuvre. C'est un remède à l'orgueil, pas un mépris de ton travail.

Si je ne suis pas indispensable, pourquoi devrais-je encore servir ?

Parce que servir n'est pas une négociation avec Dieu, mais une réponse à sa grâce. Comme le rappelle Mikaël BEYNAT, quand tu es sauvé, tu ne fais plus des œuvres pour être sauvé, mais parce que tu es sauvé. Et Jésus prévient dans la parabole des talents que le serviteur qui ne fait rien sera jugé sévèrement. Tu n'es pas responsable du monde entier, mais tu es responsable du périmètre (famille, amis, connaissances, Église), que Dieu t'a confié.

Comment vivre concrètement cette humilité au quotidien ?

En rendant activement gloire à Dieu pour chaque bonne œuvre accomplie : « Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? » En te laissant encourager par les autres sans faire ta propre louange (Proverbes 27.2). En te souvenant que Jésus, ton Maître, s'est lui-même fait esclave jusqu'à la croix pour toi. Et en cultivant cette prière intérieure : « Seigneur, je ne suis qu'un vase d'argile, mais quel privilège que tu m'utilises. »

Toutes les prédications sur « Église »

Ne rate aucune prédication de Église Réformée Évangélique de Marseille Sud

Un résumé clair à chaque nouveau message, directement chez toi.

pour prendre des notes et poser une question.

Sur le même thème

Message publié par Église Réformée Évangélique de Marseille Sud. Retrouve l'intégralité de l'enseignement sur sa chaîne.

← Retour au Journal

« Serviteur inutile » : ton devoir reste pure grâce | Efficient Church