Introduction
« Il essuiera toute larme de leurs yeux. » C'est avec cette promesse d'Apocalypse 21 que le pasteur de la Primera Iglesia Evangélica Bautista de Madrid (PIEB Lacy) intitule sa réflexion du culte du 16 octobre 2026 : « Il essuiera nos larmes ». Un message court, annoncé comme tel, sur un sujet que chacun connaît : la tristesse.
Après avoir parlé, les semaines précédentes, de la fatigue et de l'épuisement, puis de la peur et de la foi, de l'espérance et de l'amour qui aident à la porter, il ajoute une troisième expérience « qui fait partie du voyage de nos vies ». Il ne promet pas de solution magique : la tristesse « ne se guérit pas toute seule, et encore moins en un instant ». Mais il montre comment Christ vient à la rencontre de celui qui pleure.
Plan du message
1. Le jour le plus triste de l'année
- Le pasteur part du « Blue Monday », le troisième lundi de janvier, nommé ainsi en 2005 par le psychologue Cliff Arnall : le froid de l'hiver, les dettes de Noël, les bonnes résolutions abandonnées au bout de trois semaines. Rien de scientifique, et une agence de voyages en a même fait une campagne publicitaire.
- Il en sourit : son anniversaire peut tomber ce jour-là, et ce lundi-là, il reste encore 95 % des jours de l'année, donc « 95 % de chances de succès ».
- Ce qu'il sait, en revanche, c'est que la tristesse fait partie de la vie de tous. Lui-même, d'un tempérament plutôt enjoué, se souvient d'une période, après la pandémie, où la tristesse l'a envahi pendant quelques semaines.
- Un manuel de psychologie la décrit comme une baisse de l'humeur habituelle, qui va « de l'angoisse légère à la peine intense du deuil ou de la dépression ». Le psychologue Abascal l'appelle « la Cendrillon des émotions », parce qu'elle est moins étudiée que les autres.
- Elle n'est pas forcément négative : elle surgit après les pertes, les deuils, les déceptions et les échecs, et peut aider à accepter et à réorienter sa vie. Là où la colère pousse à lutter pour ce qu'on va perdre, la tristesse invite à lâcher et à chercher d'autres chemins.
2. La Bible ne cache pas les larmes
- La tristesse apparaît plus de 50 fois dans la Bible, la lamentation profonde plus de 10 fois, les pleurs plus de 50 fois, l'affliction plus de 100 fois. Des chiffres qui ne suffisent pas à dire la complexité de nos états d'âme.
- Le pasteur rappelle deux versets qui viennent à l'esprit de tous : « Heureux les affligés, car ils seront consolés » (Matthieu 5:4) et la promesse d'Apocalypse 21:4, Dieu essuiera toute larme. Il veut parler d'un Christ qui essuie nos larmes, « parce que peut-être, j'espère que non, toi aussi tu te sens triste en ce moment ».
- David pleure son fils Absalom après avoir retrouvé son royaume. Néhémie est accablé par les murailles détruites de Jérusalem. Les disciples sont attristés par l'annonce de la mort de Jésus, et Jésus lui-même, à Gethsémané, dit sa profonde tristesse.
- Le pasteur raconte 2 Samuel 12 : le péché de David avec Bath-Schéba, la mort d'Urie envoyé au front, la parole du prophète Nathan, puis l'enfant malade pour lequel David jeûne et supplie pendant sept jours, avant que l'enfant ne meure.
- Jacob refuse de laisser partir Benjamin : « vous feriez descendre mes cheveux blancs avec douleur dans le séjour des morts ». Le pasteur avoue citer parfois ce verset, en riant, aux musiciens quand la louange ne se passe pas bien.
- Le Psaume 31 décrit une détresse qui consume les yeux, l'âme et le corps. Le Psaume 137 dit la tristesse de tout un peuple : « Sur les bords des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion. »
- La tristesse se cache bien : « au milieu même du rire le cœur peut être affligé » (Proverbes 14:13). Le roi Achab, lui, est à la fois triste et irrité quand Naboth refuse de lui vendre sa vigne, signe que tristesse et colère se ressemblent.
3. Il y a tristesse et tristesse
- Jésus met en garde contre une religion à la mine triste : quand vous jeûnez, ne prenez pas un air triste comme les hypocrites (Matthieu 6:16). Le pasteur vise ces spiritualités où l'on fait la tête « pour qu'on voie que nous sommes spirituels ». Cela n'a rien à voir avec la spiritualité.
- Parfois, la tristesse est le fruit de nos erreurs et de nos péchés, et le Seigneur s'en sert pour nous corriger. Paul écrit aux Corinthiens : « la tristesse selon Dieu produit une repentance à salut dont on ne se repent jamais, tandis que la tristesse du monde produit la mort » (2 Corinthiens 7:10).
- Il existe aussi une tristesse qui enferme. Le livre de la Sagesse, livre deutérocanonique des Bibles catholiques, parle d'une tristesse « divinisée » : ce que nous avons perdu devient une idole, notre vue se brouille et nous vivons dans le passé, dans ce que nous n'avons plus ou ce que nous ne sommes plus.
- Face à tout cela, la Bible présente un Christ qui s'approche avec empathie de ceux qui souffrent. Les croyants ne sont pas étrangers aux douleurs de l'âme.
4. Réconcilier la tristesse avec la joie de l'Évangile
- Le pasteur choisit ses mots : il ne veut pas dire que Christ « guérit » la tristesse, comme si elle était une maladie, mais qu'il la « réconcilie », qu'il la met en relation avec ce qu'il fait dans nos vies.
- La joie n'est pas l'exact contraire de la tristesse. Après le culte, on répond « tout va bien » à qui demande des nouvelles, mais, comme dit l'expression espagnole, on souffre en silence.
- Il se souvient du cantique chanté presque chaque dimanche dans son enfance : « Un cœur qui a Christ ne peut pas être triste. » Sa réponse : si, un cœur qui a Christ peut être triste. Nous le savons par expérience. Mais l'Évangile reste une source de joie.
- Ésaïe annonçait le temps du Messie comme un temps d'allégresse : « une joie éternelle couronnera leur tête ; l'allégresse et la joie s'approcheront, la douleur et les gémissements s'enfuiront » (Ésaïe 35:10). Dans Luc, l'ange annonce « une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie » (Luc 2:10).
- Cette joie se cultive : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur » (Philippiens 4:4). Elle ne chasse pas la tristesse par magie, mais elle aide.
- Le pasteur évoque son grand-père : il avait tout pour être un homme triste, vu tout ce qu'il avait traversé, et pourtant il avait une joie contagieuse, fruit de l'Évangile qui avait transformé son âme. Nous savons ce que nous portons dans nos sacs à dos, et cela ne se règle pas d'une tape dans le dos. « Mais nous avons le Seigneur qui nous remplit de sa joie. »
5. Réconcilier la tristesse avec l'espérance
- Il y a plus puissant encore que la joie : l'espérance. Le psalmiste se parle à lui-même : « Pourquoi t'abats-tu, mon âme, et pourquoi gémis-tu au dedans de moi ? Espère en Dieu, car je le louerai encore » (Psaume 42:12).
- Le Psaume 13, lu au début du culte, commence par « Jusques à quand ? » et finit par la confiance : « J'ai confiance en ta bonté, j'ai de l'allégresse à cause de ton salut ; je chante à l'Éternel, car il m'a fait du bien » (Psaume 13:6).
- La tristesse vient souvent de pertes difficiles à réparer et de deuils qui ne guérissent jamais tout à fait. Mais l'espérance du Christ ouvre de nouvelles portes et des avenirs possibles.
- Aux sadducéens qui veulent le piéger, Jésus répond que Dieu « n'est pas Dieu des morts, mais des vivants » (Matthieu 22:32). Dieu est un Dieu d'avenir, qui fait couler des fleuves dans le désert (Ésaïe 43:19) et ouvre des possibilités là où personne n'en voit.
- Ne te résigne pas à une espérance réservée à la fin des temps : elle transforme ton présent, ici et maintenant. Dieu prend soin de toi, il t'accompagne, il t'aide dans tes difficultés.
6. Réconcilier la tristesse avec la consolation du Christ
- Au moins 550 ans avant la naissance de Jésus, Ésaïe 61 annonçait celui qui viendrait « guérir ceux qui ont le cœur brisé », « consoler tous les affligés » et leur donner « un vêtement de louange au lieu d'un esprit abattu ».
- Jésus a lu ce passage dans la synagogue de Nazareth et se l'est appliqué (Luc 4). Panser les cœurs brisés et consoler ceux qui sont en deuil, c'est sa mission.
- Paul bénit le « Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos afflictions, afin que, par la consolation dont nous sommes l'objet de la part de Dieu, nous puissions consoler ceux qui se trouvent dans quelque affliction » (2 Corinthiens 1:3-4). Le pasteur résume ce qui ressemble à un virelangue : Dieu nous a consolés de toute sa consolation pour que nous puissions consoler ceux qui souffrent.
7. L'héritage qui change notre regard
- Pour conclure, le pasteur prend les soucis d'argent, que presque tout le monde connaît : l'emprunt, le prix de l'essence. Imagine que tu sois bénéficiaire d'un fonds qui, dans un certain délai, te rendrait héritier d'une fortune capable de couvrir tous tes besoins. Tu marcherais plus détendu, tu dirais : « J'ai un matelas, je vais hériter demain. »
- C'est ce que fait Apocalypse 21 : Jean voit un ciel nouveau et une terre nouvelle, la nouvelle Jérusalem, le tabernacle de Dieu avec les hommes. « Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur. » Et celui qui est assis sur le trône dit : « Voici, je fais toutes choses nouvelles. »
- De la Genèse à l'Apocalypse, cette grande histoire d'amour se termine par une création nouvelle. « À la banque céleste », nous sommes héritiers de cette espérance.
- Le pasteur revient à David. Le récit de 2 Samuel 12, si sage dans sa manière de raconter, ne s'arrête pas sur la mort de l'enfant : il se termine par la naissance de Salomon. Dieu envoie de nouveau Nathan, le prophète qui avait dénoncé la faute, pour qu'il l'appelle Jedidja, « parce que je l'aime profondément ». David a sans doute compris que Dieu ouvre de nouveaux chemins à ceux qui savent les voir par la foi.
- Les tristesses brouillent parfois notre vue. Sa prière : que nous puissions voir par la foi tout ce que Dieu peut faire, être remplis de l'espérance de Jésus-Christ qui donne de nouveaux commencements, et « qu'il essuie toutes nos larmes ».
Points à retenir
- La tristesse fait partie de la vie de tous, croyants compris : la Bible en parle des centaines de fois, sans la cacher.
- Elle n'est pas forcément mauvaise : la tristesse selon Dieu conduit à la repentance, mais une tristesse qui fait de nos pertes une idole nous enferme dans le passé.
- Christ ne fait pas disparaître la tristesse par magie, il la réconcilie avec la joie, l'espérance et la consolation de l'Évangile.
- Dieu nous console pour que nous puissions à notre tour consoler ceux qui souffrent.
- Nous sommes héritiers d'une promesse : un jour, Dieu essuiera toute larme, et cette certitude change déjà notre manière de traverser les épreuves.
Application personnelle
- Y a-t-il une tristesse que tu caches derrière un « tout va bien » ? À qui pourrais-tu en parler cette semaine ?
- Ta tristesse actuelle te pousse-t-elle vers Dieu, ou t'enferme-t-elle dans ce que tu as perdu ?
- Quels gestes simples peuvent t'aider à cultiver la joie de l'Évangile, sans nier ce qui te fait mal ?
- Comme le psalmiste, que pourrais-tu dire à ton âme pour l'inviter à espérer en Dieu ?
- Qui, autour de toi, a besoin de la consolation que Dieu t'a déjà donnée ?
Versets cités
- Apocalypse 21:1-5
- Matthieu 5:4
- 2 Samuel 12
- Genèse 42:38
- Psaume 31:10-11
- Psaume 137:1
- 1 Rois 21:4
- Proverbes 14:13
- Matthieu 6:16
- 2 Corinthiens 7:10
- Ésaïe 35:10
- Luc 2:10
- Philippiens 4:4
- Psaume 42:12
- Psaume 13
- Matthieu 22:29-32
- Ésaïe 43:19
- Ésaïe 61:1-3
- Luc 4:16-21
- 2 Corinthiens 1:3-5
Questions fréquentes
Un chrétien peut-il être triste ?
Oui. Le pasteur rappelle le vieux cantique « un cœur qui a Christ ne peut pas être triste », puis le corrige : un cœur qui a Christ peut être triste, et nous le savons par expérience. La Bible est pleine de croyants affligés, de David à Jésus lui-même à Gethsémané.
Pourquoi parler de réconcilier la tristesse plutôt que de la guérir ?
Pour le prédicateur, la tristesse n'est pas forcément une maladie. Elle peut être une émotion qui aide à accepter une perte et à réorienter sa vie. Il préfère donc parler de la mettre en relation avec ce que Christ fait en nous : la joie, l'espérance et la consolation de l'Évangile.
Que promet Apocalypse 21 à ceux qui pleurent ?
Apocalypse 21 annonce un ciel nouveau et une terre nouvelle où Dieu essuiera toute larme et où il n'y aura plus ni mort, ni deuil, ni cri, ni douleur. Le pasteur compare cette promesse à un héritage assuré : celui qui le sait affronte autrement les difficultés d'aujourd'hui.