Introduction
« Nous vivons dans un monde en colère. » Malcolm Duncan, pasteur de Kensington Temple à Londres, poursuit la série de l'église sur le sermon sur la montagne. Après les Béatitudes au trimestre d'été, la série parcourt cet automne Matthieu 5:13-48. Ce dimanche, le texte est Matthieu 5:21-26 : la colère, l'insulte et la réconciliation.
La colère circule vite, dans les foyers, au travail, dans les églises et sur les réseaux sociaux. Certaines colères sont légitimes. D'autres sont entretenues, ressassées et justifiées, jusqu'à devenir du mépris. C'est de celle-là que Jésus parle.
Le fil du message tient en une question. Le monde demande : « Quels sont mes droits ? » Jésus demande : « Quelles sont mes responsabilités ? » Les gens du Royaume, dit le pasteur, prennent la responsabilité de ce qui se passe en eux, de ce qu'ils répandent autour d'eux et de la réconciliation que Dieu les appelle à poursuivre.
Plan du message
1. Une colère juste et une colère qu'on nourrit
- Les gens sont en colère contre la politique, l'injustice, le coût de la vie, contre ce qu'on leur a fait ou ce qu'on ne leur a pas donné. Ils se sentent oubliés, incompris, exclus, méprisés.
- Une part de cette colère est compréhensible. La Bible n'enseigne pas l'indifférence face à l'injustice. Jésus s'est mis en colère contre la dureté de cœur, l'exploitation et l'hypocrisie, et il a renversé les tables du temple devenu une « caverne de voleurs » (Matthieu 21:12-13).
- Il existe une autre colère : celle qu'on rejoue dans sa tête, qu'on justifie, et qui devient lentement du mépris. On finit par voir l'autre comme moins fait à l'image de Dieu que soi, comme un ennemi à vaincre, un problème à effacer ou un imbécile à écarter.
- Dans Matthieu 5, Jésus cite six fois des commandements de Moïse et en approfondit le sens. Pas une seule fois il n'abaisse la barre. Le pasteur qualifie l'« hyper-grâce », qui fait de la grâce une excuse pour le péché, de contraire à l'enseignement de la Bible.
- Quand le règne de Dieu habite le cœur par le Saint-Esprit, une vie plus sainte devient possible : elle ne vient plus de la peur et de la conformité extérieure, mais de la puissance de Dieu qui vit en nous.
2. D'une culture des droits à une vie de responsabilité
- Au Royaume-Uni, la loi sur l'égalité protège plusieurs caractéristiques : la couleur de peau, l'âge, le sexe, la religion, le handicap, l'orientation sexuelle. Malcolm Duncan, qui a conseillé le gouvernement lors de ces textes, avait averti en 2006 que la loi ne disait pas comment ces droits se comparent entre eux. On ne l'a pas écouté, et les tribunaux tranchent depuis au cas par cas.
- La racine du problème, selon lui, est une culture fondée sur les droits : « À quoi ai-je droit ? » Il précise qu'il croit à l'importance des droits, et que la conception européenne des droits humains vient de l'enseignement judéo-chrétien.
- « Combien de mariages seraient sauvés si nous ne parlions pas seulement de nos droits, mais de nos responsabilités ? » La même question vaut pour les parents et les enfants, les églises, les entreprises, la politique.
- Tu as peut-être le droit d'être en colère, mais tu restes responsable de ce que cette colère fait en toi. Tu as le droit de te défendre, mais tu es responsable des mots que tu emploies. Tu as le droit de donner ta version, mais tu as la responsabilité de chercher la vérité, la paix et la réconciliation.
3. Du geste visible au cœur caché
- « Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point […]. Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d'être puni par les juges » (Matthieu 5:21-22). Jésus n'annule pas le commandement, il l'approfondit.
- On entend souvent, pour excuser quelqu'un : « Il n'a tué personne. » C'est l'extérieur qui juge l'intérieur. Jésus dit que c'est dans le mauvais sens. Il ne nous laisse pas regarder le commandement de loin.
- Le meurtre ne commence pas avec une arme. Il commence quand on décide que la dignité, la vie ou la présence d'une autre personne compte moins que la nôtre. Le pasteur relie ce regard à la manière dont on parle de l'enfant à naître comme d'une « chose », et au récent projet de loi sur l'aide à mourir au Royaume-Uni, qui a échoué et qui inquiétait les personnes handicapées.
- Jésus décrit une progression : la colère, puis l'insulte (« Raca », passible du sanhédrin), puis le mépris (« Insensé », passible du feu de la géhenne). La géhenne était la décharge qui brûlait hors de Jérusalem.
- « La colère dit : tu m'as fait du mal. L'insulte dit : je vais te faire du mal à mon tour. Et le mépris dit : tu vaux moins que moi. »
- Il y a une grande différence entre dire « ce que tu as fait est mal » et dire « tu ne vaux rien ». Il faut parfois nommer le mal, s'opposer aux abus, résister à l'injustice et poser des limites saines. Mais même en confrontant le mal, nous n'avons pas le droit de retirer à quelqu'un la dignité que Dieu lui a donnée.
4. Chaque personne porte l'image de Dieu
- Malcolm Duncan a grandi en Irlande du Nord, dans la cité de Rathcoole, construite pour reloger les familles de Belfast après les bombardements de 1941, qui avaient coûté la vie à sa tante. Les quartiers se sont vite séparés entre protestants et catholiques.
- Son père n'était pas chrétien, mais il avait un profond sens de la justice. Un jour, un catholique a été poignardé devant leur maison. Son père l'a fait entrer, a soigné ses blessures et appelé une ambulance. Quelques jours plus tard, des paramilitaires loyalistes ont fait irruption chez eux. L'enfant d'environ quatre ans, assis dans l'escalier, a vu un homme poser un pistolet contre la tête de son père en menaçant de le tuer s'il aidait encore un catholique. Son père a répondu : « Alors tuez-moi », et ils l'ont roué de coups.
- « Tu penses peut-être que ta haine ne fait pas cela. Ta haine le fait. Quand tu déshumanises quelqu'un d'autre, tu te déshumanises toi-même. »
- Le collègue qui t'agace, le membre de ta famille avec qui tu n'es pas d'accord, la personne dont tu divorces, celle dont tu détestes les idées politiques : tous portent l'image de Dieu. Le péché déforme cette image, il ne l'efface pas.
- Le pasteur est très clair : on ne peut pas habiller de langage religieux la déshumanisation d'une personne. Il ne dira jamais à quelqu'un qui subit des violences de rester dans cette situation, il l'encouragera à se mettre en sécurité. La théologie ne doit jamais servir à piéger des gens. Au travail, avec un parent ou dans le ministère, l'abus ne peut jamais être toléré sous couvert de gentillesse.
- Les mots créent une atmosphère. Certains n'ont jamais frappé personne, mais ils ont tué des réputations par la médisance, la confiance par la critique constante, l'amitié par un silence utilisé comme punition, et la possibilité en décidant que quelqu'un ne changera jamais.
- À 21 ans, après une erreur, Malcolm Duncan est allé s'excuser auprès de son pasteur, qui lui a répondu : « Tu es peut-être désolé, mais tu es fini. Un léopard ne change jamais ses taches. » Ce genre de parole tue l'espérance dans le cœur d'une personne.
5. Prendre ses responsabilités sans porter la faute des autres
- La colère peut devenir une énergie pour agir avec courage. Le pasteur a été impliqué en Inde dans un ministère qui a conduit à la création d'une œuvre contre la traite des êtres humains, née de la colère face au sacrifice de jumeaux par leur propre père.
- Sa femme lui a un jour offert une brique en caoutchouc à lancer sur la télévision, avec ce conseil : « Malcolm, mets cette colère au service de Christ dans ces domaines. » Laisse la colère monter devant l'injustice, mais ne la laisse pas devenir haine. Ne réduis pas les gens à une seule histoire : les demandeurs d'asile ne sont pas tous des criminels, et celui qui a une autre couleur de peau ou une autre origine ne vaut pas moins que toi.
- « La colère est un messager, mais c'est un maître terrible. » Paul le dit : « Si vous vous mettez en colère, ne péchez point » (Éphésiens 4:26). Ma colère me rapproche-t-elle de la vérité, de la justice et de l'amour, ou me donne-t-elle la permission de punir et d'humilier ?
- Cela ne veut pas dire faire comme si le mal subi était acceptable, ni porter la responsabilité des choix d'un autre, ni rester dans une situation abusive ou dangereuse. Je ne peux pas contrôler ce que les autres disent ou font, mais je suis responsable de ma réponse. Je ne peux pas forcer quelqu'un à s'excuser, mais je peux choisir de parler honnêtement, de pardonner avec sagesse et de rechercher la paix.
- Prendre ses responsabilités, ce n'est pas prendre la faute. Le pasteur raconte avoir longtemps cru, avant de devenir chrétien, que tout était de sa faute, parce qu'on le lui répétait chaque jour. « Je ne suis jamais responsable du péché d'un autre. Je suis toujours responsable de ma propre intégrité. »
- Le pardon est unilatéral : c'est toujours ta décision, et il te libère. La réconciliation est comme une chaîne à deux bouts : les deux côtés doivent lâcher. Dieu offre la réconciliation à chacun, mais il faut accepter son offre. On ne peut pas toujours réparer une relation, mais on peut refuser que le mépris devienne l'état permanent de son cœur. « Toutes les conversations inachevées peuvent trouver leur fin en Jésus. »
- La personne la plus dangereuse dans un conflit est celle qui dit : « Je n'ai rien à apprendre. » La prière de David ouvre le cœur : « Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur ! […] Regarde si je suis sur une mauvaise voie » (Psaume 139:23-24). Ne prie pas « Seigneur, montre-leur qu'ils ont tort », mais « Seigneur, montre-moi ce qui m'appartient ». Dieu ne nous confronte jamais pour nous humilier : la condamnation dit qu'il n'y a plus d'espoir, la conviction dit que cela peut changer.
6. Va d'abord te réconcilier
- « Laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère ; puis, viens présenter ton offrande » (Matthieu 5:24). Jésus ne dit pas d'adorer d'abord. Tu n'adores pas vraiment s'il reste de la haine dans ton cœur.
- Jean l'écrit : celui qui dit aimer Dieu et hait son frère est un menteur (1 Jean 4:20). Jacques ajoute que la bénédiction et la malédiction ne doivent pas sortir de la même bouche (Jacques 3:10). « Les doigts qui écrivent l'e-mail qui dit "tu es un incapable" sont les mains que tu lèves vers Dieu dans l'adoration. »
- En Matthieu 5, Jésus vise ton cœur : si tu sais que quelqu'un a quelque chose contre toi, va. En Matthieu 18:15, il parle à la communauté : si ton frère a péché contre toi, va. Que le problème vienne de toi ou de l'autre, il faut le régler. Jésus ajoutera : « on vous jugera du jugement dont vous jugez » (Matthieu 7:2).
- Une Église en bonne santé n'est pas une Église sans tensions, ce serait une Église qui n'existe pas. C'est une communauté où l'on règle ses différends, où l'on en parle, où l'on ne laisse pas le péché s'envenimer, où l'on ne médit pas.
- « S'il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes » (Romains 12:18). Ce verset ne doit pas servir d'excuse pour cacher du ressentiment. Parfois l'autre ne viendra pas à notre rencontre, parfois le contact direct n'est pas sage ou pas sûr, et les limites sont essentielles.
- Une vraie excuse ne dit pas : « Je suis désolé que tu te sois senti offensé », ni « Je suis désolé, mais c'est ta faute », comme Adam dans le jardin. Elle dit : « Je suis désolé pour ce que j'ai fait. » Elle laisse du temps, de l'espace et de la dignité, et elle porte du fruit.
- « Accorde-toi promptement avec ton adversaire » (Matthieu 5:25). Une petite offense devient un récit endurci, puis une relation brisée, qui divise une Église, une famille ou une nation. La colère est comme un dépôt sur un compte à taux d'intérêt élevé : son coût grimpe chaque jour. Il y a une différence entre une pause réfléchie et un évitement permanent.
7. Cinq pas concrets
- Marque une pause avant de réagir. Écris l'e-mail que tu as envie d'écrire, puis efface-le et écris-en un autre. Demande-toi : qu'est-ce que cette personne a touché en moi, qu'est-ce que je cherche à protéger, de quoi ai-je peur ? « Une pause au moment de la colère peut t'épargner des années de regret. »
- Décris le comportement, pas la personne. Dis « ce qui s'est passé était mal », « ces mots m'ont blessé », « cela doit cesser ». Ne dis pas « tu es un incapable » ou « tu ne changeras jamais ».
- Prends la responsabilité de ce qui te revient. Ne te cache pas derrière l'échec de l'autre, et méfie-toi des amis qui confirment ton indignation par peur de te froisser.
- Recherche la réconciliation plutôt que la victoire. Dans le Royaume de Dieu, le but n'est jamais d'humilier l'adversaire, c'est la grâce.
- Apporte tout à la croix. Elle dit deux choses à la fois : notre péché est grave, et la grâce est plus profonde que tout ce que tu peux imaginer.
Points à retenir
- Certaines colères sont justes, mais la colère qu'on entretient glisse vers l'insulte, puis vers le mépris qui nie la dignité de l'autre.
- Jésus ne baisse jamais la barre : il fait passer le commandement du geste visible au cœur caché.
- Le monde demande « Quels sont mes droits ? », Jésus demande « Quelles sont mes responsabilités ? ».
- Prendre ses responsabilités n'est pas prendre la faute : le pardon dépend de toi, la réconciliation demande deux personnes.
- La réconciliation fait partie de l'adoration : on ne peut pas aimer Dieu en ignorant le mal fait à son frère.
Application personnelle
- Y a-t-il une colère que tu rejoues dans ta tête et que tu justifies depuis longtemps ?
- Dans quel conflit as-tu commencé par la question « Quels sont mes droits ? » au lieu de « Quelles sont mes responsabilités ? » ?
- As-tu réduit quelqu'un à une seule histoire, ou prononcé sur lui une parole qui tue l'espérance ?
- Quelle personne te vient à l'esprit quand tu lis « va d'abord te réconcilier avec ton frère » ? Quel message, quelle excuse ou quelle correction d'une médisance peux-tu faire cette semaine ?
- Peux-tu prier honnêtement : « Seigneur, montre-moi ce qui m'appartient » ?
Versets cités
- Matthieu 5:21-26
- Matthieu 21:12-13
- Éphésiens 4:26
- Psaume 139:23-24
- 1 Jean 4:20
- Jacques 3:10
- Matthieu 7:1-2
- Matthieu 18:15
- Romains 12:18
- Genèse 3:12
Questions fréquentes
Toute colère est-elle un péché selon Matthieu 5 ?
Non. Malcolm Duncan rappelle que Jésus lui-même s'est mis en colère contre la dureté de cœur, l'exploitation et l'hypocrisie, et qu'il a renversé les tables du temple. La colère peut signaler une injustice ou une limite franchie. Le danger, c'est la colère que l'on entretient et que l'on justifie : elle devient insulte, puis mépris, et finit par nier la dignité de l'autre.
Quelle différence entre pardon et réconciliation ?
Pour Malcolm Duncan, le pardon est unilatéral : c'est toujours ta décision, et il te libère de l'emprise de l'offense. La réconciliation ressemble à une chaîne à deux bouts : les deux côtés doivent lâcher prise. Tu ne peux pas être réconcilié avec quelqu'un qui refuse de l'être, mais tu peux refuser que le mépris devienne l'état permanent de ton cœur.
Pourquoi Jésus dit-il de laisser son offrande devant l'autel ?
Parce que se mettre en règle avec Dieu implique de se mettre en règle avec les autres. Jésus ne dit pas d'adorer d'abord : il dit d'aller d'abord se réconcilier. Pour le prédicateur, on ne peut pas lever les mains dans l'adoration et se servir des mêmes mains pour écrire des messages cruels. La réconciliation fait partie de l'adoration.
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