Introduction
« Il faut qu'il croisse, et que je diminue. » Avec cette parole de Jean-Baptiste, Raúl Abraham poursuit à l'Iglesia Salem Madrid la série « Referentes », consacrée aux modèles et aux mentors. Après le message de Marcos sur David et Salomon, voici le quatrième volet : Jean-Baptiste et Jésus de Nazareth.
Le prédicateur part d'un constat simple : nous avons tous été les apprentis de quelqu'un (nos parents, nos entraîneurs, nos professeurs, nos pasteurs, nos grands-parents) et nous avons tous été, un jour, une référence pour d'autres. Sa question est la suivante : « Jusqu'où va la tâche d'une référence ? Jusqu'où va le rôle d'un maître ? »
Sa réponse tient en une image : le maître prépare le seuil, le disciple le franchit, et l'Esprit montre ce qu'il y a au-delà. Le disciple, lui, ne cesse jamais d'apprendre : « Le moment où nous pensons avoir atteint le plafond, c'est là que nous mourons et que nous vieillissons. »
Plan du message
1. Jean-Baptiste, le maître de Jésus
- Le texte de Jean 3:22-30 montre Jésus et ses disciples en Judée, en train de baptiser, pendant que Jean baptise à Énon, près de Salim. Une discussion s'élève entre les disciples de Jean et un Juif au sujet de la purification, puis ils viennent dire à Jean : « Rabbi, celui qui était avec toi au-delà du Jourdain, et à qui tu as rendu témoignage, voici, il baptise, et tous vont à lui. » Le prédicateur y voit « les rivalités ridicules » qui naissent quand un autre groupe fait la même chose que nous.
- Raúl Abraham rappelle que Jésus a grandi « en sagesse, en stature et en grâce » et qu'il n'est pas arrivé « dans une sorte de vaisseau spatial ». Selon les historiens, Jean-Baptiste, prophète qui baptisait au bord du Jourdain, avait un groupe de disciples, et Jésus, artisan de Nazareth, en faisait partie.
- L'influence de Jean est visible au début du ministère de Jésus : il baptise, il prêche la repentance (« Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche »), et l'Évangile de Jean dit même qu'il fit plus de disciples que Jean.
- Jean ouvre aussi un chemin nouveau : grandir loin du temple et de Judée, loin d'un système religieux qui opprimait ceux qui voulaient s'approcher de Dieu.
2. Le disciple n'est pas une copie du maître
- Jean-Baptiste insiste sur une hache : tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé. Jésus suit la même idée mais prend un autre chemin : il ne parle pas tant de la hache que de la manière d'aider l'arbre à porter du fruit, comme dans l'allégorie du vrai cep en Jean 15.
- Jean est un ascète, avec des jeûnes prolongés, « une sorte de moine dans son ermitage au désert ». Quand on demande pourquoi les disciples de Jésus ne jeûnent pas, le prédicateur y lit que Jésus s'intéresse davantage à la relation avec l'homme qu'aux règles.
- On traite Jésus de mangeur et de buveur : il est de toutes les fêtes, de tous les repas partagés. La marque de Jean est dans sa vie, mais il n'en reproduit pas le modèle.
- Jésus annonce un royaume au-dedans de nous, ce que Jean ne faisait pas. Il prêche dans les villages, sur la plage, depuis une barque, dans les maisons. Il forme douze disciples, sur le modèle des douze tribus. « Nous n'avons pas de Jésus-Baptiste dans les Évangiles. »
3. Le vrai maître ne fabrique pas des disciples à son image
- « Le vrai maître n'est pas quelqu'un qui fabrique des disciples à son image et à sa ressemblance, mais il prépare le disciple à découvrir l'image originale que Dieu a pour lui. »
- Le maître n'attend pas que le disciple pense comme lui. Il ne le garde pas dépendant. Il se tient à ses côtés, comme un guide, un tuteur, un « paraclet » pour reprendre le mot grec de la Bible.
- Le prédicateur avertit contre l'idée rabbinique selon laquelle le disciple devait parler, marcher et même ronfler comme son maître. Il demande : à quel moment l'admiration franchit-elle la ligne de l'idolâtrie ? Dans le monde évangélique, on veut vite ressembler à une figure publique et l'on perd l'image que Dieu a pour soi.
- « Si Dieu t'a fait original, pourquoi vivrais-tu comme la copie de quelqu'un d'autre ? » Une personne peut te ressembler à 99,9 %, partager tes goûts, ton équipe de football et tes convictions, mais ton empreinte digitale te dit que tu es unique.
- Les parents aussi tombent dans le piège. Un ami pasteur se désolait que son fils supporte l'équipe de football de sa mère. Un autre refusait que son fils porte le maillot offert par un frère de l'Église, parce que ce n'était « pas la bonne équipe ». Dans l'enseignement, poser une question objective (quel est le premier livre de la Bible ?) n'est pas un problème ; exiger « la bonne » interprétation de Genèse 1 revient à endoctriner.
4. Le maître connaît ses limites et sait lâcher la main
- La tâche de Jean est de préparer le chemin, pas de le construire à la place de Jésus. Le prédicateur le juge « l'un des personnages les plus sous-estimés des Évangiles » : un ministère court, mais d'une longue portée.
- Jean sait où son ministère commence et où il s'arrête. Il baptise d'eau ; baptiser du Saint-Esprit et de feu ne lui revient pas. Comme Moïse, libérateur reconnu, il sait qu'il n'est pas la nuée ni la colonne de feu qui guident le peuple.
- Jusqu'où va sa tâche ? Jusqu'au Jourdain, quand le ciel s'ouvre. « Le maître accompagne le disciple jusqu'au seuil. À partir de là, il doit apprendre à lâcher prise et le laisser marcher. »
- Depuis sa prison, Jean doit avoir l'humilité d'envoyer ses disciples demander à Jésus s'il est vraiment le Messie. Ce qu'il entend ne correspond plus à ses « manuels d'étude ». La réponse arrive : les aveugles voient, les sourds entendent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres.
- Cela fait mal, reconnaît le prédicateur, comme aux parents qui voient partir un enfant élevé avec une idée. Être une référence donne autorité, prestige et influence, et le danger est de s'y habituer et de devenir « un plafond qui empêche de grandir ».
- La grandeur de Jean est de se réjouir. Il ne connaît ni la croix ni la résurrection, mais il dit à ses disciples de suivre Jésus, « l'Agneau ». Sa joie est parfaite.
5. Le disciple doit franchir la porte, guidé par l'Esprit
- Et si le maître ne lâche pas, s'il impose un fardeau pharisien où ni lui ni le disciple n'entrent dans le royaume ? Le disciple doit aussi faire sa part et se laisser conduire par l'Esprit.
- « Jean-Baptiste ouvre une porte. Mais maintenant, c'est Jésus, le disciple guidé par le Saint-Esprit, qui doit franchir la porte et commencer à marcher. » Le « référencé », mot que le prédicateur dit inventer ce matin-là, doit chercher la nouveauté de Dieu.
- L'Esprit conduit Jésus là où Jean ne serait peut-être jamais allé : en Samarie, au désert pour être tenté. Jésus enseigne en paraboles, embrasse les marginaux, guérit les malades, libère les opprimés et donne sa vie. Il annonce un royaume à découvrir au-dedans, comme la perle de grand prix ou le trésor caché.
- Il y a des ministères qui s'effondrent, écrasés, parce qu'ils n'ont pas appris à reconnaître leur limite. Le disciple, lui, doit apprendre à reconnaître une autre voix, non plus extérieure, mais intérieure, qui le guide dans des lieux inconnus qui font peur.
- Le prédicateur raconte avoir idéalisé des auteurs au point d'acheter toute leur collection, puis en avoir trouvé un meilleur qui contredisait le premier, au point de revendre la première collection sur Wallapop. À plus d'un mentor, parfois hors du monde évangélique, il a écrit : « Merci, parce que tu m'as sauvé la vie à un moment où je rouillais. »
6. « Un autre te conduira » : sortir de Jérusalem
- Jésus dit à Pierre : « Quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas. » Pour le prédicateur, ce sont des lieux « qui n'étaient pas dans ton manuel », sans PowerPoint en cinq points.
- On lui a demandé la clé pour servir Dieu avec plus d'excellence. Sa réponse : se laisser prendre par la main et se laisser guider. La dernière parole de Jésus à Pierre est « Suis-moi ».
- Deux options s'offrent au disciple : vieillir et rouiller là où il est, en répétant ce que ses parents ou son Église lui ont transmis, ou rajeunir en se laissant conduire, même là où il préférerait ne pas aller. « Il est toujours plus facile qu'un maître te dise quoi faire que de trouver la voix de Dieu au-dedans. »
- Dans le livre des Actes, l'ordre était de recevoir l'Esprit et de sortir de Jérusalem. Pourtant, au chapitre 3, Pierre va encore prier au temple ; au chapitre 5, on les retrouve au portique de Salomon. Selon le prédicateur, il faut attendre le chapitre 12 pour que Pierre comprenne, parce qu'à Jérusalem on est en sécurité.
- Paul aussi a eu son processus : il aimait discuter dans les synagogues, alors que l'Esprit voulait le sortir de sa sécurité, de son confort et de son idéologie pour le mener jusqu'à Rome.
- Il n'est pas nécessaire de déchirer son premier diplôme : ce qu'on a appris fait partie du chemin. Mais il faut marcher avec lui vers ce que Dieu a de nouveau.
7. Le chemin de la maturité est fait de pas immatures
- L'Église a brûlé des livres et des personnes pendant l'Inquisition pour « parler correctement ». Or « Jésus n'est pas venu nous apprendre à parler correctement ; il est venu nous apprendre à faire ce qui est juste ». Le Saint-Esprit ne se limite pas à un manuel ou à un PowerPoint.
- « Le chemin de la maturité est plein de pas immatures. » Au parent, au maître, le prédicateur dit : laisse-le partir, l'Esprit saura le guider.
- Au disciple : ne t'attache pas trop à ton maître, cela a une date de péremption. Un de ses maîtres lui a dit un jour avec humilité : « Le problème n'est pas que je sache beaucoup, c'est que toi, tu sais moins. »
- La Bible en est pleine : on parle d'abord de « Barnabas et Paul », puis de « Paul et Barnabas ». Moïse est un bon libérateur, mais c'est Josué, fort et courageux, qui fait entrer le peuple là où son maître n'a pas pu. Le temple est celui de Salomon, même si l'idée venait de David.
- Pour finir, le prédicateur reprend la parole de l'ange à Élie : continue de manger, continue de boire, car le chemin est encore long. « Personne ne prend sa retraite ici », et c'est Celui qui sait tout qui achèvera la bonne œuvre qu'il a commencée.
Points à retenir
- Le vrai maître ne fabrique pas des disciples à son image : il les aide à découvrir l'image originale que Dieu a pour eux.
- Le maître accompagne le disciple jusqu'au seuil ; ensuite, il doit lâcher la main et laisser l'Esprit conduire.
- Comme Jean-Baptiste, un maître se réjouit de voir son disciple aller plus loin que lui : « Il faut qu'il croisse, et que je diminue. »
- Le disciple ne cesse jamais d'apprendre ; il doit oser franchir la porte et quitter sa « Jérusalem » quand l'Esprit l'appelle ailleurs.
- Le chemin de la maturité est plein de pas immatures, et c'est Dieu qui achève l'œuvre qu'il a commencée.
Application personnelle
- Pour qui es-tu une référence aujourd'hui (enfant, petit-enfant, collègue, voisin, frère ou sœur de l'Église) ?
- Attends-tu, consciemment ou non, que ceux que tu accompagnes pensent comme toi et te ressemblent ?
- Y a-t-il quelqu'un que tu dois apprendre à laisser partir, en faisant confiance à l'Esprit pour le guider ?
- Quelle admiration, pour un auteur, un prédicateur ou une figure publique, risque de te faire perdre l'image originale que Dieu a pour toi ?
- Quelle est ta « Jérusalem », ce lieu de sécurité que l'Esprit t'appelle peut-être à quitter ?
Versets cités
- Jean 3:22-30
- Jean 4:1-2
- Luc 2:52
- Matthieu 3:2
- Matthieu 3:10-11
- Jean 15:1-8
- Marc 2:18-19
- Matthieu 11:2-5
- Matthieu 11:18-19
- Luc 6:40
- Luc 17:20-21
- Jean 1:29-37
- Matthieu 13:44-46
- Jean 21:18-19
- Actes 1:8
- Actes 3:1-8
- Actes 5:12
- Matthieu 7:21-23
- Josué 1:6
- 1 Rois 19:7
- Philippiens 1:6
Questions fréquentes
Jean-Baptiste a-t-il été le maître de Jésus ?
Raúl Abraham rappelle que les historiens s'accordent à voir Jésus parmi les disciples de Jean-Baptiste. Les Évangiles montrent cette influence au début de son ministère : Jésus baptise lui aussi et prêche la repentance. Mais Jésus n'est pas une copie de Jean : il parle moins de la hache que de la manière d'aider l'arbre à porter du fruit.
Que signifie « Il faut qu'il croisse, et que je diminue » ?
Quand ses disciples s'inquiètent de voir tout le monde aller vers Jésus, Jean-Baptiste répond que sa joie est parfaite. Pour le prédicateur, c'est la grandeur d'un maître : savoir où son ministère commence et où il finit, puis laisser son disciple grandir sans le retenir.
Jusqu'où va la tâche d'un maître ou d'un mentor ?
Jusqu'au seuil. Pour Jean-Baptiste, ce seuil est le Jourdain, quand le ciel s'ouvre sur Jésus. À partir de là, c'est l'Esprit qui guide. Le maître doit lâcher la main et laisser le disciple marcher, et le disciple doit oser avancer vers ce que Dieu a de nouveau pour lui.