Introduction
« La meilleure façon de gérer la tentation, c'est de l'éliminer. » Loïc Richard cite cette phrase de Craig Groeschel au cœur d'un message franc et lumineux, prêché à la Chapelle dans la série « Le plus grand discours du monde », consacrée tout l'automne au sermon sur la montagne. Après les béatitudes, l'identité du disciple, la justice selon Jésus et la colère, la série arrive à Matthieu 5:27-30.
Le texte est direct : « Quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur. » Le prédicateur le reconnaît avec humour, avant même que l'assemblée se rasseye : « La semaine prochaine, ça va être un peu plus relax. » L'avantage de prêcher un texte comme le sermon sur la montagne en entier, explique-t-il, c'est qu'on ne peut pas éviter les passages qu'on n'aurait pas choisis naturellement.
Le titre du message est « Le piège de la convoitise ». Loïc Richard montre que nous sommes tous concernés, que le problème vient du cœur, puis il donne quatre façons concrètes de vaincre la convoitise. Il termine par son propre témoignage : Jésus délivre, guérit et restaure encore aujourd'hui.
Plan du message
1. Dieu a inventé la sexualité
- Avant qu'on dise que ce passage confirme tous les préjugés (Jésus serait contre la sexualité, la Bible mal à l'aise avec le sexe, le christianisme une religion de gens coincés), le prédicateur affirme : « C'est tout le contraire. »
- L'histoire commence en Genèse 2 par un homme nu qui fait une déclaration d'amour poétique à une femme nue. « Ça commence bien. »
- Il lit un extrait du Cantique des cantiques (7:7-10), une œuvre d'art qui parle de sexualité et de sensualité d'une manière assumée, profonde, belle et pure.
- La vérité, c'est que Dieu a inventé la sexualité et qu'il a fait quelque chose de magnifique. Nous l'avons tordu dans les deux sens : la société dit « fais ce que tu veux, avec qui tu veux, quand tu veux », et l'Église a dit « c'est choquant, on n'en parle pas ».
- Le sujet du passage n'est donc pas la sexualité, mais la convoitise.
2. Nous sommes tous concernés, mais la tentation n'est pas un péché
- Un jour, un jeune prédicateur a demandé à un prédicateur plus âgé à quel âge la lutte avec la convoitise s'était enfin réglée pour lui. Réponse : « Quand ce sera réglé, je te le dirai. » Le jeune prédicateur, c'était Loïc Richard. Le plus âgé, David Pothier.
- Nous vivons dans une société hypersexualisée. On ne peut pas aller chercher un litre de lait au dépanneur sans être confronté à la convoitise d'une manière ou d'une autre.
- Distinction essentielle : la tentation n'est pas un péché. Jésus a été tenté comme nous en toutes choses, sans commettre de péché (Hébreux 4:15). En toutes choses, cela inclut la convoitise.
- Martin Luther le disait déjà : tant que nous vivons dans la chair et le sang, nous ne pouvons pas être entièrement libres de ces inclinations. Comme dit le dicton, on ne peut pas empêcher les oiseaux de voler au-dessus de notre tête, mais on peut les empêcher de faire leur nid dans nos cheveux.
- Le premier regard n'est pas le péché. La question est : y a-t-il un deuxième regard, un troisième ? Tout un scénario dans ta tête ? Est-ce que tu nourris cette pensée, est-ce que tu la laisses faire son nid ?
3. Ne confonds pas l'amour et la convoitise
- Les réseaux sociaux, les séries et les films véhiculent des idées qui confondent l'amour et la convoitise.
- « Je l'aime tellement que je ne peux pas attendre. » Mais le plus beau poème sur l'amour, en 1 Corinthiens 13, commence ainsi : l'amour est patient. La convoitise n'a pas le temps, elle veut tout maintenant.
- « L'amour dure deux ou trois ans. » À 19 ou 20 ans, encore célibataire, Loïc Richard était le plus jeune de sa classe. Ses camarades plus âgés trouvaient le mariage absurde. Lui disait croire au mariage, et on le trouvait naïf. Une relation fondée seulement sur les sentiments ou la sexualité durera peut-être deux ou trois ans. Mais l'amour est fidèle.
- « Cette relation ne m'apporte plus rien. » La convoitise est égoïste et transactionnelle : qu'est-ce que je donne, qu'est-ce que je reçois, est-ce une bonne affaire ? L'amour est désintéressé, il cherche d'abord le bien de l'autre.
- L'amour est une alliance. Son père est resté fidèle à sa mère pendant 34 ans, jusqu'à sa mort, alors que pendant 20 de ces années, il l'a poussée en fauteuil roulant. « Ça, c'est l'amour. »
- La convoitise prend plusieurs formes : un regard, une pensée, une connexion émotionnelle, une série que tu regardes. « Est-ce bon pour ton âme de regarder Occupation double ? »
- La pornographie fait des ravages. Le prédicateur cite une étude Barna de 2024 : 61 % des adultes américains en consomment, 44 % des femmes et 54 % des chrétiens pratiquants. C'est une drogue qui, selon plusieurs études, peut modifier la structure du cerveau. « Elle vole ton identité, elle vole ta joie, elle vole tes relations. »
- Regarder des images de filles en maillot sur un réseau social, lire un roman qui nourrit l'imagination, s'imaginer avec quelqu'un d'autre, une connexion émotionnelle plus forte avec une personne qui n'est pas ton conjoint : oui, c'est de la convoitise. Parfois, il faut « rééduquer ton algorithme », en cliquant plusieurs fois sur « pas intéressé ».
4. Le problème vient du cœur
- Verset 28 : l'adultère a déjà été commis « dans son cœur ». Dans toute cette section du sermon sur la montagne, Jésus répète que le problème est dans le cœur.
- Quand on entend parler d'un scandale, par exemple un pasteur qui a une liaison, on croit que c'est arrivé d'un coup. « Ce n'est pas vrai. » Ce sont des mois à nourrir des regards, des images, des pensées, à laisser le cœur se remplir de choses qui n'ont rien à y faire. Que celui qui est debout prenne garde de tomber (1 Corinthiens 10:12).
- Au Québec, on dit : « On a le droit de regarder, mais pas de toucher. » Jésus répond non : c'est dans le cœur que cela prend racine. Il veut régner sur tes pensées, pas seulement sur tes actions.
- « Tes actions sont comme un fruit qui pousse sur l'arbre de ton cœur. » Couper la partie pourrie du fruit ne suffit pas : c'est l'arbre qui a un problème.
- Imagine un homme qui se coupe la main, puis s'arrache les yeux, puis la langue, puis les oreilles, pour ne plus pécher. Au bout du compte, il faudrait se couper le cœur. Et Jésus dit : « Je suis venu le remplacer. » Je vous donnerai un cœur nouveau, j'ôterai le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair (Ézéchiel 36:26).
- Jésus ne veut pas seulement changer ton comportement, il veut changer ton cœur. Mais tu as une responsabilité dans le processus.
5. Démasquer les mensonges de l'ennemi et confesser
- Bonne nouvelle : avec Jésus, il y a toujours une issue. Rassure-toi, tu repartiras avec tes deux mains. Jésus utilise une hyperbole pour dire qu'il faut traiter le péché de façon radicale, sans aucun compromis.
- Première stratégie : démasquer les mensonges de l'ennemi. Satan est le père du mensonge (Jean 8:44). Le mensonge est sa stratégie numéro un et son identité.
- Premier mensonge : « Ce n'est pas grave, tout le monde le fait, on est en 2026. » Ou : « C'est ta vie privée. » Mais tu sais exactement ce que cela te fait : tu te sens vide, ton estime de toi change, ton regard sur les femmes et sur la sexualité change, tes relations sont touchées. Le monde, qui était en couleur, devient de plus en plus gris.
- Deuxième mensonge : « Tu mérites une récompense. » Après une journée épuisante, ou quand tu ressens un vide, l'ennemi te dit que cela va le combler. Mais plus tu vas vers cette drogue, plus le vide grandit.
- Puis l'ennemi vient de l'autre côté : « Tu es sale, tu me dégoûtes, tu n'es pas digne de prier ni de venir à l'église. Tu es le seul. » Souvent, il mélange tout : avant la chute, « ce n'est pas grave », après la chute, « tu es dégoûtant, n'en parle à personne ». Ne le laisse pas te garder dans l'obscurité.
- Deuxième stratégie : confesser. « Si l'ennemi réussit à te garder dans le secret, il a gagné. » Il n'y a pas d'endroit où le péché grandit davantage que dans le secret. Confessez vos péchés les uns aux autres et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris (Jacques 5:16).
- La confession n'est pas un « striptease émotionnel ». Trouve quelqu'un de sûr, qui n'utilisera pas ce que tu confesses contre toi, et quelqu'un de mature dans la foi, pour ne pas vous conforter mutuellement dans la même lutte.
- Loïc Richard rencontre chaque semaine un groupe d'hommes avec qui il confesse tous ses péchés, pas seulement la convoitise. Cela libère, et cela garde : savoir qu'il faudra le confesser le mardi aide à ne pas y aller.
- Confesser à Dieu est essentiel, mais Dieu agit par son corps. Si tu es marié, confesse à ton conjoint. « Ça l'affecterait trop ? Devine quoi : ça l'affecte déjà. » Le secret crée de la distance.
- À celui ou celle qui reçoit la confession : la colère, le dégoût, le sentiment de trahison et la question « est-ce à cause de moi ? » sont légitimes. Prends le temps qu'il faut. Mais sa prière est que tu puisses voir ton conjoint comme un guerrier qui se bat pour votre relation, assez aimant pour être vulnérable.
6. Couper radicalement et fixer les yeux sur Jésus
- Troisième stratégie : couper. Le passage parallèle de Marc (9:43-47) parle de l'œil, de la main et du pied : ce que tu regardes, ce que tu fais, les lieux où tu vas. Dans la Bible, le côté droit est celui de l'autorité. Ce que tu regardes, ce que tu fais et là où tu vas ont autorité sur toi.
- Parfois, au lieu de combattre la tentation, il faut la fuir. Paul dit aux Corinthiens : « Fuyez la débauche » (1 Corinthiens 6:18).
- Concrètement : ne pas rester seul dans un appartement avec ton copain ou ta copine, supprimer des applications, ne pas laisser cinq minutes de défilement devenir une heure. Certains ont choisi un téléphone à clapet, « et j'ai tellement de respect pour ces gars-là ».
- Les soirs de vulnérabilité, la bonne chose n'a pas toujours l'air spirituelle, mais elle l'est : va courir, fais autre chose.
- Un ami attiré par les vacances dans le Sud savait que les plages seraient pour lui une grande tentation. Avec sa femme, ils ont choisi la montagne, un lieu ressourçant pour le corps, mais surtout pour l'âme.
- Le prédicateur s'entraîne à la maison et ne va jamais manger ou prendre un café seul avec une femme. « Pas parce que je suis un prédateur incontrôlable », précise-t-il, et ce n'est pas une loi pour tous, mais parce que la meilleure façon de gérer la tentation est de l'éliminer.
- Il raconte l'histoire d'une infirmière qui travaillait avec un médecin. Il ne s'était rien passé, mais elle sentait quelque chose grandir dans son cœur. Elle a demandé un transfert de service. Elle a placé son intégrité au-dessus de tout.
- Peut-être ne faut-il pas finir cette série ou ce livre. Peut-être faut-il aller te coucher en même temps que ton conjoint. « Tu dis que c'est le diable qui t'a fait regarder de la pornographie, mais c'est toi qui t'es couché à 2 h du matin après avoir passé la soirée sur TikTok. »
- Quatrième stratégie : fixer les yeux sur Jésus. Couper laisse un vide, et un vide sera toujours rempli par quelque chose. Pour suivre Jésus comme les disciples, il faut le regarder pour savoir s'il va à gauche ou à droite.
- L'expérience du marshmallow menée par le psychologue Walter Mischel en 1972 l'illustre : les enfants qui se répétaient « je ne veux pas manger le marshmallow » finissaient par le manger. Ceux qui ont réussi regardaient ailleurs, chantaient, inventaient des jeux. En voiture, ne fixe pas l'arbre que tu veux éviter : regarde la route. Remplis le vide de Jésus et laisse le Saint-Esprit te remplir.
7. Jésus délivre encore aujourd'hui
- Le prédicateur raconte l'histoire d'un garçon de 8 ou 9 ans qui tombe sur des images érotiques dans le journal local. Montée de dopamine, puis la honte comme un gros nuage noir, et des voix : « Tu es le seul, tu es dégoûtant, garde ça secret. »
- Il finit par se confier à moitié à ses parents, trop honteux pour nommer les choses. Adolescent, aux débuts d'Internet, il tombe dans une spirale de pornographie. À l'église, il pense que son pasteur a commis son dernier péché en 1965 en volant une pomme. Il s'enferme dans le silence, et le péché grandit.
- Un ami chrétien lui avoue la même lutte. C'est une bouffée d'air, mais comme tous deux rechutent souvent, un nouveau mensonge s'installe : « tout le monde le fait ». Ses émotions s'éteignent, tout devient gris, son regard sur les femmes et sur lui-même s'abîme.
- Il rencontre une jeune femme qui ramène la couleur dans sa vie. Il se confesse, puis rechute. Il croit que le mariage réglera tout, mais il rechute après le mariage, puis encore après la naissance d'un enfant. La honte l'empêche de se confier à quelqu'un d'autre que sa femme. Elle se met à douter d'elle-même, la confiance et l'intimité s'érodent. Le voleur vient pour dérober, égorger et détruire (Jean 10:10).
- « Cette histoire, c'est la mienne. » Loïc Richard témoigne qu'il est libéré de la pornographie depuis plusieurs années, que Jésus a restauré son identité, celle de sa femme, leur sexualité, ses émotions et son regard sur les femmes, et qu'il a enlevé sa honte.
- Il ajoute qu'il devra couper toute sa vie : sa femme a accès à son téléphone, il y a des lieux où il ne va pas et des personnes qu'il ne fréquente pas. La délivrance n'a pas été instantanée : il a fallu des mois pour démasquer les mensonges, confesser chaque rechute, couper radicalement et fixer les yeux sur Jésus. « C'est la grâce de Jésus qui m'a libéré. Si c'était possible pour moi, c'est possible pour toi. »
- Le message se conclut par la sainte cène. Se repentir, c'est confesser son péché et choisir de le lâcher, avec des décisions concrètes pour la semaine. Le pain rappelle que Jésus a reçu un coup pour chaque péché sexuel et qu'il a cloué la honte à la croix une fois pour toutes. Le jus rappelle que son sang nous a réconciliés avec Dieu : « Jésus n'est pas seulement venu enlever ta honte, il est venu te donner une nouvelle dignité. »
- Comme le père du fils prodigue a couvert son fils d'une robe (Luc 15:22), le prédicateur prie pour que l'Église accepte le manteau de dignité que Dieu lui donne.
Points à retenir
- Dieu a inventé la sexualité et l'a faite belle. Le problème n'est pas la sexualité, mais la convoitise.
- La tentation n'est pas un péché. Ce qui compte, c'est ce que tu fais du premier regard et des pensées qui traversent ton esprit.
- L'amour est patient, fidèle et désintéressé. La convoitise est pressée, égoïste et transactionnelle.
- Le péché prend racine dans le cœur. Jésus ne veut pas seulement corriger tes actions, il veut te donner un cœur nouveau.
- Pour vaincre la convoitise : démasque les mensonges de l'ennemi, confesse, coupe radicalement et fixe les yeux sur Jésus. La grâce libère encore aujourd'hui.
Application personnelle
- Quelle pensée ou quel regard laisses-tu « faire son nid » dans ta vie en ce moment ?
- Lequel des mensonges de l'ennemi entends-tu le plus souvent : « ce n'est pas grave », « tu mérites une récompense », « tu es sale » ou « tu es le seul » ?
- Qui est la personne sûre et mature dans la foi à qui tu pourrais te confier cette semaine ?
- Qu'est-ce que tu dois couper concrètement : une application, une série, une habitude du soir, une relation ambiguë ?
- Par quoi vas-tu remplir le vide laissé par ce que tu coupes, pour garder les yeux fixés sur Jésus ?
Versets cités
- Matthieu 5:27-30
- Genèse 2:23-25
- Cantique des cantiques 7:7-10
- Hébreux 4:15
- 1 Corinthiens 13:4
- 1 Corinthiens 10:12
- Ézéchiel 36:26
- Jean 8:44
- Jacques 5:16
- Marc 9:43-47
- 1 Corinthiens 6:18
- Jean 10:10
- Luc 15:22
Questions fréquentes
La tentation est-elle déjà un péché ?
Non. Loïc Richard s'appuie sur Hébreux 4:15 : Jésus a été tenté comme nous en toutes choses, sans commettre de péché. Une pensée qui traverse l'esprit ou un premier regard ne sont pas un péché. La question est ce que tu en fais : le deuxième regard, la pensée que tu nourris, le scénario que tu laisses se développer.
Que veut dire Jésus quand il dit d'arracher son œil et de couper sa main ?
Jésus ne demande pas de se mutiler. Il utilise une hyperbole pour dire qu'il faut traiter le péché de façon radicale, sans compromis. Le côté droit représente l'autorité : ce que tu regardes, ce que tu fais et les lieux où tu vas ont autorité sur toi. Il faut donc couper ce qui nourrit la convoitise.
À qui confesser une lutte avec la convoitise ?
Selon Jacques 5:16, la confession ouvre un chemin de guérison. Le prédicateur conseille de choisir une personne sûre, qui n'utilisera pas ta confession contre toi, et mature dans la foi, pour ne pas nourrir ensemble la même lutte. Confesser à Dieu est essentiel, mais Dieu agit aussi par son corps. Si tu es marié, confesse aussi à ton conjoint.